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Full text of "Revue des études juives 1896"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



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REVUE 

DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-DEUXIÈME 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 



83 w «, RUE LAFAYETTK 
1896 



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t. 32 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 23 JANVIER 1896. 

Présidence de M. Abraham Cahen , président. 

M. le Président ouvre la séance eu prononçant l'allocution sui- 
vante : 

Mesdames, Messieurs, 

L'année qui vient de finir a donné à notre pays tant de gloire 
dans les contrées lointaines et tant de scandales ici, que je dois 
m'estimer heureux de voir ma présidence finir comme elle a com- 
mencé, sans bruit et sans éclat. Je me méfiais un peu de mes 
qualités présidentielles, relégué que je suis sur les hauteurs isolées 
de la montagne Sainte-Geneviève ; mais j'ai dû m'incliner devant 
votre volonté, et, aujourd'hui, il m'est doux de vous remercier du 
très grand honneur que vous m'avez fait en m'appelant à présider 
notre Société, qui est une société véritablement scientifique, une 
société qui a fait ses preuves pendant les seize années de son exis- 
tence, et qui, espérons-le, marchera toujours en grandissant. Et 
pourtant, chaque année, nos pertes sont grandes et cruelles : après 
toutes les illustrations, après tous les hommes distingués, après 
tous les membres zélés et dévoués que la mort nous a déjà enlevés, 
voilà que, pour cette année seule, elle fait encore de nombreux 
vides dans nos rangs, et les victimes qu'elle choisit ne sont pas des 
moindres. Parmi les amis trop nombreux qu'elle nous a ravis nous 
avons à déplorer la disparition de deux gloires de la France scien- 

ACT. ET GONP. k. 



ACTES ET CONFERENCES 



tiîique et littéraire, deux morts qui nous touchent profondément, 
quoique à des titres différents : Joseph Derenbourg et Alexandre 
Dumas. 

Joseph Derenbourg, lui, était complètement des nôtres : il a été 
notre collaborateur, il a été membre de notre Conseil, il a été un de 
nos présidents. Il nous a donné tout ce qui pouvait assurer une vie 
durable à notre Société : son nom, sa sollicitude, sa coopération. 
Né à Mayence en 1811, il était Français par droit de naissance et ij 
voulut le demeurer par l'élection du cœur. Il arriva à Paris, attiré 
par la large hospitalité que notre patrie ne marchande jamais à 
ceux qui veulent être siens, qui veulent apporter leur pierre à 
l'œuvre immortelle de civilisation et de liberté dont elle a fait son 
ambition et le but de ses efforts. L'orientalisme, qui avait alors de 
si brillants et de si illustres représentants en France, fut l'aimant 
particulier qui l'attira à Paris. Là, les dures épreuves des commen- 
cements, loin de le rebuter, furent, au contraire, un aiguillon pour 
lui. Bientôt l'élève orientaliste devint un maître. A tous ses beaux 
et savants travaux, qui jetèrent un si grand lustre sur l'étude des 
langues sémitiques, il préluda par différents essais et notamment 
par un modeste petit ouvrage : Le Livre des versets, où déjà se 
manifestent tout son cœur, tout son attachement au judaïsme, tout 
son amour pour l'éducation de l'enfance et de la jeunesse. Il sen- 
tait, par l'éducation et l'instruction qu'il avait reçues lui-même, que 
la base de la vie, c'est la Bible ; et elle fut en quelque sorte son 
livre de chevet. Il la lisait et la relisait sans cesse, pour s'en bien 
pénétrer, pour en approfondir le sens, pour en étudier la langue et 
en manier le mécanisme. Il eut à cœur de faire revivre en notre 
langue quelques travaux anciens de grammaire hébraïque, dont les 
spécimens les plus intéressants furent le Manuel du lecteur et les 
petits traités grammaticaux d'Abou'l Mervan ibn Djanah. 

Mais ce qui ne l'attira pas moins, ce furent les problèmes que 
soulève l'histoire des Juifs pendant la période du second temple, 
problèmes que les renseignements trop peu sûrs de Josèphe, le 
laconisme du Talmud et des Midraschim rendent si ardus. Son 
érudition dans ce qu'on appelle, non sans raison, la mer du 
Talmud, lui a fait découvrir des perles rares, des vues ingénieuses, 



ASSEMBLEE GENERALE DU 23 JANVIER 1896 III 

des explications hardies et justes qu'il nous a données dans le pre- 
mier volume de son Essai sur l'hist oire et la géographie de la Pales- 
Une. Pourquoi faut-il que nous ayons le regret de ne posséder 
qu'une seule partie de cette œuvre de premier ordre ? La seconde 
n'aurait pas été moins intéressante, ni moins instructive par les 
aperçus nouveaux dont il l'aurait remplie^ par les rébus et les 
logogriphes talmudiques qu'il aurait certainement déchiffrés, grâce 
à sa perspicacité si vive, à sa science si étendue des temps et des 
textes. Tout nous prouve qu'il nous a fait tort d'un chef-d'œuvre 
de critique hisiorique, archéologique et géographique. Oui l tout le 
prouve : son enseignement à l'Ecole des Hautes-Etudes, son tra- 
vail si lucide sur la Masséchet Kippourim, son article sur le Talmud 
dans l'Encyclopédie de Lichtenberger, ses Notes épigraphiques et 
ses innombrables petits mémoires dont il a parsemé le Journal 
Asiatique, la Revue des Eludes Juives, le Journal de Geiger et tant 
d'autres publications périodiques. L'œuvre, hélas ! ne recevra pas 
son couronnement. Joseph Derenbourg avait une invincible foi 
dans la vie ; il n'en voulait envisager que les devoirs, et non pas 
le terme, tant il craignait de se trouver des motifs au repos. Cou- 
rageuses illusions de jeunesse, qui durèrent jusqu'au dernier jour } 
et qui lui firent encore entreprendre, il y a trois ans à peine, une 
œuvre colossale qu'une vie entière aurait seule pu mener à bonne 
fin : je veux parler de la publication de tous les travaux exégé- 
tiques, grammaticaux et philosophiques de Saadia du Fayyoum ! 

Mais Joseph Derenbourg n'était pas seulement un hébraïsant 
distingué, un talmudiste consommé, un érudit en choses juives, il 
était aussi un savant dans toutes les autres langues de l'Orient. 
Mon incompétence est trop grande pour louer comme ils le mé- 
ritent tous ses travaux sur la langue et la littérature des Arabes, 
les éditions si pures et si correctes des textes et particulièrement 
des Makamat de Hariri, le recueil des inscriptions hymiarites 
qu'il publia en collaboration avec son fils, et de nombreux mé- 
moires sur les monuments phéniciens. 

Vous parlerai-je de sa vie privée ou publique, de sa bonté iné- 
puisable, de sa charité si éclairée, de sa collaboration si active à 
l'Alliance israélite, à tant d'œuvres de propagande, d'instruction 



IV ACTES ET CONFERENCES 

et de bienfaisance ? L'entreprise en serait téméraire : le temps 
m'est mesuré, et je ne veux pas empiéter sur la biographie qu'un 
de nos collaborateurs les plus compétents et les plus zélés, M. Bâ- 
cher, nous promet pour un des prochains numéros de la Revue. 

Après ce mort illustre, oublierai-je un autre nom, cher aux 
amis du théâtre, cher aux lettres françaises, un nom qui faisait le 
plus grand honneur à la liste de nos sociétaires ? Depuis dix ans, 
Alexandre Dumas était des nôtres sans être juif; et cela prouve 
assez qu'il n'eût pas pris pour malicieuse l'affirmation erronée de 
certains critiques, moins soucieux d'art que de polémique reli- 
gieuse. Pour nous, membres de la Société des Etudes Juives, nous 
n'oublierons pas l'intérêt que Dumas portait à nos travaux ; et 
tous les israélites aimeront à relire la Femme de Claude, cette 
œuvre éloquente, ou la science virile et l'abnégation féminine , 
personnifiées en des types juifs, s'érigent aux suprêmes hauteurs 
de la beauté morale. 

Il est encore d'autres morts, plus modestes, dont la perte n'est 
pas moins sensible pour nous, et c'est un devoir de rappeler leurs 
noms, qui, eux aussi, ont apporté à notre Société leur part d'il- 
lustration. La liste en est malheureusement longue. C'est d'abord 
M. Edouard Kohn, dont le concours dévoué n'a jamais. fait défaut 
ni aux œuvres de bienfaisance ni aux œuvres d'instruction ; 
M. Aldrophe, l'architecte éminent qui a doté la Ville et la Commu- 
nauté israélite de Paris de tant de monuments, où le bon goût s'allie 
à la science ; M. Bechmann père, qui n'a marchandé ni son temps, 
ni son activité aux institutions juives ; M. Fould, que sa probité 
commerciale et ses connaissances en économie politique ont fait 
estimer dans l'industrie et le commerce parisien ; M. le docteur 
Schafier, dont le dévouement pour les malheureux et l'assistance 
éclairée à l'égard de ceux qui s'adonnent aux études supérieures 
ont popularisé le nom parmi les étudiants de nos facultés; M. Mon- 
tefiore, qui, simple ministre officiant, n'en était pas moins un 
homme érudit et instruit ; il nous en a donné la preuve dans une 
étude sérieuse sur un recueil de consultations rabbiniques du 
xvi e siècle ; enfin, notre excellent collaborateur, M. Moriz Popper, 
qui a été enlevé à la fleur de l'âge. Son étude sur les Juifs de 



ASSEMBLEE GENERALE DU 23 JANVIER 1896 



Prague pendant la guerre de trente ans, en cours de publication 
dans notre Revue, nous faisait présager pour lui un brillant avenir, 
et pour nous une collaboration précieuse. Nous n'en éprouvons que 
de plus profonds regrets de sa disparition prématurée. Nous leur 
envoyons à tous, en votre nom, un pieux et douloureux souvenir. 

Après avoir signalé ces pertes, il nous est agréable de constater 
la situation toujours prospère de la Société, grâce aux adhésions 
nouvelles : ceci sera établi par M. Schwab, notre trésorier, qui ne 
se contente pas d'être un de nos collaborateurs les plus savants et 
les plus actifs, mais qui est aussi un administrateur habile, un dé- 
fenseur zélé de nos intérêts. Mais je tiens surtout à vous rappeler 
que les numéros de notre Revue sont toujours fort recherchés et 
étudiés dans les cercles savants du monde entier ; on reconnaît à 
nos travaux le véritable caractère de science et de bonne foi. 

Nous pouvons ajouter avec un légitime orgueil que le premier 
volume de notre collection des Fontes rerum judaicarum a été fort 
goûté du public lettré : pour cet ouvrage exact et complet il est 
question d'une nouvelle édition, et même d'une traduction en 
langue allemande. Le second ouvrage de la collection n'aura pas, 
nous l'espérons, moins de succès que le premier. La Gallia Judaica 
de M. Gross est imprimée depuis longtemps ; et si la publication en 
a été retardée, c'est par des motifs de santé qui ont empêché le 
trop consciencieux auteur d'en finir les index à son gré. 

J'aurais voulu vous apporter, comme souvenir d'adieu, la recon- 
naissance d'utilité publique que nous avons demandée depuis bien 
des mois : elle ne nous a pas encore été accordée. Cependant l'af- 
faire est en bonne voie : le dossier, enfin sorti des cartons du Mi- 
nistère de l'Instruction publique, est parvenu, avec avis favorable 
au Conseil d'Etat. Pour aller de la rue de Grenelle au Palais- 
Royal, il a mis deux ans : on ne saurait l'accuser de précipitation ! 
mais, Mesdames et Messieurs, veuillez considérer, s'il vous plaît, 
que les dossiers par tempérament ont l'allure un peu lente et que 
le nôtre avait à franchir la Seine. . . et quelques préjugés. Ces pré- 
jugés, non avoués et non avouables, sont enfin vaincus, grâce à 
Dieu, je voulais dire, grâce à M. Théodore Reinach. En cette affaire, 
comme en toute circonstance, mon savant prédécesseur a mis au 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

service de notre Société tant d'activité et de talent, que j'éprouve 
quelque embarras à exprimer toute ma pensée à cet égard, et en sa 
présence. Vous m'en voudriez toutefois de ne pas rendre hommage 
aujourd'hui à ces frères qu'on voit animés d'un même zèle pour 
les labeurs désintéressés, s'avancer d'un pas égal dans le pays du 
savoir et conquérir des terres inexplorées avec une même puis- 
sance d'esprit et de méthode. 

Vous allez le reconnaître vous-mêmes en appelant l'un d'eux, 
notre excellent confrère M. Salomon Reinach, à diriger notre 
Société pendant le cours de la nouvelle année. Ce n'est pas une 
indiscrétion que je commets : je constate simplement la clairvoyance 
de votre choix. Jeune encore, votre nouveau Président a su, à cette 
belle école du Louvre, prendre sa place dans notre haut enseigne- 
ment. Les titres scientifiques et littéraires du conservateur adjoint 
du Musée de Saint-Germain n'ont pas besoin de vous être énu- 
mérés : ils sont universellement appréciés. 

Il me resterait encore, avant de finir, à vous présenter notre 
savant conférencier, M. Dieulafoy. Mais vous le connaissez bien', et 
il y a huit ans déjà vous l'avez applaudi dans cette salle, lorsqu'il 
nous fit une magistrale conférence sur Le Livre cl' Esther et le 
Palais d'Assuèrus. Depuis, des honneurs bien mérités sont venus 
récompenser ses belles et savantes publications. Nous devons donc 
lui être reconnaissants de vouloir bien détacher pour nous une 
nouvelle perle de son écrin, et nous montrer dans le roi David un 
stratégiste habile. M. Dieulafoy seul pouvait traiter en maître un 
pareil sujet, lui qui aux qualités d'un ingénieur émérite joint les 
connaissances d'un orientaliste distingué. 

Mais, avant de vous procurer le plaisir d'applaudir de nouveau 
le conférencier, ainsi que notre secrétaire, dans son rapport toujours 
agréable et humoristique, je donne la parole à M. Schwab, pour 
l'exposé financier de la situation de la Société. 

M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte, ainsi qu'il suit, de la 
situation financière : 

Le bilan de 1895 est à peu près aussi bon que celui de l'année 
précédente. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 23 JANVIER 1896 VU 



RECETTES. 

Solde créditeur au 1 er janvier 18)5 1 .230 fr. 10 

Cotisations et vente d'exemplaires 8.319 95 

Souscription du ministère de l'Instruction publique. 375 » 

Vente du volume Textes grecs (net) 1 . 009 15 

Ventes diverses par le dépositaire 863 » 

Intérêts dq. capital de fondation 2.220 » 

Total des recettes 14.017 fr. 20 



DEPENSES. 

Impression du n° 59 1 .276 fr. » 

— — 60 1.100 

— — 61 1.058 50 

— — 62 1.061 50 



4.496 fr. » 



Frais d'honoraires du n° 59 695 fr. » 

— — 56 737 40 

— — 57 674 30 

— — 58 701 40 



2.808 10 

Secrétaire de la rédaction et secrétaire-adjoint 2.400 » 

Distribution de quatre numéros et envois divers. . . 500 » 

Magasinage et assurance 150 » 

Impressions diverses, tirages à part. 730 » 

Assemblée générale et conférence 103 » 

Frais de bureau, gratifications, achat de livres 191 80 

Encaissements : à Paris, 87 fr., et au dehors, 29 fr. 116 » 

Affranchissements, timbres d'acquit 111 90 

Honoraires pour traduction du volume Gross 1 .332 » 



Total des dépenses 12 . 938 fr. 80 



En déduisant ce dernier chiffre de celui des recettes, on trouve 
un excédent d'environ 1.100 francs. 

Le montant de la vente du volume Textes d'auteurs grecs et latins 



VIII ACTES ET CONFERENCES 

relatifs au Judaïsme, tel que vous venez de le voir figurer en 1895, 
nous fait espérer un résultat également satisfaisant pour la pro- 
chaine publication de la Société, intitulée : Gallia judaica. Vous 
recevrez un avis spécial relatif à cette œuvre de longue haleine, 
maintenant achevée, prête à être livrée au public, et dont les frais 
d'honoraires pour traduction ont été imputés à l'exercice de cette 
année, de façon à ne pas surcharger le prochain budget. 

Il me reste un vœu à formuler. Comme M. le Président vous 
l'a dit, les pertes qu'a subies la liste des sociétaires sont nombreuses. 
Espérons que, grâce à votre active intervention auprès de tous vos 
amis qui ne contribuent pas encore à notre œuvre, la Société pourra 
combler ses vides, afin de continuer l'élan donné à l'étude de l'his- 
toire et de la littérature juives. 

M. Maurice Bloch, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant l'année 1895 (voir plus loin, p. ix). 

M. Dteulafoy, membre de l'Institut, fait une conférence sur 
David tacticien. 

Il est procédé à l'élection de neuf membres du Conseil pour 
le renouvellement du tiers du Conseil et le remplacement de 
M. J. Derenbourg, décédé. Sont élus à l'unanimité des suf- 
frages exprimés : 

MM. Bickart-Sée, membre sortant ; 

Léopold Cerf, — 
Edouard de Goldschmidt, — 

Lucien Lazard, — 

Joseph Lehmann, — 

Michel Mayer, — 

Moïse Schwab, — 
Henri Becker. 

M. Salomon Reinach est élu à l'unanimité président de la Société 
pour l'année 1896. 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1895 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 23 JANVIER 1896 
Par M. Maurice BLOGH, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 



Un critique illustre se vantait de ne jamais lire les ouvrages 
dont il rendait compte. « Je ne veux pas, disait-il, me laisser 
influencer par l'auteur. » — J'ai essayé d'user du procédé : il est 
d'application difficile. Aussi j'ai lu ; je me suis même laissé 
influencer, fortement influencer, et mon rapport ressemble un peu 
aux relations de certains voyageurs qui ne voient rien que par les 
yeux de leurs guides et répètent tout ce qui tombe de la bouche 
de ces derniers. — Il est vrai que j'ai le droit de me fier à mes 
guides dans la vaste exploration où ils m'ont entraîné à travers tous 
les pays, à travers tous les âges : ce sont gens sûrs et expéri- 
mentés; vous allez en juger. 

Il s'en faut que le spectacle mis sous nos yeux soit toujours 
agréable ou consolant. 11 s'en faut même de beaucoup. Que 
M. Isaac Bloch nous parle des Juifs d'Alsace, M. Popper des Juifs 
de Prague, M. Brunschwicg des Juifs d Anjou, ils ne nous donnent 
que trop souvent l'occasion de répéter le vieux vers de La 
Fontaine : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » 
Le juif est opprimé parce qu'il est le plus faible, et, comme le 



ACTES ET CONFERENCES 



loup de la fable, le persécuteur n'est jamais à court de prétextes. 
Prenez l'étude de M. Bloch, Une Expulsion des Juifs d" A'sace au 
xvi e siècle ! . Lisez les griefs présentés par les habitants du village 
de Saint-Hippolyte, pour demander que les Juifs soient chassés. 
Ces griefs ne résistent vraiment pas à un examen sérieux. On dirait 
des commérages de portières auxquels le vieux patois alsacien 
laisse un goût de terroir tout particulier. En voici un, entre autres : 
Certains Juifs refusent de porter le chapeau jaune, et comme ils 
sont proprement habillés, on les confond avec d'autres concitoyens 
et on leur adresse quelquefois un salut. C'est là un grief que j'ai 
retrouvé ailleurs. Songez donc ! Courir le risque de saluer un juif! 
Auraient-ils raison ceux qui expliquent à leur manière la phrase 
sacramentelle: « Hors de l'Eglise pas de salut? » Tout l'exposé des 
motifs est à l'avenant. — La vraie cause, on ne la dit pas ; elle se 
devine aisément : pour l'exposer, il suffit d'en revenir au vieux 
syllogisme de l'école dans toute sa simplicité et dans sa rigueur. 
Tout concurrent est gênant. Or, les Juifs sont des concurrents. 
Donc ils sont gênants. 

Et quand il s'agit d'une aussi faible minorité, l'on aurait tort de 
garder des ménagements. Un soir le quartier juif est envahi, les 
vitres sont brisées, on assomme les malheureux qui essaient de se 
défendre. Le tribunal est saisi de l'affaire : amendes et jours de 
prison pleuvent sur ceux qui se sont défendus. 

Ne détournons pas trop vite les yeux de pareils spectacles. On en 
tire maintes fois des renseignements précieux, voyez le décret 
promulgué en 1648 par l'empereur Ferdinand à l'égard de ces 
Juifs de Prague, dont nous entretient M. Popper I 2 Que d en- 
traves ! Que de restrictions ! Mais le fait de défendre aux Juifs 
certaines professions manuelles prouve que ces professions étaient 
exercées par eux. Dire qu'ils ne doivent pas vendre dans les 
maisons chrétiennes tels objets qu'ils ont fabriqués, c'est recon- 
naître qu'ils vivaient du travail de leurs mains. — Ces vieilles 
archives,, qui contiennent tant d'iniques prescriptions, sont parfois 
le plus glorieux hommage rendu à l'activité des ouvriers juifs et 1 



1 T. XXXI, p. ik. 

2 T. XXX. 79. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XI 

témoignage le plus éloquent de notre goût pour les travaux ma- 
nuels. Gardons cppendant de nous méprendre sur le décret de 
l'empereur Ferdinand. Il était relativement favorable aux Juifs et 
les autorisait à demeurer dans la Bohême. 

J'ai déjà eu l'occasion de parler l'an dernier de la brillante 
réception faite par les Juifs de Prague au souverain qui leur 
assurait quelques maigres privilèges. J'ai regretté alors de n'avoir 
pas à ma disposition les appareils Molténi pour reproduire sous 
vos yeux les scènes curieuses d'autrefois. Le nouvel article de 
M. Popper m'en fournirait encore une fois une belle occasion. Ce 
serait même le sujet d'une soirée fort intéressante à la Société des 
Etudes Juives si les hymnes composées dans ces circonstances 
solennelles pouvaient nous être restituées par M. Théodore 
Reinach. — Les musiciens de Prague étaient fort renommés. Mais 
qu'on a raison de dire qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil ! 
Quand Paul-Louis Courier écrivait sa fameuse pétition en faveur 
des paysans tourangeaux qu'on empêche de danser le dimanche, 
pouvait-il se douter que deux siècles auparavant les musiciens 
juifs de Prague demandaient qu'il ne leur fut pas interdit déjouer 
le dimanche dans les noces ? 

J'abrège le travail du regretté M. Popper, qui n'en est qu'à sa 
deuxième partie. Il est pourtant une chose encore à relever : la 
juiverie de Prague avait un conseil nommé par 1 élection. Il est 
curieux de voir combien nos vieux coreligionnaires d'Autriche 
réprouvaient ce que nous appelons la candidature officielle. — J'ai 
eu la chair de poule au souvenir des six cent treize malédictions 
qui frappent les fauteurs de cabales : « Qu'il soit maudit, anathé- 
matisé et englouti comme Coré, Dathan et Abiram. . . ! Que Dieu le 
frappe des plus dures calamités, abrège sa vie, et — il m'en coûte 
de le dire, Mesdames, mais c'est imprimé — sa vie et celle de sa 
femme. . . ei de ses enfants! » Il est vrai que le bonheur éternel est 
réservé à ceux qui s'abstiennent de brigue, et une juste com- 
pensation est réservée aux femmes. 

L'article de M. Brunschwicg \ que j'ai mentionné plus haut nous 



Les Juifs d'Angers et du pays angevin, t. XXIX, 2/29. 



XII ACTES ET CONFERENCES 

transporte sur les bords de ce <c Loyre Gaulois » , chanté par 
Du Bellay. Mais où est-elle , cette « douceur angevine » , que 
l'aimable poète célébrait en beaux vers? — Je ne la retrouve 
guère dans ces massacres qui ensanglantèrent le pays au moment 
des croisades. Après les massacres, l'expulsion, non sans que les 
Juifs aient été ruinés d'abord par les impôts. — Ces monographies 
sont parfois bien intéressantes. On voit à quel prix les seigneurs du 
moyen âge achetaient la faveur de certains vassaux ou des gens 
d'Eglise. L'abbaye de Saint-Florent vivait des revenus que lui 
procurait un bac installé sur la Loire à Saumur. On construit un 
pont. Grand émoi dans l'abbaye menacée de voir tarir la source de 
ses bénéfices. Pour apaiser les mécontents, on leur concède le péage 
du pont: « Seront imposés d'un denier les Juifs ! — Seront im- 
posés d'un denier les bœufs, les vaches, les porcs, les ânes ! » 

L'assimilation n'est pas précisément flatteuse. L'administration 
le comprit : voici un autre tarif qui porte les Juifs à douze deniers. 
Avouez qu'on ne saurait ménager l'amour-propre des gens d'une 
façon plus. . . lucrative. 

Il arrive parfois qu'on ne se presse pas d'expulser les Juifs; il 
semble qu'on use en certains endroits de ménagements. C'est 
ainsi que les Juifs de Bédarrides obtiennent qu'on respecte leurs 
privilèges; pendant près d'un siècle, nous dit M. Bauer *, ils 
échappent aux mesures oppressives qui atteignent les carrières du 
Comtat. Mais la situation privilégiée ne peut durer indéfiniment. 
On a beau prolonger les péripéties de la pièce, il faut en venir au 
dénouement, toujours le même et lamentable partout. « Ce fut en 
vain que le viguier et les consuls de Bédarrides plaidèrent la cause 
de leurs Juifs, montrant les services qu'ils avaient rendus à la ville 
et à l'archevêque lui-même... Le 20 janvier 1694 le vice-légat 
d'Avignon, sur la proposition du cardinal Cybo, préfet de la sacrée 
congrégation du Saint Office, rendit une ordonnance qui bannissait 
de leur ville les Juifs de Bédarrides ...» 

Il est consolant de pouvoir mentionner à côté de ces scènes de 
fanatisme et d'intolérance certains témoignages de sympathie 

1 Les Juifs de Bédarrides, t. XXIX, 254. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XIII 

donnés par quelques esprits plus éclairés et plus généreux. 
M. Schweinburg-Eibenschitz nous raconte qu'en 1639, le père 
jésuite Preissler demanda que la prédication fût interdite dans les 
synagogues et que tous les livres hébraïques des Juifs fussent con- 
fisqués. Cet enseiguement, disait-il, est empoisonné ; on y apprend 
à maudire l'empire et l'empereur. La chancellerie de Vienne n'eut 
pas de peine à se rendre compte de la mauvaise foi et de l'igno- 
rance du père Preissler, qui ne savait pas un mot d'hébreu et ne 
comprenait pas les textes incriminés. En vain il multiplia les 
démarches, déclarant qu'il saurait bien expliquer les passages 
scélérats en cherchant dans le dictionnaire. — La chancellerie de 
Vienne maintint la prédication dans les synagogues ; elle déclara 
que les Juifs avaient toute liberté de pratiquer leur culte et que 
rien ne devait être changé à leurs coutumes religieuses. Toutefois 
pour ne pas irriter le parti puissant qui soutenait le père Preissler, 
elle retint provisoirement les livres confisqués, mais elle ne cacha 
pas dans son décret que le jésuite ne savait pas l'hébreu ; les 
ouvrages devaient, par suite, être soumis à des juges plus com- 
pétents. — Malgré la réserve, n'y avait-il pas là une haute preuve 
de sympathie et de tolérance ? 

Les Juifs méritaient assurément la faveur de la chancellerie 
impériale. Leur plaidoyer contenait des pages d'une singulière élé- 
vation *. Voici une phrase à noter, où nos pédagogues d'aujour- 
d'hui auraient applaudi volontiers : « Laisser les membres de la 
communauté sans livres, c'est les priver de toute direction et les 
pousser au mal ». Nous ne saurions mieux dire à notre époque 
d'instruction gratuite et obligatoire. 

Ce que les Juifs disaient à la chancellerie de Vienne, ils pou- 
vaient encore le répéter à la censure romaine, qui poursuivait avec 
tant de rigueur les livres hébreux. Certes, la commission de l'index, 
à Rome, n'était pas composée de pères Preissler. Il y avait là, si 
nous en croyons M. Sacerdote 2 , des prélats d'un savoir réel, qui 
recouraient même aux lumières des Juifs. Mais que de tergiversa- 
tions, que de contradictions chez ces redoutables censeurs, approu- 

1 T. XXIX, 266. 

2 Deux index expurgatoires de livres hébreux, t. XXX, 257. 



XIV ACTES ET CONFERENCES 

vant ce qu'ils condamnaient, condamnant ce qu'ils approuvaient, 
prenant pour règles, obligés de prendre pour règles le seul caprice 
et la seule fantaisie ! C'est qu'on a beau être fort, on ne triomphe 
pas de la vérité, et la conscience des persécuteurs était troublée par 
les trop justes réclamations des victimos. Mais qui donc étaient-ils, 
ces Juifs qui ne demandaient pas, comme les Romains d'autrefois, 
du pain et les jeux du Cirque, mais qui, traqués, poursuivis à tra- 
vers l'Europe, élevaient encore la voix pour réclamer leurs livres, 
cette suprême consolation dans leur infortune? 

Les livres ! Je relève à ce sujet un curieux détail dans le travail 
de M. Danon, intitulé : Étude historique sur les impôts directs et indi- 
rects des communautés israèlites en Turquie*. Après avoir indiqué 
les différentes taxes payées soit à la communauté, soit à l'État, 
M. Danon nous donne la liste des personnes exemptes de l'impôt. 
S'étonnera-t-on d'y trouver les imprimeurs de livres ? Sont encore 
frappés de la taxe maints objets destinés à un usage personnel, 
comme les bijoux en or, en argent, en pierres précieuses ; mais les 
livres de lecture ne sauraient être imposés. Ceux qui chercheraient 
des arguments en faveur de la liberté d'écrire trouveraient dans 
cette étude des renseignements qui ne manquent pas d'intérêt. 
Peut-être ne serait-il pas inutile à certains partisans de l'impôt sur 
le revenu de connaître l'état des contributions dans quelques com- 
munautés israèlites de la Turquie. 

La plupart de ces questions financières se réglaient d'après le 
droit coutumier. Mais on ne laissait pas de se heurter à des diffi- 
cultés. C'est ainsi que pour les droits de succession certains juris- 
consultes étaient d'avis de permettre aux rabbins de se prononcer 
d'après leurs lois ; d'autres, au contraire, prétendaient que les Juifs 
devaient être soumis au droit successoral musulman. Je renvoie les 
curieux aux notes de M. Schreiner sur les Juifs dans l'Islam 2 . 

Mesdames et Messieurs, il est peu de fêtes aussi populaires en 
Israël que celle de Hanoucca ! Jadis, en Alsace, qu'ils étaient beaux 
ces huit jours, ou plutôt ces huit soirs, quand le père de famille, en- 
touré de tous les siens, allumait les lumières traditionnelles, et 

1 T. XXXI, 52. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XV 

qu'à sa voix grave se mêlaient les voix enfantines qui entonnaient 
de joyeux refrains! Quelle douce émotion, quelle naïve gaieté de- 
vant ces modestes illuminations, qu'on n'eût pas échangées contre 
les plus merveilleux feux d'artifice de Ruggieri ! — Et dire qu'on 
a agité la question de bannir Hanoucca du calendrier, comme on 
chasse un intrus qui n'a pas ses papiers en règle ! Heureusement 
que Hanoucca peut montrer ses passe-ports visés par l'autorité, 
sans quoi M. Krauss lui ferait passer un mauvais quart d'heure ! 
Elle est pourtant bien jolie et bien intéressante l'étude de 
M. Krauss l . 

M. Krauss commence par rappeler que la fête de Hanoucca fut 
établie pour remplacer la fête de Souccot, qu'on n'avait pu célébrer 
par suite des guerres. Il montre l'analogie qu'il y a entre Souccot 
et Hanoucca jusqu'à ce chiffre de huit jours qui est à remarquer. 
Puis M. Krauss ajoute que Hanoucca est particulièrement la fête des 
femmes juives. — Pourquoi? — Ici M. Krauss met beaucoup d'art à 
échafauder tout un système de preuves, et je me disposais à admi- 
rer tant d'ingéniosité quand M. Israël Lévi a soufflé dessus, comme 
fait un enfant sur un château de cartes. M. Lévi n'admet pas l'opi- 
nion de M. Krauss, que la vertu des femmes juives aurait eu à 
courir quelque danger sous les Romains. Ce n'est que dans l'imagi- 
nation populaire qu'ils ont jamais existé, ces édits dont M. Krauss 
s'alarme pour nos chastes aïeules. — Et, dans une argumentation 
serrée, M. Israël Lévi rétablit les faits, sépare l'histoire de la 
légende, détruit les assertions de M. Krauss 2 . — On n'en garde 
pas moins comme une vague impression que tout n'est pas très 
clair dans la fête des Lumières. 

Nous devons à M. Lévi 3 un autre article fort curieux, sur la 
Nativité de Ben Sira, cet enfant né dans des circonstances extraor- 
dinaires, tellement extraordinaires qu'on a jugé bon de le dire en 
latin — et même en latin la chose demeure extraordinaire. M. Israël 
Lévi est à son aise dans ces vieilles légendes et ces vieilles fables. 

1 La fête de Hanoucca, t. XXX, 24 et 2U. 

* La fête de Hanoucca et le Jus prima noctis, t. XXX, 254 ; voir encore 
t. XXI, 119. 

' T. XXIX, 197. 



XVI ACTES ET CONFERENCES 

En habile ouvrier il met le doigt sur le point de départ de la 
chaîne, il retrouve les soudures. 

Je ferais tort à M. Israël Lévi en bornant à ces deux articles sa 
part dans les travaux de la Société des Etudes Juives : Analyses, 
comptes rendus, notes bibliographiques, témoignent encore de ses 
nombreuses lectures, de son incessante activité littéraire, de son 
dévouement à la science et au Judaïsme. 

Analyses et comptes rendus abondent dans notre Revue. Il en est 
deux que je n'ai pu lire sans émotion ; ils sont de M. Joseph Deren- 
bourg 1 . Que de finesse et de bon sens dans ces rapides aperçus! 
Que de bienveillance et de courtoisie en même temps ! Le voilà 
bien le savant, tel que nous l'avons tous connu et aimé ! Je fais 
effort pour me renfermer ici dans ma seule tâche de rapporteur. 

Je disais tout à l'heure qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. 
Je lis dans la Revue des Etudes juives : « Il n'y^aura plus de riches, 
ni de tyrans, ni gens de basse condition, ni rois, ni maîtres, ni 
pauvres ; tous seront égaux. » De qui est-elle cette théorie socia- 
liste qui pourrait bien être signée de quelque démocrate de nos 
jours ? Elle appartient à la Sibylle juive, dont M. Friedlaender 
cherche à expliquer les prédictions. A qui ces prédictions s'adres- 
sent elles ? Qui sont-ils ces hommes pieux dont parlent les oracles 
sibyllins ? Ceux qui veulent connaître nos conservateurs et nos radi- 
caux des premiers temps de l'ère chrétienne n'auront qu'à lire l'ar- 
ticle de M. Friedlaender : La Sibylle juive et les partis religieux de 
la dispersion*. 

Nous devons également à M . Friedlaender un travail sur la Pro- 
pagande religieuse des Juifs grecs avant l'ère chrétienne 3 . Il y avait au 
premier siècle un fort courant entraînant les païens vers le judaïsme, 
témoin ce chambellan de la reine d'Ethiopie, « lisant assis dans son 
char le prophète Isaïe ». En quels termes flatteurs ne parle-t-on pas 
alors de la Bible, des prophètes hébreux, chez qui l'on trouve les plus 
excellentes règles de conduite ! « Par eux l'homme est délivré des 
liens de la perversité, détourné de la tromperie et conduit tout droit 

1 T. XXX, 155 ; XXXI, 157. 
8 T. XXIX, 183. 
1 T. XXX 163. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XVII 

à la béatitude. » On s'imagine que dans ces conditions l'influence 
des Juifs fût considérable. M. Friedlaender en cite des exemples 
intéressants. 

Il est vrai que les premiers chrétiens ne se distinguaient pas es- 
sentiellement des Juifs. Sur bien des points — et non des moins 
importants — ils se disaient et se croyaient juifs. Les Judéo-chré- 
tiens, M. Lehmann ne les a pas oubliés quand il nous parle des 
Esséniens, des Sadducéens, des Pharisiens et des différentes sectes 
juives dont il nous fait remarquer les différences. J'ai le regret 
d'abréger le travail l du savant directeur de notre séminaire israé- 
lite, qui nous fait bien voir comment le judaïsme n'a pas que ses 
c Dnservateurs et ses radicaux: il a ses stoïciens, il a ses jansénistes. 
M. Lehmann me donne une furieuse envie d'être appelé Pharisien. 
Quel portrait séduisant ne fait-il pas de ces gens si pieux, si cha- 
ritables, pratiquant au plus haut degré cette belle vertu, l'indul- 
gence ! Si c'est là être Pharisien, nul n'est plus Pharisien, j'ose le 
dire, que l'auteur de l'article lui-même. . . que vous-mêmes, je l'es- 
père, Mesdames et Messieurs, car j'ai besoin d'indulgence. 

Je suis fort embarrassé pour faire un choix entre tous les tra- 
vaux de notre Société. Vous avez entendu tout à l'heure le rapport 
de votre trésorier M. Schwab. Ce ne sont pas les seuls chiffres 
qu'il nous apporte. Il tire des manuscrits du xm e siècle des notes de 
comptabilité juive 2 , qu'il fait servir à l'étude de la paléographie 
hébraïque. M. Schwab, nous donne une autre comptabilité, peu 
réjouissante, hélas 3 î C'est une liste des victimes de l'Inquisition au 
xvii e siècle. Je dis bien, au xvn e siècle, car il y en avait encore en 
assez grand nombre à cette époque, en Espagne. Le dernier auto- 
da-fé serait celui de 1680, à l'occasion du mariage de Charles II . 
Peut-être même y en eut-il d'autres, si j'en crois les lettres de la 
marquise de Villars, femme de l'ambassadeur français à Madrid. 
M me de Villars nous parle des distractions offertes en juin 1680 aux 
étrangers de Madrid : 1° combats de taureaux; 2° juifs brûlés ! — 

1 Les sectes juives mentionnées dans la Mischna de Berakhot et de Meguilla, 
t. XXX, 182, XXXI, 31. 
a T. XXX, 289. 
5 T. XXX, 94. 

ACT. ET CONF. B 



XVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

J'ajoute à l'honneur de la marquise de Villars qu'elle n'eut pas le 
courage « d'assister à cette horrible exécution des Juifs ». Mais de 
quelle exécution s'agit-il encore ? « Pour la semaine du jugement, 
il fallut bien y être, à moins de bonnes attestations de médecins 
d'être à l'extrémité, car autrement on eût passé pour hérétique. 
On a même trouvé très mauvais que je ne parusse pas me divertir 
tout à fait de ce qui se passait. » Cette dernière réflexion en dit 
long sur les goûts et les idées de l'époque. 

Mesdames et Messieurs, il est bien des collaborateurs dont le nom 
mérite encore d'être rappelé ce soir. M. Gaston Marmier ' a con- 
tinué ses savantes explorations dans la Palestine. M. Hamm'er- 
schïag 2 a relevé des inscriptions tumulaires dans la Basse-Au- 
triche ; quelques-unes concernent des martyrs. M. Bâcher 3 a étu- 
dié l'œuvre du grammairien anonyme de Jérusalem ; il nous fait 
connaître les huit parties dont se compose^ cet ouvrage et nous 
montre sous quel aspect varié l'auteur a traité son sujet, monu- 
ment curieux des origines de l'ancienne philologie hébraïque. 
M. Goldziher nous entretient de Saïd Hasan d'Alexandrie. Il 
porte une appréciation juste et sévère sur l'œuvre de ce converti 
à l'islamisme, qui, à l'instar de bien des apostats, emprunte des 
arguments aux Ecritures pour établir la réalité de la mission de 
Mahomet 4 . 

Après avoir mentionné — trop rapidement à mon vil regret — 
les savants travaux de MM. Neubauer 5 , Rubens Duval 6 , Poz- 
nanski 7 , après un souvenir rapide donné à une notice courte, mais 
intéressante, de M. Kayserling s , j'arrive à notre grand fournisseur 
habituel, M. Kaufmann. Je passe sur différentes publications que 
nous lui devons cette année, et je vous prie de vous arrêter avec 
moi au chevet de cette touchante et vertueuse Esther Sarfati dont 

1 T. XXIX, 161. 
- T. XXIX, 205. 

* T. XXX, 232. 

* T. XXX, 1. 

5 Hafs al-Qouti, t. XXX, 65. 

6 Le mot araméen 1P53D, t. XXIX, 290. 

7 Sur quelques racines hébraïques méconnues, t. XXXI, 117. 

8 Noies sur l'histoire des Juifs d'Espagne, t. XXXI, 124. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIX 

les derniers moments nous sont racontés dans un fort bel article : 
Le grand deuil de Sàlomon Sarfaii * . 

Il y a là une scène qui ne manque pas de grandeur. J'ai songé, 
en la lisant, aux derniers moments de cette compatriote, de cette 
épouse célèbre, de M me Guizot. « Elle pria son mari de lui faire, 
comme viatique suprême, une de ces lectures qui fortifient l'âme. 
Guizot lui lut une lettre de Fénelon pour une personne malade, 
puis un sermon de Bossuet sur l'immortalité de l'âme. Pendant qu'il 
lisait, elle expira. » Avant de mourir M me Guizot eut soin de dési- 
gner à son mari celle qui devait un jour occuper sa place auprès de 
lui. « Je veux qu'il soit malheureux le moins longtemps possible », 
disait cette femme admirable. 

Si j'insiste sur M me Guizot, c'est pour dire que je lui préfère 
encore la juive Sarfati. 

« La jeune femme jouissait d'une telle affection et d'un tel res- 
pect que, sans crainte de la contagion -, toute la communauté péné- 
tra dans la maison et s'assembla autour de la moribonde. . . Avec un 
calme parfait, comme s'il s'agissait d'un simple voyage et non du 
départ éternel, elle fit connaître d'une voix ferme ses dernières 
volontés. Après avoir fait ses ablutions comme pour un acte reli- 
gieux, elle demanda à son père désespéré la permission de parler. 
Elle commence alors par confesser ses fautes ; en présence des as- 
sistants douloureusement émus, elle récite à haute et forte voix 
l'émouvante prière. — Le père, que les larmes étouffaient, s'était 
jeté sur le lit de la mourante. Mais elle, sans la moindre défaillance, 
supplie le ciel d'ajouter les années qu'elle aurait pu vivre encore à 
l'existence de ses frères et sœurs, de son mari et de ses beaux 
parents ainsi que de ses amis. . . Mais elle n'a pas encore exprimé 
son plus secret désir. . . 

Je vous en prie, Mesdames, lisez tout le récit dans la Revue des 
Etudes juives (t. XXX, p. 54). 

Je ne vous demande pas de lire tous les articles de notre Revue. 
Esther Sarfati l'aurait fait. Elle était fort versée dans la science 
hébraïque, et son profond savoir causait Fétonnement général. Elle 

1 Le < grand deuil » de Jacob b. Saîomon Sarfati d'Avignon, t. XXX, 52. 
5 La fameuse peste noire de 1383, 



XX ACTES ET CONFERENCES 

se serait délectée aux notes exégétiques dues à l'érudition de 
M. Lambert 1 et elle aurait eu plaisir à causer avec lui de la ponc- 
tuation de certains versets des Nombres et du Deutéronome. — 
Mieux que moi elle eût apprécié la savante interprétation donnée 
par M. Hartwig Derenbourg à l'inscription phénicienne de Ci- 
tium -. Volontiers encore eût-elle suivi M. Oppert dans ses recher- 
ches scientifiques et ses digressions astronomiques à propos de la 
chronologie de la Genèse 3 . 

Mais vraiment est-il passé sans retour le temps des grandes 
Juives d'autrefois, et ne reverrons-nous plus les Donna Grazia 
Nasi, les Grâce d'Àguilar, les Coppia Sullam et les Esther Sarfati ? 
Nous avons parmi nos filles d'Israël tant d'agrégées, tant de licen- 
ciées ! — J'en sais qui parcourent régulièrement les bulletins biblio- 
graphiques des Revues universitaires. Pourquoi ne jetteraient-elles 
pas un coup d'œil sur notre Revue, surtout quand on a la bonne 
fortune d'y trouver, comme cette année, des aperçus historiques et 
des pages littéraires de premier ordre signées Théodore Reinach 3 . 
J'en sais encore qui lisent Mommsen et le relisent. En quoi Graetz 
leur offrirait-il moins d'attraits? Pourquoi la savante restitution du 
temple de Jérusalem les laisserait-elles plus indifférentes que la mise 
au jour du palais de Persépolis ! — Une compatriote courageuse et 
dévouée a bien su prendre sa part de ce dernier travail. Puisse cet 
illustre exemple trouver des imitatrices ! Puisse une intrépide core- 
ligionnaire solliciter quelque jour de notre Société l'honneur d'une 
mission lointaine dans l'intérêt de la science juive! Ce sera une 
fête pour notre Revue de publier la relation de cette nouvelle 
Madame Dieulafoy. 

1 Notes exége'tiqaes, t. XXXI, 126. 
1 T. XXX, 118. 
3 T. XXIX, 302. 



PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 6 JUIN 1895. 
Présidence de M. Abraham Cahen, président. 

Des remerciements sont votés à M. Henri Becker pour son inté- 
ressante conférence sur Henri Heine. 

Le Conseil s'entretient de la traduction des œuvres de Josèphe. 
Le travail est entrepris conjointement par trois collaborateurs. 

M. Maurice Ventes voudrait la fondation d'une bibliothèque cen- 
trale du Judaïsme. 

M. HarUviy Derenuourg fait observer que la Bibliothèque de 
l'Alliance israélite répond à peu près à ce desideratum. 



SEANCE DU n JUIN 1895. 
Présidence de M. Abraham Cahen, président. 

M. Mohr, libraire à Fribourg-en-Brisgau, sollicite le droit de 
traduire en allemand le Recueil des textes grecs et latins relatifs au 
Judaïsme, de M. Th. Reinach. La proposition est adoptée en prin- 
cipe, moyennant une rétribution qui sera fixée en temps et lieu. 

M. Théodore Reinach donne des renseignements sur la demande 
de reconnaissance d'utilité publique de la Société. 



XXII ACTES ET CONFERENCES 

SÉANCE DU 31 OCTOBRE 1895. 
Présidence de M. Abraham Cahen, président. 

M. le Président renouvelle l'expression des regrets de la Société 
et du Conseil à l'occasion de la mort de M. Joseph Derenbourg. 

M. Hartwig Derenoourg remercie la Société des témoignages de 
sympathie qu'elle lui a donnés. 

Sur la proposition de M. Rubens Duval, le Conseil discute la ques- 
tion de savoir si les réunions ordinaires ne pourraient pas avoir lieu 
le jour. Après un échange d'observations, le statu quo est maintenu. 

El. Moïse Schtvab propose la publication d'un index de tous les 
articles de périodiques qui intéressent la science juive. 

Plusieurs membres font remarquer que les dépenses et le travail 
exigés par une telle entreprise seraient trop considérables. 



SEANCE DU 28 NOVEMBRE 1895. 
Présidence de M. Abraham Cahen, président. 

L'assemblée générale est fixée au samedi 23 janvier 1896. 

M. Henri Bkcker, présenté par MM. Abraham Cahen et Théo- 
dore Reinach, est élu membre de la Société. 

M. Israël Lèvi fait une communication sur V Origine davidique de 
HUM. 



SEANCE DU 30 JANVIER 1896. 
Présidence de M. Salomon Reinach, président. 
Sont nommés : 

Vice-présidents : MM. Vernes et Lehmànn ; 
Secrétaires : MM. Bloch et Lazard ; 
Trésorier : M. Schwab. 



PKOCES-VEKBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XXIII 

Sont désignés pour faire partie du Comité de publication, avec le 
Bureau : 

MM. Abraham Cahen, HartwigDERENBOURG, J. H. Drey- 
fuss, Zadoc Kahn et Théodore Reinach. 

M. le Président souhaite la bienvenue à M. Henri Becker. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Dieulafoy pour sa belle 
conférence sur David tacticien. 

Le Conseil décide d'échanger les publications de la Société contre 
celles de l'École d'Athènes et la Revue biblique. 

M. Schwab soumet un projet de budget pour l'année 1896. Les 
dépenses seront accrues par la publication de la Gallia judaica. Par 
contre, il y a lieu de faire état de la vente du Recueil des Textes grecs 
et latins et de ce nouveau volume. Il n'y aura donc pas lieu de faire 
appel au capital de fondation. 

M. Théodore Reinach fait une communication sur le passage de 
Josèphe relatif à Jésus. 



SEANCE DU 5 MARS 1896. 
Présidence de M. Salqmon Reinach, président. 

Le Conseil décide de demander à M. Victor Bèrard une confé- 
rence. 

Il est décidé que, à l'imitation d'autres Sociétés et en vue de faire 
connaître la Revue des Études juives, une circulaire sera envoyée 
aux bibliothèques et établissements publics pour leur offrir la col- 
lection complète de la Revue à prix réduit à la condition qu'ils 
s'abonneront pour l'avenir. 

M. le Président exprime le vœu que la Revue fasse place à une 
Chronique biblique ; il entretient ses collègues des études d'histoire 
juive qui mériteraient d'être entreprises. 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Sont élus membres de la Société : 

MM. Lazare de Poliakoff, Albachary, (xubbay, présentés 
par MM. Salomon Reinach, Zadoc Kahn, Théodore Rei- 
nach et Israël Lévi. 

M. Schwab fait une communication sur le Calendrier juif . 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, CERF, IMPRIMEUR, RUE DUPLESSIS, 59. 



LA 

RELATION DE JOSÈPHE 

CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 



Ce serait peine inutile que vouloir prouver, par le récit de 
Josèphe sur le séjour d'Alexandre en Palestine , que ce grand 
roi, à qui tant de cités rapportaient leur fondation, est entré 
effectivement à Jérusalem et y a offert des sacrifices dans le 
temple. En effet, les relations des auteurs grecs et latins, qui 
consignent exactement toutes les entreprises conduites par 
Alexandre en personne et qui décrivent d'une manière si précise 
et si vivante sa marche le long de la côte phénico-philistine, 
sont muettes sur cette prétendue pointe en Judée. En outre, 
Arrien, chez qui nous devrions trouver au moins une brève men- 
tion de ce voyage à Jérusalem, indique clairement qu'Alexandre 
se rendit en sept jours de Gaza, d'où Josèphe prétend qu'il partit 
pour Jérusalem, à Péluse (Anabase, III, 1,1) et qu'il avait hâte 
d'arriver en Egypte (Quinte-Curce, IV, 6, 30) l . Il n'est donc guère 
admissible que, surtout après son long arrêt devant Gaza, il ait 
trouvé le temps de se rendre en personne dans l'intérieur de la 
Palestine 2 . 



1 Voir Hitzig, Geschichte des Volkes Israël, II, 324 et s., et la littérature indiquée 
dans Schùrer, Geschichte, I, 138, note 1 ; enfin, Niese, Geschichte der griecliischeti 
und makedonischen Staaten, I, 83, et Willrich, Juden und Griechen, p. 1 et suiv. 

' Il serait sans doute possible qu'Alexandre, dans sa marche de Tyr à Gaza, eût 
visité Jérusalem; cette hypothèse a pour elle ce détail que Gaza est située plus au 
sud que Jérusalem et le l'ait que Josèphe parle de la réception faite à Alexandre à 
Saphein, située au nord de Jérusalem. Mais ici aussi, il y a lieu d'exprimer les 
mêmes objections que pour le détour qu'il aurait fait en partant de Gaza. Voir 
plus loin. 

T. XXXVI, N° 71. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si ces graves considérations sont de nature à affaiblir la vrai- 
semblance du récit des Antiquités, le chapitre entier de cet 
ouvrage n'est pas non plus conçu de façon à inspirer confiance. 
Il s'y trouve des contradictions et, dans la disposition des faits, des 
irrégularités qui prouvent indubitablement que le récit a été formé 
de l'assemblage de plusieurs relations différentes par le contenu, 
la valeur et l'origine. 

Pourtant, il convient de faire remarquer que le silence des 
divers historiens sur ce point n'a pas par lui-même une impor- 
tance telle qu'on doive refuser toute créance au récit si étendu 
de Josèphe et renoncer à en rechercher l'origine et la valeur. 
C'est ainsi que M. Schùrer, par exemple, ne le considère pas 
comme historique quant aux détails, tout en admettant que le fait 
en lui-même n'est pas impossible ; mais le savant historien néglige 
d'appuyer la première partie de sa proposition sur aucune preuve 
tirée des sources et d'examiner, comme il le fait habituellement, 
les particularités du récit. Récemment, M. Willrich, dans le 
premier chapitre de son ouvrage consacré à la littérature judéo- 
hellénique, a essayé de résoudre ces questions si importantes au 
point de vue de la falsification historique, en étudiant l'origine et 
la tendance de la relation de Josèphe. Cependant, tout en exami- 
nant avec beaucoup de sagacité les débris qui restent de la litté- 
rature judéo-alexandrine, qui forme une des principales sources 
de Josèphe pour l'époque des Ptolémée, il n'apporte pas dans 
son étude une critique personnelle assez sérieuse ni ne sait s'é- 
lever assez au-dessus de l'esprit de parti pour arriver à un ré- 
sultat vraiment scientifique : « Il n'y a pas à douter, dit-il (p. 10), 
que, pour l'auteur du passage des Antiquités, XI, 8, 5, c'est 
Marcus Agrippa, l'ami de l'empereur Auguste, en l'an 15 avant 
J.-Ch., qui a servi de modèle pour Alexandre, et que tout le récit 
de Josèphe reflète la lutte entre les Samaritains et les Juifs sous 
le procurateur Gumanus en l'an 52 après J.-Ch. » La méthode 
qui le conduit à cette conclusion , qu'il prétend incontestable , 
et à d'autres conclusions analogues est un fâcheux résultat de 
son éducation philologique et historique et montre bien com- 
ment les préjugés peuvent troubler les facultés de l'esprit , 
même chez les savants. Nous ne voulons pas nous arrêter plus 
longtemps sur ce point; nous nous proposons seulement de mon- 
trer les diverses parties dont se compose la relation de Jo- 
sèphe, d'étudier celle-ci autant que possible au point de vue de 
ses sources et d'en déterminer la tendance et l'époque de la com- 
position. 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 



LA RELATION SAMARITAINE ET LA RELATION JUIVE 
AU SUJET D'ALEXANDRE. 

Un coup d'oeil superficiel jeté sur le récit des Antiquités, XI, 8, 
permet d'y distinguer immédiatement trois parties. 

L'une traite de Sanballat et de son gendre Manassé et des rap- 
ports de Sanballat avec Alexandre ; la deuxième partie traite des 
rapports du grand-prêtre Jaddua et des Juifs avec ce même 
monarque ; la troisième contient une courte description de l'expé- 
dition des Macédoniens contre les Perses. Fait digne de remarque, 
ces trois parties peuvent être disjointes sans difficulté. Elles nous 
donnent un récit d'ensemble des expéditions et des victoires 
d'Alexandre depuis le moment où il a passé l'Hellespont jusqu'à 
son invasion de la Pamphylie, Ant., XI, 8, 1 l ; dans 8, 3 (§ 313-314 
de l'éd. Niese) nous avons ensuite les mesures prises par Darius ; 
§ 316, la défaite de l'armée persane ; le § 317 raconte la marche 
d'Alexandre sur la Phénicie jusqu'au siège de Tyr ; le § 320 décrit 
la prise de cette ville et l'expédition contre Gaza en même temps 
qu'il nomme le général perse qui défendait cette cité. Josèphe ne 
fait pas d'autre mention des expéditions d'Alexandre, ce qui s'ex- 
plique par le fait que l'auteur ne s'intéressait qu'aux événements 
antérieurs à l'entrée d'Alexandre en Palestine. Il raconte donc 
sous une forme très concise toute l'histoire de la guerre en Asie 
jusqu'à Gaza et pas plus loin. Une seule chose dérange l'en- 
chaînement du récit, devenu continu par suite de l'élimination 
de certains passages, et éveille ainsi des doutes sur l'achèvement 
définitif et l'unité de la composition, affirmés par M. Willrich (p. 
6). En effet, après avoir annoncé, 8, 3 (§ 320), l'arrivée d'Alexandre 
devant Gaza, Josèphe dit, 8, 4 (§ 325) : « Après sept mois passés au 
siège de Tyr et deux mois au siège de Gaza, Sanballat mourut, et 
Alexandre, ayant conquis Gaza, s'avança à marches forcées vers 
Jérusalem. » Les dates sont si précises qu'elles peuvent être tenues 

1 L'énumération des provinces conquises n'est pas complète, car il manque la 
Pisidie. Ensuite, le passage se termine par les mots xaOtoç êv àXXoiç Sso^Xwtôu, 
que Josèphe emploie principalement dans le récit de l'histoire non-juive et qui 
indiquent qu'il s'est borné à reproduire ce qui intéressait seul le sujet, bien qu'il en 
sût davantage. Cf. à ce propos mon article dans Jeioish Quarterli/ Iteview, IX, p. 318 
et suiv., et Unger, dans Sitzmgslerichten der bayerischen Académie, 1897, p. 233 
et suiv. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour des indications précieuses à côté des autres renseigne- 
ments déjà mentionnés sur Alexandre. On peut seulement se 
demander pourquoi ces dates se trouvent ici au lieu d'être à leur 
vraie place, ou, pour parler plus exactement, pourquoi l'auteur a 
répété en partie le récit de la conquête de Tyr. Il faut probable- 
ment en chercher la raison dans les événements qui sont rapportés 
en connexité avec le récit en question, c'est à dire la mort de 
Sanballat, dont la relation forme le noyau du récit. 

Nous avons déjà remarqué que ce sont les intrigues de San- 
ballat qui forment le contenu d^ne partie de la relation qui 
nous intéresse. Il faut dès à présent appeler l'attention sur ce 
point que, dans tout le récit de 8, 1, jusqu'à la fin de 8, 5, il 
n'est pas dit un seul mot contre les Samaritains eux-mêmes et 
qu'il n'en est même pas fait mention. Il est question exclusive- 
ment du gendre du gouverneur Sanballat, Manassé, et de ses rap- 
ports avec son beau-père; Manassé est le personnage principal 
autour duquel tout se meut et qui fait agir également Sanballat. 
Le récit commence par exposer la position de Manassé à Jérusa- 
lem, puis rapporte sa déclaration touchant' Sanballat et la ré- 
ponse décisive de ce dernier, et, enfin, raconte comment Manassé 
et son parti s'éloignèrent de Jérusalem pour se rendre auprès 
de Sanballat. Dans 8, 3, l'auteur raconte les démarches de San- 
ballat pour accomplir la promesse qu'il avait faite à son gendre de 
lui assurer la dignité de grand- prêtre. Il espérait l'obtenir de 
Darius, mais, quand celui-ci fut défait, Sanballat se détacha de lui 
pour embrasser la cause d'Alexandre (8, 4), et cela, comme il 
est dit formellement, au début du siège de Tyr. C'est pendant ce 
siège qu'il atteignit son but; il mourut après les sept mois du 
siège de Tyr et les deux mois de celui de Gaza. Ce détail chro- 
nologique, donné par Josèphe, que Sanballat se rendit auprès 
d'Alexandre lorsqu'il commença à assiéger Tyr, se concilie diffi- 
cilement avec la succession des faits racontés par notre auteur. 
En effet, quelques lignes auparavant, là où est mentionné 
l'échange de lettres entre Alexandre et Jaddua, Josèphe rapporte 
déjà la conquête de Tyr et le siège de Gaza ; il y est donc déjà 
question d'événements postérieurs à ceux qu'il raconte dans notre 
chapitre. Comme il est impossible d'accuser Josèphe de légèreté 
et qu'il est certain que Nouc'ca; o\ xaipbv bcir^Ssiov sys-.v 6 EavfiaXXà" 
tyjç TTJç ETrtpoX-rjç AaosiGi» (Ji£v kitéyvtû (8, 4, § 321) n'est pas la suite 
de ce qui précède immédiatement, mais du récit de 8, 3 (§ 316) 
relatif aux défaites de Darius et à la marche en avant d'Alexandre 
en Syrie, il en résulte que nous avons ici deux relations juxta- 
posées. Or, nous avons déjà vu qu'une autre mention se trouvant 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND S 

à la fin du récit de Sanballat, et concernant la durée du siège 
de Tyr, dérange également l'unité du récit. Il résulte de ces 
deux constatations que la mention de l'échange de lettres entre 
Jaddua et Alexandre n'est pas à sa place véritable et interrompt 
fâcheusement la relation sur Sanballat. Si nous éliminons ce 
passage, les récits se suivront ainsi : « Alexandre s'avança alors 
en Syrie, prit Damas, assiégea Tyr (8, 3). . . Sanballat jugea cette 
situation favorable à l'exécution de son projet, etc. (8, 4). » Nous 
voyons par là que le récit de Josèphe se compose d'une rela- 
tion sur Sanballat et d'une autre traitant de Jaddua, et que la 
première est interrompue par un paragraphe qu'on y a ajouté de 
la seconde. Comme celle-ci traite d'événements qui se passèrent à 
la même époque que les faits racontés dans la première relation, 
et comme ces événements, malgré leur simultanéité, sont décrits 
dans deux relations différentes, on peut en conclure que les deux 
récits sont indépendants l'un de l'autre et, autant que l'ana- 
lyse que nous en avons faite ici autorise un jugement, qu'ils ne 
peuvent guère provenir d'un seul et même auteur. La réunion des 
deux relations peut être attribuée à Josèphe lui-même, qui, 
comme nous aurons encore l'occasion de le voir, a encore apporté 
d'autres remaniements aux récits qu'il a utilisés, ou bien elle a pu 
déjà exister avant lui. Le but du récit concernant Sanballat, qui 
est le seul que nous ayons examinéjusqu'ici, peut être déduit avec 
vraisemblance du contenu : c'est le désir de Sanballat de con- 
struire, pour son gendre Manassé, un temple dont celui-ci pourrait 
être le grand-prêtre. L'auteur n'a pas voulu se contenter de don- 
ner simplement cette indication en passant, pour se consacrer 
plus particulièrement à l'exposition des campagnes d'Alexandre ; 
cela ressort de l'ensemble de la relation, du commencement à la 
fin, et surtout de la conclusion qui, après le récit de la construc- 
tion du sanctuaire, ne mentionne plus que la mort de Sanballat. 
C'est que l'intention de l'auteur était probablement de donner 
l'histoire de l'origine du temple du mont Garizim. 

La troisième partie de l'histoire d'Alexandre, dans Antiquités, 
XL 8, traite, comme nous l'avons déjà dit, des rapports du 
grand-prêtre de Jérusalem avec le roi. D'abord, l'auteur rapporte 
la lettre d'Alexandre à Jaddua, le sommant de se soumettre et 
de mettre à sa disposition des soldats et des vivres, ensuite la 
réponse négative du grand-prêtre et la menace provoquée par 
celle-ci de la part d'Alexandre. C'est cette relation qui inter- 
rompt le récit concernant Sanballat et qui, comparée aux dé- 
tails de ce récit, donne lieu à des constatations intéressantes. 
Tout d'abord nous devons signaler brièvement une première dif- 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ficulté. Alexandre menace de châtier le grand-prêtre, aussitôt 
qu'il en aura fini avec Tyr. Pourtant, cette ville une fois prise, 
Alexandre ne marche pas contre Jérusalem, mais contre Gaza, et 
notre auteur omet de dire pourquoi le roi a renoncé à son projet. 
Ce silence nous paraît encore moins compréhensible si nous réflé- 
chissons qu'il aurait été plus vraisemblable qu'Alexandre marchât 
de Tyr, le long de la côte, jusqu'à Joppé et de là sur Jérusalem, 
plutôt que de partir de Gaza, qui est située plus au sud. Il me 
semble donc que, d'après le récit primitif que Josèphe a eu sous 
les yeux, Alexandre s'est rendu effectivement, comme il avait 
menacé de le faire, de Tyr à Jérusalem et que c'est le compila- 
teur, en refondant maladroitement ce récit, qui a indiqué Gaza 
comme point de départ d'Alexandre. 11 est vrai que cette opinion 
est contredite par la fin du récit qui nous montre Alexandre mar- 
chant de Tyr contre Gaza et commençant le siège de cette der- 
nière ville. Mais si l'on tient compte des considérations ci-dessus 
indiquées et qui seront encore corroborées par une autre, cette fin 
doit être regardée comme étrangère au récit ^concernant Jaddua », 
tandis que la remarque de 8, 4 (§ 325) : « Alexandre, après avoir 
pris Gaza, marcha contre Jérusalem », ne peut être expliquée que 
comme une intercalation de celui qui a remanié ces récits. 

En tout cas, nous voyons Sanballat, comme Jaddua, en rapports 
avec Alexandre à Tyr, le premier en personne, l'autre, par cor- 
respondance. Ces rapports ont-ils réellement existé et ne sont-ils 
pas imaginés d'après la vraisemblance? Car Alexandre avait, 
en effet, consacré les loisirs que lui laissait le siège de Tyr à pré- 
parer la soumission des populations syriennes 2 . Or, si la dernière 
hypothèse est vraie et si nous sommes en présence d'une fiction 
partielle, qu'y a-t-il au fond de cette histoire de Sanballat et de 
Jaddua mis en scène simultanément, quoique de façon si diffé- 
rente ? Droysen (Geschichte des Hellenismus, III, 2, 201 et suiv.) 
prouve qu'Alexandre aurait séjourné dans diverses parties de la 
Palestine, à Jéricho en deçà du Jourdain et, au delà, à Dium et 
à Gérasa, ce qui serait en faveur de la véracité de la relation de 
Josèphe. Willrich (p. 18 et suiv.) a contesté avec raison la force 
probante des passages cités par cet auteur. Car, dit-il, si Pline 
{Hist. Nat., XII, 25, § 117), en décrivant les plantations de 
baume de Jéricho ; dit : « Alexandro Magno res ibi gerente toto 

1 II est certain que ce récit n'a pas parlé de la marche d'Alexandre contre Jéru- 
salem, puisque nous voyons qu'il ne s'occupe que de Sanballat ; la phrase de 8, 4 
(§ 325) : • Alexandre, après la prise de Gaza, marcha à la hâte contre Jérusalem •, 
n'en fait donc plus partie. 

a Droysen, I, 288 ; Niese, I, 80. 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 7 

die aestivo unam concham impleri justum erat », cette mention 
n'est faite très probablement que pour déterminer exactement la 
date. Mais il eût dû encore faire remarquer que Pline, en ce qui 
concerne les plantations de baume de Jéricho, copie textuelle- 
ment Théophraste l ; il est donc vraisemblable que le renseigne- 
ment qu'il lui a emprunté concernant Alexandre provient d'une 
source presque contemporaine de ce roi. A supposer même 
qu'Alexandre ne fût pas à Jéricho, ses soldats y furent sûrement, 
et c'est sous leur protection que les savants qui suivaient l'armée 
ont pu s'y livrer à leurs recherches. L'assertion de YEtymologi* 
cum Magnum que Gérasa fut fondée par Alexandre et celle 
d'Etienne de Byzance relativement à Dium 2 ont une valeur histo- 
torique, malgré la fausse étymologie donnée à propos de la pre- 
mière ; elles indiquent, en tout cas, que ces deux villes ont été 
fondées par les généraux qui commandaient dans les environs. 
De même, M. Willrich (p. 17), sur la foi du Syncelle et d'Eusèbe, 
montre que Samarie fut transformée en colonie macédonienne 
par Perdiccas, sur l'ordre d'Alexandre. Il est donc clair que les 
généraux ou gouverneurs d'Alexandre ont séjourné dans diverses 
régions de la Palestine. Il est vrai que tout cela a pu avoir lieu 
après qu'Alexandre eut quitté la Syrie, pendant les années d'ad- 
ministration. Toutefois, les rares renseignements que nous avons 
sur la prise de la Syrie laissent supposer que la Palestine aussi 
dut être conquise par les armes macédoniennes. Car Arrien (II, 
20, 4) raconte qu'Alexandre employa le temps nécessité par les 
préparatifs du siège de Tyr à faire une incursion chez les Arabes 
de l'Anti-Liban ; de même Quinte-Gurce (IV, 3, 1). Déjà précé- 
demment la Gélésyrie, qui a Damas pour capitale, avait été attri- 
buée à Parménion et conquise par lui (Quinte-Curce, IV, 2, 1 ; cf. 
Arrien, II, 13, 7). On voit par là qu'Alexandre avait envoyé en 
avant une troupe pour s'emparer des alentours de la ville, qu'il 
prévoyait devoir l'arrêter assez longtemps. Des faits analogues 
ont pu se passer pendant le siège de Gaza, et, en effet, Arrien 
(II, 25, 4) rapporte que le reste de la Syrie, nommée Palestine, 
était déjà tombé au pouvoir d'Alexandre, avant que Gaza ne se 
fût rendue. Comme, d'autre part, Arrien raconte la marche rapide 
d'Alexandre contre Gaza, il est clair que Samarie et Jérusalem 
avaient déjà dû tomber au pouvoir des Macédoniens pendant le 
siège de Tyr. Le silence des chroniqueurs permet de supposer 
qu'elles se soumirent sans résistance. La relation concernant San- 

1 Voir Bernays, Theophrastos 1 Schrift iiber Frdmmigkeit, p. 110, note 1 ; Reinach, 
Textes d'auteurs f/recs } 275, note 1 ; Schûrer, I, 313, note 36. 
s Voir Schûrer, II, 100, note 241, et 102, et Quinte-Curce, IV, 5, 13. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ballat répondrait donc à la réalité ; mais s'il est permis d'établir 
des conclusions d'après la vraisemblance, la relation concernant 
Jérusalem devrait quand même son origine à la fiction, Pourquoi 
cette fiction? 

Il faut d'abord encore examiner dans quels rapports la partie 
du chapitre de Josèphe dont nous avons parlé en premier lieu, 
c'est-à-dire la description des campagnes d'Alexandre, se trouve 
vis-à-vis des deux autres : fait-elle partie du récit consacré à San- 
ballat et à Manassé ou de celui qui se rapporte à Jaddua, ou bien 
a-t-elle été intercalée par Josèphe, comme un supplément destiné 
à résumer toute cette histoire? Cette dernière hypothèse s'applique, 
selon toute vraisemblance, à 8, 1, le paragraphe d'introduction au 
récit des victoires d'Alexandre en Asie-Mineure ; en effet, on re- 
connaît que ce paragraphe est de la main de Josèphe, non seule- 
ment à la phrase finale xaôwç lv «XXoiç osS^XcoTai, mais encore à ce 
que son contenu n'a aucun lien avec les événements rapportés ici. 
Par contre, 8, 2, forme la suite immédiate de 7, 2. Aucun de ces 
deux indices ne se trouve dans les morceaux intercalés dans le récit 
lui-même, de sorte qu'ils ne peuvent guère être attribués à Josèphe. 
Car, si dans 8, 3 (§ 313-314), nous essayons d'éliminer la descrip- 
tion des pertes subies par Darius, nous aurons dans l'histoire de 
Sanballat une lacune sérieuse, et ses actes ultérieurs deviennent 
tout à fait incompréhensibles. Le paragraphe 315, le seul qui, dans 
ce morceau, traite de Sanballat, ainsi que le passage AapEiou oôvtoç, 
dans 8, 2 (§ 314), supposent l'exposé des rapports de Sanballat avec 
Darius. Nous sommes donc ainsi amenés à reconnaître que les ren- 
seignements concernant Darius font partie intégrante et indispen- 
sable du récit relatif à Sanballat. Il en résulte, avec vraisemblance, 
que le dernier paragraphe de 8, 6, quoique séparé du récit de San- 
ballat par un long morceau, en fait également partie. Car il parle 
des troupes amenées par Sanballat à Alexandre, dont il est ques- 
tion dans 8, 4, et on ne le comprend que grâce aux explications 
données en cet endroit, tandis que ce passage n'a rien de commun 
avec les détails rapportés immédiatement avant. Du reste, il 
s'adapte fort bien comme suite à la nouvelle de la mort dans 8, 4 
(§ 325). 

Une autre considération nous fait encore croire que les détails 
concernant Alexandre et Darius appartiennent à l'histoire de San- 
ballat. En effet, si on compare celle-ci avec le récit relatif à Jad- 
dua, au point de vue particulier des indications qu'ils contiennent 
au sujet des rapports d'Alexandre et de Darius, on constate aus- 
sitôt que l'histoire de Jaddua, quoique égale en étendue à l'autre 
histoire, ne contient pas même un mot sur les entreprises et les 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 9 

victoires d'Alexandre, rien enfin qui, soit en dehors des événements 
qui eurent pour théâtre la Judée 1 . Par contre, le récit concernant 
Sanballat contient une description exacte, quoique brève, des pré- 
paratifs et des défaites de Darius ; cette description est bien plus 
longue toutefois que cela n'est nécessaire pour l'intelligence des 
résolutions de Sanballat. 11 en résulte que nous ne pouvons guère 
attribuer ces renseignements au chapitre relatif aux rapports 
d'Alexandre avec les Jérusalémites, mais au chapitre concernant 
Sanballat, où ils se trouvent effectivement. Il est vrai qu'il ne s'en- 
suit pas que ces détails sur Darius se soient trouvés sous la forme 
qu'ils ont actuellement dans la source où Josèphe a puisé. Il est 
plus vraisemblable que Josèphe a ajouté ici beaucoup de détails 
empruntés à l'ouvrage historique qu'il a utilisé dans 8,1. Mais, 
comme une grande partie de ces détails sont nécessaires, ainsi 
que nous l'avons déjà montré, pour l'intelligence de la conduite 
de Sanballat, il faut qu'ils se soient trouvés à cette place avec des 
renseignements de même nature qui s'adaptaient mieux au con- 
texte. L'auteur de ce récit était donc familiarisé avec l'histoire des 
victoires d'Alexandre dans l'Asie antérieure, et on ne peut déter- 
miner les modifications qu'il a apportées au texte qu'il avait sous 
les yeux pour le faire cadrer avec ses propres récits. Il semblerait 
plutôt que c'est le contraire qui fut vrai et qu'il a pris les événe- 
ments arrivés du temps d'Alexandre en Phénicie comme cadre 
fixe pour y introduire habilement ses propres matériaux. Car, 
malgré toutes les tentatives d'interprétation, on ne peut nier que 
Sanballat, qui disposait des pouvoirs mentionnés chez Josèphe 2 , 
était un contemporain de Néhémie 3 , et, comme il n'est guère pos- 

1 Cette constatation est une nouvelle preuve que la mention si précise concernant 
le siège de Gaza, à la fin de 8, 3, ne fait pas partie du récit de Jaddua, mais a été 
probablement intercalée par Josèpbe. Originellement, il devait y avoir, à la place de 
cette mention, une autre, qu'il a remplacée par cette indication plus exacte. 

2 II faut s'en tenir fermement à ce que Wellhausen fait justement ressortir {Israël, 
u. jiid. Geschichte, p. 148, note 1) : c'est que Samarie était païenne, qu'elle n'était 
pas en relation avec les Samaritains et était le siège de fonctionnaires persans. Nous 
n'avons pas de renseignements sur ces derniers à l'époque d'Alexandre, mais il me 
semble probable que l'auteur de ce récit a emprunté à une source qu'il avait sous 
les yeux des traits relatifs au gouverneur persan de Samarie qu'il a prêtés à Sanballat, 
afin de pouvoir y rattacher l'origine du sanctuaire sur le Garizim. Toutefois, Wellhau- 
sen, en désignant Sanballat comme satrape des Sichémites, et en s'en référant à ce 
sujet à Josèphe, commet une inexactitude, car celui-ci ne parle nulle part des Sama- 
ritains et de Sichem, et, de plus, il est difficile de croire que la petite ville de Sichem 
fût le siège d'une satrapie. 

3 Wellbausen (ibid., p. 148, note 2) identifie Sanballat avec le contemporain de 
Néhémie, qui, il est vrai, n'est désigné nulle part comme gouverneur persan, mais 
qui était certainement en rapports avec lui, comme on le voit par Néh., m, 34. 
D'après cela, l'auteur avait fait du fils de Joiada un frère de Jaddua, et il avait 
encore fait de plus graves accrocs à la chronologie en présentant Jaddua et San- 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sible que l'historien qui traitait de l'origine du temple samaritain 
n'ait pas connu la haute antiquité de ce sanctuaire, il faut qu'il 
Tait rajeunie avec intention, et cela pour montrer que le temple 
édifié sur le Garizim devait son origine à ce grand roi. 

Si cette hypothèse est admise, nous devons reconnaître que le 
narrateur n'a pu être qu'un Samaritain, un partisan du sanctuaire 
de Sichem, car seul un tel auteur pouvait s'intéresser à la preuve 
admise 1 . En outre, on voit que cette narration visait cette caté- 
gorie de lecteurs qu'elle pouvait impressionner, c'est-à-dire les 
Grecs d'Alexandrie et d'Egypte. Elle voulait leur démontrer que 
le temple samaritain pouvait revendiquer le privilège d'avoir été 
construit par l'autorisation spéciale d'Alexandre, ce qui devait 
produire sur eux un certain effet. La preuve que l'auteur tient à 
célébrer l'origine du temple qu'il révérait, résulte de la manière 
dont il parle de Sanballat, qui se donna tant de peine pour le fon- 
der, et de Manassé, qui en fut le premier grand-prêtre. Il repré- 
sente le premier comme un gouverneur persan, pouvant lever dans 
sa province jusqu'à huit mille hommes; il a. une influence telle 
qu'il peut promettre à son gendre de le faire nommer grand- 
prêtre et gouverneur du territoire qu'il administre pour lui et 
attribuer à ceux qui embrasseront la cause de Manassé de l'ar- 
gent, des terres et des terrains de construction. Alexandre aussi 
l'accueille amicalement et se rend sans hésitation à ses vœux. De 
même pour Manassé. Celui-ci n'est pas un prêtre quelconque, mais 
le frère du grand-prêtre de Jérusalem, ayant lui-même des droits à 
la dignité pontificale ; les autres prêtres sont aussi originaires de 
Jérusalem. Ce ne sont pas des expulsés, ils ont quitté volontai- 
rement Jérusalem et leur départ y a provoqué des désordres. Le 
fait qu'ils épousent des filles du gouverneur persan ou des femmes 
de son entourage ne peut passer comme une chose déshonorante 
ni aux yeux des Samaritains ni surtout aux yeux des Grecs 
d'Alexandrie, de sorte que l'auteur peut indiquer, sans autre 
explication, la raison du désaccord entre Manassé et les Jérusa- 

ballat comme contemporains et en les mettant en rapports avec Alexandre. Cf. en- 
core Willrich, p. 7 ; Meyer, Die Entstehung des Judenthums, p. 128 ; Schûrer, II, 
6, note 15. 

1 Willrich, p. 158 et suiv., soutient contre Freudenthal que les Juifs d'Egypte, 
en leur qualité de partisans du temple de Léontopolis, considéraient aussi le sanc- 
tuaire de Garizim comme l'égal du temple de Jérusalem, depuis que celui-ci avait 
été profané par Antiochus Epiphane, et que, pour cette raison, Eupolemos n'avait 
pas craint de traduire Argarizin par « la montagne du Très-Haut ».On ne peut sou- 
tenir une telle thèse qu'en méconnaissant la réalité des faits et en oubliant les dis- 
cordances existant entre les Juifs d'Egypte et les Samaritains au sujet du temple de 
Garizim. La situation respective des deux partis vis à vis du temple de Léontopolis 
sera élucidée dans une autre étude. 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND li 

lémites. A côté de ces détails favorables pour le temple de Gari- 
zim, on ne trouve, dans toute la relation, rien qui ressemble à 
un reproche contre les Samaritains, et cette circonstance à elle 
seule suffit pour empêcher d'attribuer la relation à un auteur juif 
d'Egypte ou de Palestine. Qu'on considère aussi qu'on ne fait 
pas allusion au côté religieux de la construction du temple et 
qu'on ne s'occupe que du côté politique ; c'est que la relation 
était destinée à des lecteurs païens, pour lesquels toute discus- 
sion religieuse fût restée lettre close. Une particularité qui de- 
vait aussi produire de l'impression sur les Egyptiens, c'est celle 
que l'auteur fait ressortir en disant que Sanballat mit huit mille 
hommes à la disposition d'Alexandre qui devaient le suivre en 
Egypte et surveiller le pays, après avoir obtenu des concessions 
territoriales dans la Thébaïde. 



II 



LA GLORIFICATION DU TEMPLE DE JERUSALEM, 



Mais quelle raison a pu motiver le récit de la fondation du 
temple samaritain ? Est-ce l'amour de l'exactitude historique 
ou simplement la vanité d'un partisan de ce sanctuaire voulant 
montrer aux Alexandrins que ce temple avait été fondé par le 
même prince que leur cité? Si l'attention des Alexandrins ou 
des Egyptiens ne s'était pas tournée quand même vers ce sanc- 
tuaire, cette relation n'aurait pas eu de sens. Or, nous savons par 
Josèphe que les Juifs aussi prétendaient qu'Alexandre le Grand 
avait honoré leur temple à Jérusalem, non pas en aidant à le fonder, 
car il existait déjà, mais en y offrant des sacrifices, en en favorisant 
particulièrement les prêtres et en y adorant le Dieu des Juifs. 11 
en résulte clairement qu'il s'agit là d'une rivalité entre les par- 
tisans des deux sanctuaires, qui prenaient, en quelque sorte, 
comme juges de leur querelle les Alexandrins, chacun des deux 
partis s'efforçant de faire pencher la balance en sa faveur en 
exposant la conduite tenue par Alexandre vis-à-vis de son sanc- 
tuaire. 

Cette hypothèse, inspirée par Tanalyse des deux récits de Jo- 
sèphe, est aussi confirmée par un passage explicite des Antiquités, 
XII, 1 (§ 10). On y raconte que les Juifs et les Samaritains 
d'Egypte discutaient entre eux au sujet de la sainteté de leurs 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sanctuaires respectifs de Palestine et, dans Antiquités, XIII, 4, 4, 
Josèphe ajoute que cette querelle avait été portée devant le roi lui- 
même. Quoique la valeur de ces indications soit fortement con- 
testée et même niée complètement, le fait même de la dispute ne 
peut être considéré comme une invention. En tous cas , il faut 
reconnaître qu'elles confirment les résultats acquis, et nous pou- 
vons admettre qu'il y eut sur cette question une polémique litté- 
raire qui a donné naissance aux récits de Josèphe. Il n'est pas pos- 
sible de déterminer à quelle époque la relation samaritaine s'est 
formée, vu l'absence de tout indice à ce sujet; Josèphe dit (Ant. t 
XIII, 4, 4) que la dispute eut lieu sous Ptolémée Philométor, mais 
son assertion doit être considérée'comme douteuse, tant qu'il n'y 
aura pas d'autre preuve à l'appui. Si on peut prendre en considé- 
ration ce fait que, d'après notre relation, le temple existait alors 
encore sur le mont Garizim, cette relation doit remonter à l'an 128 
avant J.-C, époque où régnait Ptolémée Physcon ; cependant rien 
ne le prouve. 

Après avoir étudié de près le récit concernant Sanballat, voyons 
maintenant celui qui concerne Jaddua. Quoiqu'il nous apparaisse 
comme le chef suprême des Juifs dans Jérusalem, que ce soit à lui 
qu'Alexandre écrit pour obtenir leur soumission, qu'il lui ré- 
ponde et se place à la tête du cortège pour le recevoir à. Jérusalem, 
où il continue à négocier avec lui, on ne dit nulle part, dans tout 
le chapitre, qu'il était accompagné de soldats. C'est que l'auteur 
veut nous faire voir que le grand-prêtre s'appuie, non sur une 
armée, mais sur la foi en Dieu, qui le pousse à ouvrir toutes les 
portes de la ville et qui lui vaut d'être glorifié en même temps que 
tout le peuple juif. On pourrait considérer comme intentionnel ce 
contraste avec la conduite de Sanballat, décrite dans la première 
relation, si l'on était sûr que celle-ci était déjà sous les yeux de 
l'auteur de notre récit. En examinant si cette opposition se re- 
trouve encore en d'autres traits du récit, nous découvrons un 
fait intéressant. Sanballat, pour atteindre son but, ne craint pas 
de faire défection à son prince, qu'il abandonne dans le mal- 
heur 1 . Jaddua, au contraire, malgré les menaces d'Alexandre, 
n'abandonne pas le parti de Darius, parce qu'il a juré de ne pas 
porter les armes contre lui. La fidélité de Jaddua n'aurait-elle 
pas été opposée intentionnellement à la défection de Sanballat dé- 
terminée par l'ambition? Ce point mérite d'être considéré avec 
attention. Toutefois, c'est le contraste présenté par le temple et 

1 Le chroniqueur samaritain pouvait rapporter ce trait sans avoir à craindre que 
Sanballat lût accusé de trahison par les lecteurs alexandrins, parce qu'il avait adhéré 
à la cause d'Alexandre. 



LA RELATION DE JOSEPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 13 

le grand-prêtre qui ressort le plus vivement et auquel l'auteur 
paraît avoir attaché le plus de poids. Alexandre, grâce à la 
soumission de Sanballat et guidé par des considérations poli- 
tiques, accorde la permission de construire un temple, mais ne 
s'y intéresse pas autrement. Gomme cette brève indication con- 
traste avec les larges développements décrivant les honneurs 
qu'Alexandre a rendus d'abord au grand-prêtre du sanctuaire de 
Jérusalem et ensuite à ce sanctuaire lui-même! Sanballat se rend 
auprès du roi en suppliant, pendant que le roi s'incline respec- 
tueusement devant Jaddua, le saluant le premier et déclarant qu'il 
a adoré le Dieu que Jaddua servait. Pour faire bien ressortir l'im- 
portance de cet acte de vénération, notre auteur décrit d'abord 
l'attente de l'entourage d'Alexandre avant la rencontre, ensuite sa 
stupéfaction et, enfin, la déclaration du roi lui-même, qui présente 
le grand-prêtre comme un être surnaturel devant le diriger dans 
ses expéditions futures. L'auteur décrit ensuite en détail les sa- 
crifices offerts au temple, les distinctions accordées à tous les 
prêtres, la répartition des présents au peuple, et l'accomplis- 
sement des vœux exprimés par le grand-prêtre concernant la 
libre observance des préceptes religieux en Palestine et hors de la 
Palestine. Sanballat offre ses troupes à Alexandre, qui laisse aux 
Juifs le choix d'entrer dans l'armée macédonienne, en leur assu- 
rant la liberté d'y observer leur religion. Tous ces contrastes 
me paraissent avoir été indiqués intentionnellement par l'au- 
teur et me font croire que l'histoire de Jaddua est une imita- 
tion du récit relatif à Sanballat, imitation motivée par le désir 
de placer en regard de la glorification du temple samaritain 
racontée aux Alexandrins, la description des honneurs rendus 
par Alexandre au sanctuaire de Jérusalem. On veut prouver 
ainsi que celui-ci fut l'objet de la protection miraculeuse de 
Dieu et de la vénération du plus grand des conquérants, et que, 
par suite, — c'est la conclusion à laquelle on voulait amener 
le lecteur, — ce sanctuaire doit être placé bien au-dessus du 
temple samaritain. 

La constatation que nous avons faite, que ce récit n'est qu'une 
imitation tendancieuse , nous empêche de lui accorder une va- 
leur historique; on ne peut considérer comme réels que les détails 
qui sont indépendants de la préoccupation du narrateur et les élé- 
ments qui ont servi à former cette relation. Jusqu'à quel point notre 
auteur connaissait-il les événements qui se sont passés du temps 
d^Alexandre? La preuve qu'il était familiarisé avec les sources, 
c'est le parti qu'il a tiré du songe d'Alexandre à Dium (8, 5, § 334). Il 
en résulte, en effet, qu'il a appris par ses recherches qu'Alexandre 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a séjourné dans cette ville, y a médité sur la conquête de l'Asie 
et s T y est laissé influencer dans ses desseins par des rêves et des 
apparitions. Ceci prouve que, pour ces détails, l'auteur a puisé à 
une source plus abondante que les ouvrages des écrivains qui 
nous ont été conservés (cf. Diodore, XVII, 6, 3-4; Plutarque, 
Alexandre, § 14; Arrien, I, 11). Cette source contenait-elle un 
trait semblable d'un prêtre d'un autre temple, peut-être de celui 
d'Ammon et aussi quelque apparition dans un rêve, et notre 
auteur a-t-il transposé ces faits en les attribuant au grand-prêtre 
juif, ou bien tout le récit est-ii de sa composition et s'est-il borné 
à s'appuyer sur des relations concernant Dium ? La question est 
impossible à résoudre, car aucune des relations sur Alexandre 
que nous avons ne donne de renseignements détaillés sur Dium, 
et Diodore seul cite cet endroit à propos des mêmes circonstances 
que Josèphe. En tout cas, l'auteur a relevé cette particularité de 
propos délibéré et a édifié là-dessus son récit, qui devait agir 
sûrement sur les Alexandrins. Il est probable que c'est aussi par 
cette source qu'il a appris l'attitude si franche et sans réserve de 
Parménion vis-à-vis d'Alexandre. Mais, à ces indications exactes 
sont mêlées de grandes erreurs, puisque le narrateur nous montre 
Alexandre en Palestine, entouré non seulement de Phéniciens, mais 
aussi de Ghaldéens et de rois de Syrie (8, 5; § 330, 332), qui espé- 
raient voir Alexandre tourner sa colère contre les Juifs, faire mettre 
à mort le grand-prêtre et détruire Jérusalem. Une autre inexac- 
titude, c'est la requête attribuée au grand-prêtre pour demander 
à Alexandre de permettre aussi aux Juifs de Babylonie et de Médie 
de vivre selon leurs coutumes, cette requête supposant la con- 
quête de ces pays déjà réalisée, exactement comme le passage 
cité précédemment où il est question de la présence des Chaldéens 
dans la suite d'Alexandre et de la « Proskynèse », qui fut seu- 
lement introduite durant le séjour en Perse. On pourrait voir là 
de légères additions de l'auteur, peu familiarisé avec son sujet, 
si ces erreurs mêmes, qui trahissent une certaine logique, ne sug- 
géraient l'hypothèse que l'auteur a travaillé d'après un modèle 
qui décrivait la réception faite à Alexandre dans quelque ville per- 
sane et dont il a rapporté les particularités à Jérusalem. 

On peut encore émettre une autre hypothèse qui ferait regarder 
ces erreurs comme intentionnelles. Freudenthal (Hellenislische 
Studien, I, 96 et suiv.) a montré que des écrivains samaritains, en 
raison de la prétendue origine sidonienne de leur peuple [Ant., 
XI, 8, 6; XII, 5, 5), glorifient les Phéniciens en racontant l'his- 
toire biblique, et, d'autre part, traitent avec des ménagements 
particuliers les Babyloniens et les Mèdes, dont ils se proclament 



LA RELATION DE JOSEPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 15 

également les descendants. Les écrivains juifs anti-samaritains 
ont utilisé cette particularité pour donner cours à leur animosité 
contre les Samaritains, en parlant des Phéniciens et des peuples de 
même race que les Samaritains *. Or, il n'est pas invraisemblable 
que l'auteur de ce récit, dirigé contre les Samaritains, pour dési- 
gner les plus acharnés ennemis de Jérusalem qui avaient conseillé 
à Alexandre la destruction de cette ville et de son temple, ait 
choisi intentionnellement les aïeux des Samaritains de son temps 
qui étaient animés des mêmes dispositions malveillantes, les Phé- 
niciens et les Chaldéens ou Syriens (car ces deux noms me 
semblent identiques). De même, la Babylonie et la Médie, dont 
les habitants juifs, sur la demande du grand-prêtre, obtinrent 
d'Alexandre la liberté de pratiquer leur religion et qui étaient la 
patrie des Samaritains, désignent les pays où, à l'époque de 
l'auteur, les Juifs n'avaient pas la liberté religieuse. 

Pour terminer cette dissertation sur la valeur historique de ce 
récit, remarquons encore que l'auteur ne paraît pas avoir utilisé 
de source juive sur Jérusalem à l'époque d'Alexandre, car son 
récit, à l'exception des vœux transmis par Jaddua au roi, et sur 
lesquels nous reviendrons, ne contient rien qui indique qu'il ait 
fait quelque emprunt. Tout ce qu'il dit des impôts payés aux 
Perses, de la situation du grand-prêtre, des ennemis des Juifs et 
de plusieurs autres faits, notamment de la prédiction relative 
à la destruction du royaume de Perse par les Grecs dans le livre 
de Daniel, il peut l'avoir emprunté à la Bible, tandis que les 
renseignements généraux sur les prières publiques, sur le culte 
des sacrifices dans le Temple, sur les vêtements du grand-prêtre, 
des prêtres et des citoyens pouvaient lui avoir avoir été com- 
muniqués par ses contemporains. Le récit n'offre donc rien d'in- 
téressant pour l'histoire des Juifs à l'époque d'Alexandre. 



III 



L EPOQUE DE LA COMPOSITION DE LA RELATION JUIVE 
SUR ALEXANDRE. 

Le but de toute la relation de Josèphe nous paraît maintenant 
prouvé. Mais quand a-t-elle été composée ? Les vœux que le 

1 Ainsi s'expliquent la manière dont Eupolemos traite les Phéniciens et le fait qu'ils 
sont nommés à côté des Samaritains chez Eupolemos et d'autres écrivains judéo- 
grecs, comme je pense le démontrer en détail. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

grand-prêtre exprime à Alexandre au nom de tout le peuple 
qu'il autorise les Juifs à vivre selon leurs lois, les dispense des 
impôts pendant l'année sabbatique et permette le libre exercice 
de la religion aux Juifs du dehors, ces vœux si singuliers re- 
flètent certainement la situation des Juifs à l'époque de la rédac- 
tion de ce récit. Car il est impossible d'admettre que l'auteur, 
obéissant à une inspiration subite, ait choisi arbitrairement ces 
points pour prouver ainsi la bienveillance d'Alexandre envers 
les Juifs. Si l'époque où vivait l'auteur n'avait pas offert l'oc- 
casion de reconnaître la haute importance de ces privilèges, 
ils n'auraient pas pu servir d'exemples caractéristiques. Dira- 
t-on qu'il savait par des informations que les rois de Perse 
avaient mis des entraves à l'exercice de la religion des Juifs 
et que c'est pour cette raison qu'il mit cette supplique dans 
la bouche du grand-prêtre? Mais, on ne possède aucun ren- 
seignement permettant d'affirmer que les Perses aient empêché 
les Juifs de pratiquer leur religion, et cette hypothèse est impos- 
sible. En Palestine, des mesures de ce genre n'ont été prises 
que sous Antiochus IV Epiphane ; hors de 'Palestine, et notam- 
ment en Egypte, d'après l'indication de III Macch., n, 28 et suiv. 
(Cf. Contre Apion, II, 5), elles ne furent mises en vigueur que 
sous Ptolémée VII Physcon, tandis que dans tous les autres pays 
elles ne se produisirent que sous les Romains. Ainsi, nous aurions 
comme limite extrême l'an 168 avant J.-C, qui paraît également 
indiquée par le fait que notre récit cite le livre de Daniel. Mais 
jusqu'où faut-il descendre pour trouver l'autre limite? 

Willrich (Juden and Griechen, p. 9) voit dans la description de 
la réception solennelle d'Alexandre l'entrée de Marcus Agrippa à 
Jérusalem, parce qu'on ne connaît aucun autre grand personnage 
que les Jérusalémites aient accueilli aussi amicalement. Ainsi Jo- 
sèphe (4n£.,XVI, 2, 1) raconte : « Hérode emmena Agrippa aussi à 
Jérusalem, où tout le peuple vint au devant de lui en habits de fête 
et lui présenta ses vœux de prospérité; Agrippa offrit à Dieu une 
hécatombe, traita tout le peuple, et ne se laissa surpasser en ma- 
gnificence par aucun des grands. Quoiqu'il eût aimé séjourner 
encore quelques jours à Jérusalem, il dut repartir à cause de la 
saison qui était avancée ; il devait, en effet, se rendre en Ionie. » 
Un an après, Hérode traversant l'Ionie avec Agrippa, celui-ci, en 
réponse aux plaintes des habitants juifs, que lui exposa Nicolas 
de Damas, leur accorda le privilège de vivre selon leurs lois, de 
ne pas être cités en justice les jours de fête, de pouvoir envoyer 
librement l'argent destiné au temple de Jérusalem, de ne pas être 
appelés au service militaire ni astreints à des contributions de 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 17 

guerre [Ant., XVI, 2, 3, comparé avec 2, 5, § 60, et 6, 2). Philon 
[Legatio ad Caium, § 37) décrit aussi la visite d'Agrippa à Jéru- 
salem ; toutefois il ne dit rien de la splendeur de sa réception, 
mais s'exprime ainsi à propos de son départ : « Il fut accompagné 
jusqu'à la mer, non seulement par les habitants de Jérusalem, 
mais par ceux de toute la contrée, qui le couvrirent de couronnes 
et de fleurs et célébraient sa grâce. » 

J'ai exposé ici toute la démonstration de M. Willrich, afin qu'on 
puisse plus facilement se rendre compte des points de ressem- 
blance qu'offrent ces passages avec le récit de la réception 
d'Alexandre, car l'hypothèse de M. Willrich a certainement des 
côtés séduisants. Mais un examen attentif nous montre que cette 
ressemblance se réduit aux choses les plus générales, tandis que 
ce que nous comptions y trouver en est absent. Il n'était pas 
besoin à l'auteur de recourir à une autre source pour dire que le 
peuple se rendit au devant du roi en habits de fête ou que la 
foule le salua. Le fait que celui-ci fit des sacrifices dans le temple 
n'est pas tout à fait commun; mais il est étonnant que notre chro- 
niqueur, qui tenait à faire ressortir le respect d'Alexandre pour le 
temple en citant des détails, n'utilise ni la mention de l'héca- 
tombe d'Agrippa dont parle Josèphe ni celle de l'admiration que lui 
inspira le service divin, auquel il assista plusieurs jours, ni l'éloge 
formel du sanctuaire qui se trouve chez Philon, surtout si, comme 
M. Willrich le croit, il a écrit après l'an 52, c'est-à-dire après 
Philon. Mais il y a encore une objection plus grave. On ne trouve 
rien d'analogue, dans le récit concernant Agrippa, aux privilèges 
qu'Alexandre aurait concédés aux Juifs. Josèphe, qui s'en réfère 
au récit explicite de Nicolas de Damas, ne parle que de la splen- 
deur des banquets organisés à Jérusalem en l'honneur du peuple, 
sans faire mention d'une mesure quelconque prise par Agrippa. 
Par contre, Philon dit : « Après avoir comblé le temple de tous les 
dons qu'il pouvait lui offrir et gratifié les habitants de tous les 
bienfaits qu'autorisait l'intérêt de l'Etat, il fit ses adieux à Hé- 
rode » ; il laisse ainsi croire qu'Agrippa prit certaines mesures 
gouvernementales/Or si, parmi ces mesures, il y avait eu celle 
qui concernait le libre exercice de la religion, le roi juif Agrippa I er 
ne l'eût pas passée sous silence dans sa lettre à Galigula, où pré- 
cisément il n'est question que de la suspension de la liberté reli- 
gieuse par l'empereur. 

Il est vrai que, si nous comparons les négociations et les déci* 
sions de Marcus Agrippa, si exactement et minutieusement rap- 
portées par Josèphe, concernant les Juifs de llonie, nous trouvons 
dans la question du libre exercice de la religion juive une certaine 

T. XXXVI, N° 71. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

concordance entre Alexandre et Agrippa. Mais la proposition 
qu'Alexandre fait aux Juifs palestiniens d'entrer dans son armée 
en leur assurant une complète liberté religieuse ne s'accorde sur 
aucun point avec les dispositions d'Agrippa concernant le service 
de guerre des Juifs en Ionie. Même, abstraction faite de la diver- 
sité des pays, le contenu n'est pas du tout semblable. Il faudrait 
admettre que l'auteur du récit concernant Alexandre a d'abord 
appliqué à Jérusalem les dispositions prises pour l'Ionie et les a 
ensuite modifiées en sens contraire. 

Comme je l'ai déjà fait remarquer, c'est le détail si frappant rela- 
tif à l'année sabbatique qui peut servir de base pour déterminer 
Tépoque de la rédaction de notre passage. La demande de la 
remise des impôts pendant la septième année suppose que les 
Juifs étaient tenus de payer l'impôt. Gela peut donc s'être passé 
sous les Séleucides jusqu'à 143-142, où Simon le Hasmonéen 
brisa leur pouvoir, ou sous les Romains, à partir de Pompée. 
Nous savons avec certitude que Jules César fit remise aux Juifs, 
pour Tannée sabbatique, des impôts auxquels ils étaient assu- 
jettis, en récompense des services qu'ils lui- avaient rendus [Anti- 
quités, XIV, 10, 6) 1 . Comme cette disposition ne fut renouvelée 
nulle part, autant que nos sources permettent de le constater, 
on est porté à admettre que la conduite de César vis-à-vis des 
Juifs a inspiré l'idée des privilèges qu'aurait accordés Alexandre 
le Grand. Dans ce cas, le grand-prêtre qui représenta devant lui 
les Juifs serait Hyrcan II, qui apparaît, en effet, comme le re- 
présentant de tous les Juifs ; sous la désignation de Juifs de la 
Babylonie et de la Médie seraient compris tous les Juifs du dehors 
que visaient les rescrits de César, ceux de l'Ionie auxquels il ga- 
rantit le libre exercice de leur religion [Antiquités, XIV, 10, 8 
et 10, 20-24), aussi bien que ceux d'Egypte, dont il confirma expres- 
sément les droits civiques à Alexandrie en les faisant graver sur 
une stèle (Antiquités, XIV, 10, 1; Contre Avion, II, 4). La ga- 
rantie de tous les droits du pontificat et du sacerdoce, accordée 
par César, garantie qui suppose la liberté de pratiquer la religion, 
correspondrait à l'autorisation donnée par Alexandre aux Juifs de 
Palestine d'observer librement les lois de leurs pères. 

Le second point caractéristique, je veux dire l'offre qu'aurait 
faite Alexandre à tous les Juifs qui entreraient dans son armée de 
les laisser vivre selon leurs propres lois, amène à la même con- 
clusion que nos démonstrations précédentes. La même promesse 
se retrouve dans la lettre du roi séleucide Démetrius 1 er à Jona- 

1 Cf. mon étude dans la Festschrift de Steinschneider, p. 91 et suiv. 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 19 

than et a été faite par d'autres princes séleucides, comme M. Will- 
rich l'a déjà mentionné en renvoyant à I Macch., x, 36 et suiv., et 
xi, 40. Le passage qui nous intéresse est celui de x, 36 : « Qu'on 
enrôle jusqu'à trente mille hommes parmi les Juifs dans l'armée 
du roi et qu'on leur donne la paie qui revient à tous les autres 
soldats du roi. Qu'on en choisisse parmi eux qui seront placés 
dans les grandes garnisons du roi et qu'on prenne aussi parmi eux 
des hommes de confiance pour gérer les affaires du royaume. Que 
leurs chefs et leurs capitaines soient des leurs et qu'ils vivent se- 
lon leurs lois, comme l'a ordonné le roi en Judée. » Ainsi que le 
prouve le contexte, il n'est pas question, dans l'avant-dernière 
phrase, des Juifs en général, mais de trente mille soldats juifs. 
On leur promet ici de pouvoir vivre selon leurs lois, comme 
Alexandre le leur avait promis. De quelle époque est cette lettre, 
considérée avec raison comme fausse? De prime abord, il y a 
lieu d'admettre que c^tte relation, où l'on exagère par calcul, en 
vue des païens alexandrins , la considération dont la Judée a 
joui auprès d'un de ses conquérants, a été composée en un 
temps où la situation de la Judée pouvait faire croire à la vrai- 
semblance de ces faits, c'est-à-dire lorsqu'il y avait effectivement 
des soldats juifs dans les rangs des armées étrangères, et qu'on 
leur confiait des places honorifiques et des postes de confiance 
dans des forteresses. Autrement, cette description eût paru une 
simple vantardise et provoqué la raillerie. On songe ici immédia- 
tement à Onias et à Helkias, les généraux de Cléopâtre, mère de 
Ptolémée VIII Lathyre (Antiquités, XIII, 13, 1-2) ; mais rien de 
ce qui est dit dans I Macch., x, 29 et suiv., de la Judée ne répond 
à la situation du temps de cette reine, Il est vrai que des Juifs 
combattirent aux côtés d'Antiochus VII Sidète contre les Parthes, 
sous la conduite de Hyrcan I, mais ce fait non plus ne corres- 
pond pas aux détails de notre récit. Par contre, une série de 
particularités correspond très exactement à la situation créée en 
Judée par César. En effet, sous la conduite d'Antipater, trois 
mille hommes combattirent pour César à Péluse, et, pendant toute 
la durée de la campagne d'Egypte, ils lui rendirent des services 
signalés (Antiquités, XIV, 8, 1-3; Bellum judaicum, I, 9, 3-5); 
Antipater s'empara aussi de villes et de camps égyptiens et fut 
certainement pendant quelque temps en haute considération chez 
les Romains. Les dispenses d'impôts que César accorda comme 
récompense ainsi que les droits donnés aux grands-prêtres, se 
reflètent dans les actes attribués à Démétrius. Mais, ce qui est 
particulièrement caractéristique et probant, c'est ledit concernant 
la remise des impôts des trois districts de Samarie et de Galilée 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réunis à la Judée (I Macch., x, 30) et celui qui est relatif à leur 
dépendance vis-à-vis du grand-prêtre (x, 38). En effet, César 
ordonne (Antiquités, XIV, 10, 6) que les droits du grand-prêtre et 
des prêtres s'étendent à Lydda, qui faisait partie précédemment 
de Samarie (I Macch., xi, 34), ainsi qu'à la plaine d'Esdrelon et à 
d'autres localités syriennes qui appartenaient au territoire de 
Samarie. La situation de Ptolémaïs (x, 39) rappelle celle de Joppé 
du temps de César ; la permission d'élever les murs de Jérusalem 
(x, 45) se retrouve identiquement dans les Antiquités, XIV, 10, 5. 
Pour terminer, mentionnons encore le passage de x, 34 : « Que 
toutes les fêtes et les sabbats, les néoménies, les jours solen- 
nels, et les trois jours avant les fêtes, et les trois jours après, 
soient pour tous les Juifs de mon royaume des jours de pleine li- 
berté et immunité. » On pense aussitôt à l'ordonnance de l'empe- 
reur Auguste au sujet des Juifs d'Ionie, prescrivant expressément 
qu'aucun Juif ne soit cité en justice le sabbat et la veille du sab- 
bat à partir de la neuvième heure (Antiquités, XVI, 6, 2). Cette 
disposition est précédée de cette remarque : xaOwç è/pwvro litl 
'Ypxavou àp/i£ûéojç Gsou û^ctou, c'est-à-dire, comme il est dit immé- 
diatement avant, que les Juifs continuèrent à jouir de tous les 
droits qui leur avaient été concédés par César. Il est donc clair 
que César a aussi tenu compte, dans son ordonnance, des fêtes 
des Juifs et que la lettre du roi Démétrius qui se réfère à ce pri- 
vilège appartient à l'époque de César. Ceci admis, il en résulte 
une autre conséquence pour fixer l'époque de cette particularité, 
mentionnée par Josèphe (Contre Apion, II, 4), qu'Alexandre le 
Grand, en récompense de la vaillance et de la fidélité des Juifs, 
exempta d'impôts le territoire de Samarie. On chercherait vaine- 
ment dans toute l'histoire d'Alexandre une occasion où se seraient 
révélées ces qualités des Juifs, a moins d'admettre qu'ils les ont 
manifestées sous les yeux de ses fonctionnaires lorsque Andro- 
maque, préfet de Syrie en Samarie, fut brûlé vif (Quinte-Curce, 
IV, 8; Eusèbe, Chronique, II, 114; Schùrer, II, 108), ce qui est plus 
qu'invraisemblable. Or, nous avons vu qu'effectivement César 
accorda au territoire samaritain l'exemption des impôts, et que 
cette mesure fut provoquée par la fidélité et la vaillance des Juifs 
durant la campagne d'Egypte. Il devient donc manifeste que par 
Alexandre il faut entendre César. 

Josèphe raconte aussi (Contre Apion, II, 4, § 35 ; Antiquités, 
XIX, 5, 2) qu'Alexandre conféra les droits de citoyen aux Juifs 
d'Alexandrie, lors de la fondation de la ville. Malgré les doutes 
exprimés à ce sujet, ce détail doit être vrai, mais il faut noter 
cependant que ce fut César qui confirma les Juifs d'Alexandrie 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 21 

dans la possession des droits de citoyen (Antiquités, XIV, 10, 1 ; 
Contre Apion, II, 4). Il résulte de toutes ces considérations que, 
pour l'exposé des faveurs attribuées à Alexandre le Grand et à 
Démétrius I er , ce sont les ordonnances de César qui ont servi de 
base. Il paraît alors tout naturel qu'Alexandre, dans l'histoire de 
Josèphe, ainsi que la lettre de Démétrius engagent les Juifs à en- 
trer dans l'armée avec la promesse qu'ils pourront observer les 
lois de leurs pères comme soldats. Car cette invitation a pu effec- 
tivement leur avoir été adressée par César, à la suite des rensei- 
gnements favorables sur les services rendus par eux dans la 
campagne d'Egypte. Pour terminer, remarquons encore que ces 
éléments ont dû être utilisés, pour l'histoire d'Alexandre, immé- 
diatement après l'expédition de César en Egypte, alors que l'au- 
teur pouvait compter sur l'impression produite par les événements 
pour trouver créance auprès du lecteur. 

Il reste pourtant à examiner si le récit des rapports de San- 
ballat avec Alexandre le Grand, dont nous avons dit qu'il a précédé 
le récit juif concernant Jaddua et l'a influencé, correspond à 
l'époque indiquée. Nous avons vu que ce récit se borne, en grande 
partie , à placer des événements réels qui se sont passés sous 
Néhémie à l'époque d'Alexandre, et que, sauf les rapports de San- 
ballat avec Alexandre, il n'ajoute rien qui trahisse les traces d'une 
époque postérieure ; il ne contient donc, en somme, rien qui contre- 
dise ni qui corrobore notre hypothèse. Seul le fait d'insister sur ce 
détail historique que le premier grand-prêtre du temple de Garizim 
était le frère de Jaddua, détail qui est, en tout cas, étrange dans 
la relation d'un Samaritain, pourrait peut-être servir d'indice pour 
prouver que le grand - prêtre de Jérusalem jouissait chez les 
Alexandrins d'une considération si haute, que les Samaritains eux- 
mêmes, qui étaient les adversaires du temple de Jérusalem, jugè- 
rent à propos de faire ressortir leur parenté. Ce détail pourrait 
aussi s'appliquer à Jonathan le Hasmonéen, qui fut comblé d'hon- 
neurs par le gendre du roi d'Egypte, Ptolémée VI Philométor, le 
roi Alexandre Balas, et cela en présence de ce dernier, à Ptolémaïs 
(IMacch., x, 57-65). Mais ces honneurs ne pouvaient guère pro- 
duire une impression profonde sur les Egyptiens. Hyrcan I er , qui 
régnait lorsque Ptolémée Physcon s'immisça dans les affaires sy- 
riennes, n'accomplit aucun exploit qui ait pu porter sa renommée 
à Alexandrie, et il était certainement haï des Samaritains à cause 
de la destruction du temple de Garizim. Nous ne connaissons non 
plus aucun exploit d'Alexandre Jannée qui pût lui conquérir l'admi- 
ration des Samaritains mêmes. Nous sommes donc amené encore 
à Hyrcan II, comme dans notre démonstration précédente, pour 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'époque de la composition de la relation juive sur Alexandre. 
Il n'est pas facile d'indiquer la raison qui provoqua alors la compo- 
sition du récit relatif à la fondation du sanctuaire samaritain. 
Peut-être l'apparition de soldats du grand-prêtre juif sur le terri- 
toire égyptien éveilla-t-elle l'intérêt de la population pour les 
Juifs et Jérusalem, et l'écrivain samaritain profita-t-il de ces dis- 
positions favorables pour placer aussi au premier plan le temple 
de Sichem 1 . 



IV 

LES SAMARITAINS ÉVINCÉS PAR ALEXANDRE. 



J'ai négligé jusqu'ici le dernier chapitre de l'histoire d'Alexandre 
(Antiquités, XI, 8, 6), qui raconte les rapports ultérieurs des Sama- 
ritains avec ce roi, parce qu'à première vue, on s'aperçoit qu'il se 
distingue des parties étudiées jusqu'à présent. 11 parle du rejet de 
la demande que les Samaritains avaient formulée pour être 
exemptés des impôts, eux aussi, pendant l'année sabbatique et, de 
plus, il mentionne la promesse, faite par Alexandre, d'aller visiter 
plus tard leur temple. Ce n'est pas seulement l'attitude réservée 
du roi, mais une série d'autres particularités qui établissent une 
sérieuse différence entre ce chapitre et les précédents. Les Sama- 
ritains ont pour capitale Sichem, qui est habitée par des dissidents 
juifs. Plus haut, la ville de Samarie était le théâtre de l'action, 
parce que Sanballat y habitait ; la montagne de Garizim était 
l'emplacement du nouveau temple; Sichem n'était pas même men- 
tionnée, et même Sanballat, dans les promesses qu'il prodiguait à 
Manassé, ne parlait pas de la promotion de Sichem au rang de ca- 
pitale. En outre, d'après le récit de 8, 2-4, il ne s'était écoulé que 
peu de mois depuis la rencontre de Sanballat avec Alexandre, 
puisque celui-ci accorda la permission de bâtir le temple au dé- 
but du siège de Tyr ; ici, au contraire, il est déjà question de la 
capitale des Samaritains et le roi est invité à aller visiter leur sanc- 
tuaire. En supposant même qu'on y eût travaillé pendant les sept 
mois du siège de Tyr et les deux mois du siège de Gaza, malgré toute 
la hâte déployée, les travaux n'auraient pu être avancés au point 

1 II semble que les Samaritains combattirent aux côtés des Egyptiens contre Cé- 
sar ; c'est là un point sur lequel nous reviendrons. Cf. Antiquités, XIV, 8, 1, 2; 
Bellum, I, 9, 3-5. 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 23 

qu'on eût pu inviter Alexandre à visiter le temple. D'ailleurs, n'au- 
rait-on pas rappelé, dans la demande qui lui était adressée, ce détail 
important que c'était le sanctuaire bâti avec son autorisation en 
récompense des services rendus? Ces considérations suffisent pour 
prouver que ce paragraphe ne peut émaner des mêmes auteurs 
que le récit concernant Sanballat; il n'en est pas non plus la suite, 
puisqu'il ne tient pas compte de ce qui précède. Un examen plus 
approfondi des détails montre que, dans ce paragraphe, l'auteur n'a 
pas une idée claire de la direction des marches d'Alexandre. Car 
les Samaritains l'invitent devant Jérusalem à se rendre à Si- 
chem ; on devrait donc penser qu'il marcherait vers le Nord. Il pro- 
met de venir les voir à son retour; il est donc sur le point de se 
rendre en Egypte. A moins que le narrateur n'ait cru possible 
qu'Alexandre fit le voyage de Sichem, par égard pour les Sama- 
ritains, comme il avait entrepris un voyage dangereux pour se 
rendre au sanctuaire d'Ammon en Egypte. Il manque aussi de 
précision quand il dit qu'Alexandre se rendit de Jérusalem dans 
des villes voisines, où il fut accueilli avec enthousiasme. On ne 
peut savoir facilement à quelles villes l'auteur a pensé si vrai- 
ment Alexandre, comme nous le savons par l'histoire, s'est 
dirigé vers l'Egypte. Peut-être veut-il parler des villes de la côte ; 
mais Alexandre les avait déjà visitées. On ne rencontre pas chez 
lui la connaissance des événements telle qu'on la trouve dans le 
récit touchant Sanballat. La différence des deux relations se trouve 
donc aussi confirmée par ce point-là. 

L'auteur ne peut non plus être un Samaritain. En effet, un 
Samaritain n'eût pas traité les adeptes du temple de Sichem 
comme des dissidents ; il aurait passé sous silence ou, du moins, 
atténué le refus qui leur fut opposé. En ne tenant même nul 
compte de la remarque concernant l'indication étrange et peu 
certaine de leur origine, et qui émane certainement de Josèphe 
lui-même (§ 341), et en ne relevant pas plusieurs traits ayant 
la même origine , nous devons pourtant reconnaître que le ton 
d'animosité contre les Samaritains qui règne dans tout le récit, 
et qui rappelle Antiquités, XII, 5, 5, fait croire que celui-ci est de 
source juive. 

On ne peut établir facilement dans quels rapports ce chapitre se 
trouve avec la relation qui le précède immédiatement et qui parle 
de Jaddua. Il fait bien allusion à la dispense des impôts accordée 
pour l'année sabbatique et à la visite d'Alexandre au temple de 
Jérusalem, mais rien ne montre que l'auteur a tiré ces indications 
de notre récit. Il en est de même de l'allusion concernant les sol- 
dats de Sanballat amenés à Alexandre et l'histoire de Sanballat 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui précède. Peut-être avait-il, pour les rapports de Sanballat et 
des Juifs avec Alexandre, une autre relation dans laquelle on éta- 
blissait une démarcation sévère entre les Sichémites, qui étaient 
absolument inconnus à Alexandre, et le peuple de Sanballat, qui 
s'était déjà rapproché de ce prince. Il arrangea ces éléments pour 
attaquer les Samaritains, après que ceux-ci, par suite de leur 
attitude souvent hésitante vis-à-vis des Juifs d'Egypte, avaient 
mérité le reproche de manquer de caractère, attitude qui, dans 
notre récit, leur est imputée comme datant d'une époque plus 
reculée. 

La dernière phrase de la relation : « Alexandre ordonna aux 
soldats de Sanballat de le suivre en Egypte, où il voulait leur con- 
céder des terres ; il leur en donna bientôt en Thébaïde, où il leur 
confia la garde du pays », contraste, sous deux rapports, très favo- 
rablement avec le contexte. Tandis que celui-ci ne donne aucune 
indication précise sur Alexandre ou les Samaritains, nous voyons 
ici clairement que le roi est sur le point de se rendre en Egypte et 
que l'auteur est au courant des dispositions prises par lui dans ce 
pays 1 . Cette particularité suffit pour que jious séparions cette 
phrase du paragraphe 8, 6, comme élément étranger et que nous 
la rattachions à la relation qui montre la même connaissance de 
l'histoire d'Alexandre. C'est la relation du Samaritain sur Sanbal- 
lat dans 8, 4, où cette phrase doit, d'ailleurs, se placer en raison 
de son contenu, car elle suppose l'antériorité du récit relatif aux 
soldats que Sanballat a amenés auprès d'Alexandre. Comme nous 
avons vu que l'auteur mérite créance, nous avons là une indication 
digne de foi qui prouve que le fondateur d'Alexandrie avait déjà 
établi des soldats du district de Samarie en Egypte, ce que les 
Samaritains de ce pays rappelaient avec fierté. Les Juifs, dési- 
reux de pouvoir se vanter également devant les Alexandrins d'un 
séjour très ancien, afin de ne le céder en rien aux Samari- 
tains, relevèrent aussi le fait qu'ils avaient été transplantés par 
Alexandre dans la capitale et établis, en quelque sorte, comme 
gardiens du pays (Aristée, éd. Schmidt, p. 20 ; Contre Apion , 
II, 4; Antiquités, XII, 1, 1). 

Pour pouvoir déterminer l'époque de la composition de ce der- 
nier paragraphe, il faudrait établir quand les Samaritains eurent 
l'occasion de se rattacher à une autre origine que celle qui leur était 
attribuée. Il me paraît très invraisemblable que cette indication se 
rapporte à des événements arrivés en Palestine, car le passage des 

1 Voir Lumbroso, L'Egitto dei Greci (1895), p. 81 et suiv.; cf Philologus, LVI, 
1897, p. 193 et suiv. 



LA RELATION DE JOSÈPHE CONCERNANT ALEXANDRE LE GRAND 25 

Antiquités, XII, 5, 5, où, devant Antiochus IV Epiphane, ils se 
déclarèrent d'origine sidonienne, doit préalablement être exa- 
miné en ce qui concerne sa valeur historique. Ce passage, comme 
celui que nous avons, ne prouve qu'une chose, c'est que, devant 
un roi qui les prenait pour des Juifs, ils se déclarèrent Sido- 
niens. Ceci a pu se passer en Egypte, mais nous ne savons à quelle 
occasion. M. Willrich (p. 10), pour expliquer le reste de notre his- 
toire, « cherche dans les rapports des Juifs avec les Samaritains 
une situation qui, aggravant les querelles et les contestations ha- 
bituelles, provoqua un danger sérieux de la part d'une puissance 
étrangère, mais qui, finalement, se dissipa », et il la trouve dans 
Antiquités, XX, 6, 1 et s., où on raconte la querelle des Juifs et 
des Samaritains sous le procurateur Cumanus, en l'an 52 après 
J.-G. Inutile de réfuter cette hypothèse, qui n'a en sa faveur 
aucune apparence de preuve, quoique M. Willrich dise que les 
événements qui eurent lieu sous Cumanus se reflètent claire- 
ment dans la relation sur Alexandre. S'il est vrai, comme nous 
le supposons, qu'en faisant le portrait d'Alexandre, l'auteur a pris 
César pour modèle, la dernière partie du chapitre dans Josèphe, 
d'après notre hypothèse, pourrait être attribuée à peu près à la 
même époque, sans qu'on puisse dire à ce sujet quelque chose 
de précis. 

Résumons maintenant brièvement les résultats de notre étude. 
La relation de Josèphe sur le séjour d'Alexandre en Palestine et 
ses rapports avec les Samaritains et les Juifs est composée de trois 
parties différentes, qui peuvent facilement être séparées l'une de 
l'autre, parce qu'elles sont, en grande partie, juxtaposées. Il en est 
deux qui sont d'origine juive, la troisième est samaritaine. La 
première traitait des Samaritains, la seconde des Juifs, sans tenir 
compte de leurs voisins du même pays ; la troisième est hostile 
aux Samaritains et rapporte avec une joie maligne le refus qui fut 
opposé à ceux-ci par Alexandre. La première relation juive est 
probablement une réponse à celle des Samaritains, qui, pour une 
raison quelconque, voulaient montrer aux Alexandrins, en ratta- 
chant à l'histoire du Sanballat de la Bible des détails, d'ailleurs 
exacts, sur la lutte de Darius avec Alexandre, que le temple de 
Garizim devait son origine à Alexandre le Grand. Le récit juif fut 
composé immédiatement après l'expédition de César en Egypte et 
attribue les nombreuses marques de bienveillance de ce prince à 
Alexandre ; il est donc sans valeur pour l'époque plus reculée. Le 
récit samaritain et la seconde relation juive pourraient aussi être 
de cette époque. On ne peut déterminer si l'assemblage a été fait 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par Josèphe ou s'il existait avant lui. En tout cas, l'historien a 
ajouté beaucoup de détails concernant les expéditions d'Alexandre 
et les Samaritains. Les renseignements qu'il donne nous permettent 
de jeter un regard sur les rapports entre Juifs et Samaritains en 
Egypte et sur le laboratoire littéraire des Judéo-hellénistes du mi- 
lieu du I er siècle avant l'ère chrétienne. Cette connaissance sera 
plus complète si l'on parvient encore à présenter sous leur véri- 
table jour d'autres productions de la polémique qui eut lieu entre 
les deux races. 

Vienne, le 27 décembre 1897. 

Adolphe Bughler. 



LE 

TRAITÉ TÀLMUDIQUE « DÉRÉCH ÉREC » 



CARACTÈRE DU TRAITÉ, 



Parmi les traités du Talmud appelés « les petits traités » , 
le traité Déréch Eréç x , en raison de son contenu entièrement 
consacré à l'éthique , tient une place prééminente. Bien qu'à 
vrai dire, il n'appartienne pas à la Mischna, il a pourtant ce ca- 
ractère commun avec la Mischna qu'il est écrit en hébreu pur 
et est divisé également en Perakim, chapitres. Gela explique 
aussi qu'il soit souvent appelé Mischna par les anciens et ait 
pour eux la valeur de la Mischna 2 . Il était aussi considéré à 
l'égal de la Mischna en ce sens qu'on y ajouta, comme à celle-ci, 
des explications, qu'on peut appeler avec raison Talmud ou Gue- 
mara 3 . Un ouvrage d'un genre littéraire apparenté de très près 
au D. E., le traité Kalla, a été, en effet, publié récemment avec 
des additions qui sont désignées dans le manuscrit comme baraïta, 

1 Nous désignerons ce traité par les lettres D. E. ; Déréch Bréç Rabba, par D. E. 
R., Déréch Eréç Zouta, par D. E. Z., ou le premier par R. et le second par Z. 

2 Cette question est traitée à fond par M. Schechter dans l'Introduction (p. vu) 
de son édition des Abot di R. Nathan (Vienne, 1887). — Ibid., p. xi, la dénomi- 
nation y-itf *yy\ p"iD est citée d'après le ms. 15299 du British Muséum. Dans j. 
Sabbat, % a, tf'rCll *ûn". Dans Berach., 4 a, il y a la formule *yn '■jjaN'l ; de 
même Houllin, 91 a, pour la phrase "m *p7^b ^bnfaïl (Z., iv), cela paraît faire 
une distinction. 

3 Luzzatto, 173H d*"Û, VII, 216, d'après un ms. du Nord de l'Afrique. Dans cems. 
il y a aussi yn$ ^"VT nwïl, cf. Berach., 22 b : rTDbm inN p"lD 13b Ï13U5 
N"l, Kalla, éd. Coronel, 15 b. La situation de notre traité par rapport à celui de D. 
E. mentionné dans le Talmud n'est pas tout à fait claire. Dans Die jûdische Litte* 
ratur de MM. Winter et Wùnsche (I, 631), notre D. E. est défini t l'amplification 
des K"T n"ûbn du Talmud •. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais qui, au fond, ne sont autre chose que la guemara sur la par- 
tie tannaïtique du livre 1 . L'expression de baratta (arma) ne con- 
vient mieux pour ces additions que parce qu'elles sont brèves et 
serrées, comme la Mischna elle-même, et qu'au lieu de longues 
discussions, comme celles qui sont habituelles dans le Talmud ba- 
bylonien, celles-ci se meuvent dans le cadre étroit de Yinterpré- 
tation. Les additions que nous possédons effectivement sur D. E, 
R., dans le traité mentionné de Kalla, et que nous ne connaissons 
que partiellement sur D. E. Z., ont tout à fait le même caractère 
que la guemara du Talmud de Jérusalem. Par un hasard remar- 
quable, la dénomination baratta*- se trouve aussi pour la gue- 
mara de ce Talmud. Dans le texte de D. E., qui est maintenant 
sous nos yeux, la guemara paraît être fondue avec la Mischna — 
si on peut s'exprimer ainsi — ou avec le texte, et cela de telle 
sorte que le texte original ne peut plus en être distingué. Dans le 
cours de cette étude, nous tâcherons de rétablir le texte original 
de D. E., en éliminant les additions ou la guemara 3 . 



II 

DIVISION DU TRAITÉ, 

La division usitée dans les éditions du Talmud pour notre traité 

— ï-n-i *pN Y" 1 * 7 et Na1T V" 15 * T* 1 "~ est évidemment analogue à celle 
de icn trh& et kbit irpbN 4 , mais elle ne semble pourtant pas être 

1 Commentarios quinque, edidit Nathan Coronel, Vienne, 1864. Cf. Introduction, 
p. vin : N-tf33n ^13 ••• y IN *]11 rODBtt tr-im ÏW1Ï1. Dans l'édition Coro- 
nel, ces additions sont désignées par Nn"H3, P ar exemple *y£ p"1D, avec l'assertion 
de R. Juda; puis vient le commentaire (baraïta, guemara). D'après cela, le texte de 
llbl) rOOfà, dans les éditions ordinaires, est pour ainsi dire la Mischna, à laquelle 
se rapporte l'édition Coronel comme guemara. Ce rapport a été supprimé dans l'édi- 
tion Romm, de Vilna, et remplacé par une indication erronée, car ici, outre le texte 
(Mischna) et les additions, on fait encore une distinction entre N*"|735 el NP^^IS. 
Raschi, sur Berach., 22 tf, paraît faire une distinction; fi"n b'£J ÛDH1 est appelé 
par lui baraïta, l'autre morceau p^D ; cette distinction convient, en effet, pour les 
deux traités. 

s Dans le traité Sabbat, Mil, éd. Cracovie et Krotoschin, il est dit : "ibfcO 
mrma dilb "liNittt ttb "OTDbtt Û^p^lD iWlUKH « Dans les quatre chapitres 
présents, nous n'avons pas trouvé de baraïtot s'y rapportant »,où baraïta est évi- 
demment l'équivalent de guemara. Cf. l'appendice sur Nidda. 

3 Dans le ïmri TMoStl, ms., de R. Jacob ben Hananel, on cite, entre autres, 
comme sources (Neubauer, Jetoish Quarterly Review, II, 334) : ^"l H723 NÙ21Î H"l 
Î"D1 N""f. D'après ce que nous avons dit, il n'est pas impossible que par H733 (lire 
'-[J2^ = rHfa}) on ait voulu désigner la guemara de D. E. 

* Les deux écrits se ressemblent aussi en ceci qu'ils sont déjà mentionnés tous 
les deux dans le Talmud. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DERÉCH ERÉÇ » 29 

primitive 1 . Le contenu n'explique nullement cette division, et 
les témoignages des anciens auteurs y sont formellement opposés. 
Ainsi, l'auteur du Mahzor Vitry ne connaît que la dénomination 
D. E. et ignore la division en R. et Z 2 . Par contre, l'auteur des Ha- 
lachot Guedolol appelle précisément R. la partie que les éditions 
désignent par Z 3 . Il est donc impossible de considérer la division 
en R. et Z. comme authentique. En soi, la division en deux par- 
ties est vraisemblable, étant donné le caractère de ces deux par- 
ties, car elles se distinguent nettement par la langue et le plan ; 
mais cette division a dû avoir lieu sous un autre nom. 

Sous le rapport de l'étendue, Z. n'est inférieur que de peu à R. 
Cette circonstance ne peut donc avoir donné lieu à la dénomina- 
tion Zouta « petite » ; en ce qui concerne le contenu, la valeur de 
Z. est bien plus grande que celle de R. Les phrases de D. E. Z. 
sont plus brèves, plus nerveuses, plus expressives, et se rap- 
prochent plus du genre de la gnome et de l'épigramme, que celles 
du D. E. R. ; en outre, on trouve dans ce dernier beaucoup de 
passages narratifs, qui sont, il est vrai, propres à illustrer les 
maximes et à mettre une certaine vivacité dans l'exposition, mais 
qui néanmoins s'insèrent fort bizarrement au milieu de sentences 
isolées et interrompent l'ensemble du texte. Par sa composition 
lâche et sa langue terne, D. E. R. ne peut avoir servi de modèle à 
la compilation de D. E. Z., si bien construit et si substantiel, de 
sorte que Z., par rapport à R., est antérieur, et non postérieur. 
D. E. Z. n'est donc ni un remaniement de R. ni un extrait de ce 
dernier ; mais c'est plutôt une production littéraire indépendante, 
ayant un caractère particulier. Ce caractère spécial se mani- 
feste dans le nom que ce petit ouvrage porte dans le Mahzor Vi- 
try* : c'est l'ensemble des règles des docteurs (mftbn bra pm 

1 On sait que les dénominations de N2"l et NUIT dans d'autres ouvrages, tels que 
Sèder Olam, Pesikta, etc. ne sont pas plus authentiques. 

2 Mahzor Vitry, éd. Horowitz (Berlin, 1893), p. 724. Zunz, Gottesdienstliche 
Vortrdge, 2° éd., p. 94 a, fait la remarque que Nahmanide considérait probable- 
ment les deux D. E. comme un seul traité ; voir son commentaire sur Nombres, 
xv, 31 : y-\$ ^-n "9*133 "mfim « J'ai vu dans les Perakim de D. E. ». Je 
ne considère pas la preuve comme décisive, car ft"T ">p"iD peut aussi désigner les 
chapitres d'un seul traité; cf. ci-dessus, note 1. Des mots $"~i rQOft TU "H, dans 
Tosafot Yebamot, \6è, il ressort avec certitude que les Tosafot ne connaissaient 
qu'un seul D. E. 

3 mbl^U n"Dbn, éd. Hildesheimer (Berlin, 1888), p. 644-652. La division est 
ici tout à fait spéciale. Les Perakim du milieu de notre Z., v-vin, se retrouvent 
ici sous le nom de N"P3>T £*"l en tête de la collection; c'est seulement ensuite que 
viennent les premiers chapitres sous le nom de D. E. R. Le ch. ix de Z. appartient 
aussi à cette partie. 

4 Les mots Û^ttStl ""TEbn b© pIT « Règles des rabbins » semblent peu 
convenir comme titre d'un ouvrage, et il doit être difficile de trouver une analogie à 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tr^rt). A l'époque talmudique, les rabbins avaient adopté une 
manière de vivre qui les mettait fort peu en contact avec les gens 
non cultivés ; ils formaient, en quelque sorte, une classe particu- 
lière de la société. Ainsi se développèrent des règles de bien- 
séance , des habitudes, des mœurs et des vues spéciales , et il 
est hors de doute que D. E. Z. était destiné en première ligne 
à cette classe sociale *. Dans les écoles populeuses de Pales- 
tine et de Babylonie, qui étaient plutôt des sociétés savantes 
que des établissements d'instruction, il dut se former dans le 
commerce journalier de leurs membres un genre de vie spécial. 
On établit probablement des règles sur la manière dont les élèves 
devaient se comporter vis-à-vis des chefs de l'école, les disciples 
vis-à-vis de leurs condisciples, les docteurs vis-à-vis de leurs col- 
lègues et du public. Il y eut là quelque chose d'analogue aux 
règles des couvents et des universités du moyen âge. Ce serait 
juger faussement la collection du D. E. Z., que de perdre de vue le 
fait que la collection était destinée à ceux qui sont versés dans 
les Ecritures. Le genre de vie spécial des savants en société, tel 
qu'il nous est présenté dans ce petit traité, N dura, comme on sait, 
plusieurs siècles, en Palestine, et il est naturel que ces règles et 
sentences n'aient pas eu besoin d'être formulées à nouveau, 
mais qu'il ait suffi de les rassembler et de les compléter. Plus 
tard, on considéra ces règles destinées uniquement aux savants 
comme étant également obligatoires pour toute la communauté, 
procédé qui, comme on sait, s'est souvent renouvelé dans le ju- 
daïsme et qui lui fait honneur. On voulait aussi posséder pour les 
autres règles de vie un recueil dans lequel les sentences dis- 
séminées dans le Talmud et le Midrasch seraient présentées au 
peuple sous une forme plus facile à comprendre. La formation de 
D. E. R. est donc postérieure à celle de Z. ; Z. est le modèle et R. 
l'imitation, et non le contraire, comme le croit Zunz, l. c* De 

ce cas. Qu'on songe toutefois que ce ne sont que quelques courts chapitres qui 
portent cette susoription, et non un gros ouvrage. 

1 Ou peut aussi prouver ce po:nt par divers détails : i, au début : b"£J "pTI 
Û^IDn "n^bn « l'usage des docteurs » ; cf. D'IN "OS bttî "pT7 « l'usage popu- 
laire >, dans R., xi, vers la fin; ni, vers la fin : Tttbm "HEM nVI» ÏT11Ï5* ttîEH 
DtDH « quirjze règles ont été dites au sujet des docteurs » ; iv, au début : "H^bn 
ïm^Hn D^Ni EP72!3n « les docteurs excellents en confrérie » ; v, au début : "^ 
ÛIDH TTobn NiniD « celui qui est docteur »; vi, au début : D"H3"J ITJ31S 
d" , T 1 72bnb ^!Sj5 « quatre choses sont honteuses pour les disciples » ; vu, au delr.it : 
les qualités t*u ûbl3 « sot * el au D^n « satre » ; immédiatement après, *T"HJt n"n 
Nn -,, v23 « le docteur doit être... » ; vin : n"n blD « tout docteur... » Pareillement 
eu beaucoup d'autres passages, mais, comme on le voit, le plus souvent en tête 
des chapitres, ce qui indique, avec une clarté suffisante, le but des règles. Ce trait 
caractéristique manque dans D. E. R. 

* A. J. Tawrogi, Der talmudische Tractât Derech Erez Sutta, Kœnigsberg, 1885, 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRËGH ERÉÇ » 31 

cette manière, on s'explique pourquoi, dans D. E. R., des pas- 
sages entiers proviennent de la Mischna Abot et des Aboi di 
Rabbi Nathan : comme il s'agissait de faire un recueil pour le 
peuple, le principal sujet d'enseignement ne pouvait naturelle- 
ment consister qu'en règles de bienséance ou en règles de morale ; 
comme on avait déjà un recueil de règles de morale, il est na- 
turel que celui-ci ait servi de modèle et même de source. Par 
là se montre une différence essentielle entre D. E. Z. et R. : 
Z. contient principalement des règles de bienséance, R. des 
règles de morale ; Z. était destiné originairement aux cercles 
savants, R., à la foule. Nous avons ainsi dans les deux traités 
de D. E. deux collections différentes qui diffèrent visiblement 
par l'époque de leur formation, leur but, leur contenu et leur 
structure. 

Chacun de ces traités se divise en plusieurs chapitres. Dans les 
éditions ordinaires du Talmud, R. embrasse les chapitres i-xi, 
Z. i-x, sans compter le ûnbujn pis « chapitre de la paix », qui y a 
été ajouté. La numérotation des chapitres n'est pas une tradition 
établie avec certitude. La différence tient, en premier lieu, à ce 
que les deux traités n'avaient pas toujours la même étendue. 
Ainsi, il a été déjà souvent remarqué par les anciens auteurs, par 
exemple par Raschi (sur Berakliol, 22 a), que R. commence par 
le chapitre de Ben Azaï, qui, dans les éditions actuelles du Tal- 
mud, est le in e ; en outre, dans Z., après le chapitre iv, il est dit 
que les chapitres suivants proviennent du Mahzor Vitry (cha- 
pitres v-viu) ; pour les deux chapitres qui suivent dans Z. (n° s ix 
et x), toute indication relative aux sources (ait défaut 1 . Dans le 
texte de Z. que nous avons sous les yeux, les diverses phases de 
sa formation sont encore clairement reconnaissables : les cha- 
pitres i-iv forment un groupe à part et ont une conclusion évi- 
dente dans ces mots *psb vmnrt fiba "nai 2 «j'ai exposé devant 

dit, dans son Introduction, p. nr, (note \) : « Pour ce chapitre (ch. ix de Z.), 
il semble que le 4 e chapitre de la l re collection a servi de modèle. Les mots du dé- 
but sont empruntés au 1 er chapitre de la l r8 collection ». — Celte assertion est er- 
ronée. La priorité appartient à Z. et non à R. Z. ne saurait être considéré comme 
postérieur à R. que si les dénominations de ïî'2* m \ et N^"|T étaient authentiques, ce 
qui n'est pas le cas. 

1 Voir le NZ3"lT y*"lN ^p* 1 *"Û5fà> avec l es commentaires Q^fj ^"H et mniK 
Û"nn et les noies de Elia Wilna, édité par J. E. Landau (Wiiua, 1872, Introduc- 
tion, p. 3. héb.) : « Je ne sais pas d'où les chapitres ix et x proviennent. Si c'est d'un 
D. E. antérieur a l'époque du Mahzor Vitry, comment des chapitres du Mahzor 
Vitry ont-ils pu s'y introduire au milieu des autres; si D. E. finissait primitive- 
ment au ch. iv, que viennent taire ici les chap. ix et x » ? Par la publication du 
Mahzor Vitry, nous savons maintenant que les chapitres en question n'y sont oas 
intercalés, car' dans Mahzor Vitry et Halachot Gruedolot, le chap. ix suit le chap.iv. 

2 Ces mots manquent dans Mahzor Vitry, 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toi ces idées » ; le groupe v-vin n'est désigné qu'au commence- 
ment par les mots û^n Y>ttbn txirm ■>» « celui qui est docteur » 
comme un écrit spécial et, à la fin, il n'y a aucune indication. Le 
fait que le chapitre ix, qui suit, forme un petit ouvrage à part, 
ressort de la circonstance qu'il porte en tête le nom de R. Elié- 
zer ha-Kappar et ressemble en cela au « chapitre de Ben Azaï » 
dans R., qui, comme nous l'avons déjà remarqué, forme le com- 
mencement du R. primitif; le chapitre x qui suit commence par 
les mots « R. Schimon b. Yohaï » et forme un petit ouvrage spé- 
cial. Tous les autres chapitres commencent par une sentence ano- 
nyme *. Nous pouvons donc dresser le tableau suivant des deux 
traités 2 : 

1 Règles des savants (n^n itoVi bu5 pn), Z., i-iv. 

2 Règles de bienséance pour les savants, Z., v-vm (d'après 

Mahzor Vitry) 3 . 

3 Chapitre de R. Eliézer ha-Kappar, Z., ix. 

■4 Chapitre de R. Schimon ben Yohaï, Z v x 4 . 

5 Les chapitres de Kalla, R., i 5 . 

6 Le chapitre des méchants (ypmîn), R., il. 

7 Chapitre de Ben Azzaï, R., ni. 

8 Pirhè Leolam (ûVtfb), R., iv-v. 

9 o»arr pns, n° 1, R., vt-vii. 

10 D3DDrj pD, n° 2, R., viii-ix. 

11 DE53Ï1 p*TS, n°3, R., x-xi. 

L'analyse de R. n'a pas encore été faite jusqu'ici à ma connais- 
sance, aussi ne sera-t-il pas superflu de la donner en détail. On 
a reconnu depuis longtemps que les deux premiers chapitres ne 

1 Le Ûlbttiïl plD commence par *^b \2 ?tBlfP f 1 *172N; mais ce chapitre 
n'est jamais compté avec D. E. 

* Comme les anciens ignoraient la différence entre N21 et NljIT, ainsi que je l'ai 
déjà dit, je laisse cette dénomination en dehors de cette division et je ne parle que 
de D. E. en général. 

3 Dans ce groupe il n'y a que des règles de bienséance ; dans le 1 er groupe on ne 
trouve que des prescriptions morales. Par analogie avec n"n btt) *p"n on pourrait 
appeler ce second groupe Q^n TVûbn fcO!T»ï5 "*J2- Si on élimine ce groupe, n° 3 
se rattache à n° 1 et nous avons alors le même système que dans Mahzor Vitry, 
car Pérek R. Eliézer ha-Kappar doit être compté avec *JDT7. 

4 II est à remarquer que 3 et 4 en un seul chapitre sont au moins aussi grands 
que deux ou trois chapitres du groupe 1 et 2. 

5 C'est-à-dire des chapitres qui appartiennent à vrai dire au traité de Kalla ; voir 
plus bas. D'après le contenu, le premier Pérek est un petit traité sur la pudeur 
(mais non le 2 e , comme on le soutient dans Winter-Wunsche, l. c, p. 630, dans la 
note ) ; le 2 e Pérek pourrait porter la suscription : c Des vicieux et des vertueux » 

ou ■pnbw ■psbir. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 33 

font pas partie du contenu primitif du D. E. R., et cela résulte 
aussi des indications des anciens auteurs. Mais le fait qu'ils appar- 
tiendraient au traité de Kalla, quoique les modernes le soutien- 
nent généralement ", n'est pas prouvé historiquement 2 . On ne peut 
attribuer à Kalla que le premier chapitre; le second a un thème 
tout différent. Sans doute, on pourrait admettre que Kalla se ter- 
minait par des règles de morale générale, comme c'est le cas de 
beaucoup de traités de la Mischna (par exemple Maccot), et consi- 
dérer tout le traité D. E. R. comme faisant partie de Kalla, comme 
dans l'éd. Goronel. Mais au petit traité de Kalla un grand appendice 
comme le chapitre ppYfltn (ch. n de D. E. R.) ne saurait convenir. 
Voici comment je m'explique l'addition de grands chapitres de mo- 
rale dans Kalla 3 . L'idée de *pN "pi, qui, comme nous le verrons 
plus loin, est aussi appliquée aux relations conjugales, a été prise 
dans le sens le plus étendu, et toute la série de ces petits traités, 
savoir inbs, ûifcsn T&ïn btt pni et le plus petit yna "pT, a été dé- 
signée du nom collectif y-ia ^in ; le chapitre ïib^ se distinguait de 
ce groupe comme pTT, *w* "js et tribun du D. E. actuel. Dans ce 
groupe il faudrait donc distinguer : 1° Kalla, le chapitre ainsi 
nommé actuellement avec le chapitre ■onpm (== D. E. R., i), 
qui n'a été séparé du premier que parce qu'il n'y est plus ques- 
tion de la nouvelle épousée, mais de la femme en général ; — 
2° le chapitre trpYOBi, qui manque dans Kalla, éd. Goronel, mais 
qui devait pourtant former une partie ancienne de cette série, 
puisque dans Aboi di R. Nathan* il s'en trouve aussi un frag- 
ment, ainsi que dans Eliyahou Rabba s , où l'on voit que la version 
de D. E. R. est primitive 6 ; — 3° "w* ja jusqu'à la fin du D. E. R. 
actuel ; — 4° trttsn "»TObn bui }DT7, ch. i-iv de D. E. Z. ; — 5° le 

1 Goldberg, Derech Erez Rabba (Breslau, 1888) ; voir Winter-Wiinsche, l. c, 
p. 646. 

1 Pour le second chapitre (d^pYlitîT)» il est prouvé, au contraire, par l'éd. Co- 
ronel qu'il ne fait pas partie de Kalla, car ce chapitre manque dans l'édition 
Coronel. 

3 Déjà R. Elia Wilna a rattaché ti5*1p?3Ïl et trpYlSfcft à Kalla. Dans l'édition 
Goronel, ce qu'on peut appeler D. E. forme deux tiers de l'ouvrage, du chap. ni à 
la fin, p. 6 a-19«. 

4 Version II, ch. xxxv, p. 43 de l'éd. Schechter. 

5 L'édition de lï-pbfc* "O"! &OD, dont je me sers, est imprimée à Lemberg, 1869} 
elle n'a pas de pagination et aune mauvaise division des chapitres; de là vient que 
mes citations sont quelque peu embarrassées. Le passage visé ici se trouve dans 
Eliyahou Rabba, ch. ïv, paragraphe 2, au milieu. 

6 Le mot difficile "psnnT, remplacé dans Eliyahou Rabba par "prtàirtë (dérivé de 
Î1N3Ï1), ne se trouve pas dans Abot di R. Nathan. La transition pour passer aux 
gens vertueux Cpnb"^ fa'Wl "pabj^ïl) est développée ainsi dans Eliyahou Rabba : 

■pabi* ïrw •pmby ima ^ bn«. 

T. XXXVI, r° 71. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reste de D. E. Z. ; — 6° Pérek R. Eliézer ; — 7° Pérek R. Schi- 
mon ; — 8° mbttîtt p'TB. 

Ne voulant m'occuper ici que des deux D. E., je laisse de côté 
le traité de Kalla et je commence l'analyse de D. E. R. par le 
Pérek unpiïïi (n° 5 de notre tableau). Sauf quelques phrases 1 , 
rien dans ce chapitre ne prouve qu'il fit partie de Kalla, mais son 
contenu permet néanmoins de l'appeler le chapitre Kalla du 
traité D. E. 

Le chapitre sur les impies (û^pmin), par son contenu et sa 
structure, a tout l'air d'un ouvrage indépendant, quoiqu'il y manque 
une introduction et une conclusion. Ce qui distingue ce chapitre de 
tous les autres du traité, c'est la symétrie de composition, l'em- 
ploi de versets bibliques après chaque sentence et le groupement 
de certaines catégories de gens vicieux et de vertueux. Vicieux 
et vertueux se subdivisent respectivement en douze groupes : 

Vicieux : 1° ûwip^Bam û^Dfiïn trJtmm nvnotti-n trpmn % Job, 
xin, 16; —2° "panttKrt (en tout 6 catégories), Psaumes, xxxvn, 
17 3 ; — 3° an ùiizmn (4 catégories], Psaumes, xxxv, 6 ; — 4° 'pstt 
nnoa (4 catégories) , Nombres, xvi, 33 ; — 5° m^B "Hstv (5), 
Amos, vin, 7 4 ; — 6° Enssnn d'après la correction de R. Elia 
Wilna 5 , avec 3 catégories (Les éditions qui ont les mots "pwû nbao 
l'wvwa, etc. interrompent la composition, qui est excellente, et 
y introduisent un élément hétérogène), Job, xm, 16 (comme au 
n° 1), et Psaumes, ci, 7 ; — 7° ûwd dwjïi (d'après la correction 
d'Elia Wilna 6 , avec 5 catégories), Ps., xxxvi, 12; — 8° ûu> ^bbrra 
tF&to (4), Ps., ix, 18, et Ecclés., i, 15 ; — 9° tVMn n Di (5), Malachie, 
m, 19; — 10° fraprt lanb rmiN fiTOttfi (3), Deut, xxix, 19; — 
11° 'paon (4), Ezéch., xxvn, 27; — 12° lomia b* t rprmm (5), Jé- 
rémie, xvn, 10. 

1 En tout, environ trois phrases : 6^*133 f1*lD ">înn 38, ensuite tt^ti) nft ^31 
Û">3D rittJia ib et 13W72 TT ïSifiO ïm* 121 ïlNinn 3D. Dans Kalla propre- 
ment dit (éd. Coronel, 1 b) l'expression y-|N ^1*7 n'apparaît qu'une fois. Cf. "pT 
bfcniD^ m33 dans Nombres rabba, ch. ix, 16; l'expression manque dans Sifrè, 
Nombres, §11, et Ketoubot, lia. 

* Sur Û^ID-IÏT, voir mes remarques dans Jetoish Quarterly Review, IX, 515. 

3 Cette phrase est remarquable par ses expressions relativement difficiles. "pSnENln 
est bien expliqué par Bosch Haschana, 17 a, TiaaKl b? ÏTTVp ttE^N b^BEÏT Au 
lieu de "pansa, Yabez lit, avec raison, l^nTU. L'expression "panriT est une expres- 
sion isolée et, pour cette raison même, tout à fait authentique. 

4 Au lieu de *n£"l3>, il y a dans Baba Batra, 90 b, "H^N, ce °< ui est P lus exact « 
Dans mnbtfyS le passage est cité comme *j2n, v. Zunz, l. c, p. 117. 

5 Cependant dans ma classification je dillere quelque peu d'Elia Wilna. 

6 Dans les éditions niS3nïTI nTYlDJaïTl FpYTXÏTlî presque comme le 1" mor- 
ceau; Q13"P3 Û^-llTîH se trouve dans les éditions au numéro suivant. A remarquer 
l'expression p»3»m, lisez ■p3an3J3fTl« 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 35 

Vertueux : 1° t^aVi* Tw *pab:W (4), Juges, v, 31 ; — 2° ù^oiN»rt 
dSTWa (4), Is., xlix, 7 ; —3° mm ^b*a (4), Ps., ci, 6 ; —4° aj-ntti 
iniDN na (4), Job, v, 24, 25 ; — 5 3 Tia© na aman (4), Isaïe, lviii, 
9 ; — 6o ptfca partSïart l^attïi (4), Isaïe, lviii, 8 ; — 7° p^a V»ïti 
(4), Ps., lxxiii, 1 ; — 8"»^n3Wrt (4), Isaïe, lxi, 3 ; — 9° 'psttmrt (5), 
Isaïe, ni, 10 ; — 10° trwn (5), Job, xxn, 28 ; — 11° srnna trVwrr 
(4), Proverbes, vm, 34 ; — 12° pTO wn (4), Nahum, i, 7. 

En face de cette composition si claire, la partie suivante du cha- 
pitre offre un réel contraste. S'il était permis de parler d'un traité 
des ûipriitti, je désignerais la partie suivante, dans laquelle les 
mots û'na'r ,h t b^aïaa sont répétés quatre fois dans des paragraphes 
de même grandeur, et qui se termine par une sentence de R. Dos- 
taï b. Juda, comme un second chapitre, auquel on pourrait encore 
rattacher la phrase commençant par ïib:?ttb ttaw "pa. La dernière 
partie du chapitre pourrait être appelée le 3 e Pérek; il commence 
par tFfcion i^tnïi et parle de la majesté divine en des termes qui 
rappellent le style des ouvrages mystiques de l'époque des Gao- 
nim *. Le traité û">pmrïi est précisément un des yna ^Ti V"® dont 
il a été parlé plus haut. 

Le Pérek *w* ja, qui forme le n° 7 de notre analyse, a dans 
les mots i^oa TOttb nb ntt&OT )Ti mb-na mabnio pa rm-n nais une 
conclusion bien reconnaissable et doit être considéré comme un 
morceau spécial du D. E. 

Viennent ensuite deux Perakim commençant tous deux par le 
mot ûbiyb. Ils contiennent des règles pour les savants et leurs dis- 
ciples. Tous les deux chapitres sont illustrés par des versets bi- 
bliques et des contes édifiants et ont, en tout point, le même carac- 
tère. A la fin vient une sorte de conclusion : p wym 'l iftS "pca 
a^jo^ba ■pvn trrtf ^a ba vît ùbi^b vb, etc. Le fait que cette 
phrase est placée à la tête d'un chapitre du traité de Kalla, éd. 
Coronel, p. 17 a, sous le nom de R. Josua b. Lévi, ne change rien à 
la chose, car dans ce traité de Kalla la plupart des phrases sont 
commentées spécialement et sont placées en cette qualité en 

1 Zunz, l. c, appelle avec raison cette conclusion une agada étrangère; p. 117, 
note w, il la désigne comme étant empruntée à une doctrine secrète. — Le premier 
morceau Û^a"! n^a"lN, à cause de ïTOTl&ttail tTW et de -OT 35113», 
conviendrait mieux au 1Z5 h Tp72!n p^3« Cependant on peut aussi établir la preuve 
qu'il fait partie de Û^pVTiÊÏI, car dans la phrase suivante on mentionne 
"iriO^D ^ama, etc., nom l'orme de deux mots, comme dans la l re partie du 
chapitre. Dans le Mahzor Vitry, p. 727, le morceau IVT&ttl n'est pas la fin du cha- 
pitre, mais est suivi sans interruption du contenu du Pérek "Wy *J3. Le chapitre 
en question débute dans le Mahzor par les mots Û"Ha*7 Ï13>a*lî*"l D"H1Z53% morceau 
qui ne se trouve que dans le Mahzor Vitry et dont on n'a pas établi la source. Ce 
nombre est certainement le pendant du nombre de morceaux étudiés par nous. Il faut 
donc admettre que notre collection a été très abrégée dans le Talmud. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tête d'un chapitre. Je ne considère les deux morceaux commen- 
çant par ûbvb comme un seul chapitre que parce qu'ils pré- 
sentent une apparence d'identité. L'histoire concernant Schimon 
b. Antipatros (D'itftfD'^N "p Ttfiïtt), qui se trouve au chapitre vi du 

D. E. R., est placée dans Kalla éd. Goronel, p. 16 &, dans lePérek 
"fiÉF ba, c'est-à-dire au v e chapitre. Or, cette histoire de Schimon 
b. Antipatros est également citée dans Yohasin, éd. Filipowski, 
p. 21 a, d'après N' ,b i n"Dbm 'ïï p-)B. Ceci prouve, non seulement que 
ce récit est dans nos éditions placé inexactement, mais encore 
que ce morceau fait partie du Pérek ùbirb, qui est précisément ca- 
ractérisé par l'insertion de pareilles historiettes. 

Ensuite viennent trois chapitres que j'ai désignés plus haut par 
D553ïin 08 1, 2 et 3. Le motif de cette division est non seulement dans 
la répétition du même début, mais aussi dans l'indication d'une 
conclusion après chaque morceau. Dans OiSifi n° 1 (ch. vi et vu 
de R.), la dernière phrase est ^on bra ibbs, etc., ce qui est tout à 
fait convenable pour une finale (le ch. v de Z. se termine par les 
mêmes mots) ; dans DSMtt n° 2 (ch. vin et ix), après un récit 
se trouve ce résumé ï-tt *an b? "imïi: mmf tûibiz) (dans Z., vin, 
où cette histoire se trouve au milieu du chapitre, ces mots man- 
quent) ; — la fin de D»5ïi n° 3 se confond avec la conclusion de D. 

E. R. Le fait que dans la Mischna aussi deux ou trois chapitres 
qui se suivent peuvent avoir les mêmes noms est prouvé par les 
chapitres xv et xvi de Yebamot, qu'on désigne d'une épithète dis- 
tinctive aibiû rwixn et java nzitin, ou par les deux *ûiot (vi et vu) 
dans Baba Mecia, ou les trois nm^n (iv, v, vi) dans Baba Ba- 
tra. Il faut, du reste, observer que dans les anciens temps, outre 
les trois Perakim DiMtt, il y en avait encore d'autres, car, à la fin 
du chapitre vin de Z., il y a encore deux phrases (dans Halachot 
Guedolot, trois) avec o»ïtt ne pouvant se rattacher à ce qui pré- 
cède et devant, par conséquent, être considérées comme un Pérek 
spécial. 

La division de ce traité en ses parties nous donne la meilleure 
preuve du peu d'unité que présente le traité de D. E. C'est une 
raison de plus pour rechercher la raison pour laquelle ces mor- 
ceaux ont reçu le nom uniforme de D. E. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 37 

III 

l'idée de •pa yrt. 



Dans le traité de D. E. même, l'expression a"l ne se trouve 
qu'une fois, tant dans Z. que dans R. : a"na 'piûJfc an^n ! (Z., m, 
comme seconde phrase du chapitre), expression qui ne s'emploie 
nulle part ailleurs dans toute la littérature rabbinique et qui fait 
partie du fond primitif du morceau n"n btt) pTr. Quelle que soit 
l'importance de la sentence émise dans cette phrase, cette unique 
sentence ne suffit pourtant pas à expliquer le nom du traité. Dans 
R,, v, la phrase tDti bu) aba k"*ï nr 'pa « ceci n'est l'usage que du 
savant » se lit aussi dans un morceau qui ne se trouve nulle 
part ailleurs. Cf. vu : 'p-a iD" 1 tf"n iina bnia û^n « tu es un grand 
savant et tu as de l'usage », dans un morceau qui, sans aucun 
doute, fait partie de D. E. (voir plus bas). Il en est de même des 
mots : 1&Ô da $"i ton w dtf dsna pYDb « 11 faut vous examiner 
pour voir si vous avez de l'usage ou non » (vin). L'expression 
nïnatt aï-fctt « usage mondain » (Z., v, fin; cf. R.,vn, fin) n'est pas 
tellement significative au point de vue du contenu du traité qu'elle 
puisse expliquer le nom uniforme de tf' ,ta i. Il faut donc que nous 
cherchions à nous expliquer ce nom d'une autre manière. 

On sait qu'en hébreu biblique, le mot 'pi en lui-même signifie 
déjà « coutume, genre de vie ». Dans la phrase composée y^ ^tt, 
la phrase a le sens qui se rapproche du langage biblique, dans 
Josué, xxiii, 14 •paa bd ^pia ûvn ^Vitt *358 (cf. I Rois, 11, 2), 
où on veut dire que la mort est une loi de la condition hu- 
maine ; dans Genèse, xix, 31, piNtt bs "pis, où l'expression 
indique que les relations conjugales sont une chose naturelle. Il 
semble donc que la phrase entière est pian bs 'pi, expression 
que je n'ai trouvée dans la littérature rabbinique que dans Exode 

1 Halachot Gucdol., p. 649, et Kalla, éd. Coronel, ch. ni, p. 11 a : V"-)tt ^plb ; 
cependant ""pla vaut mieux. Dans R., vi, fin, N""J)3 Û^ttî ; mais c'est une Ba- 
ratta citée dans Bèça, T6b, et Pesahim, 86 b. Le fait que l'origine est dans le Tal- 
mud et non dans D. E., comme Zunz, l. c, l'admet, est prouvé par la circon- 
stance que, dans D, E., la Baraïta précédente (dans Bèça et Pesahim y fcODni) est 
commentée par la question ïintf^T NÏ^U5' , ïl^SI- Ces mots, sont le commencement 
de la Baraïta ou Guemara. — Dans R., v, au début, "p N"l Û*7N blD 1*152^1 
Ûlp^îl ; rnais Elia Wilna biffe tout le passage. Ibidem, ni, dans le récit de la mort 
d'Eléazar ben Azaria, Elia Wilna lit O^T! mmiN, selon Berachot, 28 b ; dans 
les éditions, ^flN *D*7.En araméen, N3HN miN,par exemple dans Berachot, 62 b. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rabbal ch. xx, 11. Sans te, mais avec l'article déterminatif M, on 
trouve y-itf *]Ti dans le passage déjà cité plus haut de j. Sabbat, 
Sa, et j. Pèa, 17c?, ainsi que dans Pesïhta Rabbati, ch. xxi, 
p. 100 1», éd. Friedmann, expression à laquelle correspond très 
bien ûbwi yn dans ^4&o£ di R. Nathan, version I, p. 4, éd. 
Schechter ». Dans le passage de la Pesihta, yia yn est employé 
dans un sens qui est fort rare dans la littérature rabbinique. Il y 

est dit : "jvib D5^3 im bip abus© Sïtiia ynan pntt Yifcbb ^b «i 

d"OTtt h^2 « Tu peux le savoir par les dispositions de la nature, 
grâce à l'organisation des sens, une voix pénètre dans dix 
oreilles. » &'l est encore employé dans ce sens physique, quand 
on veut désigner par là les relations conjugales, comme dans la 
Bible, par exemple dans Gittin, 70 a, a' ,ta n "•pn i^aw) *% ; cf. Erou- 
bin, 100b; Genèse rabba, ch. xvm, fin, et Levy, Neuhebr. Wôr- 
terb., I, 424 b. A remarquer aussi le passage iïEliyahou Zouta, 
ch. ni : m3T drab ton f'wia© w a' /É, n p rrro *an« ^d ; de même 
t&id, ch. xvi, mais sans l'expression 'ps h pn. Cf. surtout Kohel. 
rabba, x, 8 : tf' ,ta n nms asum. 

Partant de l'ordre physique de la nature,, on employa l'expres- 
sion n"t pour désigner le genre de vie physique de l'homme. En 
ce sens, a' /k 7 signifie l'occupation physique de l'homme, par oppo- 
sition avec les occupations spirituelles, par exemple, Abot di R. 

Nathan, version I, ch. i : a'^b OTs, ou Abot, n, 2, Tittbn 

tf' ,k 7 d* rmn. Comme les occupations spirituelles embrassent non 
seulement la Tora, mais la Mischna, on dit dans Mischna Kid- 
douschin, i, fin : \ft nma a' ,fc n abn rtattoa abi snpiïa ab -îywo tel 
rmm (cf. Abot di R. Nathan, vers. II, ch. xxxv) ; là le mot (voir 
Kiddouschin, 40 b) n'a pas encore le sens de bienséance, mais 
celui de pratique (TO3>tt, par opposition avec nttbn = théorie). De 
ce sens dérive, avec une petite nuance, une autre signification : a' /ta i 
signifie la vie sociale limitée à l'acquisition des biens terrestres, 
comme il ressort de Abot, ni, 5 : a"*! bv. C'est à cette différence 
entre les choses terrestres et les choses spirituelles que se rap- 
porte la phrase (XEliyahoa Rabba, ch. i, au début : lî yn nNTimb 
î-mn . . .a^nn yy a' ,ta j, suivant l'expression connue rtonp rmn Va 

Cette dernière expression nous fournit une transition pour une 
nouvelle signification ou terme $"1. a"n est aussi quelque chose 
qui mérite d'être connu, un sujet d'enseignement dont la science 
fait honneur aux docteurs de la loi. C'est le genre de vie spécial 

1 Dans j. Sabbat, VI, 3,8a, yntf ym Wï, nom du traité; cf. blB "I5Ï-ID73 
ûbl3% qui est fréquent dans le Talmud. 
* Talkout sur Genèse, § 34. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 39 

et plus noble qui s'impose aux docteurs de la loi, c'est la bien- 
séance, les bonnes mœurs. Le docteur de la loi, ou nnn, mène 
un genre de vie spécial ; il doit posséder des vertus particu- 
lières; cf. j. Dernaï, 23 d, *nri *yn "paia, ou le passage du Talmud 
de Jérusalem cité dans Tossafot, Kiddouschin, 40 &, où celui qui 
est tenu à des bienséances spéciales est appelé Tttbn (c'est le Tttbn 
ûDfi), et d'où Tossafot déduit avec raison que ces règles de bien- 
séance concernent les savants : « ces règles ne sont que pour 
les savants ; d'autres les suivent. » Nous avons tiré la même 
conclusion du texte même du D. E. Nous avons aussi déjà fait 
la remarque que la première collection de ces règles concernant 
les savants est le traité de Abot et que le savant qui observait 
ces règles était en même temps un homme pieux, c'est-à-dire que 
les savants étaient aussi les gens pieux. C'est là le sens de cette 
maxime émise dans Baba Kamma, 30 a, ■nrpiïb vai )\kn W 
maai ^Vve ù^pb NT&n « Celui qui veut être dévot doit observer 
les choses de Abot » *, et dans le même traité il est dit (n, 5) : 
TOfi y^iNii û* bVi « l'ignorant ne peut être pieux » 2 . C'est pour 
cette raison aussi que le traité D. E. est appelé d^TOti nbsto 3 « le 
rouleau des dévots ». Cf. Eliyahou Rabba, ch. xvm, 9, TDn 

Je crois donc qu'au début y*i« "pi ne signifiait pas mœurs, 
bienséance, mais seulement « genre de vie », ainsi que le mot 
l'indique, et par là il faut entendre le genre de vie des savants et 
des gens pieux, comme le prouvent les témoignages littéraires et 
historiques. Dans Berach., '22 a, les savants réclament précisé- 
ment l'enseignement de yna -pi parce que celui-ci est nécessaire 
à leur état. Par là nous comprenons aussi l'expression souvent 
répétée : a"l min smab 4 « La Loi a enseigné déréch èrèç », car du 
moment que ce genre de vie spécial était devenu l'objet de l'étude, 
on le fit dériver lui aussi de la Bible. C'est seulement lorsque des 
règles de morale vinrent s'ajouter aux formes de la vie noble, 
que l'on appliqua le terme k"t à toute espèce de préceptes réglant 
les relations humaines, non seulement au point de vue général, 

1 Cf. Kalla, éd. Coronel, 11 J, K""H ib'VOa; Pesahim, 113a, fcttab^T *fy*>ï2i de 
même Berachot, 7 b ; Sabbat, 33 b. 

* Ceei correspond à Pautre phrase N"t "ptf imn '{"tf UN [Abot, iv, 17). Cf. 
le traité Kalla, au début : N' /ta J "D 'pK VD bj> (n)-)Tl3> !TYinîl 'pNID Vl bS. 
aiusi que dans l'édition Coronel, 1 b. 

3 Abot di E. Nathan, vers. II, ch. xxvn, p. 56, d^TOÏl m5bî"D ; ibid., p. 52, 
Û^TOfi nb^tt. Au sujet de Û^Ot! nb^tt dans Sifrè, v. Zunz, L c, p. 112. 

* Cf. Sifrè, Nombres, § 102 : a"l 'pttbb ; Sot a, 44 a : N"T fmn ttWb, de 
même Huullin, 84 a, Gen. rabba, xx, 12, Yalkout, Psaumes, 871 ; Midrasch Samuel, 
vu, 5; Gen. rabba, xxxi, 10, etc. 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mais aussi au point de vue moral. Aux règles concernant les sa- 
vants et la morale vinrent s'ajouter aussi, avec le temps, des con- 
seils pratiques pour le commerce et les professions, pour les soins 
de la santé, et tous ces genres de règles sont maintenant réunis 
dans notre D. E. *. 

Comme, par la suite, le grand public, c'est-à-dire les cercles 
qui ne faisaient pas partie de la classe des savants, s'attacha 
aux règles de D. E., il se forma encore pour les savants d'autres 
règles de vie morale, plus fines et plus subtiles que les autres, et 
c'est ainsi que s'explique l'expression 'pa ^yn "nno « secrets de 
dêrech êréç » qui se trouve surtout plusieurs fois dans Tanna di 
de Eliyahou*. 

Ces petits chapitres, au nombre de onze, ne pouvaient être dési- 
gnés que par le nom de yna ^Ti, car ce nom seul est propre à 
servir de suscription à des écrits aussi hétérogènes, puisqu'il 
exprime tous les aspects de la vie sociale, morale et pratique, en 
commençant par le côté physique de l'homme. 



IV 



LES SOURCES DU TRAITE. 



Je n'ai pas l'intention d'indiquer ici les sources anciennes des 
phrases, sentences et expressions isolées qui se trouvent dans 
D. E. ; cette tâche est réalisée presque dans chaque édition du 
Talmud, et, comme on le sait depuis longtemps, le contenu de R. 
se retrouve dans des écrits rabbiniques plus anciens. Je ne veux 
relever que les emprunts qui montrent la façon dont s'est consti- 
tué notre traité. 

Sa dépendance vis-à-vis de la Mischna saute aux yeux. Mais ce 

1 Nous trouvons un exemple spécial de VnN l "p k 7 traitant des règles de bien- 
séance dans Yoma, 4 b : nbnn 1Èmp 5"NC* YVOn Ù9 tDIN "DT «bl8 N""J; 
le même passage se trouve aussi dans Nombres rabba, xiv, 21. 

2 yiN "pi "nnDT iTTir! VinD, Abot di R. Nathan, vers. I, ch. vnr, p. 36 ; cf. 
Sifrè, Deut., 305, et Eliyahou Zouta, xvi. Dans Eliyahou Rabba, xiv, au commence- 
ment, il y a cette tournure remarquable : fc<"*7 1T *pN N"T N^H "IT "Ol. Ibid., xiv : 
mSfcTDft ^Nttîl N"T Dm tt5^tt) y"lN?l "VQ3> ; de même xxvn ; Eliyahou Zouta, xm, 
au début : N"*T Tîftbbl HSfflttbl Énpttb fOCI ; ibid., ^"13 Û^pOW. — 
Dans Berach., f>2 a, à propos de quelques règles relatives à NOD!"î ITD, qui se 
trouvent aussi partiellement dans D. E. R., vu, on emploie deux fois la phrase solen- 
nelle : "p-is ^k -nEbbn son min. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 41 

ne sont pas des passages entiers qui sont empruntés à Abot, ce 
sont seulement des expressions et des phrases. Je vais en donner 
la preuve en détail : Z., ni : mst rpb ^Tinfi na "p ^in = Abot, i, 6; 
toutefois le contexte est tout différent et la sentence n'est pas 
anonyme; — Z., ibid., ma dtt> î-rtp = Abot, n, 7 ; — Z., z'&it?., 
TOb fœ^an "pa = Ab., ii, 5 ; — Ibid., ïcforo a-^tti V^d baitt) = 
j4&., v, 1 ; — /Md., %bb n"$ n»ibn = 4ô., iv, 5 ; vi, 6. Dans le 
troisième chapitre du Z., où se trouvent les mots ^TD ^pii)*» muin 
•pa et qui appartient au fond primitif du traité, la phraséologie 
de Abot est employée cinq fois, sans qu'une seule sentence entière 
soit empruntée à cette Mischna. Des autres chapitres de Z., je 
citerai encore : Z., i, bdrt na asn& «"frira yiSDd = 4&., v, 15 ; — 
/ôtà., rwnart na ama == -4&., vi, 1 ;•— ■ Ibid., -pim tm asri = Ab., 
ii, 4 ; — Z., il, rruïttb b!"P3 — ^., v, 7 ; — 7&W., nïïtfrs b$ rtTtta = 

4&., v, 7 ; — Ibid., p« msnb *rad dfcprcn ba = 4ô.. iv, 5;— - 

/Ml, ù^tz^fctt dm mro-inn na nms = <4ô., vi, §\ — Ibid., 

rmnicnb min m-ib bp = 4&., ni, 12; — Ibid., nbp irrûfcfcb yn m 
== i4&., ii, 1 ; — Ibid., nw 'pafc 3H = 4&., ni, 1. 

Ce style, qu'on pourrait appeler à bon droit le style de mo- 
saïque 1 , ne se trouve que dans les quatre chapitres de D. E. Z. 
dont nous avons parlé, c'est-à-dire dans ces parties du D. E. que 
nous avons désignées plus haut comme formant le morceau à 
part, rï'n bitt "pT?. Cette partie, contenant les règles concernant 
les savants, n'a que des réminiscences de Abot, mais n'en a rien 
emprunté. Comme il n'a rien des parties purement morales de 
Abot, il est permis de croire qu'il est aussi indépendant des autres 
écrits. Lorsqu'il y a concordance entre )d^1 et d'autres écrits, 
l'originalité appartient toujours à 'pli. C'est ce que je vais égale- 
ment essayer de prouver. 

Z., i : wt>b nteYti l*n watt \n ïfpw ">Tb arnfctt -je prm 
« Eloigne-toi de ce qui conduit à la transgression, de ce qui est 
laid et de ce qui ressemble au laid » se retrouve, quant à la 
seconde partie, dans Houllin, 44 b, avec cette formule intro- 
ductive d^ttdn Titta bna « mais les sages ont dit » ; mais on voit 
au premier coup d'œil que cette phrase est ici une citation qui 
n'est appliquée qu'à un cas spécial. Dans D. E., la phrase a 
encore un membre antérieur et un membre postérieur. Dans 

1 Ce style de mosaïque est fait non seulement de réminiscences de la Mischna 
à^Abot, mais d'emprunts à l'Ecriture Sainte, comme on le montrera plus loin, dans 
le chapitre sur la JaDgue. Il est également impossible de méconnaître que D. E. ren- 
ferme beaucoup de réminiscences du Talmud et du Midrasch, non pas tant du Tal- 
mud et du Midrasch sous leur forme définitive que des sentences isolées suftisam- 
ment connues dans les écoles et attribuées aux rabbins. Quant à donner à ce sujet 
des preuves en détail, cela nous mènerait trop loin. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tosefta Houllin, n, 24, p. 503 de l'éd. Zuckermandel, la phrase est 
un peu plus longue, et la Tosefta ne peut être la source de D. E. 
Dans Abot di R. Nathan, version I, en. n, la phrase est conçue 
comme dans D. E., mais immédiatement après d'autres sentences 
sont rapportées sous cette forme ù^n Yiïïn "p^Db « c'est pourquoi 
les sages ont dit » ; comme ces sentences ne se trouvent que 
dans D. E., et que D. E. est une des sources des Abot di R. Na- 
than, l'on ne peut guère songer à cet ouvrage comme source de 
D. E. Dans le Midrasch Hagadol, sur Deut., xxi, 5, qui a été 
publié récemment par D. Hoffmann (1897, p. 24), cette sentence 
est encore accompagnée de ces mots ïrvostt b*ins "piOT abio 
« pour qu'on ne te soupçonne pas de transgression ». Ces mots ne 
se trouvent que dans D. E. ; donc l'auteur du Midrasch Hagadol 
a utilisé notre D. E. '. 

Abot di R. Nathan di encore une autre citation qui est sûre- 
ment de D. E., appelé en cet endroit tr'-pDn nb^fc; la sentence 
même se trouve avec quelques modifications dans D. E. Z., n 2 . 

La phrase *tp -va '■ftnb 'p'wft Ytob « Habitue ta langue à dire : 
Je ne sais pas » (Z., m) est citée dans Berach.,^a, avec l'introduc- 
tion "iti "ient « on a dit », et Raschi, in toc, renvoie avec raison 
àD.E. 

La belle maxime ^pjfc nbtr ^V© na -jb^ irai» rta da « Si tu as 
pris ce qui ne t'appartient pas, on te prendra ce qui t'appartient » 
(Z., ni) se retrouve presque identiquement dans Abot di R. Na- 
than, version II, ch. xxxn, p. 36. Sans tenir compte de la rédac- 
tion plus concise, le contexte plaide aussi en faveur de la priorité 
du D. E. Z. CpYi), car il y a là plusieurs maximes de ce genre 
avec la même construction 3 . 

La maxime fn» ffi'W îTitt fcnpfts pswïi est citée dans Baba 
Mecia, 33 a, comme une baraïta "pm lan ; mais comme elle ne se 
retrouve dans aucune collection de baraïto, cette formule intro- 
ductive fini "tin vise peut-être la collection D. E. (Z., iv). Nous 
lisons presque la même sentence dans j. Sabbat, 15 d. 

La phrase msfib© vuab iront ma bs •pw» « Tout le monde 
ne peut avoir la chance de s'asseoir à deux tables (jouir du 

1 Zunz, l. £., p. 120, note a, dit que HIS^D ne se trouve que rarement dans 
l'ancienne Agada, et il ne cite que Houllin ; toutefois le mot se trouve également dans 
Sifrè, Deut., 37, et cela en deux endroits. Dans Tosefta Yebam., iv, 7, il se trouve 
aussi; ce dernier exemple manque chez Tawrogi, L c, p. 5. 

8 Dans Kalla, éd. Cor., m, comme l'indique M. Schechter (p. 52), on ne trouve 
pas cette maxime. 

3 Dans Abot di R. Nathan, la maxime est attribuée à Rabban Gamliel (J-pf! 50r» 
1731N) ; niais les deux maximes provenant de R. Gamliel sont si diverses de langue, 
de construction et de suite dans les idées qu'il nous faut considérer comme erronée 
leur attribution à R. Gamliel. 



LE TRAITÉ TALMTJDIQUE « DËRÉCH EREÇ » 43 

bonheur déjà en ce monde) » ' n'est à sa véritable place que 
dans D. E., où elle est précédée de phrases introductives. Dans 
Berach., 5&, la sentence de R. Yohanan n'est employée que dans 
un cas spécial, mais il est visible qu'elle n'a pas pour auteur 
R. Yohanan. R. Yohanan doit donc déjà avoir connu le recueil 
D. E. 

Les six maximes examinées ici sont presque les seules du mor- 
ceau appelé p*"rt qui soient désignées en marge des éditions du 
Talmud comme étant aussi mentionnées ailleurs, et pour toutes 
nous avons pu établir la priorité de D. E. A part peu de passages, 
que nous éliminerons plus tard, ce morceau ne contient que des 
sentences très nettement formulées, exprimées avec les plus belles 
expressions de la littérature rabbinique. La langue est de l'hébreu 
pur, le style clair et concis, ayant presque toujours une allure 
d'épigramme. Mais ce morceau a encore un trait caractéristique, 
que je veux relever. Vers la fin du chapitre iv, c'est-à-dire à 
la fin du morceau pTj, l'auteur du recueil fait parler Dieu à la 
première personne : C|fcn '■pntab »y.n ^bu) aôbfcs fittoran ^tal mus* ds 
dibun ^"û ^b "ifcifco ^n&npb tf£N ^loiSJd -oa « Si tu as accompli mes 
préceptes avec joie, ma cour sortira à ta rencontre et moi aussi, 
et je te dirai : Que ta venue soit en paix. » La personne qui parle 
ici ne peut être que Dieu. D'après cela, la conclusion ttbtf iWj 
*pôb WTrti, etc. pourrait aussi être conçue comme émanant de 
Dieu. Par cette tournure de style, la langue et l'esprit du mor- 
ceau p-n s'élèvent à une certaine hauteur morale et la collection 
se rattache aux meilleures productions de la poésie gnomique 2 . 

Le morceau de pm est aussi le seul, entre tous ceux du traité 
D. E. où il soit question de pureté lévitique. Il en est parlé en 
deux passages : 

1° i : d-rçnp "Wp bbnn not "pan d* Çro d3> dnb bdan ba 3 « Ne 
mange pas de pain avec un prêtre ignorant, de peur de profaner 
les choses saintes. » D'après Abot ai R. Nathan, version II, 
ch. xxxiii, p. *72, la maxime a été dite par R. Akiba en même 
temps que d'autres maximes se rapportant également à la pu- 
reté lévitique. Une collection où une pareille maxime a trouvé 

1 Zouta, iv. 

2 Dans le morceau intitulé p*"|1, la plupart des maximes ont une forme semblant 
indiquer que le maître enseignait ainsi à ses disciples; ce qui aussi est une preuve 
d'antiquité. 

3 Les mêmes mots se trouvent aussi dans D. E. R., i (XÛ1pl2ll p"!D), sous le 
nom d'Abba Hilfaï : d^EIZ) ^tû^pa '•p'ilMF Ntttfï. Nous comptons ce cas avec 
ceux où, dans D. E., on donne intentionnellement la préférence à l'anonymat; cf. 
cependant Nedarim, 20 a, où ces mêmes mots forment une partie d'une baraïta 
rapportée avec le terme fc»n. 



/. t REVUE DES ETUDES JUIVES 

place doit au moins être contemporaine de l'époque talmudique f . 

2° in : inVo&u "pa iwrisn "pn trumpn tstï mi « Fais attention 
aux choses saintes, soit lorsque tu les donnes, soit lorsque tu les 
manges. » La maxime qui se trouve un peu plus loin maffia nbnn 
ûwb nno peut néanmoins se rapporter également à l'impureté 
lévitique. 

Pour les quatre chapitres de D. E. Z. (v-vm) qui suivent ou 
pour ce qu'on appelle les Perakim du Mahzor Vitry, il est impos- 
sible de relever des indices établissant leurs rapports avec d'au- 
tres parties de la littérature rabbinique. Dans ce morceau, les 
renvois en marge à d'autres écrits sont nombreux. La langue est 
moins nerveuse et serrée que dans pm, et on y trouve fréquem- 
ment des énumérations, telles que d^nai iwia, v et vi; rw*bt8 
ï-îb rwm, etc., ibid., v; ùbito t^-im wac, vu; ïrnabra rrnrto, 
vin, style qui rappelle vivement Aboi, v, et Abot di R. Nathan. 
C'est pourquoi j'admets que le début du septième chapitre : tttftt) 
ùVwa &v-ûi provient de Aboi di R. Nathan, version I, ch. xxxvn, 
p. 110, qui provient à son tour de Abot, v, I 2 . La maxime n©V©a 
nourri nD^Dii iD"D:i ^o^ dlN d^dl « L'homme se fait connaître par 
trois choses, par son verre, sa bourse et sa colère », qui, selon 
Eroubin, 65 b, a été dite par R. Haï, est modifiée dans D. E. Z., 
v, et on y met quatre objets en ajoutant le mot ins^rn « et par 
son costume », qui interrompt la belle assonnance D"D, D"0 et d3>d; 
par la phrase WTO t|N «""n « d'autres ajoutent : par sa parole » 
on ajoute déjà à cette expression une sorte de guemara. Suivant 
le traité Eroubin, la maxime vise l'homme en général; dans 
Abot di R. Nathan, version II, ch. xxxi, p. 68, une maxime du 
même genre (ûnaïi na "jvrn d^m 'jû) vise également l'homme en 
général ; dans D. E., la maxime a donc dû être seulement appli- 
quée aux savants, ce qui explique aussi l'addition de {woni ». 
Il est donc permis de soutenir qu'en cas de concordance entre les 
chapitres de D. E. et du Tanna di bè Eliyahou, l'authenticité est 
du côté de D. E., car là on dit, par exemple, R., v : ûin fifrP dbub 
nOT iOii •% b^a W, tandis que dans Eliyahou Rabba, xn, il y a 
déjà l'expression « des savants » irmn rw bïbîiï aon n"n ûiO 4 . Les 

1 Neuburger veut prouver que l'observance des lois de pureté lévitique n'a duré 
que jusqu'à l'époque d'Hadrien {Monatsschri/'t, 1873, p. 433 et suiv.). Toutefois, j'ai 
déjà démontré le peu de fondement de cette opinion dans Magyar- Zsidô-Szemle. VII, 
385, et la preuve tirée de D. E. vient encore s'ajouter aux raisons que j'en ai 
données. 

2 Les mots ddt"D ^3UJ"1 manquent dans Halachot Guedolot, p. 645. 

3 Les savants se distinguaient aussi par leur costume, comme cela ressort des Evan- 
giles. Au commencement de D. E. Z., la leçon "îrndD CIlS^D^T est donc préférable 
à la leçon "imdd EpEOfàT ; elle veut dire que le savant doit se vêtir décemment. 

4 Voir plus bas les mœurs des Jérusalemites. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 45 

chap. ix et x de D. E. Z., comme on sait, montrent peu d'origi- 
nalité. 

D. E. R. semble avoir utilisé Tanna di bè Eliyahou comme 
source. La maxime de la fin du chapitre vu : "pa tna rwui' 1 ab 
tro-Drî « il ne faut pas se réjouir près de ceux qui pleurent », se 
trouve dans Eliyahou Zouta, en. xvi, en langue araméenne ; la 
traduction en hébreu, faite par D. E. R., est un signe certain de 
jeunesse. Cette maxime est aussi rapportée dans Eliyahou Zouta 
au nom de Samuel le Petit : 153 abn d* i-oan «b b^m ab^r d? bmn ab 
«b** ûr ^mn NbT mïis «bi d* mnan «m iata «bi d3> -^dn «bn 
ïica'Hû nuïnn atttii ^m « N'aie pas peur à côté de celui qui n'a pas 
peur ; ne pleure pas à côté de celui qui ne pleure pas ; ne mange 
pas à côté de celui qui ne mange pas ; n'aie pas de soucis à 
côté de celui qui n'a pas de soucis ; ne ris pas à côté de celui 
qui ne rit pas, de peur que tu ne sois pris pour un fou. » La 
remarque finale dans D. E. : ^331 rrafi rwtt inm d*ia ï-j3ur> bat 
dia « Il ne faut pas penser autrement que les autres » est 
exprimée dans Zouta, v, fin, en ces termes : arrofc d^ iW* ba 
nvndî-j « Il ne faut pas s'écarter de l'usage du monde. » L'ex- 
pression riTiaft se trouve aussi dans R., vi, vers la fin, dans 
la maxime analogue : mw» dis biû "mm ann d^dn "ras 18373 
irnnsïi d?, et c'est le seul endroit du traité D. E. où se trouve la 
phrase : « C'est à cause de cela que les sages ont dit 1 . » La 
maxime même ,a o insH ixnn ne se retrouve nulle part ailleurs, et 
pourtant la formule introductive faott semble indiquer une cita- 
tion 2 . Il semble qu'il y a là une indication du fait que l'auteur 
de ce morceau connaissait des chapitres de D. E. que nous ne 
possédons plus, ce qui confirme l'hypothèse que nous avons ex- 
primée plus haut de l'existence de plusieurs chapitres (d"-p"©) de 
D. E. Le fait que D. E. R. même s'en réfère à un autre D. E. 
est une nouvelle preuve de la jeunesse relative de D. E. Rabba. 
Il faut seulement mettre à part le "w* 13 piD, qui forme un petit 
ouvrage distinct et qui fait partie du fond primitif du D. E. R. 

Dans le premier Pérek de R. (impfcïr), presque chaque maxime 
provient des traités du Talmud babylonien. Les maximes qui sont 

1 D. E. R., iv, au milieu, il y a encore d^dfi "H738 Tpb. La phrase citée dans 
cette formule : Ïl3p3 "p vjfl se trouve, en effet, dans Z., vm, au commencement; 
mais la suite forme une sorte de guemara. Le fait que le mot H3p3 h TH *HÏ"5 est an- 
cien est prouvé précisément par la citation d^dH "1*1738 *pb ; dans Abot di R. 
Nathan, version I, xli, p. 66, il y a "n?38 "{8373. D'après Taanit, 20 b, le mot 
provient de Eléazar b. Schimon ; voir plus loin le chapitre sur les parties nar- 
ratives. 

* Cf., plus haut, d"«73dn n738 "p^b, dans la maxime WWl P PÏTI^- La 
formule d ,, 733n T"l738 est aussi usuelle pour les citations de Sira. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bien à leur place dans D. E., parce qu'elles ont un caractère mo- 
ral, révèlent beaucoup d'originalité, par exemple la maxime : 

ITB1&P3 iw è6n wa sinmia bsw ™art w nr™ ï-Din ab « Ne 

bavarde pas beaucoup avec les femmes, car leur conversation ne 
porte que sur l'adultère », qui paraît même avoir été employée 
dans Mischna Aboi, i, 5 *. — Le Pérek trpmii a déjà été analysé 
plus haut, et il suffit de dire que ce chapitre, sauf sa fin mys- 
tique, fait partie des plus anciens ouvrages de la littérature 
de D. E. 

Voici comment je résumerai les résultats de cette analyse. Les 
morceaux intitulés p^tt avec nspïi w^a '"i p-TS, *w* "p et trpmn 
ne puisent pas à d'autres sources, mais sont originaux et s'appel- 
lent N ,,ta J V"> D ou n"" 1 n *û^"i dans le sens ancien. Ces morceaux sont 
déjà utilisés dans le Talmud. Les Perakim de Z. dans le Mahzor 
Vitry font des emprunts au Talmud et à Aboi di R. Nathan ; les 
Perakim iv-xi de R. empruntent à Z. et aussi à Eliyahou Rabba 
et Zouta ; Pérek i de R. et Pérek x de Z. ne sont que des com- 
pilations sans caractère indépendant ; Pérek dibuîïi est une agada 
isolée et ne doit être considéré que comme apparenté au 
traité D. E. 



S. Krauss. 



{A suivre.] 



1 Cf. Geiger, dans Zeitschrift der deutsch. morgenl. Gresellschaft, XII (1858), 
p. 538, et Derenbourg, Essai sur l'histoire de la Palestine, p. 50, note 1. 



LE CANTIQUE DE MOÏSE 

(DEUTÉRONOME, XXXII) 



Si ce cantique, dont l'ensemble est très clair, renferme quel- 
ques passages obscurs, cela tient surtout, selon nous, à un cer- 
tain nombre de lacunes, qui n'ont pas été suffisamment remar- 
quées. Nous avons été amené à admettre ces lacunes, d'abord, par 
l'examen des versets difficiles à expliquer. Nous avons observé, en- 
suite, que la plus grande partie du chapitre était composée de dis- 
tiques, exprimant chacun une pensée distincte. On reconnaît avec 
évidence des distiques dans les versets 4, 6, 7, 10, 11, 13, 17, 20, 
21, 22, 23-24 a, 24&-25a, 25 &-26, 27, 28-29, 30, 32, 34-35 a, 35 &- 
36 a, 36&-37, 38, 41, 42, 43. Si l'on met à part les versets 1 à 3 qui 
contiennent l'introduction du poème, il y a quarante-huit lignes, 
sur soixante-six, qui forment des distiques. Cette simple consta- 
tation autorise à croire que le cantique entier (sauf l'introduc- 
tion) était, à l'origine, composé de distiques. Seulement, le texte a 
souffert par suite de nombreuses omissions, de sorte qu'il manque 
des hémistiches, des stiches et même un distique entier, sinon plu- 
sieurs. Dans les distiques intacts, on peut le plus souvent res- 
pecter la division traditionnelle des versets. Parfois aussi les ver- 
sets sont mal coupés. Nous allons examiner maintenant les 
versets qui présentent des obscurités ou qui ne cadrent pas avec la 
division en distiques. 

Les trois premiers versets, qui renferment une invocation, 
comprennent un stiche, un distique et un stiche. Le cantique lui- 
même ne commence qu'au verset 4. 

Le verset 5, qui a donné tant de mal aux commentateurs, n'a 
qu'un stiche, dont la première partie est inintelligible. Le dernier 
essai tenté pour l'expliquer est de M. Gastelii (Z. A. W., 1897, 
p. 337), qui lit aVib pour aô nb et traduit : Leur faute eût perdu, 
s'ils n'eussent été ses fils, une génération perverse et tortueuse* 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais la construction de la phrase hébraïque s'oppose absolument 
à cette explication, et, de plus, le verset suivant n'aurait pas de 
sens. A notre avis, "ib nma ne peut signifier que : {Israël) s'est cor- 
rompu envers lui (Dieu). Or, le verset 5 est, de toute façon, 
trop court pour exprimer la défection d'Israël. Il nous semble 
donc qu'il devait y avoir là un distique dont "ib nn© est le com- 
mencement et v>3a ab, etc. la fin. Toute une ligne manque entre 
"ib et aô. Pour les mots diïiiï TQa ab, nous adopterions partielle- 
ment la correction proposée par Klostermann et nous lirions ab 
twiîDK -on, parallèle à bnbnsh ©pj> th, et analogue à 20 b. 

Dans 8 5, les mots baïur 1 ■»» nsaiïb ne s'adaptent pas bien à aat* 
ta^tt? mbaa. Or, 8 et 9 n'ont que trois lignes. Si nous supposons 
que 8 b se rattache à 9 , et qu'il manque l'hémistiche paral- 
lèle à ùw mbaa a^, ainsi que l'hémistiche répondant à -îsoiïb 
banic ^a, nous aurons peut-être trouvé la cause de l'incohérence 
de 8&. 

Le verset 12 n'a qu'un stiche, qui se suffit à lui-même, mais 
qui pouvait avoir son pendant dans un autre stiche omis par un 
copiste. 

Nous rentrons dans l'obscurité avec les versets 14 et 15. On re- 
marque, d'abord, que l'hémistiche tria abn a? est bien court. 
Aussi faut-il y rattacher fca^bai de la ligne suivante (voirDill- 
mann, a. L). Ensuite, rtan rmba abn ta* se rattache mal à Itfîa 13a 
tmnsn, et l'image de la graisse des reins du froment est très 
singulière. On rencontre bien la graisse du blé (Nombres, xvm, 
12) et la graisse des reins (Lév., m, 4), mais nulle part les reins 
du blé. Enfin , rmba abn û* ressemble étrangement à abn &* 
lama, qui se trouve juste au-dessus. Nous sommes porté à croire 
que les mots [tzpba] nvba abn a* (d'après Is., xxxiv, 6) sont une 
variante de tzpbai û^na abn a?, et que le mot rrjn fait partie du 
distique suivant. L'hémistiche répondant à amnsn "pûa 13a manque, 
en réalité. Du premier hémistiche du distique suivant, qui répon- 
dait à -)ttn timon as? tan, il ne reste que iian. C'est à ce même 
distique que nous rattacherions volontiers, avec M. Perlés 
(W.Z.K.M., t. X), les mots m>^a ma? ni»©, ces verbes étant à la 
deuxième personne comme ïirnan, tandis que û*m "pO" 1 ïEtû'n doit 
être rapproché de 1TO? iiba ttîCïn. Le distique est complet, si on 
écrit, d'après la Septante, 3>aun ap^ ba&o*i, après BWi JTBT Ittum. 
Le verset 16 n'a qu'un stiche. Au lieu d'admettre avec M. D. 
H. Mùller (chez Perlés, l. c.) que fcaroin, etc., dans le verset 17, 
est une glose, il nous paraît plus naturel de croire qu'une ligne 
est tombée après le verset 16. Le verset 17 donne un excellent 
distique. 



LE CANTIQUE DE MOÏSE 49 

Les versets 18 et 19 sont probablement, eux aussi, incomplets. Ils 
pourraient à eux deux former un distique, mais il n'est pas vrai- 
semblable qu'un même distique renferme deux idées différentes. 
Un indice de l'altération du texte nous est fourni par ywi, car ce 
mot n'a pas de complément direct, et Draa est difficile à com- 
prendre. Aussi a-t-on proposé la correction ingénieuse consistant 
à lire own au lieu de oawa et de transposer ce verbe avec ywn. 

Le verset 23 n'a qu'un stiche, mais nous croyons que le ver- 
set 24 a doit y être réuni. Il n'est pas sûr du tout que "»T53 et 'Wib 
soient des participes, le parallélisme avec nap indiquerait plutôt 
des substantifs, expliquant le sens de ^n. Ensuite, 24 & va très 
bien avec 25 a, de même que 25 t> se comprend bien mieux comme 
complément anticipé de KTWD8 que comme suite de 25 a; donc 
25 b et 26 forment ensemble un distique. 

On doit réunir aussi 28 et 29. 

Les difficultés reviennent avec troat imatt fcb "O. On ne voit 
guère comment cette phrase se lie avec ce qui précède et elle 
ressemble beaucoup à l'hémistiche qui est au-dessus d'elle sb t=« 
fcslDtt fcamat 15. N'en serait-elle pas une variante? En ce cas, il 
ne resterait du distique qui suit le verset 30 que les mots énigrna- 
tiques. to^bD "î^mco Pour les comprendre nettement il faudrait 
suppléer trois hémistiches, ce qui est délicat. 

Au verset 32 il semble manquer drwnD après ï-nEJ nTaiiBEi. Le 
verset 33 n'a qu'une ligne; il est possible qu'une autre ligne ait 
disparu. Le verset 34 doit être complété par 35 a, tandis que 
35 & et 36 a vont ensemble ; de même 36 b et 37. Entre 37 et 38 il 
y a sûrement une lacune, car on passe brusquement du Dieu d'Is- 
raël aux idoles. On doit donc supposer qu'il manque au moins un 
distique. 

Le verset 39 comprend cinq hémistiches. C'est trop ou plutôt 
trop peu ; car il est à croire qu'il est tombé un stiche parallèle à 
fin? ian, etc., tandis que m»a rça exprime une idée différente. Il 
est visible aussi que devant b^tt it» "pan il manque un hémistiche. 

Enfin, le verset 40 est incomplet, car l'apodose de «m "O est 
absente. 

Si l'on tient compte de ces observations, le cantique de Moïse 
doit être écrit de la manière suivante : 

■no "nwN "pan jfctam ïrmao bijo»tt mars 

wn» b^3 bîn ^npb TJtts tpan 

•yoy *^y D^n-DI t*sun ^b* Dn^UÎD 

îaiïibab b^ natt «np^ "r\ ûid ^ 

T. XXXVI, n° 71. 4 



50 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



USEE VS'Tl Pai 

Nirs wn piix 

Snbnsi ttpy m 

t3Dn sbi bas nr 

nsia^i ^3> Nin 

tii n retB irn 
*p na»** 1 , n3pî 

toiN "«23 mena 



inbns ban apy 
•jttiai bb^ lïwai 

qrrp ■pbna b* 
imaN b^ ittwb"' 

"133 b« 1733> yai 



ips>d a^n m$n 

Sl3> "pNl Ï1D172N bN 



ip nrna 

twitt» ^a «b • • • 

pnt ib^ip 'frbn 

^5p naa Nin t^bn 

abi:> rVWF 151 

•fijni nns bws 

taria fpb* bn:na 
û^b* mbiaa a^ 

172 y 'n pbn ^a 

iai» ynaa ir^sïT 
lîiMiai iri3::ao-< 

13p 1T 1«3a 

imp^ rsj53 ww* 
«HT lia 'n 



TD naisn baîoi 
Tut ra^bn» ï»»i 

û^b&n û*na abn a? 



itdh rsnian as? on 

J-VHD3 ma* rûEttJ 

yaïa^i apy ba&oi 
w*pi ^iias ban 

ino^a^ marina 



yiN inîaa t» i-aan 
^bo?3 *»aai irtp3"«i 

ï«ï abm npa nwjn 
ta^nnfi "paa ^ 22 

nan 



û*a*i yr^ "î73u:n 
itita* nb« «e*! 

a-nta inN3p" ) 



t2ij>n ab a^ribN 
aa%ni3N ûiisu: ab 



bbna b« natam 



ri5N f<p a^nab man 

iaa anpn û v cin 

■non "pb^ "vut 



1 Variante : ûr?K nT^PD abn D3>. 



LE CANTIQUE DE MOÏSE 



vnam vas ywv 

dm-ns ïva ïwik 

ÛS "pttN t^b d^an 

do^sat bna vas 

rvnnn b^u: i? 'Tp'm 
tzmïi "Homo anbm 

ns* ^bniT n»n da> 
rtb'w d-mrrn 

rta*»tB ta-w d? par 
dndT lav&w nina©» 

riaï ba b^s 'n Nbi 

naian dm fw 
drrnriNb ira* 

ma-i io^v ûvtan 
d-paor* 'm 



o*av 'n s*<nv 

STOîi ndDnn nvi ^d 

b^ isba v&wp drr 
da> aba davpa ■san 

"•DN3 rtmp 1BN ">d 

îrbav y-iwN basm 

m>i ïw^* ndON 
tpi ^nbi a*n -na 

a a nbrîN mafia *ju:i 
snn baœn y*iri72 

nbma d^ Tina aa 
ÉDÏT'NDN then 

-m* av« d^d -»bib 
ïron w v^a^o id 

dnt ib^d^ vaan ib 

qbN ina t]-rp !-d\n 
1 ta-ott dmi: ^3 ab dN 



d"»b^bd na^a\Ni 
vab rma mbatBN 



■^masNa ainn 
db:n avan nrb 

vab rmn* ©m 

dnarv mw ban 

avan mat* odni 
in von mis 



t=2S^ Û1D *JDS73 *d 

dv bvan n^rt 

vj»2 d72d fcorr «brt 
dbun dpa ^b 

tziVN dv avip *a 
va? 'ï-i v^r ->a 

v> nbtN ^d ïiarv ^d 



1 Variante : dm2 Wli» *6 * 



m 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



imrio cb^by ts 

•h 733» dTiba l^i 



îroao -i»naT a?n n©« 



b^73 "^72 "pôn 



rrrux-i n->7ûN ^n 



v^ Q-»52ï3 btf J^ON ^D 



nraa b3«n ^anm 
a-na nsns isenTs 

tnp-> "ma? m ^a 
1722 irma nsai 



■unn pna "mais un 
■narb npa a^N 

mann bbn tn?3 

Ynatb a-»^ Dpai 



Il serait sans doute tentant de combler les lacunes, mais ce 
serait dangereux. C'est déjà beaucoup que de savoir qu'il y a des 
omissions. Dans beaucoup de passages bibliques les copistes ont 
dû sauter des morceaux plus ou moins étendus. Dans ce cantique, 
le parallélisme et l'uniformité du poème permet de se faire une 
idée des lacunes ; mais ailleurs il est bien difficile d'en déterminer 
l'existence et l'importance. 

Mayer Lambert. 






LE CHAPEAU JAUNE 

CHEZ LES JUIFS COMTADINS 



On sait que dans le Comté- Venaissin, comme en beaucoup de 
pays, les Juifs étaient astreints à porter des signes infamants. 
C'était d'abord la roue ou rouelle jaune que les conciles d'Avi- 
gnon, de 1326 et de 1337, imposèrent à tous les Juifs, à partir de 
l'âge de quatorze ans pour les garçons et de douze ans pour les 
filles. Cette mesure humiliante ne fut jamais acceptée sans pro- 
testation, et les Israélites comtadins ne reculèrent devant aucun 
moyen pour s'y soustraire. Tout nous porte à croire que, malgré 
toutes les ordonnances, ils parvinrent souvent à s'en affranchir 
complètement. De là le grand nombre d'édits reprenant, tout en 
les modifiant parfois, les anciennes prescriptions violées ou tom- 
bées en désuétude 1 . Rappelons-en les principales 2 . 

La bulle de Pie II (1459), imposant aux Juifs la roue ou autre 
signe jaune, si grand et d'une telle largeur qu'il puisse être vu en 
dehors des plis de l'habit, fut renouvelée par Alexandre V[ (1494) 
et par Clément VII (1525), qui menaça les contrevenants d'une 
amende de 100 ducats d'or 3 . Mais dans la pratique, on se montra 
certainement plus tolérant. Les Juifs eurent recours à la ruse et, 
s'ils portaient le signe infamant, ils savaient à l'occasion le cacher 
aux regards indiscrets. 



1 Voir Ulysse Robert, litude sur la roue des Juifs depuis le xm e siècle, dans la 
Revue, t. VI, p. 90 ; Bardinet, Condition civile des Juifs du Comtat Venaissin, ibid., 
p. 6 et suiv. ; Israël Lévi, Clément VU et les Juifs du Comtat Venaissin, t. XXXII, 
p. 70 et suiv. 

* A en croire Cambis Velleron (ms. de la bibliothèque d'Avignon), les Juifs du 
Comtat portèrent longtemps des habillements particuliers, parmi lesquels était le talet. 
Ce ne serait que dans le couraDt du xm 8 et même du xiv e siècle qu'ils abandon- 
nèrent leur costume oriental pour prendre le costume européen. Le chapeau jaune 
n'avait donc pas de raison d'être avant cette époque. 

* Archives de Vaucluse, C. 42, i'°12. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour mettre fin à ces agissements, Clément VII remplaça le 
13 juin 1525 la roue par un objet plus apparent, le chapeau ou 
bonnet jaune. Mais sur la protestation des Juifs, cette mesure fut 
retirée. Paul IV y revint en 1555. Mais, dès 1560, un nouvel édit 
du même pape autorisa les Juifs à se coiffer du chapeau noir 
dans les bourgs et villages où ils avaient coutume de trafiquer l . 
De là à le porter dans la ville même de leur carrière, il n'y 
avait qu'un pas que beaucoup, surtout les Juifs aisés, n'hési- 
taient pas à franchir, grâce à la bienveillance intéressée de cer- 
tains agents du pouvoir. Aussi Pie V voulut-il mettre ordre 
à cet état de choses. Par une bulle de 1566, il confirma celle 
de son prédécesseur Paul IV, et en demanda la rigoureuse mise 
à exécution. C'était l'époque la plus douloureuse de l'histoire 
des Juifs comtadins; un décret d'expulsion avait été rendu con- 
tre eux, et le moindre sujet de mécontentement pouvait en hâter 
l'application. Pour ne pas irriter leur souverain, déjà si mal 
disposé à leur égard, les Juifs durent se soumettre complète- 
ment aux prescriptions pontificales et se coiffer du couvre-chef 
tant détesté. Ils le portèrent de même, malgré quelques vaines 
tentatives d'affranchissement, pendant toute la première occupa- 
tion française 2 . Mais les papes, en reprenant possession du pays, 
se montrèrent beaucoup plus tolérants. Malgré les statuts d'Avi- 
gnon 3 , le chapeau jaune disparut complètement 4 pour céder la 
place au chapeau noir avec pièce d'étoffe jaune sur la partie supé- 
rieure. Cette pièce même ne fut pas obligatoire pour certains 
Juifs voyageant et commerçant dans les villages 5 . Un règlement 
de Pierre Lacrampe, inquisiteur général d'Avignon, du 20 octobre 
1704, supprima cette liberté relative. Il imposa de nouveau le cha- 
peau complètement jaune « à peine de prison ipso facto et autres 
peines arbitraires et même corporelles en cas de récidive ». Cette 
ordonnance resta en vigueur jusqu'en 1751, où une autre la mo- 
difia de la façon suivante : « Les hommes porteront la marque de 
couleur jaune sur le chapeau, bien cousue dessus et dessous les 
ailes . » 

Telle était la situation lorsqu'en 1776, les Juifs, voulant suppri- 
mer à tout jamais ce signe humiliant, encore trop visible, deman- 
dèrent au pape de les autoriser à porter simplement, à la partie 

1 Bibliothèque de Carpentras, ms. 2904 ; même ordonnance de l'auditeur général 
d'Avignon, année 1564. lbid. 
J \ ou Pièces justificatives. 

3 Statuts d'Avignon, année 1698. 

4 Voir Pièces justificatives. 

6 Biblioth. d'Avignon, ms. 2863, f° 84. 
6 Biblioth. d'Avignon, ms. 2945, art. XX. 



LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMTADINS 5o 

supérieure de leur chapeau noir, un morceau d'étoffe jaune. Le 
moment était on ne peut mieux choisi. La discorde régnait entre 
les députés du pays très hostiles aux Juifs et, par conséquent, 
partisans déterminés du chapeau jaune, et le cardinal Durini, re- 
présentant de l'autorité pontificale. Le cardinal avait qualifié très 
sévèrement les actes de rassemblée corntadine et s'était même 
permis de ne pas écouter les explications qu'elle voulait lui don- 
ner. Les prétentions des Juifs, étant combattues par les députés, 
ne pouvaient avoir que les sympathies de Monseigneur Durini. 11 
n'allait cependant pas jusqu'à les défendre et les soutenir ouver- 
tement, il se contenta d'une bienveillante neutralité. Malgré toutes 
les avances de la représentation corntadine, il ne consentit à faire 
aucune démarche, et l'assemblée dut se rabattre sur Tévêque de 
Garpentras, Monseigneur Vignoli, qui se joignit à M. Celestini, 
chargé d'affaires à Rome, pour prendre en main « la cause du 
pays ». 

Quels étaient les arguments des Juifs? Nous ne les connaissons 
que par le mémoire de l'assemblée rédigé dans la séance du 
12 juillet 1776. 

En voici le résumé. Le chapeau jaune n'est pas une fin, mais un 
moyen de distinguer les Juifs des chrétiens. Or, ce moyen a sou- 
vent changé, et puisque le chapeau noir avec pièce d'étoffe fait 
suffisamment reconnaître le Juif, pourquoi lui imposer le chapeau 
complètement jaune ? 

En second lieu, cette prétention n'a rien d'excessif. D'autres 
Juifs des terres pontificales, ceux de Rome et d'Ancône, ne portent- 
ils pas, depuis longtemps, le chapeau noir avec la pièce d'étoffe? 
Rien ne justifie cette différence de traitement. 

Enfin, dans les pays environnants, et particulièrement en France, 
les Juifs ne portent pas non plus le chapeau jaune. 

A ces raisonnements, l'assemblée oppose la réponse suivante : 
La loi est formelle, elle indique clairement et le but et le moyen. 
C'est à la tourner ou à la violer que tendent les prétentions des 
Juifs. La marque jaune peut facilement être cachée ou enlevée. 

Quant aux Juifs d'Ancône et de Rome, ils ne ressemblent en 
rien à ceux d'Avignon et du Comtat. Les premiers sont pauvres, 
avilis, misérables; les seconds riches, insolents, couverts de 
bijoux. Ils roulent carrosse, ont les plus beaux chevaux, vivent 
familièrement avec les chrétiens. Tout le commerce est entre 
leurs mains *. Rien ne les distingue plus des chrétiens que le clia- 

1 De nombreux documents prouvent, au contraire, que la situation des Juifs était 
loin d r être brillante. 



56 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

peau jaune; ils veulent s'en défaire. Il faut, au contraire, le main- 
tenir pour les humilier. 

Pour ce qui est des Juifs de France, ils ne vivent dans ce pays 
que par contrebande et en dépit des lois qui leur en interdisent 
l'accès. Pour éviter une expulsion, ils doivent nécessairement 
s'habiller comme les chrétiens, afin de passer inaperçus. 

Contre toute attente, l'assemblée eut gain de cause. Le 20 no- 
vembre 1776, le saint office rendit un édit confirmant, en les 
aggravant encore, les bulles de Clément VII et de Pie V. Les Juifs 
étaient contraints de porter le chapeau jaune et personne, pas 
même les légats et les cardinaux, n'eut plus le droit de leur accor- 
der la moindre dispense. Malgré cet échec, les Juifs ne se con- 
sidérèrent pas comme définitivement battus ; ils continuèrent leurs 
démarches sans arriver à un résultat plus favorable. Ils étaient 
condamnés à se coiffer de l'humiliant chapeau jusqu'à la Révolu- 
tion française. 

Chose curieuse! après avoir lutté avec tant d'acharnement pour 
l'abolition de la marque infamante, ils continuèrent à la porter, 
alors que rien ne les y contraignait. Le chapeau jaune, en effet, ne 
disparut pas avec la Révolution. Deux ans après, il se dressait 
encore sur le crâne de beaucoup de Juifs comtadins. Comment 
expliquer ce singulier phénomène? Les Juis voulaient-ils, comme 
on nous l'a dit, porter, par économie, leurs chapeaux jusqu'à 
complète usure ou bien, par une application bizarre du fameux 
« 'Houkat Hagoy », le couvre-chef détesté était-il devenu le signe 
extérieur de la piété et de l'orthodoxie ? Quoi qu'il en soit, il fallut 
une ordonnance pour le faire disparaître. Le 25 janvier 1791, le 
maire de Carpentras fit, en effet, afficher une proclamation en- 
joignant, au nom des principes de la Constitution française, à tous 
les Juifs de se défaire de leurs chapeaux jaunes, sous peine de 
douze livres d'amende. 

Jules Bauer. 



LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMTADINS 57 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



I. 

Permission aux Juifs de porter le chapeau noir en voyage 
dans le comtat. 

A Mgr Illustrissime et excellentissime vice-légal d'Avignon, 
Supplient très humblement les nommés Jassuda Grémieu et José- 
Ain Grémieu, juifs de la ville de Carpentras, et représentent à votre 
Excellence comme étant en obligation de faire souvent des voyages 
dans les villes et lieux du Gomtat pour les affaires de leur commune, 
ils sont très souvent exposés aux insultes et injures des enfants et 
des personnes indiscrètes, ce qui les oblige d'avoir recours à la bonté 
et à la générosité de Mgr le vice-légat, afin qu'il lui plaise de leur 
accorder la permission de porter le chapeau noir dès qu'ils seront 
sortis de la juiverie dudit Carpentras pour aller dans le Gomtat et à 
Avignon passer et repasser librement sans leur donner aucun empê- 
chement ny faire aucune violence. C'est la grâce que lesdits sup- 
pliants espèrent obtenir de sa clémence et ils prient Dieu pour la 
conservation et la prospérité de Mgr le vice-légat. 

Abraham Sarmehto, juif de Zivourne, 

avec son camarade et deux valets. 
Année 1692. 

(Biblioth. d'Avignon, ms. 2863, i'<>84.) 

IL 

Extrait d'une lettre écrite a Monseigneur Vignoli, évéque 
de Carpentras (en séjour a Rome.) 

Carpentras, 5 juillet 1776. 

Nous vous prions très instamment de faire en sorte, avec 

votre zèle ordinaire, que Si Sainteté nous rende justice au sujet de 
notre administration que Mgr le Cardinal Durini a trouvé bon de 
critiquer, dans tout le public, sans avoir daigné nous entendre, de 
Téclaircir et d'obtenir encore de la bienfaisance de notre souverain 
qu'il rejette l'instance que les Juifs font pour obtenir le chapeau noir 
contre les titres les plus sacrés et les plus authentiques dont votre 
grandeur trouvera ici copie (Suivent les bulles de Clément VII et 
de Pie V). 

Les élus du pays. 

(Archives de Vaucluse, C. 41, f° 1006.- 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

III. 
Assemblée ordinaire du pays : 12 juillet 1776. 

En laquelle il a été fait lecture du mémoire qui a été dressé, à 

la suite de la délibération prise par l'assemblée ordinaire du deux du 
courant, au sujet de la demande faite par les Juifs de pouvoir quitter 
entièrement le chapeau jaune pour prendre le chapeau noir avec une 
pièce d'étoffe au-dessus. 

Après laquelle lecture, ledit mémoire ayant été approuvé par ladite 
assemblée, elle a délibéré de l'enregistrer à la suite des présentes et 
d'en envoyer une copie à M. Gelestini, agent du pays en la Cour de 
Rome, afin qu'il en fasse l'usage convenable en employant même les 
avocats qu'il croira nécessaires afin d'empêcher l'effet de la demande 
des Juifs. 

(Archives de Vaucluse, C. 42, f» 11.) 



IV. 

Extrait du mémoire des Etats du Conseil venaissin au sujet des 
Juifs qui y sont établis. 

Comme la tète est la partie la plus apparente du corps, c'est 

aussi sur la tète qu'on a eu l'aileution d'ordonner que soit placé le 
signe distinctif. Paul IV, dans sa constitution du 12 juillet 1555, 
ordonne très expressément que les Juifs porteront le bonnet ou cha- 
peau jaune et les Juives une autre marque sur la tète qui ne puisse 
être cachée en aucune manière. Ce souverain pontife comprenait 
combien l'obligation imposée aux Juifs de porter le chapeau jaune 
était nécessaire, puisqu'il défendait a tous les légats, présidents et 
vice-légats de les en dispenser. 

Le saint pape Pie V, confirmant, par sa constitution du 18 avril 1566, 
celle de Paul IV, ordonne très expressément que, pour ôter toute 
équivoque, le bonnet ou chapeau des Juifs doit être en couleur jaune. 

Le premier concile de Milan, rapporté dans le volume XV des 
conciles généraux part. IV, page 332, De Judeis, fit la même ordon- 
nance sur le chapeau jaune. Nous pourrions citer bien d'autres lois 
générales également précises et respectables par lesquelles il est 
ordonné que les Juifs seront obligés de porter le chapeau jaune, mais, 
pour raison de brièveté, nous nous attacherons surtout a celles qui 
ont été expressément et particulièrement faites pour les Juifs d'Avi- 
gnon et du Comté Venaissin. 

Nous voyons dans le statut d'Avignon que, conformément à la dis- 
position des constitutions apostoliques, il est ordonné que pour que 
les Juifs puissent être distingués des chrétiens, ils seront obligés de 



LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS C0MTAD1NS 59 

porter le chapeau de couleur jaune et les Juives un signe sur la tête 
de même couleur (Livre I, Rubric. 34, art. V). Ce qui est disposé à 
cet égard par les souverains pontifes relativement aux Juifs établis à 
Carpentras et dans le Comté Venaissiu n'est pas moins clair. Pie II, 
dans sa bulle datée de Mantoue du 5 e janvier 1459, voulant pourvoir 
aux avantages des habitants de Carpentras el à ceux du Comté Ve- 
naissin, daigna confirmer ce qu'il avait établi dans une autre de ses 
constitutions, que les Juifs de Carpentras et du comté Venaissin 
osaient enfreindre, et il ordonnait en même temps que les Juifs por- 
teraient une raie ou un autre signe de couleur jaune si grand et 
d'une telle largeur qu'il dût être vu du dedans et du dehors de 
l'habit. 

Mais les Juifs de Carpentras et d'Avignon ne tardèrent pas d'éluder 
des ordres aussi précis et aussi nécessaires; ils s'appliquèrent aus- 
sitôt à cacher le signe prescrit par Pie II, et a trouver par là le moyen 
d'être moins distingués des chrétiens. Les habitants du pays furent 
obligés de recourir de nouveau au Saint-Siège. 

Le pape Clément VII ne tarda pas d'avoir égard à des plaintes 
aussi justes; il fit une consiitution datée de Rome du 13 juin 1525. 
On voit dans cette bulle : 1° que les Juifs établis dans Avignon, 
Carpentras et dans les autres villes du Comté Venaissin, poussés par 
leur propre témérité et enflés d'orgueil, affectaient de porter les habits 
des chrétiens et de marcher comme les chrétiens eux-mêmes et 
qu'ils osaient quitter ou cacher la marque qu'ils devaient porter sur 
la poitrine; 2° le souverain pontife, voulant réprimer un pareil 
attentat, et croyant nécessaire d'employer des précautions propices 
pour que les Juifs fussent parfaitement distingués de tous les chré- 
tiens, ordonne que, sans exception ni retard et sous peine de cent 
ducats d'or, payables a chaque contrevenant, et en cas d'insolvabilité 
par la communauté des Juifs, les mêmes Juifs établis dans Avignon, 
Carpentras et le Comté Venaissin eussent à prendre le chapeau jaune 
ou bonnet jaune sans oser le quitter. 

A la vue de titres aussi clairs du souverain lui-même, qui aurait 
pu croire que les Juifs d'Avignon et du Comté eussent la présomp- 
tion de s'y soustraire? C'est pourtant ce qu'on vient de voir au très 
grand scandale des chrétiens et surtout des gens de bien. 

D'abord, comme ils ont en horreur la couleur jaune, sans doute par 
cela seul qu'il leur est ordonné précisément de la porter, quelques- 
uns des Juifs avaient commencé à porter le chapeau d'une couleur 
tirant sur le rouge de sorte qu'on voyait une partie des Juifs, c'est-à- 
dire les riches et les jeunes fanfarons, portant des chapeaux rougeâ- 
tres très élégamment ajustés, tandis que les pauvres et quelques 
vieux tant seulement conservaient le chapeau de couleur totalement 
jaune. Nous savons que dès lors, les supérieurs animés d'un saint 
zèle contre un pareil abus avaient pris le moyen de le faire cesser 
et de remettre les constitutions apostoliques dans leur parfaite et 
étroite exécution. Mais la prise du Comtat et d'Avignon qui survint, 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dans ces circonstances, empêcha l'heureux effet d'un dessein aussi 
juste et aussi louable. 

Les Juifs n'ont pas laissé échapper le temps de la domination fran- 
çaise pour tâcher de la mettre à profit et se soustraire au chapeau 
jaune, sinon en tout du moins en partie, mais grâce au zèle des admi- 
nistrateurs publics, ils n'ont rien pu obtenir. 

On se flattait qu'enfin le pays étant retourné sous la domination 
du saint siège, tout reviendrait dans l'ordre primitif, mais combien 
les chrétiens ont été trompés dans leurs espérances! Ce retour si 
désiré n'a pas été plutôt arrivé que l'on a vu les Juifs quitter totale- 
ment le chapeau jaune et prendre le chapeau noir comme les chré- 
tiens, se contentant seulement de mettre un morceau d'étoffe sur la 
forme du chapeau, et, qui plus est, les chrétiens ont la douleur d'ap- 
prendre que les Juifs remplis comme à l'ordinaire d'espérances les 
plus flatteuses, comptant sur des protecteurs qu'ils n'ont que trop 
souvent l'art de surprendre, font à Rome les plus grands efforts pour 
obtenir cette fatale permission qu'ils désirent avec tant d'ardeur de 
quitter le chapeau jaune'et de prendre le chapeau noir avec la seule 
pièce d'étoffe sur la forme du chapeau, affectant d'insinuer que la 
pièce d'étoffe est une.marque suffisante pour les faire distinguer des 
chrétiens (Suit une série de compliments au pape et l'énumération 
des raisons nécessitant le maintien du chapeau jaune). 

Il est difficile d'imaginer quels sout les motifs sur lesquels 

les Juifs peuvent se fonder pour oser se flatter qu'ils pourront 
réussir à obtenir le renversement de taut de constitutions apos- 
toliques. Nous apprenons que ces prétextes sont au nombre de 
deux. 

En premier lieu, ils disent que la pièce d'étoffe appliquée sur la 
forme du chapeau noir est une marque suffisante pour les faire dis- 
tinguer du chrétien; ils n'ignorent pas que le statut d'Avignon les 
oblige à porter le chapeau jaune, et, par cela, ils insinuent que la fin 
pour laquelle le chapeau jaune a été ordonné aux Juifs qu'ils puis- 
sent être distingués des chrétiens. Ce sont les paroles du statut, et 
ils ajoutent que la pièce d'étoffe étant suffisante pour remplir cet 
objet, la disposition du statut en reste accomplie, sans qu'il soit 
nécessaire de recouvrir un chapeau jaune, lequel est non la fin du 
statut mais un simple mo3^en pour y parvenir qui peut très bien 
être rempli par equipotens, c'est-à-dire par la simple pièce d'étoffe. 
C'est donc ainsi que, pour la première fois, les Juifs découvrent l'esprit 
de la loi, prétendent se soustraire à la lettre qui véritablement est 
meurtrière pour eux, ou pour mieux dire, c'est ainsi que, par le 
secours d'un simple sophisme, ils prétendent éluder l'esprit et la 
lettre de la loi la plus claire 

Mais on serait encore bien plus indigné contre les Juifs, si 

l'on avait vu la manière avec laquelle ils portent cette pièce. 

1°En élevant les ailes du chapeau qui sont totalement noires, ils 
viennent à bout de cacher, dans sa plus grande partie ou même dans 



LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMÏADINS 61 

sa totalité, la pièce d'étoffe qui couvre à peine le dessus de la forme 
du chapeau. 

2° Quand le Juif est grand et qu'il a son chapeau sur la tête il est 
impossible à ceux des chrétiens qui sont petits de stature de voir la 
pièce qui n'est que sur la partie supérieure de la forme du chapeau 
noir. 

3° Les Juifs dédaignent même de porter cette pièce d'étoffe de 
couleur jaune ; ils la portent impunément de couleur grise ou 
blanche, il y en a même qui se contentent d'y mettre un morceau de 
papier. 

4° Ils ont l'adresse d'attacher cette pièce d'étoffe quelquefois avec 
de simples épingles, mais toujours si facile à pouvoir la détacher 
qu'ils l'ôtent quand ils veulent. 

5° Il est aisé de concevoir que le chapeau jaune en tout temps et 
toute occasion est aperçu, mais que le chapeau noir, avec une simple 
pièce d'étoffe, ne l'est point, surtout lorsque le jour commence à faire 
place à la nuit 

Nous savons bieu, et nous ne le nions pas, que le port du 

chapeau jaune a été ordonné par la bulle de Clément VII, comme 
un distinctif qui doit exister entre les Juifs et les chrétiens, mais il 
faut convenir, en même temps, qu'il a été ordonné comme un dis- 
tinctif seul suffisant pour un objet d'une aussi grande considération. 

Il faut convenir encore que le chapeau jaune a été ordonné dans 
la bulle de Clément VII, comme une punition de leur infraction à la 
bulle de Pie II, en cachant malicieusement ou en cessant de porter la 
roue ou le signe jaune sur l'habit comme Pie II leur avait enjoint. 

En second lieu, les Juifs d'Avignon et du Comtat, pour obtenir les 
fins d'une prétention aussi inouïe et à laquelle on n'aurait jamais 
dû s'attendre, ne manqueront pas d'alléguer l'exemple des Juifs de 
Rome, d'Ancône et d'autres états d'Italie qui tous ont le seul dis- 
tinctif du chapeau noir avec la pièce d'étoffe. Nous respectons cer- 
tainement tout ce que les princes trouvent bon d'ordonner dans leur 
état, à plus forte raison respectons-nous ce qUe les papes, nos 
augustes souverains, ordonnent dans le leur; mais il nous sera permis 
de dire si quelque raison, quelque usage particulier rend suffisant à 
Rome le seul distinctif de la pièce d'étoffe, cette raison et cet usage 
n'existant pas dans le Comtat, on ne doit pas se servir de ce qui se 
pratique à Rome pour en faire une loi pour Avignon et le Comtat. 

Nous dirons plus, nous ajoutons qu'il y a dans Avignon et le 
Comtat, des raisons et des usages particuliers qui font que ce qui 
s'observe à Rome ne doit point affecter le Comtat et même que tout 
doit concourir à empêcher que la tolérance que l'on a à Rome pour 
les Juifs relativement au chapeau jaune ne soit admise dans le 
Comtat. 

A Rome, les Juifs, en général, sont pauvres, avilis ; ils n'exercent 
point la mercature publiquement, ils sont bornés à la friperie, ils ne 
cherchent pas à se confondre, à se mêler avec les chrétiens, rien ne 



62 REVUE DES ETUDES JUIVES 

les engage à supprimer et ù cacher leur distinctif, ils ne peuvent 
faire au chrétien aucune émulation, aucune jalousie. 

Il en est tout autrement à Avignon et dans le Comtat, ils s'y sont 
emparés de tout le négoce, Leurs richesses , leur opulence sont 
passées au plus haut point. Non contents de rivaliser avec les chré- 
tiens, ils s'efforcent même de les surpasser dans leurs parures, dans 
leurs hijoux et toute sorle de luxe; ils affectent d'avoir des ser- 
vantes et des valets chrétiens qu'ils emploient aux offices les plus 
bas; ils abordent dans les villes sur les plus beaux chevaux ou dans 
des voitures dorées, le commerce et certains arts qu'ils exercent ne 
leur fournissent que trop d'occasions de fréquenter les maisons chré- 
tiennes et d'y aller, même la nuit, contre la teneur des ordres les plus 
précis. Comblés de tant d'avantages, il n'y a qu'un seul objet qui les 
tienne en respect, les inquiète et les humilie : c'est le chapeau jaune. 
Leur grand but est donc de le secouer. Ils n'ont que trop facilement 
trouvé le moyen d'en venir à bout, depuis environ deux ans, en subs- 
tituant au chapeau jaune le chapeau noir avec une pièce d'étoffe. 

Mais ils n'ont pas tardé d'abuser d'une pareille permission, non 
seulement, ainsi qu'il a été ci-dessus observé, ils trouvent le moyen 
de cacher, en tout ou en partie, ce distinctif équivoque et de le rendre 
illusoire, mais il y en a qui par la qualité et là couleur de l'étoffe et 
parla manière dont ils la portent, paraissent vouloir en faire comme 
un ornement 

Nous ne croyons pas que les Juifs du Comtat et d'Avignon veuil- 
lent citer l'exemple des Juifs qui se trouvent en France et qui y 
portent publiquement le chapeau noir, car il suffirait d'observer 
qu'en France, non seulement les Juifs n'y vivent pas en communauté 
avec l'exercice libre et public de leur religion, mais encore, suivant 
les lois du royaume, ils ne peuvent et ne doivent y être tolérés en 
aucune manière. Si donc, contre la teneur de ces lois, il paraît quel- 
ques Juifs dans le royaume de France, ils doivent y paraître néces- 
sairement à l'égal des chrétiens, comme n'y étant point connus, sans 
quoi ils devraient être soumis à toute la rigueur des lois. Ainsi il 
n'y a aucune comparaison à faire entre les communautés des Juifs 
dans le Comtat et les quelques Juifs qui peuvent être éparpillés eu 
France. 

(Archives de Vaucluse, C. 42, f° 11 et suiv.) 



V. 



Assemblée ordinaire du pays. 



L'an mil sept cent septante-six et le vingt novembre, 
Le syndic a exposé qu'enfin le renouvellement de l'édit du Saint- 
Office touchant les Juifs vient d'arriver et d'être publié dans cette 
ville, qu'il est porté par l'article XX dudit Edit que Sa Sainteté 



LE CHAPEAU JAUNE CHEZ LES JUIFS COMTADINS 63 

adhère non seulement à la bulle de Paul IV, renouvelée par Pie V, 
mais spécialement au bref de Clément VII en date du 13 juin 1525, 
soit directement pour l'État d'Avigoon et selon le statut de la même 
ville, Livre I, titre De Judaeis, Rubric 34, article 5, ordonne et com- 
mande que les Juifs de l'un et l'autre sexe qui habitent à présent ou 
habiteront dans les villes d'Avignon etCarpentras et dans le Gomtat 
Venaissin soient obligés de porter la marque de couleur jaune, c'est- 
à-dire que les hommes doivent porter le chapeau tout de couleur jaune, 
sans aucun voile ou bande par-dessus, et que les femmes doivent 
pareillement porter la marque de couleur jaune à découvert sur leur 
tète; qu'il est porté par l'article XXI qu'à l'avenir on n'aura nul 
égard à aucune permission émanée de quelque tribunal que ce soit, ou 
de personnes de quelque dignité, grade ou office qu'ils puissent être, 
quoique vice-légat même d'Avignon, évèques, majordomes, cardinal, 
légat ou camerlingue de la sainte Église. M. le syndic a ajouté en 
conséquence : les Juifs sont obligés de quitter le chapeau noir avec 
pièce d'étoffe et de reprendre le chapeau entièrement jaune. 

(C. 42, fo 81.) 

VI. 

Assemblée ordinaire du pays. 

L'an mil sept cent septante sept et ce second janvier. 

M. le syndic a encore exposé, à cette occasion, qu'il est venu 

à sa notice que les Juifs du Gomlé Venaissin et de la ville d'Avignon 
renouvellent leurs efforts à Rome pour obtenir la révocation du susdit 
édit et, en conséquence, qu'il leur soit permis de reprendre le chapeau 
de couleur noire avec le seul distinctif d'une pièce d'étoffe et qu'ils 
font même les offres les plus spécieuses pour obtenir cette grâce. 
M. le syndic croit inutile de remettre sous les yeux de cette assem- 
blée les justes et puissants motifs qui l'ont engagé de faire à Rome, 
avec son zèle ordinaire, les représentations convenables. L'assemblée 
décide d'écrire des lettres à Mgr le cardinal Pallavicini, ministre et 
secrétaire d'État, et à son Eminence le cardinal Torrigiani, secrétaire 
de la sacrée congrégation du Saint-Office à Rome. 

(C. 42, fo 97.) 

VII. 

Assemblée générale des seigneurs et messieurs les Elus, syndic 
et procureur général des trois états du Comté Venaissin. 

Suit un nouveau vote pour le maintien rigoureux du cha- 
peau jaune. 

(G. 42, fo 136.) 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VIIL 

Proclamation. 

Nous, maire et officiers municipaux, en suite de la pétition faite 
par la société des Amis de la Constitution, à la demande de M. le 
Maire de Gourthezon et de M. le commandant des Gardes nationales 
françaises, au nom desdits Gardes qui ont volé à notre secours en 
vertu de la délibération du Conseil général du jour d'hier et ensuite 
des principes de la sublime constitution française, ordonnons aux 
Juifs de porter le chapeau noir, à peine de douze livres d'amende, 
taisons très expresse inhibition et défense à toutes personnes de les 
insulter, sous peine de douze livres d'amende, et déclarons que les 
pères seront responsables des insultes que pourront faire les 
enfants. 

A Carpentras, dans la maison commune, ce 25 janvier 1791. 

Signés : D'Aurel, maire, Damian, Barjavël, Flandrin, J. Escof- 
fier, Allié l'aîné, Durand, J.-J. Esclargon, Aymé, Barjavël, 
officiers municipaux ' . 

1 Pièce trouvée chez M. Abr. Lunel, de Carpentras, qui a bien voulu nous per- 
mettre d'en prendre une copie. 



UN MANUSCRIT DU MISCHNË TORA 



Autour du remarquable manuscrit du Mischnê Tora, de Maï- 
monide, ayant appartenu aux petits-fils de Don Isaac Abravanel 
et à la bibliothèque d'Abraham ben Menahem Rovigo, et qui est 
arrivé il y a environ une dizaine d'années en la possession de 
M. Julius Hamburger , marchand d'antiquités à Francfort-sur- 
le-Mein, par l'achat de la bibliothèque du marquis Carlo Trivul- 
zio, de Milan 4 , il s'est formé une légende qui a fait considérer ce 
manuscrit, déjà si précieux par lui-même, comme une vénérable 
relique. On a prétendu que c'est le même ouvrage pour lequel 
Isaac Abravanel aurait, dit-on, payé trente mille ducats 2 . On di- 
sait même, pour rehausser le glorieux éclat de ce manuscrit, que 
c'est de la main d'Abravanel qu'émane cette note, écrite en hé- 
breu, d'une encre pâlie : « C'est ici, à Venise, que j'écris ceci, le 
cœur brisé au souvenir des jours bénis, moi Isaac Abravanel, le 
plus petit parmi les hommes. » Les petits-fils de Don Isaac au- 
raient racheté plus tard à Ferrare, au prix de cinq cents ducats, 
ce trésor de famille qui avait été aliéné, comme on le déduit du 
titre de vente lui-même, avec toute l'apparence d'une érudition 
sérieuse 3 . Sur le premier acte de vente que contient le manus- 
crit, Moïse Nahmanide aurait signé comme témoin (1351) ; tou- 
tefois, on ajoute consciencieusement que cette signature est « dif- 
ficile à déchiffrer 4 ». 

A la vérité, la lecture qu'on a proposée de la prétendue note de 
censeur doit déjà éveiller nos doutes. Le censeur aurait écrit au 
bas du manuscrit, à la date du 15 décembre 1574, les mots sui- 
vants s : Venuus p. me Sausennii frangellii, ou, d'après le se- 

1 Catalog der Antiquitâten-Sammlutiff von Julius Hamburger, Francfort-sur- 
Mein, 1888, p. 75-76. 
* D'après une fable du n'H'Hil N")Tp, p. 125. 

3 n*lNrtD13 ""Ij^ID Abweichungen des gedruckten Textes des Jad Hachazaka^ 
Francfort-sur-Mein, 1889, préface. 

4 Catalog, p. 76. 
s Ibid., p. 75. 

T. XXXVI, n° 71. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cond déchiffrement * : Revisus p. me Laurentiù Franguellù . 
C'est évidemment le fameux censeur Laurent Franguella qui com- 
mença, à partir de 1571, à expurger les imprimés et manuscrits 
hébreux, qui composa lui-même un Manuel pour les censeurs de 
cette littérature et qui fut encore envoyé en 1595 comme censeur 
à Mantoue pour examiner tous les livres rabbiniques de cette 
communauté 2 . 

Si ce détail est à peu près exact, sauf quelques altérations, on 
ne peut deviner, par contre, après un examen minutieux du ma- 
nuscrit, comment on y a vu les autres indications qui ont rendu 
ce monument si fameux. Grâce à l'obligeance du possesseur ac- 
tuel du manuscrit, M. Hermann Kramer, de Francfort-sur-le- 
Mein, et de M. Frauberger, de Dùsseldorf, qui a exécuté les pho- 
tographies des documents de ce manuscrit, à mon intention, sa 
véritable et authentique histoire peut maintenant être établie et il 
ne reste plus rien des affirmations formulées jusqu'à présent. Mais 
on voit apparaître toute une série de faits qui rendent ce ms. en- 
core plus remarquable, malgré la disparition apparente de son 
auréole. 

Si l'origine de ce précieux monument de l'art des copistes et 
enlumineurs juifs reste provisoirement enveloppée de mystère, 
puisque nous n'avons aucune donnée ni sur le scribe ni sur 
l'époque et le lieu où le manuscrit a été écrit, l'histoire de ses 
aventures et de ses divers propriétaires peut, du moins, être éta- 
blie, en partie, avec clarté et certitude. 

Le premier des trois actes de vente conservés à la fin du ma- 
nuscrit, au bas de l'avant-dernière feuille, — particularité qui a 
rendu les noms des témoins méconnaissables sur la photogra- 
phie — nous apprend que, le vendredi 6 mai 1351, le ms. a 
été vendu à Avignon. Le premier possesseur, Don Luis ben Sa- 
muel de Lagarde 3 , vend ce magnifique manuscrit (l'acte de vente 
ne parle pas des miniatures) à Manassé ben Jacob de Navarre, 
domicilié à Avignon. L'intermédiaire qui a conclu la vente, en- 
caissé le prix, donné quittance en présence de l'acheteur et des 
témoins, en se déclarant responsable sous garantie de sa fortune 
totale devant le tribunal papal d'Avignon et toute autre juri- 
diction contre toute revendication, porte le nom d'Eliot Joseph 
de la Haye, c'est-à-dire, d'après la coutume existant déjà à cette 

1 "vnaiiD, J- w*. 

2 Cf. G. Sacerdote, dans la Bévue, XXX, 271 et suiv., et M. Stem, Urkundlicke 
JBeitràge ilber die Stelhmg der Pâpste zu den Juden, 165. 

3 Cf. Neubauer, Bévue, IX, 215, note 2, et H. Gross, Q allia Judaica, p. 16, 134 ; 
313 dans l'Index, p. 685, est une faute d'impression. 



UN MANUSCRIT DU MISCHNÉ TORA 67 

époque de faire suivre le nom du fils du nom du père comme 
deuxième nom 1 , Elia ben Joseph, surnommé probablement de 
la Haye, du nom d'une localité. Le prix auquel le manuscrit avait 
été vendu a été effacé plus tard intentionnellement dans le docu- 
ment, sans doute pour en tirer une somme plus élevée à la pro- 
chaine vente. Ainsi s'explique la seule lacune existant dans le 
document, d'ailleurs parfaitement conservé. 

Vingt-deux ans plus tard, le 25 février 1373, encore un ven- 
dredi, à Arles, le manuscrit passe de la possession de Don Abra- 
ham Vidal de Bourrian en celle de Juda ben Daniel, au prix de 
cinquante florins d'Avignon 2 . Devant les témoins, David ben Da- 
vid Abigdor et Isaac ben Yiçhar Kaslia 3 , le vendeur déclare avoir 
reçu intégralement le prix de vente et s'engage en échange à ga- 
rantir le nouveau possesseur contre toute revendication. Le ven- 
deur était peut-être le père de ce Vidal Abraham de Bourrian qui, 
en 1387, a joué un si triste rôle, comme faux témoin, dans le 
procès de Maître Duran de Gadenet et de sa prétendue fiancée 
Méronne, fille d'En Salves Gazin d'Arles 4 . David Abigdor, un des 
signataires du contrat de vente, pourrait avoir appartenu à cette 
famille considérée, dont est issu également le traducteur proven- 
çal Salomon ben Abraham Abigdor 5 . 

Il s'écoule environ cent soixante-quinze ans jusqu'à ce que nous 
ayons de nouveau une indication précise sur le lieu où se trouve 
notre manuscrit. Nous ne savons pas ce qu'il est devenu lors de 
l'expulsion des Juifs d'Arles, en 1493. Sa présence nous est ré- 
vélée seulement par un acte authentique à Ferrare, 1547, où il fut 
de nouveau vendu un vendredi, le 18 novembre. Le vendeur 
comme l'acquéreur et les témoins sont des personnalités bien 
connues dans l'histoire juive. Abraham ben Menahem Finzi, de 
Rovigo, le possesseur du manuscrit, qui a fait partie plus tard du 
rabbinat de Ferrare 6 , était sans doute le petit-fils de R. Abraham 
de Rovigo et le neveu de R. Israël, chef de l'école de Ferrare, que 



1 Cf. H. Gross dans la Monatsschrift, 1880, p. 409, note 1. 

* Zunz, Zur Geschichte, p. 563. 

8 H. Gross, Gallia Judaica, 621, rapporte au nom de M. Israël Lévi cette leçon : 
ÏTfcpbttîp lïTST 1 "pSt pn^" 1 et voudrait corriger Kaslia en "ntfblDp * ^ e Caslar ». 
Toutefois, la leçon ÎTfcob'lZJp est tout à fait sûre, et c'est seulement *p£ dont on 
voudrait faire Sen, mot qui pourtant s'écrit ]lï) d'une façon constante, qu'il faut 
corriger en "p. 

4 Cf. H. Gross, Monatsschr., 1880, 408 et suiv., et Gallia Judaica, p. 87 et suiv, 

5 Monatssckr., p. 410, note 1. 

6 11 signa, en effet, avec Haskito et Abraham Bondia, le 22 Marheschvan 5327, 
à Ferrare, un acte du rabbinat ; cf. Mortara , N^bi^N "^Dn rTDTE, p. 24 
(d'après D"1 31). 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Guedalya ibn Yahya* nomme tous deux ses maîtres, qui lui ont con- 
féré l'ordination rabbinique. Son père, Menahem, avait deux frères, 
Eliézer et Elyakim, avec lesquels il s'occupa de réunir les éléments 
d'une bibliothèque. D'après une note du mois de juin 1512, consi- 
gnée sur un manuscrit en parchemin du commentaire sur le Pen- 
tateuque d'Abraham ibn Ezra, qui est actuellement en ma posses- 
sion, ce manuscrit a été acquis avec d'autres livres par les trois 
frères, Eliézer, Elyakim et Menahem, fils d'Abraham Rovigo de 
Ferrare 2 . En 1527, la bibliothèque fut partagée, à Mantoue, entre 
les trois frères 3 . Cinquante-six manuscrits et imprimés devinrent 
la propriété du seul Menahem, qui en a consigné la liste exacte sur 
la dernière feuille de notre ms. Le ras. même, qui a sans doute mérité 
par ses miniatures d'être qualifié de « beau », se trouve en tête 
de la liste. Abraham ben Menahem de Rovigo, son héritier, ne con- 
serva ce précieux ouvrage que pendant vingt ans. En 1547, il se 
défait de ce trésor, qui évidemment avait excité Tenvie des deux 
principaux membres de la communauté de Ferrare, les frères Don 
Jacob et Don Juda Abravanel 4 . Lors de l'expulsion des Juifs de 
Naples, ils étaient venus à Ferrare, en 1546, avec leur père, Don 
Samuel Abravanel 5 , le grand bienfaiteur des Juifs napolitains. Don 
Samuel était déjà mort lorsque ses fils, continuant les traditions et 
les vertus de la famille, qui s'était toujours imposé comme un 
devoir de cultiver et de protéger la littérature hébraïque, entrèrent 
en possession du précieux manuscrit de Maïmonide. 

Les témoins étaient Baruch Uziel ben Baruch Hazak, appelé 
généralement Hazkito ou Forti 6 , qui plus tard a fait partie du 
corps rabbinique de Ferrare, et Moïse Yabéç ; ils déclarent 
qu'Abraham ben Menahem Finzi di Rovigo a vendu de son plein 
gré le manuscrit aux frères Abravanel, en renonçant à la plus- 

1 frbspîTÏ nblîîbtt), éd. de Venise, f» 65 b ; Menahem ben Abraham de Rovigo 
mentionné dans un ms. Halberstam, J-jftbTÏÎ nbrtp, était sans doute son père. 
1 ^S»B tDÏTiaN 'lÈCa 1E2B tari3*n Û^bsi "WbM 12DOS I^P 

i-in3>tt nasnn iam« la manb isar 'H an* wr» nrvB ï-jb '•«f 
tzibi? w. 

3 Suivant le catalogue des ouvrages, dans l'appendice. 

* Juda ben Joseph ben Juda Abravanel, qui mourut à Ferrare le jeudi 15 dé- 
cembre 1583, et dont J. B. Lévi (û'Vaan m:pn, éd. S. J. Halberstam, Brody, 
1879, p. 10) a découvert la pierre tombale à Ferrare, était sans doute le petit-fils de 
ce Juda. 

5 nbaprj nbuîbtt, 65 1. 

6 Zunz, 173^ D"C, V, 155. Josef ben Matatia Trêves, à propos de la dispute 
de Samuel ben Moïse de Perugia avec Josef Tamari de Venise, en 1566, fait une 
allusion blessante au nom de Hazkito en lui appliquant ces mots N1Ï1 pTnïH 
Ï1B-1Ï1 de Nombres, xm, 18 (voir fi-na^tt fibN, 8 a, avant la fin). 



UN MANUSCRIT DU MISCHNÉ TORA 69 

value l qu'il pouvait acquérir et en s'engageant à les défendre 
contre toute prétention éventuelle à la possession de ce document. 
C'est le même Hazkito qui a composé en l'honneur de Don Isaac 
Abravanel une courte biographie 2 . 

Le prix que Rovigo a reçu pour son manuscrit n'est pas indi- 
qué 3 ; on ne trouve non plus dans le manuscrit aucune trace du 
nom d'Isaac Abravanel, que ce dernier aurait écrit lui-même. Ce 
qu'on a pris pour un cri de douleur arraché à cet homme qui avait 
été chassé de ses foyers, c'est l'introduction d'une liste de nais- 
sances qui, selon l'antique usage juif, furent inscrites dans ce pré- 
cieux manuscrit. Si, comme je le suppose, cette liste provient de 
la famille Rovigo, elle prouverait que ce trésor se trouvait déjà 
dans cette famille au commencement du xvi 6 siècle. Le nom 
d'Abraham revient souvent dans cette génération. A la date du 
27 mai 1509, on trouve la naissance d'une fille du nom de Sara, 
et à la date du 7 mai 1511, à Mantoue, celle d'un fils nommé 
Abraham. Si c'est cet Abraham qui a vendu notre ras., il aurait 
eu trente-six ans à l'époque de la vente. Cette liste nous apprend 
aussi la naissance de deux frères, Elia, né à Mantoue, le 7 août 
1515, et Ruben, né à Rovigo, le 17 juin 1503 (?). 

Des cinquante-quatre manuscrits et imprimés dont Menahem 
di Rovigo, le père d'Abraham, a dressé le catalogue lors du par- 
tage, et dont neuf restèrent à ses frères, à savoir cinq imprimés, 
qui étaient des traités du Talmud, à son frère Eliézer pour servir 
de livres d'étude à ses enfants, et quatre manuscrits à son frère 
Elyakim, à qui Menahem les laissa pour ses neveux 4 , il doit sûre- 
ment encore en exister plusieurs qui sont disséminés dans les 
bibliothèques publiques ou privées, et il sera sans doute possible 
de prouver, par les inscriptions qu'ils contiennent, qu'ils faisaient 
partie de ce fonds. Provisoirement, on ne connaît avec certitude 
que l'existence de deux d'entre eux : le Commentaire du Penta- 
teuque d'Abraham Ibn Ezra, que j'ai dans ma collection, et le ms. 
du MiscUîiè-Tora qui a fait partie de la Trivulziana. Il n'est 
guère possible d'établir quand ce ms. a passé de la main des frères 
Abravanel à des mains étrangères, vu l'absence de notes manus- 



1 Dans ^ID^U'', préface, ces mois sont ainsi rendus : « J'atteste en même temps 
que dans ce livre il n'existe pas de faute ; si les sus-dits seigneurs, que Dieu les pro- 
tège, y trouvaient néanmoins une faute, je déclare notre contrat nul. » 

2 Voir ï-tëntlî'^ *W12 d'Abravanel. 

3 Dans "'^"13^115, préface, Abraham ben Menahem, appelé ici Maranik, déclare : 
« J'en ai reçu trois cents ducats d'or •. 

4 Voir le Catalogue. Un beau- frère de Menahem portait, comme nous l'apprenons 
là, le nom de Yekutiel Poggibonzi. Il dit que les deux derniers mss. étaient en sa 
possession depuis 1517. 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cri tes et de tout renseignement sur le nom des propriétaires 
ultérieurs. 

Nous avons apporté, pour notre part, notre contribution à la vé- 
rité en dissipant les légendes répandues sur la provenance et l'his- 
toire de ce ms. Il appartient maintenant à la science de se consa- 
crer à l'étude de sa valeur artistique et de déterminer la place 
qu'occupent les miniatures dans l'art de l'enluminure des manus- 
crits juifs. 

David Kaufmann. 



APPENDICE 



iib -ien *pi tp"p '"in rrba ,b -i an î-tbe ;amn ton* «o^aa 
î-7«53?3 in ^b ïam mat ^uj ymb baa uanm iaroi ton? "by Trt 
iromN ia te^iû ^"isn ï-ît nr? in«amfi n»r,:o iwin n^in mis aip"< 
•nabnrt nso b* ii*r?3 iaa ï-jibe isian bnan ann anan tsnso nm 
■rçwz)? t^b n?aNi t-^nab n baratt nb in î-ïb^an r-iwj mbia ^aim 
STUD37D in ^ wri ^ ma*! hN ^nabtti im va br pn *irai»a rrbvD 
wa sis Tion ^sïïin -iddïi ï-tt -onn Tib in hra bap "-ûtafi 
nb in naw s-TETin nn i^nsï nnwû ^e» s-ibm "laîiïi masfc in 
naî b^ i-rapam ^api ^osa ib la^ffiNtsi r!H ib imafcKia ^.aTDïi 
^n^ n^n-iN m ma -ison m ib '— ûua -^n Tn©* pi !-T-pa»ïi 
ï-tos» in ï-nïTi toa^sa iTb it» St3i3 imwj ^nann ann -nso 
■nast* ib nas^Ts ^n Srrîb û\nii tonwa 173a ^jon n*»b \rrù "- laîan 
*i3n*"n to^ttî isn^wi prû ba pbobi nr: ns^rî fit Ttt*ï"ïb ^oa:i 
^-ûtart E|or 'na irrbN 'n ib» i23>73ia ib« dnn dn ^a it rrvs» b* 
naïsn ^ors bapi latan tttt»» in ^sai r^rrn bjov ai^ba r-rsns^rj 
^-DEtt iwttbi natars ^ors br ittiti' tdwi irssa 'nstsn wb« 'n 
ba nabi mr$ tani m&^BNïi iMna 'nitn nab rosai itt^y naariisi 
wi*n wifci wie ba biaaa nawn n^373 dn) in nsmia ism nsn 
hiTD» iia«5 ba n^m m"nn&o it ï-n^w "naio -1721m mnnai 
i3>^n 'i ût dvïi i^ssb mma !-i?3i d^an lipna tr-n^rt mamm 
i^mi i3»nm liana ^ibïi E]b«"b C3iDb 1U53> nn^i nN?3 ria© n^N uî^nb 

•indîbi in\N-ib -idT3ïi ït^3» in -rb 
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UN MANUSCRIT DU MISCHNE TORA 71 

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72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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OlSia l*oa f*ÏTÎ"D01 pWïlpîO '735 'N 

D'iaia 1133 7331 pa?3 '73a 'a 

oisia 1133 mnsii nwatt» '735 'k 

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Disia 1*33 -pb-inn '735 '« 

itîbn ipibfcw irnb» '73a oid13 1133 6 7:nn '73:* 'n 

Cjbpa oi^bipa rrniaiaa na^na73 5730 'n 

C]bpa oiTabnpa n->TiauJN ï-ra^na73 ^0^7-173 'a 

T33 onsia vito ïi^a-ia 'N 



ois^a n^a npin 'n 



1 = Haskito. 

3 = i^73n "i-iMb 'ti ^n^iffl. 

* C'est-à-dire le traité de 5^pa. 

5 = nbiy» rtmttn i^bin. 






UN MANUSCRIT DU MISCHNE TORA 73 

tjbpa onabnpa ïwinsi ^so 'a 

oisna Taa aran 'n 

Taa oi7ûbpa "nnN '•Maip^b o* "mm to^n -iso '« 

Taa oittb-ipa rrptt nnn -iso 'n 

qbpa o*i7ob-ipa TT3 *ma*i '72s '« 

qbpa onïïbnpa a*i rnana» "as, 'a 

qbpa oittbipa aâ \>y «aVi *»o 'a 

tjbpa oittbipa "psin» ^s a 

Taa oiïïbnpa "j-bin b:? ïti» *»s 'a 

£]bpa Di7ûb-ipa naiott ^s a 

5]bpa oi72bïpa mas nao7iiï "•s 'n 

Cjbpa o^jbipa -nsoi ins^o t^nb^att 'n 

Tia 0"i72b-ipa ^na*» pbn 'n 

qbpa DiTobipa î-mnn b* 'i«n "*s 'n 

oisna Taa rmnn bs> ^na -iso 'n 

qbpa oittbipa s^an rp'wo 'n 

• Taa oiïïbnpa r<sa-i m»E 'n 

Ta oiTobip "ipbn 23 rmnn b* Tb '-i *»b 'n 

qbpa oiiïbipa rmnrs b* *<yw pa 'n 

Ta a oittb-ipa ma-ia '"> '^si ^npm 'n 

Cjbpa oiftbïpa "nn« 'laip^b ûj> pTahn T*p 'n 

Taa Di73bipa ^sart -iso 'a 

t]bpa Di73bipa ïibap -iso 'n 

Taa oiTabipa maman -iso 'n 

Taa oittbipa mnban nan*tt 'a 

j]bpa onttbipa trotra -iso a 

qbpa oiiïbrpa '^saa uïuî 'n 

ois*ia Taa '"ma •pa?» iso 'n 

t]bpa ovabnpa '-»ts nbafc 'a 

qbpa oittbipa nauî nao7273 yin w» mo ba m ©1 r »a k 

t]bpa 0"i7ûbipa "a* oa> Tonn rmt-r '-i naras -iso 'k 

un 1^1 vy^aitta w 'Taaa p«ti 'n» b"ain nso 'an iba wap 

i5p icu 3 ^aia^aia bermpi n» wap 2 'pa o-i7obipa tt73in 'n 

Tb "1^073 ^ïaiiDnii 'nsoii "îbw: vmsz 
■naa ^-nirb ■n^aitta 'w ^n^ "-iT^-'bN 'i^a 
ons^a Taa y-^naoi yiamp» '73a '« 
oisna Taa ^ai p"a73 '»a 'a 
ois^a Taa mwa^i m^iaiu 'wa 'n 



1 — 



ontiN orna*. 



s qbpa. 

3 Poggibonzi. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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tjbpa DinbTpa '""a» idiû 'a 

C|bpa oittbïpa '^d nba» 'a 

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û^ttîyttbi inDinb ftV'Mn î-rblpa saia*- ri sntt ï-itti» ba-iu^a nfcnpm 
trnwi aiiaa ma*' ^-n^n mirai ïmna a^pai? a">m rtb p"n amis 

.prs 'wwa 
NÏn n^N a*- *pn?o 't '1 ùv p ^b ^ibna î-jbisn n^i^ brai naia nsnaa 
Sanupa tstipm rrnaanp tarant* ^bi&o mms inairjsaa nvia àb n 'pa 
inan^b lîrbWi ta^aabi tris fiati a&* inam 'ï-t p tonnas Tara 
ismaï a^a -pbiïibi J-isnb osanb isiarn irmn Tïnbnbi inBrpbi 
i-mntt -iso una^ t^ïb ainan Nnp ia û^p^ msàai ïmna trppDiy 

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biba a "Wisn 't t toT p ^ ibni ftbian n^a-iit br?:i ïiana runaa 
&»*■ naiNï-n ^b aû"n p»b t-nms myïï "iab "pao i-raiâïaa !m 
fcana^bi i-rsmbi ïmnb îîibnjp *ï-i p ifpbN lara bawa r>np5i 
avoa top ^pnin nmttai î-Fnna a^pai* fczpna Tbittb iïwi tarais 

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tnpm y-ian ba na rii -nas r>*ba"n nuns nb^brr mafia ■umna soi 
i-ra-n rwiry ^in m^N-i «im «ba p ïvïiï-s ^a pisn nn» Sans^a 
û^3>»bi ïisnbi nrnnb iîtspi mNn^bi inarr^b rt irtbni^ ri^n^ bvm 
ïinb^m nnn riaia ib p-n matai mina a-'pDiy a^a n^biïrbi o^aira 

.pN i"i^n ^ït p T^n ri^^a baa 






LA YIE COMMERCIALE 

DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 

AU XVIIP SIÈCLE 

(FIN*) 



III 

LES JUIFS ET LES COMMUNAUTÉS D'ARTS ET MÉTIERS. 

Dans toutes les villes du Languedoc se trouvaient, à côté des 
petits métiers ambulants, des corps ou communautés de mar- 
chands, régis par des règlements royaux et « contribuant au 
soutien de l'Etat par le commerce et les droits qu'ils payaient au 
Roi ». Les privilèges attachés à ces corporations avaient depuis 
longtemps créé un antagonisme profond entre elles et les colpor- 
teurs en général. Cette haine sourde qui animait les « honorables 
communautés » s'accentua, en Languedoc, lors de l'entrée dans la 
province des Juifs du Comtat.^ 

Toutes les suppliques des communautés aux pouvoirs publics 
contiennent un plaidoyer en faveur de leurs monopoles indus- 
triels. Et le raisonnement sur lequel il est fondé ne manque pas 
de logique. 

Posé le principe invoqué par elles, à savoir que le commerce 
et l'industrie sont le privilège d'une collectivité, organisée dans 
une ville par les règlements royaux, pourvue de statuts, autorisée 

» Voir Revue, t. XXXIV, p. 276, et t. XXXV, p. 91. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par lettres patentes « registrées au Parlement de la Province » et 
leur conférant le droit exclusif de fabriquer ou vendre les ou- 
vrages de leur métier, avec permission de visiter et saisir les 
ouvrages similaires fabriqués ou vendus par d'autres contraire- 
ment aux règlements, posé ce principe, il s'ensuit logiquement que 
les communautés et les boutiquiers patentés ont seuls le droit de 
faire une guerre impitoyable aux colporteurs, parasites du com- 
merce et de l'industrie. En effet, le boutiquier payant patente ou le 
membre d'une communauté industrielle est un négociant « établi », 
bon sujet, puisqu'il paye les impositions fixées par l'Etat, bon in- 
dustriel, puisqu'il contribue chaque an pour sa quote-part aux 
charges de sa communauté. Le colporteur, au contraire, vaga- 
bond par tempérament ou parce que son métier l'exige, n'a d'autre 
domicile que l'hôtellerie ou le cabaret de la grande route. Mauvais 
« sujet », s'il est Français, puisque l'Etat ne le connaît pas, et pire 
encore, s'il est étranger, puisque l'argent qu'il a amassé en France 
sort avec lui quand il retourne dans son pays. On voit d'ici l'allu- 
sion au Juif du Gomtat. Mauvais commerçant, puisque soustrait 
aux recherches de la justice, il se livre à des falsifications sans 
nombre sur ses marchandises. La conclusion, disent les commu- 
nautés, s'impose d'elle-même. Détruisons les colporteurs, bannis- 
sons les Juifs, leurs émules. « Il révolte trop que dans un Etat 
aussi chrétien et aussi policé, il subsiste une odieuse milice, où 
Ton ne s'enrôle que pour commettre le crime et d'où si souvent on 
ne sort que pour aller au gibet. Il faut donc les bannir du royaume 
où ils ne sont dans leur négoce que des coureurs de pays qui 
trompent le public et ruinent le véritable marchand. Il est honteux 
à un Français d'aimer mieux courber le dos sous une balle de 
marchandise que d'aller à l'ennemi tête levée, un bon mousquet 
sur l'épaule '. » 

Telle est, esquissée à grands traits, l'argumentation verbale des 
communautés d'arts et métiers du royaume. Mais, sous les mots, 
se dissimulait l'idée « de derrière la tête » des marchands privi- 
légiés : à savoir la suppression de la concurrence faite aux bouti- 
quiers patentés par les colporteurs de toute nation. Et, pour se 
protéger contre la milice remuante des marchands ambulants, peu 
importait aux corporations d'avoir à leur service et la rigidité de 
leurs règlements et la « vertu » de leurs privilèges, s'il leur man- 
quait cette arme derrière laquelle elles rêvaient de s'abriter : la 
raison d'Etat. Seule, la raison d'Etat eût été capable de décréter le 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2799. Mémoire au Roi par les marchands des villes 
contre les colporteurs, 1758. 






LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 77 

bannissement en masse des colporteurs du royaume. Sans elle, 
tout effort, si bien dirigé qu'il fût, restait vain. 

En effet, que servait aux corps de métier de faire fermer à 
Montpellier une boutique indûment tenue par les Juifs, s'ils la 
rouvraient à Béziers ? A quoi bon stériliser le zèle des jurés-gardes 
des marchands en des saisies de marchandises juives, saisies 
infructueuses, ruineuses pour la communauté tout entière ? Les 
boutiquiers urbains avaient beau s'épuiser en une surveillance 
inquisitoriale sur les agissements des colporteurs israélites, leur 
commerce prospérait en Languedoc, « à la faveur, disent les com- 
munautés, de mille abus, contrebande, mauvaise qualité et fabri- 
cation défectueuse de leurs marchandises ». De tant d'efforts 
déployés vainement, que résultait-il pour les communautés du 
pays, si les Intendants de la province ne prêtaient aux saisies, 
confiscations et autres modes de vexations usitées contre les tra- 
fiquants le concours de leur politique et les bras de leurs gens de 
police? Amener les Intendants à seconder ces vues intéressées, 
acquérir à laide de mille subterfuges les bonnes grâces des pou- 
voirs provinciaux, c'est à quoi s'efforcèrent d'arriver les marchands 
du Languedoc dans la lutte entreprise contre les Juifs du Comtat. 

Le début du xvnr 3 siècle la vit commencer. A cette époque, tout 
le monde se plaignait en Languedoc. Les cahiers de doléances des 
Etats sont là pour l'attester. La Province avait supporté pendant 
les dernières guerres de Louis XIV des charges énormes ; pendant 
la paix, ç'avaient été de lourdes impositions; et voilà que la guerre 
recommençait, plus âpre que jamais, guerre au dehors, guerre au 
dedans. Les levées d'armes pour combattre la coalition en Alle- 
magne, en Italie, dans les Pays-Bas, pour réduire les Gamisards 
dans les Cévennes, avaient saigné la Province. Elle se vidait 
d'hommes et d'argent. Le crédit épuisé par les dettes qu'elle avait 
contractées, les denrées invendues, une industrie languissante, 
un commerce défaillant : toutes raisons qui n'étaient pas pour sti- 
muler le zèle des négociants languedociens, devant lesquels se 
dressaient leurs souples concurrents, les Juifs comtadins. 

C'est contre eux que les marchands en soieries donnèrent 
l'alarme les premiers. Aigris par des ventes à perte, par le dépé- 
rissement de leurs marchandises, ces petits boutiquiers, détailleurs 
pour la plupart, ne virent pas sans colère des Juifs comtadins 
ouvrir boutique à Montpellier. Pareille infraction aux règlements, 
si elle se perpétuait, ne manquerait pas, à les en croire, d'amener, 
à bref délai, la ruine de leur petit commerce l . Et déjà, exagérant 

1 Par les statuts des corporations, défense est faite aux Juifs et en général « à 
toutes personnes autres que ceux qui sont reçus marchands de tenir boutique ou ma- 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à plaisir leurs craintes, ils prédisaient le jour — prochain peut- 
être — où tout le commerce de la province deviendrait l'apanage 
des Juifs '. D'ailleurs, les premiers effets du séjour « illégal » des 
Juifs en Languedoc se manifestaient, disaient-ils, par le déclin des 
manufactures de soie de Nîmes, de Toulouse et par ces vols, qui, 
depuis l'arrivée des Juifs, se multipliaient dans les boutiques des 
marchands t . Il se trouvait cependant — ce qui indignait les mar- 
chands patentés — des personnes d'assez peu de religion et de 
patriotisme pour receler chez elles la pacotille frauduleuse de vils 
colporteurs ! 

Dans les villes de la province où se débitaient les soieries, à 
Nîmes surtout, à Toulouse, on redoutait les Juifs marchands « en 
soieries » du Gomtat et leur actif négoce. On savait qu'en « Avi- 
gnon » ils fabriquaient, comme à Lyon, des damas, brocatelles, 
florences, demi-florences, serges, palais-royals et autres étoffes 
qui se vendaient à meilleur marché qu'on ne les vendait en Lan- 
guedoc. De là, la terreur de voir la province envahie par les soieries 
des Juifs. 

Le danger parut même si menaçant 3 quejes marchands en soie- 
ries du bas Languedoc se coalisèrent contre l'ennemi commun. 
En 1732, ils chargèrent leurs mandataires, les députés de la 
Chambre de commerce de Montpellier, de prendre en main leurs 
intérêts. « Chassés de toutes les autres provinces, disent en parti- 
culier les jurés-gardes de Montpellier, les Juifs se jettent en foule 
sur le Languedoc, où, à l'abri de l'asile qu'ils y trouvent, ils 
trompent le public et ruinent le commerce 4 ». En 1740, nouvelles 

gasin ni d'y faire aucun commerce dans toutes les villes où il y a jurande ». Arch. 
de l'Hérault, B. 193. Supplique des marchands en soieries du Languedoc au Roi. 

1 Arch. de l'Hérault, B. 193, ibid. 

* « Dès que les Juifs sont dans une ville, des vols sont commis chez les mar- 
chands, soit par les garçons de boutique ou leurs propres enfants, car ils vendent 
aux Juifs ce qu'ils ont volé. » Arch. de l'Hérault, C. 2743. Note des marchands de 
Montpellier. Même accusation est portée contre les Juifs par les marchands de 
Verdun. 

3 t Donc, il est très nécessaire d'empêcher les Juifs de venir vendre, ni débiter 
dans cette province, sans quoi les marchands seront forcés d'abandonner leur com- 
merce, ce qui achèvera de ruiner celui de cette province qui n'est déjà que trop 
ruiné. > Arch. de l'Hérault, B. 200. Placet des marchands de Montpellier et villes 
circonvoisines contre les Juifs d'Avignon. 

k Arch. de l'Hérault, C. 2745. Mémoire des jurés-gardes du corps des marchands de 
Montpellier, 1739. Citons, dans le même ordre d'idées, cette opinion des marchands 
de Gien. « Les sujets du Roi ne seraient plus que les spectateurs des fortunes que 
les Juifs feraient à leur préjudice pour les transporter dans les pays étrangers, à la 
ruine du royaume. Indépendamment de ce que, s'ils parvenaient à se rendre maîtres 
du commerce, ils donneraient à leurs marchandises le prix arbitraire que leur cupi- 
dité leur suggérerait, et bien loin que le public profitât de l'abondance qu'ils paraî- 
traient procurer, il serait dans l'impossibilité d'acheter les choses les plus nécessaires 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 79 

plaintes plus véhémentes *. C'est merveille de voir comme les 
marchands languedociens savent composer les traits de la phy- 
sionomie du Juif de la légende. Dans ces suppliques larmoyantes, 
pas une couleur ne manque au tableau. Le Juif y est représenté 
infidèle, rusé, trompeur, fraudeur. On ne comptait plus, au dire 
des marchands, le nombre de leurs exactions en tous pays. « Je ne 
séparais pas, dit un contemporain 2 , l'idée d'un Juif de celle d'un 
homme au teint basané, aux yeux ternes, au nez plat, à la grande 
bouche. Je croyais enfin que Dieu avait imprimé sur leur front un 
caractère de réprobation. » Grande fut donc sa désillusion en ce 
qui concerne les Juifs du Comtat, car il ajoute après réflexion : 
« Ceux d'Avignon ont rectifié ma façon de penser 3 et je les crois 
soumis comme les autres [sic) à l'influence du climat et des autres 
causes naturelles qui produisent tant de variétés dans l'espèce 
humaine. » Naïve croyance que ne partageaient pas — tant s'en 
faut — les marchands languedociens, pour qui les Juifs étaient 
comme l'incarnation vivante d'un fléau déchaîné sur le Languedoc 
par la colère céleste. 

De toutes ces requêtes, le ton seul est à retenir. Il n'aurait pas 
été si vif, si les Juifs, dont elles incriminaient l'intelligence com- 
merciale et la supériorité de l'esprit d'association, n'avaient eu pour 
eux la faveur du public. La vérité était là pourtant : les marchands 
du Languedoc étaient furieux de rencontrer sur les marchés, où 
jadis ils régnaient en maîtres, ces infimes colporteurs qui leur en- 
levaient à leur barbe les gains séduisants de la vente au détail. 
Mais leur colère n'avait d'égale que leur surprise de découvrir 
chez le citadin ou le paysan des sentiments qu'ils ne s'attendaient 
pas à y rencontrer, sentiments d'indulgence tolérante pour le né- 
goce des Juifs. 

Les plaintes alors d'aller leur train. « Etaient-ce les Juifs ou 
bien les marchands patentés qui payaient les impositions, le 
dixième, l'industrie, les rentes, les dettes des communautés, les 
deniers royaux? Etaient-ce les Juifs ou les marchands de la ville 
qui fournissaient l'équipement des troupes en campagne?» On 

par l'exorbitance du prix où il plairait aux Juifs de les porter. Les Juifs s'empare- 
ront bientôt du commerce de la France. • Toujours la même idée les hante. 

1 t Cette nation juive, infidèle et trompeuse, se répand tous les jours dans nos can- 
tons. Ils ont des établissements fixés dans les principales villes. Des personnes leur 
prêtent asile et nom. Malgré l'expérience qu'on a d'être trompés par cette nation, 
l'appât du bon marché leur procure toujours de nouvelles dupes. Nos marchands ne 
font presque rien. Les Juifs pillent les sujets du Roi. • Arch. de l'Hérault, G. 2745. 
Les députés du commerce de Montpellier à Orry, cont. général, 25 avril 1739. 

2 Van de Brande, ouv. cité-, voir Revue, t. X.X.XV, p. 101. 

3 Les Juifs comtadins qui fréquentaient la Provence et le Languedoc vivaient très 
familièrement avec les chrétiens. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voit à quel degré d'irritation était montée leur exaspération. A dire 
vrai, sur le chapitre des impositions, les doléances des boutiquiers 
étaient justes, mais ils n'avaient garde de dire que les Juifs avaient 
aussi leur part de contributions à payer ', de vexations à essuyer. 
Les marchands s'en doutaient bien, mais faisaient sur tous ces 
faits la conspiration du silence. Ils n'ignoraient pas non plus que le 
commerce des Juifs n'allait pas sans des déplacements fréquents et 
coûteux. Mais que pesaient ces considérations en regard des inté- 
rêts mercantiles des boutiquiers languedociens? Convaincus que 
les Juifs comtadins étaient en passe de devenir les favoris du pu- 
blic, ils prirent un malin plaisir à entraver leurs opérations com- 
merciales, à l'époque des foires. Ces tracasseries se produisaient 
sous mille formes. Sur vingt ballots de soieries, deux ou trois 
plombs du contrôle manquaient-ils à deux ou trois d'entre eux, 
c'étaient aussitôt des contestations à n'en plus finir, des chicanes 
pointilleuses, le tout à la grande joie du public, que ces visites de 
jurés-gardes, faites pour effrayer les forains, divertissaient beau- 
coup. Ou bien une pièce de soie n'avait pas le nombre de fils exigés 
par les règlements « colbertistes » ; d'où, sa confiscation au profit 
des établissements hospitaliers de l'endroit. Le trouble était jeté 
dans les affaires des Juifs, le public s'ameutait, l'autorité interve- 
nait, qui renvoyait les parties (marchands et Juifs) dos à dos. 

Toutefois, les Juifs, encouragés par de très hauts personnages, 
ne se laissaient pas écorcher sans crier. A la foire du Pont-Juvénal, 
près Montpellier, les cavaliers du marquis de Grave, propriétaire 
dudit lieu, les protégeaient. Postés aux portes et avenues du 
Château de Grave 2 , où les Juifs entreposaient leurs étoffes, ils 
s'opposaient souvent à l'entrée des jurés-gardes, suivis de leurs 
huissiers, dans les appartenances du logis seigneurial. L'intendant 
usait alors de son pouvoir modérateur : Juifs et marchands s'in- 
clinaient, pour le moment, devant sa haute juridiction 3 , et peu 

1 Les droits de péage, sans compter les droits seigneuriaux que juifs, comme chré- 
tiens, avaient à acquitter quand ils pénétraient dans une foire établie sur la terre 
d'un seigneur. Exemple : la foire du Pont-Juvénal, à Montpellier, pour les colpor- 
teurs juifs, et pour les maquignons la foire de Montgiscard, près Toulouse. 

8 Ces soldats étaient à la solde du marquis de Grave, qui s'en servait pour la po- 
lice de sa foire. Aussi bien n'est-ce pas le seul exemple d'un seigneur offrant au 
XVIII e siècle sa protection, intéressée il est vrai, aux Juifs. En 1752, les Juifs de 
Saintes entreposèrent leurs marchandises dans le logis de M. de Saint-Simon, mestre 
de camp des armées du Roi. Les jurés-gardes du corps des marchands de Saintes 
ayant verbalisé contre eux, ce gentilhomme les fit incarcérer. D'où scandale. A 
Montpellier même, les juges-consuls furent invités à se solidariser avec leurs con- 
frères de Saintes pour laver l'affront infligé à une corporation. Arcu. de l'Hérault, 
B. 204. Les consuls de Saintes aux consuls de Montpellier, 25 juin 1752. 

3 Les intendants du Languedoc évitent souvent de prendre parti pour ou contre 
les Juifs ou leurs concurrents. Exemple : à la suite d'une visite des jurés-gardes à 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 81 

après la guerre recommençait entre eux, vive, acérée, mesquine. 
A Toulouse, la haine des marchands contre les Juifs était aussi 
vive qu'à Montpellier. Les drapiers, toiliers ou débitants de laine 
ou de soie, membres des corporations toulousaines, avaient cou- 
tume de fréquenter les petites foires et marchés, où ils détaillaient 
leurs étoffes; mais à Toulouse, comme à Montpellier, ils se heur- 
taient à la subtilité, « à l'ambition commerciale » des Comtadins. 
« Cette nation juive, s'écrient les députés de leur chambre de 
commerce, ne semble ramper que pour s'élever et s'enrichir *. » 
Des mesures d'exception sont aussitôt réclamées contre les Juifs 
du Comtat. Les Juifs, disent les marchands de Toulouse, achètent 
aux banqueroutiers les effets que ceux-ci ont mis à couvert. Ils les 
ont ainsi à vil prix, ce qui amène la dépréciation des bonnes mar- 
chandises, ruine le commerce de la ville et fournit aux faillis 
l'occasion de frustrer leurs créanciers. Les Juifs achètent « à l'œil 
et à forfait», alors qu'eux, bons marchands, achètent à l'aune ou 
au poids. Ainsi leur trop grande honnêteté en affaires les ravale 
au-dessous de leurs rivaux, moins scrupuleux. L'alarme, on le 
voit, régnait parmi les négociants de Toulouse. « Aux foires der- 
nières, gémissent-ils, nos boutiques ont été désertes et sont encore 
souffrantes. Triste situation pour l'avenir. » Tant était grande 
l'animosité contre les Juifs que le subdélégué de l'Intendant Lenain 
en avertit son supérieur. Il écrit : « Tout le monde court aux mar- 
chands juifs, alors que les toulousains se trouvent abandonnés » 
(1745) -. Mais ceux-ci se vengent de leurs concurrents, par quels 
procédés, on va le voir. Minutieusement ils inspectent les étoffes 
des Juifs, les déploient dans toute leur étendue, souvent sous la pluie, 
au risque de les défraîchir; les jurés-gardes retardent, autant 
qu'ils le peuvent, la visite des marchandises des Juifs, dans le but 
de gagner du temps et favoriser ainsi la vente des marchands du 
pays. Souvent même, dans leurs contestations avec les Juifs, on 
voit les Toulousains invoquer contre les Comtadins la juridiction 
qu'ils supposent leur devoir être favorable, quitte à se retourner, en 
cas d'insuccès, vers les juges dont ils avaient, dès l'abord, nié la 
compétence 3 . L'exécution des arrêts contre les Juifs est, de la part 

laquelle s'étaient opposés les agents de M. de Grave, Bernage accorda aux jurés de 
saisir les marchandises juives. Averti, d'autre part, que les Juifs se soumettaient à 
la visite, il suspendit la saisie. Arch. de l'Hérault, G. 2745. Novembre 1740. Pièces 
diverses. 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2746. Les députés toulousains au contrôleur général, 
28 décembre 1744. 

* Arch. de l'Hérault, G. 2746. Le subdélégué de Toulouse à Lenain, 2 mai 1745. 

3 Les marchands, après avoir attribué la compétence la plus large aux capitouls, 
puis au Parlement, se ravisent et s'adressent à l'Intendant (1745). Arch. de l'Hérault, 
T. XXXVI, n° 71. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du corps de bourse de Toulouse, l'objet d'un soin méticuleux. 
Certains marchands * allèrent jusqu'à soutenir que les lois d'ex- 
ception promulguées contre les Comtadins devaient s'étendre à 
tous les négociants étrangers qui venaient à Toulouse pour y tra- 
fiquer, passé le temps des foires. Au reste, à cette époque, les 
esprits des Toulousains étaient si excités contre les Juifs, que 
donner asile aux Juifs, à Toulouse, était comme passible de mort 2 . 
La cabale contre les Juifs avait été montée par les seuls mar- 
chands de laine ou de soie languedociens; ils obtinrent, peu après, 
l'appui de leurs confrères, les fripiers- chaussetiers du pays. 
Ceux-là non plus n'étaient pas gens à laisser entamer le moindre 
de leurs privilèges par les colporteurs, Juifs et autres « proxé- 
nètes » 3 . Ils le prouvèrent bien. Ne s'avisèrent-ils pas de vouloir 
faire payer aux Juifs de Montpellier certaines contributions que 
leur communauté acquittait, par exemple la « fourniture » des 
miliciens? A quoi les Juifs répondirent qu'ils la paieraient, si les 
fripiers « daignaient les admettre dans leurs rangs », proposition, 
comme bien l'on pense, repoussée avec des clameurs indignées par 
les fripiers, qui, jugeant qu'ils avaient fait jusqu'alors beaucoup 
trop de cas de méchants colporteurs en leur faisant l'honneur de 
commercer avec eux, leur refusèrent, en fin de compte, la contri- 

C. 2746. Contestations entre les marchands de laine ou soie de Toulouse et les 
Juifs, 1745. 

1 Cette affaire, connue sous le nom d'affaire Ader-Braudelac et classée aux arch. de 
l'Hérault et de la Haute-Garonne sous la rubrique • Juifs », quoiqu'il ne s'y agisse 
que de marchands forains, se résume ainsi : < Le 15 février 1754, le corps de bourse 
de Toulouse délibéra sur les moyens de veiller à l'exécution des arrêts contre les 
Juifs marchands de toile et de soie. La Bourse chargea Braudelac de cette mission, 
en qualité de syndic du corps. En 1755, deux marchands toulousains requirent la 
saisie d'étoffes appartenant à Ader, marchand de Lyon et déposées chez Ader de 
Toulouse, sous le prétexte que ces marchandises appartenant à un étranger étaient 
vendues hors le temps des foires. Braudelac requit la saisie, qui fut opérée. Les 
Ader furent assignés devant les capitouls, qui les condamnèrent. Cette ordonnance lut 
par les Ader attaquée au Parlement de Toulouse, où Braudelac fut intimé. Il fit as- 
sembler la Bourse en 1756. Le prieur proposa de ratifier les procédures faites par 
Braudelac, Deux partis se formèrent au sein du corps. Les opposants prétendirent 
que Braudelac avait outrepassé ses droits, attendu que les marchandises saisies 
étaient entreposées chez un négociaut de Toulouse, qui les vendait en commission. 
Démission de Braudelac, élection d'un nouveau syndic, procès engagé par celui-ci 
devant le Parlement (1756), cassation de la saisie et condamnation de Braudelac aux 
dépens envers les Ader, de Lyon. • Dans la délibération du 15 lévrier 1754 — no- 
tons-le — il ne s'agissait que de présenter une requête à l'Intendant coutre les Juifs 
et il est donc faux que le syndicat de Braudelac s'étendit contre des marchands 
autres que les Juifs. » Arch. de l'Hérault, C. 1359 ; Arch. de la Haute-Garonne, 
C. 323. (Affaire Ader-Braudelac). Marchands forains (Juifs), 1754-1761. 

2 Arch. de l'Hérault, C. 1573. Sénéchal de Toulouse. Judith Prévost, accusée 
d'irréligion pour avoir fourni asile aux Juifs à Toulouse et favorisé leurs cérémonies 
(1741). 

* Expression dont on se servait pour désigner les courtiers, revendeurs de vieilles 
Dardes. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 88 

bution qu'ils offraient en échange du droit de débiter du vieux 
D'nge. Aussi bien n'est-ce pas à cette époque fait rare, que de 
voir des marchands exiger des Juifs le paiement des impositions 
qui pesaient sur les industriels *. 

Leur raisonnement était simple : pourquoi les impôts ne seraient- 
ils pas payés aussi par ceux qui réalisaient les gros bénéfices en 
affaires? Les Juifs de riposter que, du moment où ils participe- 
raient aux charges d'une communauté, il n'y avait pas de raison 
pour les empêcher d'en faire partie. 

En thèse générale, les marchands chrétiens voyaient bien des 
inconvénients à les admettre dans les communautés d'arts et mé- 
tiers. Deux raisons primordiales militaient contre les Juifs : 
1° leur qualité d'étrangers dans le royaume. Or, les commu- 
nautés industrielles ou commerciales étaient des associations de 
véritables fonctionnaires, dotées de règlements royaux, légalement 
instituées; 2° leur religion. Or, les corporations avaient un ca- 
ractère confessionnel très accusé, caractère se manifestant, on le 
sait, lors des fêtes de la communauté placée sous le patronage 
d'un Saint. 

D'autres raisons étaient invoquées contre l'admission des Juifs 
dans les communautés. On disait que leur mauvaise foi commer- 
ciale désorganiserait les corporations, que fidèles à leur amour 
pour le négoce cosmopolite, ils se sentiraient bientôt gênés dans 
les cadres étroits d'une communauté et que, rejetant le rôle passif 
d'artisans privilégiés, ils réuniraient tôt ou tard tous les métiers 
en leurs mains, qu'on les verrait enfin introduire dans ces corps 
les fraudes qu'ils pratiquaient dans les foires ou sur les grandes 
routes et revenir au métier louche de vendeur « sous le manteau et 
de la main à la main ». 

Malgré cet interdit général lancé contre eux, les Juifs n'en ten- 
tèrent pas moins de forcer l'entrée des communautés d'arts et 
métiers, hostilement groupées contre les deux ennemis : les Juifs 
et les forains. 

En Languedoc, la question de leur admission dans les corps se 
posa, en 1784, à Nîmes. Les Juifs y briguaient les titres de maîtrise 



1 En 1775, le Juif Solon, de Nîmes, domicilié dans cette ville depuis 1767, se plai- 
gnit qu'on l'eût compris au rôle de la capitation et industrie, bien qu'il n'eût jamais 
été imposé et qu'il ne fît partie d'aucune corporation, c Le sieur Sollon, juif, a lieu 
d'espérer, est-il dit dans sa supplique, que le Contrôleur général voudra bien or- 
donner aux officiers municipaux de Nîmes de ne plus le comprendre dans les rôles 
de leurs impositions.. . si mieux, ils n'aiment lui permettre de tenir boutique ou- 
verte... sous les offres qu'il fait de contribuer aux impositions royales et autres atta- 
chées au corps où il sera agrégé. • Arch. de l'Hérault, C. 2005, au Contrôleur géné- 
ral, d'Ormesson, 16 août 1775. 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dans le corps des marchands bonnetiers 1 . Le bruit courut que des 
fabriquants de bas avaient passé avec des Juifs comtadins des 
contrats d'apprentissage et que, contrairement à la bonne foi 
qu'on se doit entre confrères, ils en avaient pris d'autres, sans 
contrat, pour leur apprendre le métier à bas. Ainsi donc, Nîmes 
allait associer à la confection de ces fameux bas de soie qui ali- 
mentaient jadis les vaisseaux des armateurs de Cadix, ces Juifs 
que l'inspecteur des manufactures de Languedoc, Laussel, dénon- 
çait, de Nîmes même, à Saint-Priest 2 , intendant de commerce. Les 
bruits les plus divers couraient sur eux : on les soupçonnait, vu 
leur alliance avec leurs frères d'Avignon, de faire passer en con- 
trebande des soieries volées en Avignon et des bas de soie achetés 
en Espagne et qu'ils avaient l'audace, disait-on, de revêtir d'un 
plomb de contrôle de la fabrique de Nîmes. On se rappelait qu'ils 
s'étaient immiscés naguère dans le commerce de la toilerie, de la 
draperie aux dépens des manufacturiers du Languedoc, bien que 
ce genre de commerce leur eût été interdit par arrêt du Conseil. 
Grande était à Nîmes l'irritation contre les corps des marchands 
de bas qui avaient eu le front de prêter leur nom aux Juifs. L'Ins- 
pecteur des manufactures blâmait hautement ces procédés. L'In- 
tendant, en homme avisé, trancha le débat. Les Juifs n'eurent pas 
à se louer de son jugement. Autorisé par l'arrêt qui, le 14 août 
1*774, avait interdit aux Juifs de Paris 3 l'entrée dans les corps de 
métiers, il défendit formellement auxdits corps de Nîmes de rece- 
voir les Juifs, soit comme apprentis, soit comme maîtres, sous 
quelque prétexte que ce fût. L'assemblée des bonnetiers délibéra 
sur le texte de la lettre de l'Intendant. Les décisions qu'elle prit 
furent nettement prohibitives à l'endroit des Juifs. Au cas où un 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2747. Extrait du registre des délibérations du corps des 
marchands bonnetiers de Nîmes, 23 janvier 1784. 

» Arch. de l'Hérault, C. 2747. Laussel à Saint-Priest, fils, 8 mai 1784. Une autre 
lettre de Laussel (17 janvier 1784) est curieuse par l'analogie de forme et de fond 
qu'elle présente avec le mémoire de M* Goulleau, avocat à Paris, signataire de la 
« Requête des marchands de Paris contre l'admission des Juifs au commerce de la 
mercerie > 1767. Typique est l'érudition que Laussel et Goulleau déploient l'un et 
l'autre, non sans pédanterie. Ils n'ont garde dans leurs mémoires respectifs d'omettre 
les expulsions de Juifs... sous Dagobert et Philippe-le-Long. Ces messieurs avaient 
la rancune tenace. • La majorité des maîtres m'ayant demandé, dit Laussel, s'il 
n'était pas possible d'expulser ces Juifs, je leur ai répondu que je ne croyais pas que 
les Juifs, chassés de Frauce sous les règnes de Dagobert et de Philippe-le-Long et 
n'étant pas encore rappelés, dussent être regardés comme citoyens. » Voir pour la pé- 
tition des Juifs de Paris dans cette Revue, Monin, Les Juifs de Paris sous l'ancien 
régime, t. XXIII. 

3 Arrêt du Conseil déboutant les Juifs de la demande qu'ils avaient formée pour 
être autorisés à faire le commerce de la draperie et mercerie à Paris (7 février 1777). 
Cet arrêt avait été la conséquence de l'arrêt • du propre mouvement • de Louis XVI 
(14 août 1774), révoquant les brevets de maîtrise accordés aux Juifs. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC *5 

Juif aurait, par d'insidieuses manœuvres, extorqué un brevet d'ap- 
prentissage, le maître du corps d'état qui aurait présenté ce brevet 
à l'enregistrement devait être poursuivi et dénoncé à l'Intendant. 
Défense était faite aux maîtres de prêter leur nom aux Juifs. 

Cette hostilité du corps des bonnetiers ne désarma les préten- 
tions des Juifs, ni ne découragea leurs efforts. Le privilège était 
alors une forme de droit ; quoi d'étonnant si les Juifs le revendi- 
quaient pour eux-mêmes ! En 1788, plusieurs Juifs, marchands 
toiliers 1 et un tailleur-, offrirent aux maîtres des corps des toi- 
liers et tailleurs de Nîmes de payer les contributions qui pesaient 
sur la corporation, sous condition d'y être reçus comme membres. 
Le corps des toiliers et tailleurs répondit que « la ruine de leur 
commerce suivrait de près l'admission des Juifs parmi eux, par 
les infidélités qu'ils commettraient sans scrupule ». Les corps de 
métier, disaient les toiliers, n'avaient été institués que pour ga- 
rantir au public la bonne qualité des objets que l'on y fabriquait. 
Y introduire des Juifs, ce serait vouloir ouvrir la porte aux 
fraudes, dans le prix, dans la façon et la qualité de la matière. A 
quoi serviraient les statuts homologués des corps de métiers, si le 
droit exclusif, qui y était porté en faveur des maîtres de travailler 
et de vendre tout ce qui faisait partie de leur profession, ne leur 
était conservé particulièrement contre les Juifs. Ce serait désarmer 
les corps de métier, les livrer sans défense aux Juifs. Ceux-ci 
alors sommèrent les deux corps de faire droit à leur requête, 
qu'ils prétendaient juste et conforme à l'édit de 1787 touchant les 
non catholiques. De ses dispositions résultait, en effet, que le Roi 
permettait aux non catholiques d'exercer leur commerce sans 
que, sous prétexte de leur religion, ils pussent être inquiétés. La 
question d'interprétation de l'édit se posait ainsi : Les Juifs de- 
vaient-ils être compris parmi les non catholiques qui bénéficiaient 
de l'édit ? Oui, répondaient les Juifs, cet édit étant loi générale 
de grâce et de faveur, embrassant tous les non catholiques sans 
exception, partant les Juifs. A cela, les corps de métier répon- 
daient par la négative, invoquant les précédents, qui tous témoi- 
gnaient contre l'incorporation des Juifs dans les communautés. A 
Nîmes, tous les marchands étaient prêts à attester, sous la foi du 
serment, qu'ils n'avaient jamais eu de Juifs pour collègues. L'an 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2747. Mémoire de Laudes et Fabre, syndics du corps des 
toiliers à Ballainvilliers, intendant, 1 er avril 1788. Lettre des mêmes à Ballainvil- 
liers, 6 avril 1788. Mémoire de Mardochée Carcassonne, Juif de Nimes, à Ballain- 
villiers, 25 avril 1788. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2818. Acte signifié par Monteil, Juif, aux syndics des 
tailleurs de Nîmes (12 mars 1788). Pièces diverses du 13 mars, 23 mars, 12 avril 
1788. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1788 avait vu la demande des Juifs de Paris tendant à obtenir 
l'accès dans les Six-Corps de commerce de Paris, rejetée par 
arrêt du Conseil. Sur l'interprétation du mot « non catholiques », 
pas le moindre doute à avoir, disaient les marchands, car par 
« non catholiques », l'édit de 1787 entendait les protestants, 
Luthériens ou Calvinistes , avec qui ces mêmes marchands 
nîmois s'étaient associés au plus fort de la persécution di- 
rigée contre eux. Mais de ce que l'édit admettait les protes- 
tants à jouir du bénéfice de ses clauses, s'ensuivait-il que les 
Juifs eussent le droit d'aspirer aux mêmes privilèges qu'eux ? 
Les marchands de Nîmes ne le pensaient pas, le terme de « Juifs » 
n'étant ni cité, ni spécifié dans l'édit de 1787. 

Pour mettre fin au débat contradictoire qui menaçait de s'éter- 
niser quant à l'interprétation du mot « non catholiques », le 
pouvoir central intervint. Lamoignon de Malesherbes, garde des 
Sceaux, et le ministre Breteuil interprétèrent, à leur tour, l'édit 
de 1787, dans un sens qui n'était pas pour satisfaire les Juifs ». 
D'après eux, les Juifs ne pouvaient participer à la faveur que le 
Roi accordait à ses sujets protestants « qu'autant que Sa Ma- 
jesté elle-même croirait devoir expliquer N ses intentions à leur 
égard d'une manière spéciale ». 

Les corps de métiers de Nîmes triomphaient donc. Ils avaient 
jeté aux Juifs l'anathème traditionnel : « L'infamie semble les 
suivre. On répugne à fraterniser avec eux. Les Juifs sont une 
nation séparée des autres nations. Elle a son gouvernement 
théocratique, qui l'isole et qui rend les Juifs étrangers dans les 
autres états. Un Juif n'est citoyen nulle part, et quoique né Fran- 
çais, il est étranger dans chaque ville. 11 ne saurait donc aspirer 
à être admis dans les corporations de commerce réservées aux 
seuls sujets du Roi. » Telle était l'argumentation des commu- 
nautés de Nîmes. 

A la fin de l'ancien régime, les sentiments des corporations à 
l'égard des Juifs restent les mêmes -. En 1789, quelques mois 
avant la réunion des Etats-Généraux, figées dans leur attitude 
hostile, irréductible, contre les Comtadins, elles persistent à les 



* Arch. de l'Hérault, G. 2747; C. 2818. Ballainvilliers au subdélégué de Nîmes, 
21 avril, 22 avril 1788. 11 transmet les lettres explicatives de ces ministres. 

2 Cependant un Juif, Mardochée Carcassonne, laisse entendre que les corps d'arts 
et métiers de Montpellier n'avaient pas l'ait montre à l'égard des Juifs de cette ville 
de la même animosité que ceux de Nîmes. < On a vu, dit-il, les marchands de 
Montpellier, aussi jaloux de leurs prérogatives que ceux de Nîmes, recevoir sans 
scrupule et sans opposition, sous les yeux de l'Intendant, divers Juifs dans leurs com- 
munautés. » Arch. de l'Hérault, C. 2747. Mémoire de M. Carcassonne, Juif, 25 avril 
1788. 






LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 87 

écarter. Dans les cahiers de doléances de la provinces pour les 
Etats-Généraux, on surprend des plaintes, écho nullement affaibli 
des préjugés sociaux et théologiques du moyen âge contre les 
Juifs. Ainsi, Louis XV avait créé, à Montpellier, suivant l'exemple 
qu'il avait donné à Paris en 1767 l , huit lettres de maîtrise dans 
tous les corps de métiers. Plusieurs de ces lettres furent, comme 
à Paris, achetées par des Juifs dans le corps des fripiers-chausse- 
tiers. Scandale sans précédent aux yeux des marchands ! Deux 
fils de Juifs avaient été reçus au rang de maîtres par le Juge- 
Mage de la ville, sans y avoir été autorisés par la communauté. 
Aussitôt les fripiers d'insérer leurs doléances à ce sujet dans 
leur cahier (1789)'. Ils réclament qu'on les sépare de ces Juifs 
« qui pourraient infecter » toute la communauté ; événement 
qualifié par eux de « sinistre » et qu'il n'est pas possible de 
prévoir sans frémir. L'éternelle doléance retentit : « Le commerce 
de tous les membres du corps a diminué à un si grand point 
depuis l'étrange introduction des Juifs, que les fripiers se verront 
contraints de l'abandonner pour jamais, si' on ne leur tend une 
main secourable et si on ne seconde leurs vœux. » Appel dé- 
guisé — on le voit — à l'Etat-Providence. Et voici maintenant 
par où éclate le préjugé social : « Il n'est personne, disent-ils, 
qui ne porte en son cœur la conviction du mal que le peuple juif 
fait dans tout l'univers ». Voici maintenant le préjugé théolo- 
gique, u L'Hltre suprême, dans la création de la nature, voulut 
expressément que cette race fût renfermée dans un certain terri- 
toire et lui défendit de communiquer en aucune manière avec les 
autres nations. » Toutes opinions qui, exprimées avec tant de 
hardiesse, prouvent la corrélation qui existait, à la veille de la 
Révolution, entre la question de l'émancipation des Juifs et 
l'émancipation du travail ; si intime qu'entre les partisans du 
maintien des barrières, entre les diverses communautés d'arts 
et métiers, et les partisans du « ghetto » pour les Juifs, il n'y 
avait qu'une différence de degré, non de nature. 

Ce sont là les plaintes des marchands privilégiés, des corpora- 
tions vieillottes, traquant de ville en ville des colporteurs dont le 
principal crime, à leurs yeux, était de savoir commercer et d'ap- 
porter sur les marchés du Languedoc des marchandises abon- 
dantes et peu chères. Les Juifs y répondaient par des placets où 
dominait le sentiment très vif que, la liberté du commerce et de 

1 Voir, pour cette affaire, Monin, Les Juifs de Paris sous l'ancien régime, dans 
cette Revue, t. XXIII. 

* D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, t. IV, p. 648. « Cahier de doléances des 
fripier s-chaussetiers de Montpellier », 1789. 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'industrie étant un des éléments constitutifs de la vie organique 
de la province et du royaume, les pouvoirs publics devaient les 
seconder dans leurs tentatives d'affranchissement du commerce 
et de Pindustrie languedociens. 

En cela, ils partageaient, en matière commerciale, les avis des 
économistes, théoriciens du « laissez faire, laissez passer », et 
en matière industrielle, les croyances des défenseurs de la liberté 
du travail. Ils pensaient de même que ces négociants de Toulouse 
qui, en 1788, dénonçaient à Louis XVI « les ravages du monopole, 
les inconvénients des privilèges, les pertes, les dégâts, les faux 
frais, le découragement, qui sont la suite des droits locaux, des 
péages, des visites, des pièges, des vexations, en un mot, de 
toutes les entraves qui obstruent le commerce et emmaillottent 
l'industrie ». 

Donc, disaient les Juifs, que les pouvoirs publics rejettent les 
requêtes des communautés, comme ne répondant plus aux aspira- 
tions nouvelles des commerçants et industriels français! Elles se 
plaignaient de la concurrence des Juifs. De bonne foi, qui les em- 
pêchait de lutter contre elle avec avantage? Si les boutiques 
des marchands du pays n'attiraient plus lès chalands, à qui la 
faute, sinon à l'incroyable avidité des boutiquiers languedociens ? 
N'avait-on pas vu — le subdélégué de l'intendant l'attestait * — 
n'avait-on pas vu, à Nîmes, deux ou trois marchands s'entendre 
pour vendre à des prix exorbitants leurs étoffes et s'étonner 
ensuite qu'elles n'eussent pas plus de faveur auprès du public? A 
Garcassonne 2 , une minorité de marchands en étoffes s'indignait 
de la concurrence des Juifs, sans se plier au moindre sacrifice 
pour plaire au public. Au reste, nul pouvoir n'empêchait les 
chalands de fréquenter les boutiques des Juifs. Leur profit était 
là ; ils s'y tenaient. Les Juifs, que les marchands de Nîmes accu- 
saient de passer en contrebande leurs marchandises, se faisaient 
forts de prouver les menées de ces Nîmois, qui écoulaient des bas 
fabriqués dans les Gévennes au mépris des règlements 3 . 

La riposte des Juifs à ces accusations était, on le voit, facile. 
Bernage, Intendant, n'hésitait pas, en 1740, à reconnaître les 
trois éléments qui assuraient le succès de leurs opérations com- 
merciales : le bon marché, l'abondance, la variété 4 . En termes 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2743. Le subdélégué de Nîmes à Bernage, 19 septembre 
1729. 

s Arch. de l'Hérault, C. 2743. Le subdélégué de Carcassonne à Bernage, 9 sep- 
tembre 1729. 

3 Arch. de THérault, G. 2504. Lettre des intendants et subdélégués ; observa- 
tions des inspecteurs des manufactures. 

4 Arch. de l'Hérault, C. 2745. * Les marchands de Montpellier sont mal assortis... 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 89 

non ambigus, il réduit à de justes et minimes proportions l'en- 
flure démesurée des imputations des marchands languedociens 1 . 
Son sens clair et droit, sa justesse d'esprit démêlent aisément, 
dans les doléances des uns et des autres, le vrai du faux. Il sait 
qu'il est Intendant en Languedoc pour veiller aux intérêts géné- 
raux de la province et que tous, Juifs ou marchands, ont droit à 
sa justice distributive, à condition de n'en point abuser pour s'en 
servir les uns contre les autres 2 . Les marchands de Montpellier, 
lui écrit Orry, contrôleur général( 1740), ne seront écoutés qu'au- 
tant qu'ils se feront un devoir d'être bien assortis et se conten- 
teront d'un profit légitime 3 . Ces mots laissent deviner bien des 
fraudes 4 . Aussi les marchands de Montpellier feignent-ils de ne 
pas les comprendre. En 1774, Le Nain, Intendant, les leur fit 
entendre. Il défendit aux syndics des corps des fripiers-chausse- 
tiers de Montpellier d'exercer aucune poursuite contre les Juifs 
qui y étaient domiciliés 5 , les menaçant même, s'ils récidivaient, 
de révoquer leurs lettres patentes, ce qui mit le comble à leur 
fureur. Cette même année (1744), les notabilités de Montpellier 
prirent sur elles de délivrer aux fripiers juifs un certificat de 

tiennent leurs étoffes à des prix si excessifs que quoiqu'ils disent sur la mauvaise 
qualité de celles que portent les Juifs dans les foires, elles ne valent pas mieux par 
les prix auxquels ils les vendent que celles que l'on trouve dans les boutiques des 
marchands. Les Juifs en ont de toutes qualités, à tous prix. Je n'ai pas ouï dire 
qu'ils en portassent qui ne fussent point marquées du plomb de fabrique. Par consé- 
quent, c'est la différence du peu de profit auquel les Juifs se réduisent à l'excessive 
cherté des prix que les marchands mettent à leurs étoiles qui a déterminé le public 
à se pourvoir dans les foires plutôt que de donner des commissions à Lyon. » Ber- 
nage à Orry, le 31 mai 1740. 

1 11 ne croit pas que les Juifs puissent nuire aux fabriques et il est « fort peu tou- 
ché de l'allégation des marchands sur le tort que les Juifs pourront faire au bien du 
royaume en faisant passer leurs fonds à l'étranger ». Bernage à Orry, 11 novembre 
1740. Arch. de l'Hérault, C. 274». 

2 Joubert, syndic général, pense que les Juifs ne nuisent pas au commerce et que 
le public y trouve son avantage. Joubert à Le Nain, 27 août 1744. Arch. de l'Hé- 
rault, C. 2802. « Si les Juifs étaient exclus des foires, je suis persuadé que cela 
ferait un vide dont souffriraient les fabriques. > Orry à Bernage, 2 décembre 1740, 
C. 2745. 

J Arch. de l'Hérault, C. 2745. Orry à Bernage, 2 décembre 1740. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2745. Orry à Bernage, 2 décembre 1740. « Les marchands 
vendent à des prix usuraires. 11 y en a qui achètent à Paris et à Lyon des galons d'or 
et d'argent, poids de marc, et qui ne se font pas scrupule de les vendre à Montpellier 
le même poids de table en y augmentant de 10 0/0 ». — Le poids de marc = 8 onces 
ou la moitié de la livre de Paris. Le poids de table, en Languedoc, différait du poids 
de marc. 

5 Arch. de l'Hérault, C. 2802. Ordonnance de Le Nain, 1 er novembre 1744. — 
Le Nain au Contrôleur général, 5 février 1745. « Je rendrai sur cette contestation 
(entre fripiers et Juifs) ordonnance conforme à la décision contenue dans votre lettre du 
29 janvier et je préviendrai les fripiers, ainsi que vous m'en chargez, que s'ils don- 
nent lieu à des plaintes de la part du public, on révoquera leurs lettres patentes. » 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

bonne vie et mœurs 1 . Les habitants de la ville ne dissimulaient 
pas leur antipathie pour des corps de métiers qui, quoique com- 
posés de chrétiens comme eux, semblaient prendre à tâche de les 
rançonner. Tous, ils s'intéressaient au commerce des Juifs, dé- 
solés à la seule idée que les mesures prohibitives projetées par 
les métiers contre les Juifs pourraient avoir leur exécution un 
jour ou l'autre, prévoyant à coup sûr l'arrogance sans bornes des 
boutiquiers de la ville le jour où les Juifs leur auraient cédé la 
place 2 . Aussi, quand s'éleva, entre les marchands de Montpellier 
et le marquis de Grave, la contestation au sujet des Juifs fré- 
quentant la foire du Pont-Juvénal, la population prit-elle parti 
pour les Juifs, chez qui elle trouvait à bas prix les objets que 
les boutiquiers vendaient très cher en ville. 

C'est un épisode curieux de la question juive, en Languedoc, que 
la suite des démêlés du marquis de Grave avec les communautés 
de Montpellier. De bonne noblesse, caractère altier, turbulent, le 
marquis allait entrer dans la lice où l'attendaient des boutiquiers, 
gens de rien. Sans doute, dans toute cette affaire, l'intérêt per- 
sonnel le guidait, mais, la passion s'en mêlant, passion de gentil- 
homme contre les roturiers, il entreprit un siège en règle contre 
les gens des métiers, qui, dans un zèle intolérant mis au service de 
leurs monopoles, allaient jusqu'à douter de la valeur des privilèges 
inhérents à ses droits de propriété sur les foires du Pont-Juvénal. 
Pour le coup, c'était trop, le marquis ne fit qu'en rire. Tout de 
même, il se plaignit à Bernage (1741) : « De quel droit, lui demanda- 
t-il, des marchands qui volent le public — le mot était dur — 
prétendent-ils en imposer au Roi contre le teneur de mes titres 3 »? 
Ces titres, il les montrait aux yeux de tous, ils étaient patents. 
Malgré tout, l'on voyait les marchands de Montpellier « avancer 
faussement que le marquis donnait à ses foires une extension qui 
n'était pas comprise dans les titres de leur fondation 4 ». Ils en 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2802. « Certifions que de tout temps les Juifs ont été à 
Montpellier pour trafiquer aux vieilles bardes, faisant, le profit du public. Ils ont été 
fort utiles, sans avoir fait aucun tort à personne. » Si^né : Nadal, lieutenant du 
maire de Montpellier, Comte, consul, Campan, conseiller auditeur, 28 octobre 1744. 

* « Le commerce des Juifs à Montpellier est très avantageux aux habitants. Ils y 
sont aussi utiles que pour les campagnes les maquignons juifs. Les poursuites que 
les fripiers font contre eux ont répandu l'alarme parmi les habitants qui s'intéressent 
tous à ce que les défenses proposées n'aient pas lieu. Si l'autorisation donnée aux 
Juifs leur était ôtée, le public en souffrirait infiniment parce que les tripiers ne man- 
queraient pas de se prévaloir de leur éloignemeut pour se rendre encore plus diffi- 
ciles dans les achats et ventes qu'ils feraient des vieilles hardes. » Arch. de l'Hé- 
rault, C. 2802. Le Nain au Contrôleur général, 2 novembre 17 ii. 

3 Arch. de l'Hérault, C. 274T>. Le marquis de Grave a Bernage, 29 janvier. 
4 mars 1741. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2745. Le marquis à Bernage, mars 1741. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 91 

étaient arrivas, disait le marquis, à mettre le nez « dedans ses 
papiers de famille ». Ils tentaient de surprendre la religion du Roi, 
troublaient les transactions de la foire par leurs tracasseries, et, 
M. de Grave le leur reprochait non sans amertune, récompensaient 
bien mal les efforts de sa famille, qui avait réussi à faire de Mont- 
pellier « une ville d'entrepôt et de commerce pour le bas Langue- 
doc ». « Comparez, disait le marquis, la richesse de Montpellier et 
de ses habitants actuellement avec ce qu'elle était avant la cons- 
truction de mon canal. Examinez si les plus grandes fortunes 
de Montpellier n'ont pas leur origine dans la facilité de commercer 
par mon canal depuis sa confection *. » 

Ces services importaient peu aux « métiers » de Montpellier. Une 
seule idée les obsédait : sentir, à deux pas de la ville, des Juifs ins- 
tallés à la foire du Pont-Juvénal, sous la protection du marquis. 
Il laissait entreposer par amour du lucre, disaient les marchands, 
les ballots des Comtadins dans son propre château. Le marquis 
l'avouait. Il n'avait pas à cacher, répétait-il, que ses foires 
étaient une arme dirigée contre les « métiers » de Montpellier 2 . 
Etablies aux portes de la ville, très fréquentées des Juifs, qui y 
venaient souvent par le canal du Lez, elles étaient pour ces colpor- 
teurs, traqués partout, un entrepôt permanent, clandestin, d'où ils 
tiraient des réserves de marchandises qui inondaient ensuite le 
marché de Montpellier. D'où la fureur des boutiquiers de la ville. 
Mais l'Intendant Bernage leur donna tort. A tout prendre, les mar- 
chands urbains n'étaient pas d'aussi bonnes dupes qu'ils voulaient 
le faire croire. Certains d'entre eux, au risque de s'aliéner les 
sympathies de confrères plus rigides sur les principes, se prêtaient 
même à de petites combinaisons avec les Juifs du Pont-Juvénal. 
Ceux-ci, que le commerce de commission avait toujours tentés par- 
dessus tout, remettaient à ces boutiquiers des étoffes qu'ils faisaient 
vendre en ville, au su et au vu des syndics et métiers, « qui, disait 
Bernage 3 , soit qu'ils ignorent ou fassent semblant d'ignorer que 
ces marchandises viennent des Juifs n'inquiètent et ne pourraient 
peut-être que difficilement inquiéter ceux qui les vendent publi- 
quement comme marchandise leur appartenant ». Le métier de 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2745. Le marquis à Bernage, janvier-mars 1741. 

4 Arch. de l'Hérault, C. 2745. Mémoire de M. de Grave, mars 1741. « Cette foire 
du Pont-Juvénal est contre les prix excessifs des marchands d'étoffe de Mont- 
pellier. » 

8 Arch. de l'Hérault, C. 2745. Bernage à Orry, 6 mars 1741. « L'inscription [de 
ces commissionnaires] sur le registre des marchands et la contribution aux charges 
et dettes du corps les mettent en droit d'avoir un magasin et vendre publiquement, 
en sorte qu'il est aisé aux Juifs d'avoir des commissionnaires sur le registre des ins- 
criptions. » 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

commissionnaire des Juifs ne répugnait donc nullement aux bou- 
tiquiers. L'Intendant Bernage savait même que « le corps des 
marchands de Montpellier, par avarice, usait à l'égard des com- 
missionnaires des Juifs d'une singulière tolérance ». Il les admettait 
au nombre de ses membres, recevant par là l'argent que les Juifs 
fournissaient à leurs commissionnaires, en général pauvres hères. 

Aussi bien n'était-ce pas la première fois qu'un Intendant du 
Languedoc pénétrait les secrètes menées des marchands d'une 
ville. A Toulouse, Le Nain (1745) porte sur eux un jugement ana- 
logue à celui de Bernage sur les métiers de Montpellier. « Le 
meilleur parti qu'ils puissent prendre, écrit-il à Orry, c'est d'as- 
sortir leurs magasins des mêmes qualités de marchandises que les 
Juifs y apportent et de se contenter dans la vente d'un profit 
moindre que celui qu'ils font l . » Ainsi ils arriveront à dégoûter les 
Juifs de se rendre à leurs foires. Au reste, Orry encourageait Le 
Nain dans cette ligne de conduite : il fallait, d'après lui, redoubler 
de sévérité contre des marchands qui entravaient le commerce des 
Juifs. Carquet, inspecteur des manufactures royales du Languedoc, 
se voyait adresser un blâme officiel pour avoir secondé les agisse- 
ments des jurés-gardes toulousains contre les Comtadins 2 . Il re- 
cevait l'ordre d'intimer à ces trop zélés fonctionnaires d'avoir à 
cesser leurs molestations 3 . A dire vrai, de très hautes influences 
encourageaient les Juifs à Toulouse. La Présidente d'Aspe 4 , ayant 
personnellement recommandé à l'Intendant Saint-Priest, le père, 
les Comtadins, ce fonctionnaire l'assura que ses vœux seraient 
exaucés ; il écrivit aussitôt au subdélégué de Toulouse de veiller 
à ce que les Juifs ne fussent pas inquiétés 5 . 

L'Intendant était appuyé par le sentiment du public, qui trou- 
vait son intérêt dans une concurrence permanente entre Juifs et 
métiers. Ce sentiment se fit jour à diverses reprises. Il y avait, à 
Béziers, deux ou trois marchands d'étoffes qui se piquaient de 
fournir à eux seuls toute la ville. La présence des colporteurs 
comtadins aux quatre saisons de l'année les exaspérait. Leurs 
plaintes systématiques eurent le don de lasser l'Intendant, Le Nain, 
qui défendit aux Juifs de commercer dans Béziers (1745) 6 . Mal 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2746. Le Nain à Orry, 12 mai 1745. 
* Arch. de l'Hérault, C. 2746. Le Naiu à Carquet, 15 août 1745. 

3 Arch. de l'Hérault, C. 2746. Saint-Priest au subdélégué de Toulouse, 14 août 
1751. 

4 De la famille de robe des d'Aspe, qui comptait deux présidents à mortier au 
Parlement de Toulouse, Jean et Bernard d'Aspe. 

5 Arch. de l'Hérault, C. 2746. Saint-Priest au subdélégué, 14 août 1751. 

fi Arch. de l'Hérault, C. 2748. Ordonnance de Le Nain, 18 décembre 1745, rendue 
sur requête de Bernard Cabanon, marchand d'étoffes en soie, de Béziers. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 93 

approvisionnés, vendant cher, les marchands de la ville ran- 
çonnèrent les acheteurs, tant et si bien que la « plupart des 
messieurs et dames de Béziers » adressèrent au subdélégué leurs 
doléances pour lui signaler les vexations dont les Juifs étaient 
l'objet de la part des boutiquiers, lors de leur passage à Béziers 1 . 
Une occasion se présenta qui permit au subdélégué de se déclarer 
ouvertement en faveur des Juifs et hostile à la coterie tyrannique 
des métiers. Des Juifs, passant à Béziers pour aller débiter leurs 
marchandises à Toulouse, déposèrent, comme de coutume, leurs 
étoffes dans un cabaret. Le bruit s'en répandit , d'où affluence 
nombreuse autour d'eux. Les marchands de Béziers alléguèrent 
alors que les Gomtadins avaient vendu malgré les ordonnances et 
intimèrent aux prévôts des marchands l'ordre de saisir leurs 
marchandises. Accusation fausse, au dire du subdélégué Boussa- 
nelle, car les Juifs n'avaient pas déplié leurs étoffes, malgré les 
instances du public. Dans le but de concilier Juifs et marchands, il 
intervint; en pure perte. Les marchands s'obstinèrent à refuser de 
rendre aux Comtadins les étoffes confisquées. Le subdélégué, dont 
ils bravaient les sages remontrances, en référa à Le Nain, sous 
forme de réquisitoire contre les marchands de Béziers 2 . « Toute la 
ville, dit-il, est révoltée contre leurs procédés et nous sommes à 
portée d'entendre le murmure que l'arrestation des Juifs a causé à 
Béziers. Si les marchands se plaignent du préjudice que ces Juifs 
leur causent, c'est leur faute. Ils ne doivent pas écorcher le public 
et chercher à faire des profits considérables. » Le Nain cassa la 
saisie. Le subdélégué l'informa aussitôt que les Juifs étaient très 
satisfaits de ce jugement, de même que les habitants 3 , informés, 
comme lui, de la vexation des marchands de Béziers. Grâce à la 
vigilante attention des pouvoirs publics, les intérêts des acheteurs 
étaient encore une fois sauvegardés. 

Tel est le type, entre mille, des contestations qui s'élevaient 
entre Juifs, partisans de la liberté commerciale et industrielle, et 
les marchands réunis en corps de métiers, défenseurs de leurs pri- 
vilèges et monopoles, attaqués par les Juifs. Mais ceux-ci, malgré 
leurs efforts assidus, ne réussirent pourtant pas à pénétrer dans 

1 Arch. de l'Hérault, G. 2748. Boussanelle, subdélégué à Béziers, à Le Nain, 11 juil- 
let 1748. « Il est vrai, dit-il, que ces marchands ont des statuts autorisés par arrêt 
du Parlement leur accordant des privilèges exclusifs, mais le public souffrant à l'oc- 
casion de ces privilèges qui produisent tous les jours de nombreux abus... je vous 
en informe. » 

2 Arch. de l'Hérault, G. 2748. Mémoire de Boussanelle, subdélégué à Béziers, à Le 
Nain, 23 juin 175l). 

3 Arch. de l'Hérault, G. 2748. * On y souhaitait ardemment qu'il fût permis aux 
Juifs de vendre leurs marchandises ou du moins qu'ils fussent libres de venir tenir la 
foire du 4 octobre pendant huit jours. » Mémoire de Boussanelle, 23 juin 1750. 



94 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ces communautés que protégeaient contre eux l'étroitesse des pré- 
jugés en cours et la politique des pouvoirs publics. 



IV 



LES JUIFS ET LES POUVOIRS PUBLICS. 



Au milieu des vives haines suscitées tant du côté des marchands 
du pays que du côté des Juifs, l'intendance du Languedoc a pra- 
tiqué, à l'égard des uns et des autres, une politique ferme autant 
que souple, où se reflète la pensée des ministres et des contrô- 
leurs généraux. 

Dans la conduite à tenir vis-à-vis des Juifs comtadins, en Lan- 
guedoc, les divers intendants de cette province, au xvm e sièclp, 
songent avant tout à deviner les intentions du pouvoir central. 
Aussi, il faut voir avec quel tact, quelle prudence, ils s'ingénient 
à interpréter, chacun selon son tempérament, les instructions de 
Versailles. 

De 1685 à 1718, c'est Lamoignon de Basville, « l'autocrate », 
prêtant peu d'attention, dans le tumulte des affaires des religion- 
naires, à ces Juifs comtadins, qui passaient trois ou quatre fois 
Tan sur les grands chemins. Basville n'avait qu'à tenir la main à 
l'exécution de Parrêt général de bannissement des Juifs (1615) et, si 
les Comtadins l'enfreignaient, les expulser, malgré les ordonnances 
contraires du Parlement de Toulouse. Cet intendant reçut aussi 
mission du Conseil d'Etat de veiller ' sur les Juifs bannis du Lan- 
guedoc, par arrêt du 29 février 1*716. A partir de cette date, la sur- 
veillance des Juifs rentre dans les fonctions policières de l'Inten- 
dant, vu leurs apparitions fréquentes dans la province et la colère 
des marchands du pays, irrités par leur concurrence. Requêtes et 
placets des uns et des autres sont adressés à l'intendant à Mont- 
pellier : la rapidité et le peu de frais de la procédure de l'intendance 
leur convenaient. Les marchands invoquent le secours de Basville 
contre les Juifs, car ils le considèrent comme le protecteur - né 
de leurs intérêts. C'était, non des leurs, mais de ceux de la pro- 
vince, en général, que Basville était le soutien. C'est ce que les mar- 
chands ne voulurent pas comprendre. Ils crurent l'Intendant prêt 

1 Lamoignon de Basville, intendant du Languedoc, « exécutera l'arrêt • 11 mars 
1716. Arch. de l'Hérault, C. 2743. Extrait des registres du Conseil d'État. Arrêt du 
Conseil du 29 février 1716. Le duc d'Orléans était régent, Philippeaux, chancelier. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADÏNS EN LANGUEDOC 95 

à les suivre dans toutes leurs vexations contre les Juifs. De là, leur 
déception. 

Du successeur de Basville à l'intendance nous ignorons la 
politique à l'égard des Juifs, en l'absence de documents sur ce 
personnage. 

Son fils, Louis Basile de Bernage, joue un rôle important dans 
l'histoire des relations de l'intendance avec les Juifs. Dès 1729, 
il entame avec les contrôleurs généraux une correspondance 
à leur sujet. Le débat portait sur leur situation irrégulière dans 
le Languedoc. Sur l'ordre de Le Pelletier-Desforts, contrôleur 
général, il fait ouvrir une enquête par les subdélégués de Nîmes, 
Montpellier, Carcassonne, Toulouse, où l'on signalait les Juifs 
comtadins (1729). Sur leur avis, Bernage les expulsa (1729), 
exécuta le nouvel arrêt du Conseil (20 février 1731), qui leur 
interdisait de séjourner en Languedoc. De cette époque datent 
les rapports officiels échangés journellement au sujet des Juifs 
entre Orry, contrôleur général (1730-1745), et Bernage. Sous l'in- 
fluence des nouvelles idées en matière de commerce et d'industrie, 
les prescriptions de l'intendance à l'égard des Juifs perdent de leur 
rigueur. Aussi la question juive prenait en Languedoc le caractère 
d'une lutte entre marchands du pays, que l'intérêt poussait à dé- 
fendre leurs monopoles, et Juifs comtadins, que l'intérêt excitait à 
les attaquer. Le Conseil d'Etat voyait, lui, d'un œil hostile s'étendre 
les monopoles des métiers. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que 
l'Intendant permît aux Comtadins de fréquenter les foires, dont ils 
stimulaient les transactions par leur concurrence. Cette politique 
de l'intendance ne recevait-elle pas l'approbation du contrôleur 
général Orry ! ? 

Un progrès sensible se manifeste dans le sens de la tolérance 
envers les Comtadins. Le Nain, successeur de Bernage, en donne 
la preuve dans cette lettre où il offre au contrôleur général de 
donner aux Juifs des permissions temporaires de séjour. Et le 
contrôleur accueille cette demande avec faveur, avertit même Le 
Nain qu'il révoquera les lettres de privilèges de certains mar- 
chands s'ils donnent lieu à de nouvelles plaintes de la part du 
public par leurs tracasseries à l'endroit des Juifs 2 . Toujours 
l'éternelle lutte du travail privilégié contre le travail libre. 

1 II n'y a pas qu'en Languedoc où l'Intendant semble tolérant pour les Juifs. On 
lit dans l'Inventaire de la Chambre de Commerce de Bordeaux, qu'en 1734, l'Inten- 
dant de Guyeune sollicitait un délai pour les Juifs expulsés du royaume. Les mi- 
nistres n'étaient pas toujours hostiles aux Juifs. En 1729, le contrôleur général, avant 
de statuer sur le projet de règlement des drapiers-merciers de Bordeaux, s'enquiert 
des préjudices qui en résulteraient pour les Juifs portugais (29 décembre 1729). 

1 Ces marchands que le Contrôleur morigénait ainsi étaient les fripiers-chausse- 



06 REVUE DES ETUDES JUIVES 

En 1751, Saint Priest, suppléé longtemps par son fils, arrive à 
l'intendance. Trudaine, ministre, avait averti Saint Priest père 
(1755) des progrès qu'avaient faits auprès du bureau du commerce 
de Paris les nouvelles idées sur la liberté du commerce et de l'in- 
dustrie. Dans une lettre adressée à Trudaine (1761), Saint Priest 
fait allusion à Gournay, qui avait dénoncé les inconvénients de la 
réglementation industrielle. Or, quels étaient les défenseurs de ces 
règlements, sinon les marchands et industriels privilégiés qui ne se 
gênaient nullement pour brûler ■ et attacher au carcan les étoffes 
apportées par les étrangers et les Juifs du Gomtat? La haine de la 
concurrence, d'où qu'elle vînt, les possédait, eux et leurs corps de 
métiers. Saint Priest s'en rendit très bien compte. Une lettre 2 de 
l'intendance (1761) nous laisse, à ce sujet, entrevoir les grandes 
lignes de la politique des Intendants dans la question des privilèges 
industriels ou commerciaux. Les privilèges, Saint Priest ne les 
admet que s'ils servent au bien du public. Le rôle de l'Intendant, 
d'après Saint Priest, est de stimuler le commerce d'une province, 
de protéger les marchands du pays, certes, mais sans étroitesse 
d'esprit ni préjugés. « Pour que le commerce se maintienne au 
profit de l'Etat, il faut le laisser libre dans^tous les pays, mais de 
façon pourtant que chaque pays reste libre dans son propre com- 
merce. » On comprend, dès lors, l'attitude des Intendants du Lan- 
guedoc vis à vis des Juifs. Quand ils interdisaient aux forains, aux 
Juifs du Comtat, la vente en détail, hors le temps des foires, ils 
prenaient ces mesures dans le but de « faciliter aux marchands 
domiciliés la vente de leurs marchandises et le paiement de leurs 
engagements ». Mais permettre aux Juifs et à tous étrangers de 
vendre en gros sur les champs de foire, afin qu'ils répandissent 
sur les marchés de la province l'abondance des marchandises, 
inciter les Juifs à rivaliser avec les marchands indigènes, c'était 
pour les Intendants se montrer fidèles à leur rôle de protecteurs 
du commerce de la province. Et pour mieux dévoiler le fond de sa 
pensée, Saint Priest de s'écrier : « La récompense d'une nouvelle 
industrie, l'excitation d'une ancienne qui languissait dans une 
concurrence sans émulation ont été, et peuvent être encore, les 
motifs légitimes de plusieurs privilèges du commerce, mais la 

tiers de Montpellier dont le corps était ligué contre les Juifs vendeurs de vieux. 
Arch de l'Hérault, C. 2802 (pièces relatives à cette contestation). 

1 Dans un mémoire des marchands en soierie et draperie de Bordeaux aux direc- 
teurs de la Chambre de commerce pour demander que les Juifs d'Avignon fussent 
exclus des foires, on lit « qu'il fut brûlé à Tours une partie considérable de leurs 
marchandises ». Inventaire de la Chambre de commerce de G-uicnne, G. 4378 (1*757). 

2 Arch. de la Haute-Garonne. Le Secrétaire de Saint Priest à Amblard, subié- 
légué à Toulouse, 4 mai 1760. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 97 

durée indéfinie de ces privilèges et leur transmission entre les 
mains de leurs hoirs ne sont-ils pas propres à étouffer l'industrie 
et éteindre cette même émulation qui est véritablement l'âme du 
commerce 1 ? » Rapprochons de ces paroles de Saint Priest le lan- 
gage de Bernage à Lepelletier-Desforts, contrôleur général 2 : « Je 
puis vous assurer, écrit-il, que je n'ai accordé la permission (de 
commercer dans la province) à aucun Juif, quoique j'aie été souvent 
sollicité, ne croyant pas que cela dût convenir. . . sinon dans les 
cas où les marchands voudraient s'obstiner à vendre leurs mar- 
chandises à un prix excessif et pour les réduire à la raison. » 
Qu'est-ce à dire, sinon que, dans l'esprit de Bernage comme dans 
celui de Saint Priest, il s'agissait d'opposer aux privilèges envahis- 
sants des métiers, la menace de la concurrence juive? Nous sai- 
sissons alors le sens des atténuations apportées par l'intendance à 
la législation rigoureuse qui excluait les Juifs du séjour et du 
commerce dans la province. Les Juifs comtadins n'étaient dans la 
main des Intendants que les instruments d'une politique asservie 
au pouvoir central et, par-dessus tout, aux intérêts généraux de la 
province. 

Les derniers Intendants du Languedoc s'écartèrent peu ou point 
du plan tracé par leurs prédécesseurs. Mais ni Guignard de Saint 
Priest, qui avait remplacé son père en 1764, ni Ballainvilliers ne 
prêtèrent attention aux réclamations des Comtadins tendant à faire 
consacrer par les pouvoirs publics leur situation de fait en une 
situation de droit. 

On connaît la fin de non-recevoir que le pouvoir central (1788) 
opposa à leur demande d'admission dans les corps de métiers, à la 
suite de la promulgation de l'édit sur les non catholiques. « Sans 
affubler, comme l'a dit M. Monin 3 , Louis XVI du titre de protec- 
teur des Juifs, qu'il n'a ni ambitionné ni mérité, on doit reconnaître 
alors le rapide progrès des idées. La loi — et spécialement l'édit 
touchant les protestants —, ne procédait plus contre les Juifs par 
prohibition et par prescription, mais par prétention. » Les Inten- 
dants s'en doutaient si bien que l'on découvre dans la correspon- 
dance échangée entre Saint Priest, Ballainvilliers et Amelot, mi- 
nistre, maintes traces d'une tolérance habilement déguisée 4 . C'est 
en s'abritant sous l'autorité des Intendants que les Juifs comtadins 

1 Arch. de la Haute-Garonne, C. 148. Note de l'Intendance. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2743. Bernage au Contrôleur général, 6 septembre 1729. 

s Voir, dans cette Revue, Les Juifs de Paris à la fin de Vancien régime, t. XXIII. 

4 Voir aussi une lettre de Saint Priest (1782) demandant à M. de Morville, direc- 
teur de la caisse des pensions des nouveaux convertis, une pension sur les écono- 
mats, en faveur d'un Juif hollandais, échoué à Béziers, Juif converti, il est vrai. 
Arch. de l'Hérault, C. 522. 

T. XXXVI, n° 71. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

acquirent une résidence fixe dans la province, y placèrent leurs 
capitaux, se firent accepter par la population, en attendant que la 
Révolution leur donnât le droit d'y vivre et d'y commercer libre- 
ment (1*790). Leur émancipation coïncidait avec la fin de la lutte 
entre la réglementation à outrance et le travail libre. 

Ce n'est pas à dire que les plans des divers Intendants de Bas- 
ville à Ballainvilliers apparaissent avec netteté. Bien souvent, les 
compétitions locales qui s'agitent autour d'eux impriment des 
heurts à leur politique, des flottements à leur ligne de conduite. 
Quelquefois, la superstition du monopole industriel ou commercial 
est tellement ancrée dans les esprits que les Intendants hésitent à 
l'attaquer de front. Les alternatives de mesures tolérantes et ré- 
pressives envers les Juifs indiquent assez qu'ils n'osent parfois 
combattre les préjugés des corps de métiers. Surtout, ils avaient à 
compter avec les pouvoirs provinciaux, toujours prompts à saper 
leurs prérogatives : en premier lieu, le Parlement de Toulouse. 

La politique de ce corps judiciaire à l'égard des Juifs se réduit 
le plus souvent à une lutte d'influences contre l'Intendant. Les 
Juifs comtadins semblent avoir trouvé près des magistrats du Par- 
lement une assez grande tolérance. On connaît les arrêts qui, à 
partir de 1695, leur permirent de commercer, notamment à Tou- 
louse, arrêts qui amenèrent le conflit entre Saint Priest et le Par- 
lement (1755). 

A côté et au-dessous de lui, les magistrats locaux adoptaient vis- 
à-vis des Juifs diverses lignes de conduite. A Toulouse, les Capi- 
touls, assistés du Conseil de bourgeoisie, tantôt défendent jalouse- 
ment les privilèges des métiers, tantôt accordent aux Juifs des 
concessions inattendues f . Par contre, le corps de la Bourse leur est 
nettement hostile. Tl n'en pouvait être autrement, les juges qui le 
composaient étant issus du corps des marchands et chargés de 
veiller sur leurs intérêts. 

Les mêmes laits, les mêmes procès, les mêmes hésitations au 
sujet des Juifs comtadins se répètent dans les autres villes manu- 
facturières du Languedoc : à Narbonne, où les collecteurs ins- 
crivent un Juif sur les rôles de la capitation ; à Nîmes, à Mont- 
pellier, où depuis les Consuls jusqu'au Juge-Mage, en passant par 

1 En 1 7r>5, ils accordent aux Juifs les huit jours « francs de fête et de dimanche ». 
En 1765, les Juifs de Bordeaux avaient offert d'acheter à Toulouse pour cinq mil- 
lions l'ile de Tounis pour y établir des manufactures de savon. € Ces propositions, 
dit à Saiut-Priest le subdélégué, sont invraisemblables, mais on les aurait acceptées 
même à un prix plus bas. » Cetie oll're prétendue est niée par l'abbé Chambon, 
curé de Beaurejiard et Bersac en Yivarais dans un mémoire Sur les uvantages que le 
Roi et V Etat peuvent tirer de la ville de Toulouse, présenté en 1773 à l'abbé Terray. 
Histoire générale du Languedoe, t. XIII, p. 1226-1228. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTABÏNS EN LANGUEDOC 99 

la Cour des Comptes, aides et finances, tous s'occupaient des Juifs, 
les Consuls pour statuer sur leurs litiges avec les marchands do- 
miciliés, le Juge- Mage pour les juger, la Cour des Comptes ou le 
Général des monnaies pour les dénoncer à la sévérité des arrêts. 

Les Etats provinciaux du Languedoc n'eurent pas à intervenir 
dans les querelles suscitées dans la province par la question 
juive. 

A maintes reprises, les Juifs essayèrent de gagner les bonnes 
grâces des personnages influents auprès des Intendants. Sans 
doute, ils n'eurent pas à se louer des offices des députés du com- 
merce de la province, qui, mandataires des intérêts des marchands 
et industriels languedociens, se méfiaient d'eux, mais la protection 
des syndics généraux du Languedoc, MM. de Montferrier et de 
Joubert, n'était-elie pas suffisante pour eux? 

Entre ces divers pouvoirs, les Juifs louvoyèrent durant lout le 
cours du xvin e siècle. Au fond, malgré les vexations, suite natu- 
relle de leur condition « d'aubains » placés hors du droit commun 
vis-à-vis des Languedociens, la vie des Comtadins fut assez facile 
dans la province. Le Languedoc était pour eux terre de prédilec- 
tion. Chassés de cette province, à plusieurs reprises, tout récem- 
ment en 1615, ils s'étaient retirés dans le Comtat, où ils 'se sen- 
taient protégés par le Vice-Légat *. Au reste, l'expulsion générale 
de 1615 n'eut jamais un caractère définitif. Leur séjour et leur 
commerce se prolongèrent bien après cette date. Leurs apparitions 
furent si fréquentes, qu'un siècle après, le Conseil d'Etat fut forcé 
de sévir contre eux. Fait curieux, l'année où fut rendu l'arrêt qui 
les chassait à nouveau du Languedoc (1*716), loin de marquer le 
terme de leurs incursions commerciales, leur imprima une vigueur 
nouvelle. A partir de cette époque, ils se multiplient dans la pro- 
vince, s'y fixent à demeure, s'infiltrent lentement dans la population 
languedocienne, si bien que la Constituante, en décrétant (1790) 
l'émancipation définitive des Juifs avignonnais, ne fit que con- 
sacrer, en ce qui touchait le Languedoc, une fusion depuis long- 
temps accomplie entre Juifs et habitants du pays. Ajoutons la 

1 Pendant le xvn e siècle, les Juifs n'eurent qu'à se louer de la bienveillance du 
Vice-Légat d'Avignon. Exemple : en 1621, le Vice-Légat permet aux communautés 
et aux particuliers juifs de résider dans tout le Comtat [Invent, des Arck. de Vau- 
cluse, B. 2499 ; Cour de Mazan). En 1626, le cardinal Aldobrandini, camérier du 
Pape, accorde à Isaac et Simon de Lattes, juifs, frères, un induit pour tenir pen- 
dant dix ans une maison de prèls sur gages, à Avignon, en percevant jusqu'à 
18 0/0 d'intérêts par an, ainsi que cela est toléré pour les banquiers juifs d r Ancône 
(Ibid., B. 086). Cour séant au Palais apostolique d'Avignon. — En 1636, un moni- 
loire de Jules Mazarin, légat, défend de molester les Juifs, lorsqu'ils se livrent à la 
gestion de leurs affaires, [lbid., B. 608.) En 1701, une ordonnance du Vice-Légat 
défend d'incarcérer les Juifs pour dettes civiles (lbid., B. 763). 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chance qu'ils eurent d'être accueillis par le public et l'intendance 
comme des concurrents capables de battre en brèche les privilèges 
et monopoles des industriels et commerçants, trop âpres au gain. 
L'on comprend alors que le commerce de colportage auquel ils se 
livraient fut pour eux comme un apprentissage des plus surs à la 
vie libre de citoyens actifs. Aussi le décret qui leur accorda les 
droits de citoyens (1790) ne surprit-il ni les Juifs du Comtat établis 
en Languedoc, ni les Languedociens habitués depuis un siècle à 
les voir commercer à leurs côtés. 

La « question juive » ne fut donc en Languedoc qu'une des 
formes de l'éternelle concurrence entre marchands indigènes et 
étrangers, entre défenseurs de vieux privilèges et partisans de la 
liberté industrielle et commerciale. En 1790, les barrières étant 
tombées qui séparaient les Juifs comtadins des chrétiens du Lan- 
guedoc, la « question juive » s'éteignit d'elle-même. 

N. Roubin. 



NOTES ET MÉLANGES 



LA DITTOGRAPHIE VERTICALE 



Nous avons déjà parlé [Revue, t. XXXIII, p. 305, et t. XXXIV, 
p. 200) de la faute de copiste qui consiste à reproduire par mé- 
garde dans une ligne un ou plusieurs mots se trouvant, dans le 
texte original, à la ligne suivante. C'est ce qu'on appelle la ditto- 
graphie verticale. Par ce genre de faute on peut juger de la lon- 
gueur des lignes dans les anciens manuscrits. Aux exemples que 
nous avons donnés Ps., xxxix, 6-7 ; Gen., xl, 13; Jér., ni, 17 ; 
vin, 3 ; x, 3; Gen., xlv, 7; Nombres, xxv, 8; Jér., xxn, 15; 
Esth., xi, 26, s'ajoutent les suivants, recueillis au hasard de la 
lecture : 

Dans II Rois, vu, 13, toute une ligne a été copiée deux fois : niûK 
baw itoïi baa tasn m tiniz» l . 

Dans Jér., xvi, 17, la phrase rro b* TOnab bas b* Dïib ncftSP abi est 
redondante et incorrecte. Les mots baa bv sont inutiles et nrrb ne 
s'accorde pas avec TOHib. Dans la seconde partie du verset, on 
trouve aussi ùma en désaccord de nombre avec ton b:n va» bv. 
Or, il est bien plus naturel de corriger bms en im» que va» et 
TON en taras et taTON. Dans ce cas, TOrab est exact et c'est tarjb 
qui ne l'est pas. En fait, il faut lire tanb avec Houbigant et Mi- 
chaelis (cités par Hitzig, a. /.), et la faute de ûiib provient de nVi 
tanb ttbd" 1 qui se trouve à la ligne précédente, et qui ressemble à 
tanb iD ta iD'« nVi. Mais alors il faut au verbe ans un complément in- 
direct, qui ne peut être que baçb ; et c'est ce que nous lirons à la 
place de baa b*. Comment est-on arrivé à mettre b$ pour b? A 
la ligne suivante, juste au-dessous de baa bs>, nous trouvons by 

1 Ce passage nous a été signalé par M, Israël Lévi, 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ton, qui a induit le copiste en erreur. Il y a eu donc double ditto- 
graphie verticale. 

Dans Ez., xvi, 4, le mot '■prmbittn, absolument inutile, est la re- 
production du même mot écrit une ligne plus haut. 

Ibid., xxxv, 4 : ftWiDrn, qui est superflu et embarrassant, est 
séparé par vingt-neuf lettres du même mot. 

Enfin, nous nous hasarderons à expliquer de la même façon la 
présence des mots 'n ha après um TP3p dans Gen., iv, 1. Ces 
mots n'ajoutent rien à l'étymologie du nom de Caïn et n'offrent 
pas de sens satisfaisant. Un copiste n'aurait-il pas, par inadver- 
tance, reproduit les mots i-nn na de la ligne précédente, et mn 
n'est-il pas devenu ensuite le tétragramme? 

Il est probable qu'on trouverait facilement bien d'autres pas- 
sages qui serviraient à prouver que la longueur des lignes dans 
les anciens manuscrits était la même que dans les éditions cou- 
rantes. 

Mayer Lambert. 



le verbe nmo 

Le piel du verbe mfc, qui se rencontre neuf fois dans la Bible, 
est traduit, dans tous les dictionnaires que j'ai pu consulter, par 
« tuer ». Or, dans six passages sur neuf, cette forme doit mani- 
festement être rendue, non par « tuer », mais par « achever, don- 
ner le coup de grâce ». Dans Juges, ix, 54, Abimélech a le crâne 
fracassé quand il demande à son écuyer de le faire mourir. Dans 
I Sam., xiv, 13, Jonathan frappe les Philistins, et son écuyer les 
achève. Ibid., xvn, 51, Goliath est déjà abattu par le caillou 
lancé par David, quand celui-ci le perce de sa propre épée. Enfin, 
d'après le récit de l'Amalécite, Saùl avait déjà ressenti le frisson 
de la mort, quand l'étranger a porté la main sur lui (II Sam., i, 9, 
10, 16). 

Dans les passages poétiques de Jér. , xx, 17; Psaumes, xxxiv, 22, 
et cix, 16, le sens de nma est moins net. Cependant, dans le der- 
nier passage, il s'agit d'un homme au cœur brisé ; nmtt pourrait 
donc avoir le sens d'achever. Dans l'autre citation des Psaumes, 
cette signification est possible sans être certaine. Dans le seul pas- 
sage de Jérémie, le sens d'achever ne convient pas, puisqu'il 
s'agit d'un nouveau-né. Mais il est à remarquer que le morceau 



NOTES ET MELANGES 10IJ 

où se trouve ce verset, bien inférieur au morceau parallèle de Job, 
ne brille pas par la justesse de l'expression. 

Mayer Lambert. 



CONTRIBUTION A L'ONOMASTIQUE JUIVE 

On sait que l'un des noms des trois patriarches, celui d'Abra- 
ham, ne se rencontre pas dans la liste des noms des Tannaïm et 
des Amoraïm. Une seule fois, on trouve un ùnns, et non pas 
ûïToa {Gailtin, 50 a), parmi les Amoraïm babyloniens, mais, 
comme le fait remarquer avec raison R. Yehiel Heilprin (Sèder 
Haddoroth, éd. Varsovie, 1882, II, 29&), c'est là une altération de 
"5^38. D'ailleurs, Azoulaï (ScJiem Hagguedolim, I, 7 et suiv., 
n° 34) a aussi signalé qu'à l'époque talmudique on ne rencontre ni 
le nom d'Abraham, ni celui de Moïse, mais il ne peut pas expliquer 
cette omission. On ne comprend pas, en effet, pourquoi les noms 
d'Isaac et de Jacob se rencontrent si fréquemment (Heilprin men- 
tionne environ soixante personnes ayant porté à l'époque talmu- 
dique le nom de np*\ et quatre-vingts celui de pmf), tandis qu'on 
ne trouve pas une seule fois le nom d'Abraham. Faut-il admettre 
que le hasard a voulu que nulle occasion ne se soit présentée de 
mentionner des personnes s'appelant Abraham? Gela est impos- 
sible pour un temps aussi long, une région aussi étendue et un 
aussi grand nombre de gens. Si ce nom avait été employé, comme 
ceux d'Isaac et de Jacob, il serait certainement cité dans les 
annales des Juifs palestiniens et babyloniens, qui embrassent une 
période de plusieurs siècles et contiennent des milliers de noms. 

Il y a pourtant un fait qui semble contredire cette anomalie. Un 
docteur palestinien de la fin du m e siècle, Samuel ben Nahman, 
déclare expressément qu'on donnait aussi aux enfants le nom 
d'Abraham. Ainsi il dit 1 : « As-tu jamais entendu quelqu'un ap- 
peler son fils Pharaon, Sisera, Sennachérib? Par contre, bien des 
pères donnent à leurs enfants les noms d'Abraham, Isaac, Jacob, 
Reùben, Siméon, etc. » D'après ce docteur, le nom d'Abraham 
pouvait donc être utilisé, et si, en fait, on ne le rencontre pas à 
l'époque talmudique, c'est que les pères s'abstenaient d'en faire 

1 Genèse rabba, ch. 49, commencement ; M idrasch Samuel, ch. 1. Cf. mon ouvrage 
Die Agada der palaestin. Amoraër, 1, 489. 



404 REVUE DES ETUDES JUIVES 

usage pour leurs enfants. Gomme citait un nom particulièrement 
vénéré, on craignait sans doute de le profaner en l'employant. On 
s'expliquerait ainsi pourquoi d'autres noms, également très vé- 
nérés, tels que ceux de Moïse, Aaron, David, Salomon ne sont 
non plus portés par aucune personne de l'époque talmudique, bien 
qu'on en fît plus tard un usage très fréquent 1 . C'est qu'Abraham 
était le premier patriarche, le fondateur de la vraie religion, 
Moïse l'intermédiaire de la Révélation divine, Aaron le premier 
grand-prêtre, David le fondateur de la maison royale, l'aïeul et 
le type du Messie, Salomon le plus sage des mortels. On n'uti- 
lisait pas ces noms, auxquels on peut peut-être ajouter celui 
d'Isaïe, le premier des grands prophètes, et celui d'Israël, parce 
qu'ils avaient été portés par les plus illustres personnages des 
temps bibliques et qu'on ne voulait pas les exposer à être pro- 
fanés. Plus tard, on se plaça à un point de vue tout opposé pour 
donner, au contraire, aux enfants les noms de ces hommes véné- 
rés; on espérait que ceux qui porteraient ces noms prendraient 
exemple sur la vie des personnages qui les avaient portés avant 
eux. C'est ainsi que du temps des Gaonim, on montrait justement 
une certaine prédilection pour les noms d'Abraham, de Moïse, de 
David et de Salomon. On choisissait même, à cette époque, comme 
je l'ai déjà montré [Revue, XXVIII, 289 s.), des noms qui rappe- 
laient le Messie et l'ère messianique 2 . 

Il me semble pourtant que même à l'époque talmudique, on 
trouve le nom d'Abraham, dissimulé sous un autre nom très fré- 
quemment employé, celui d'Abba ans. Ce nom, porté par un grand 
nombre d'Amoraïm babyloniens et palestiniens, se rencontre déjà 
à l'époque des Tannaïtes. On voit notamment par la légende de 
l'Amora Samuel (Berakhot, 18 &), dont le père s'appelait Abba bar 
Abba, qu'il était d'un usage très fréquent en Babylonie. En Pa- 
lestine, le premier personnage connu qui portait ce nom est le 
père deBar-Abba dont il est question dans les Evangiles (Mathieu, 
xxvn, 16). On trouve un Juda bar Abba parmi les docteurs de 
Jabné (Mischna Édouyot.vi, 1, d'après la leçon du Youhasinet 
celle de la Mischna de l'édition Lowe). D'après le Lexique de Levy 
(I, 4 a), le nom de aaa, qui a aidé à former ceux de Nm et nm, 
est « un titre honorifique comme ceux de monsieur, maître, iden- 
tique à ai, et qui est employé souvent comme nom propre ». Mais 
il est peu probable qu'on se servait d'un titre honorifique pour don- 

1 Nous trouvons pourtant en Babylonie un Moïse et un Aaron, le premier au 
iv e siècle [Arakhin, 23 a; Baba Batra, 174 i), et le second au v« siècle (Baba Kamma, 
109 ô; Menahot, 74 b). 

2 Aux noms que j'ai indiqués, on peut ajouter D")5wU "HÛ (Isaïe, ix, 5) et n"HNC . 



NOTES ET MELANGES 105 

ner un nom à un enfant au berceau. Souvent, il est vrai, ana est 
ajouté au nom de personne comme titre honorifique ou pour 
quelque autre raison (Vin*© ans, etc.), comme — pour des femmes 
— Nfttf (cf. Levy, I, 92a). Mais on ne peut pas admettre qu'après 
avoir été un simple titre honorifique, êok soit devenu exclusi- 
vement un nom propre. Il serait possible d'expliquer de cette 
manière l'origine du nom de ana : un père ayant donné à son 
enfant le nom de son propre père, c'est-à-dire du grand-père, et 
ne pouvant pas, à cause de l'usage existant l , prononcer ce nom 
propre, le remplaçait par le mot de nsn « père », désignant 
par ce mot l'enfant qui portait le nom de son grand -père. A la 
suite de cet usage, le mot «na est devenu nom propre, et son sens 
originaire fut oublié. C'est là une explication plausible, mais je 
préfère m'arrêter à ma première hypothèse, c'est que le nom 
d'Abraham se trouve dissimulé dans ce nom d'Abba. On ne réussit 
pas seulement à préserver ainsi de la profanation le nom d'A- 
braham, mais on a également un des principaux éléments étymo- 
logiques de ce nom (na, cf. Genèse, xvn, 5) et on rappelle en 
même temps le titre d'Abraham comme « père » xar' i\oyr^i 
(ir^K ûïnaa ; cf. Isaïe, lxiii, 16). 

W. Bâcher. 



APIPHIOR 



Mon article sur Apiphior, nom hébreu du pape (Revue, 
XXXIV, 218-238), a soulevé des contradictions. J'essaierai d'y ré- 
pondre dans la présente notice. En même temps, je voudrais 
ajouter quelques données qui sont venues depuis à ma connais- 
sance. 

Av^nt tout, je dois fournir la preuve de l'identité de 7ia7iaç ou 
TrocTraç avec itonzictç . A la page 233 de mon travail, j'ai bien fait 
remarquer, sur la foi d'une communication épistolaire d'un émi- 
nent philologue, que chez Eustathius 7ca7ctaç est usité comme 
synonyme de ^à-rcaç, mais je n'ai pas consulté Eustathius lui- 
même. Je cite maintenant le texte littéral (je me suis servi des 
Eustalhii. . . Commentarii in Homeri lliadem, Florence, 1735, 

1 Voyez Kiddouschin, 31 b. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tome I, c. 121, f° 1209). On y cite, d'après un lexique de rhétorique 

(^7|Toptxbv XsSjixov), la glose suivante : IIoctituÇeiv ' xb fidtatitort xaÀeïv xai 

TZQLTZTtÎM. OuXCO Zï TGV 7TaT£ÛOC 01 'AxX'.XOl UTTOXOplÇoVXai . PappaS et 

Pappias sont donc des noms d'amitié ; tous deux signifient père. 
Le savant éditeur, Alexandre Politus, remarque à ce sujet dans 
une note : ^àTr-rc-ocç xy| 'pyjiftf&Jv cpcDvrj Ttaxépa <77][i.a(v£i, ce qui veut 
dire que dans la langue des Grecs, qu'on appelait alors romaine, 
ixi-KOLç signifie « père » ; le mot ne serait donc pas un mot de dia- 
lecte, mais du grec populaire. Mais, s'il s'agit des véritables 
Romains, c'est-à-dire des Latins, cette glose s'adapte fort bien 
â notre hypothèse de l'identité de tpd" , dn avec rtdbtm'*$j puisque 
7ra7r7riaç serait aussi un terme romain. En effet, ce qu'on dit ici de 
7rà7raç est dit dans le Etymologicum magnum de 7rft4wtoj : fl&fc» 

rrtaç xapà xb TiaTra, b <7Y)txa''v£i xyj xwv 'Ptoaàttov ©covy, xbv 7raxÉpa. « PCI- 
pam Romani xax' â^/Vjv vocamus Romanum eumque catholicum 
Pontificem zaxÉptov TiaxÉpa », dit Politus. Celui-ci appelle aussi l'at- 
tention sur l'analogie de p^aç = ^a[X[juaç pour « mère ». M. Por- 
gès a montré par un document juif du xn e siècle que le pape s'ap- 
pelait chez les Juifs Dr dd [Revue, XXXV, 111). Il est désormais 
prouvé par ce document : 1° que les Juifs se servaient, pour 
désigner le pape, du même mot que les chrétiens ; 2° que ce mot 
est le mot grec -kol-ktziolç, car dtqd ne peut être que la transcrip- 
tion de TcaTcrciaç, puisque TraicTraç ou Tra-rcaç n'aurait donné que didd 

OU D^DD. 

Mais comment de woicfoç a-t-on fait Apiphior ? Maintenant que 
j'ai vu l'ouvrage d'Eustathius, je pourrais employer, pour expli- 
quer ce phénomène, une tout autre méthode que celle dont je me 
suis servi dans mon article. Dans la bouche du peuple, le mot 
Tronriaç est devenu kn^ioioc,. Cette langue populaire est celle de la 
basse classe des comédiens et des filles de mauvaise vie, le demi- 
monde grec. Je vais donner ci-après le passage dans le texte ori- 
ginal. Pollux : <pauXoxàxT| os xoà v\ rcapà xoï'ç vÉot; Kwuwooiç fatale, xal 
à-Jipàp'.ov, v£aç 8e<77coivt|ç tJ7roxop''o-aaxa. Sed et UTtoAopiffjJLdt est xb à~cpzp'.ov 

fraterculorum et sororcularum. . . Meretriculae ad amasiunculos 
suos (Politus, note 13). — Ibid., note 15 : Ab hoc G-oxopiffuax-. 
xou zaxpbç putabat Eustathius, adapta, quse Athenienses meretri- 
culaa per blanditias vocabant, maxime intelligenda esse tft -axÉp-.a. 
Sic enim ipse appellat, quasi videlicet paterculos. — F 1210, 
note 1, il est dit, en outre : « chez Callimachus, àrcrcx ». Là 
dessus, il y a cette remarque : « Tb àu-rca vitio balbutientis linguae 
facile transiit in força. Inde àxcouç, blanda patris appellatio». Donc 
oc7Tcpùç = petit père ; onrcpa = sœur; à-^cpioç = petite sœur. L'empe- 
reur de Russie, le pape de l'église orthodoxe, s'appelle, comme on 



NOTES ET MÉLANGES 107 

sait, « petit père ». Il n'est donc pas impossible que le pape ro- 
main fût aussi appelé « petit père », c'est-à-dire : à-rrcpapioç. Le 
mot hébreu ^rpsnDtf se rapproche beaucoup de ce dernier terme. 
Cependant, *n¥s^6â ne s'identifie pas encore complètement avec 
àir^àpioç, et il me semble, du reste, tout à fait impossible que 
l'Eglise romaine officielle ait employé, pour désigner son chef 
suprême, un terme qui n'était usité que dans la langue des filles 
de mauvaise vie. Il n'est pas nécessaire non plus de prouver que 
ce ne furent pas les Juifs qui s'approprièrent ce mot, car nous 
croyons que les Juifs n'ont pu employer pour désigner le pape 
que le mot qui était officiel dans l'Eglise chrétienne. 

M. Porgès soutient, il est vrai, que les Juifs auraient trans- 
formé intentionnellement le mot 7ca7itaç, parce que c'est une règle 
talmudique d'altérer les dénominations provenant des cultes non 
juifs (Aboda Zara, 46 a). Ceci s'adapte sans doute à notre sys- 
tème. Surtout dans les relations hébraïques sur les croisades aux- 
quelles dy»bd a été emprunté, les sanctuaires chrétiens sont dési- 
gnés par les noms les plus injurieux. Cependant, le fait même de 
l'emploi de dtbb prouve qu'on n'a pas altéré le nom du pape. Si 
on avait voulu le faire, on avait sous la main des dénominations 
comme byin "jï-d (voir Revue, XXXIV, 237). Du reste, quelle 
serait la déformation que le mot tpb^bk aurait subie ? Sous 
cette forme, le mot n'a aucune signification odieuse, tandis que 
les exemples cités par M. Porgès d"in\ nrp, etc., contiennent en 
même temps une malédiction. 

M. Porgès suppose aussi que la forme tpd^bk a pu se former 
d'une autre manière. Il dit : « Ce nom, grâce à sa similitude avec 
le mot talmudique, est devenu ensuite 1W*sk. » Mais pour le mot 
talmudique Apiphior, M. Porgès accepte l'explication de M. Th. 
Reinach ; tp^dk dans le Talmud est donc <p <p6poç ; au moyen âge, 
c'est le mot tpb^bk provenant d'une corruption du mot ovbb, pré- 
cisément sur la foi d'une réminiscence talmudique. Or, je de- 
mande si entre dtbb (prononcé papios ou papyos) et tpb^bk (pro- 
noncé apiphior) il y a une si grande ressemblance que l'un des 
mots rappelle l'autre ? La chose prend un autre aspect si, comme 
je l'admets, le mot tts^bn du Talmud et tpb^bk au moyen âge 
sont un seul et même mot ^omi'a;). Dans ce cas, il a suffi d'em- 
prunter un mot qui se trouvait tout fait dans le Talmud. Ce qui 
prouve qu'on a effectivement procédé ainsi, c'est l'emploi du mot 
ficrps^a pour désigner le pape, comme jai essayé de le soutenir 
dans mon article. Ou bien soutiendra-t-on que ^onu'aç == bfUÉI rap- 
pelle aussi nécessairement anvB"^ ? 

S. Krauss. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

MENAHEM AZARIA DI FANO 

ET LES OUVRAGES DE MOÏSE GORDUERO ET ISAAC LOURIA 

Menahem Azaria était déjà en rapports avec les cabbalistes de 
Safed, quand il était encore jeune homme. D'ailleurs, il avait 
acquis de bonne heure une grande notoriété, grâce à son illustre 
origine, à son savoir et à sa fortune, et il rapporte lui-même * que 
Moïse Gorduero, informé de son zèle ardent pour la Cabbale, lui 
envoya son Parties Rimmonim. Lorsque Joseph Karo fit imprimer 
à Venise, dans l'année même de sa mort, son commentaire Kèsséf 
Mischné sur le Mischnê-Tora de Maïmonide, c'est à Menahem 
Azaria qu'il confia le soin de surveiller l'impression de cet 
ouvrage 2 . Le petit-fils de R. Joseph, Yedidya Karo, raconta plus 
tard à David Conforte 3 , dans l'école de Salonique, combien il 
avait été impressionné par Menahem, dont l'extérieur aussi était 
très imposant, et avec quelle cordialité ib avait été reçu dans sa 
maison, lors de son voyage en Italie. Enfin, nous savons que 
Menahem s'était mis en rapports, pour la publication du commen- 
taire d'Abraham Galante sur les Lamentations 4 , en 1589, avec 
Isaac Gerson, de Safed, qui, déjà très avancé en âge, était venu 
s'établir comme correcteur à Venise 5 . 

Après la mort de Moïse Gorduero, décédé à Safed le 26 juin 
1570 6 , Menahem put facilement se mettre en relations avec des 
amis pour acquérir le droit de faire copier les ouvrages laissés par 
le défunt. Le souvenir de ce fait était encore présent à toutes les 
mémoires quand Schlimel ben Hayyim Meinsterl, de Lundenburg, 
en Moravie, arriva en 1602 à Safed. Mais la légende s'en était 
déjà emparée, car on racontait que R. Emanuel de Réç (c'est-à- 
dire de Reggio) — c'est ainsi qu'on appelait alors Menahem di 

1 Dans "pE^n nbs tsoe an m nthït», préface, 2 b : wn -mso ^ 
^na t b? DYiên -iso -6 nbw naaro nn«b y-T/aan v 2jn Towb 

V^Dabnfa. En Italie, on vénérait alors généralement Safed comme le centre delà 
science talmudique et cabbalistique. Samuel Archevolti y adresse ses demandes (comp. 
Jewish Quarterly Review, X, 269) et Isaehar Béer Eilen bourg y cherche l'approbation 
de sou yyQ "ifita (v. préface). 
* Conforte, mTVïlrî NTlp» éditiou D. Cassel, 42 b. 

3 Ibid. Il est possible que Conforte se trompe en faisant alors séjourner Mena- 
hem Azaria à Mantoue. 

4 ûnno ny»p. Cf. mivjïi amp, 4**. 

5 rvrmn amp, tâa-b et 42 *. 

6 Cf. Guedalya Gorduero, !3TJ3Ï1 TIN, 39 £, et Zunz, Monatstage, p, 35. 



NOTES ET MÉLANGES 109 

Fano — avait payé ce droit l un millier de ducats d'or à la veuve 
de Corduero, qui était la sœur de Salomon Hallévi Alkabéç, et 
qu'en outre, il avait donné de l'argent aux intermédiaires, vingt 
ducats à Joseph Karo et Salomon Alkabéc 2 et dix à Moïse Al- 
scheikh. Azoulaï 3 a encore vu la copie de la quittance par laquelle 
la veuve de Corduero reconnaît avoir reçu de Menahem, en 1583, 
la somme de 250 sequins en argent et, pour les autres 500 sequins, 
cent exemplaires d'une édition de la Mischna avec deux commen- 
taires, probablement ceux de Maïmonide et de Bertinoro, et 
cinquante exemplaires du Mischné-Tora avec le Kesséf Mischné 
de Joseph Karo ; ces exemplaires lui ont été remis par l'entremise 
de son fils Guedalya. Celui-ci, qui avait huit ans à la mort de son 
père, déclare qu'il doit tout ce qu'il sait aux sacrifices que sa mère 
s'est imposés pour son instructon 4 . Lors de son séjour à Venise, 
en 1587, il était reçu avec bienveillance et protégé efficacement 
par ce Menahem Azaria qui était, en Occident, le plus illustre par- 
tisan de son père Moïse Corduero 5 . 

Pourtant, la date de la quittance (1583) n'indique pas le moment 
exact où Menahem entra en possession des ouvrages de Corduero. 
Nous savons, en effet, par une note inscrite dans un des seize 
volumes in-folio contenant ces ouvrages, et conservés à la biblio- 
thèque de Modène 6 , que le dernier volume était déjà copié le 
30 novembre 1581. Le scribe, du nom de David ben Jacob, dit 
explicitement à la fin de ce dernier volume, qu'il a copié tout 
l'ouvrage pour Emanuel di Fano. Mais quelques parties étaient 
probablement encore plus tôt entre les mains de Menahem, car 
une note d'un des ouvrages de Corduero, copié à Asti en 1581 
et se trouvant actuellement, sous le n° 412, dans la collection de 
M. D. de Gunzbourg, à Saint-Pétersbourg 7 , dit que cet ouvrage 
avait été apporté de Safed pour Menahem Azaria ben Isaac di 

1 Voir à la suite du îlfàdrib tpilft de Joseph del Medigo, 42 #. 

2 Le ms. que je possède de îf"nbT i"-|Nïl "l"72 bu) Ù^OS ïltfjyfa dit expressé- 
ment que ce R. Salomon est Alkabéç : ynpbtf ïlttbtf) n""inttb Û^HUJ^I. 

3 Û^bl^ï-Ï D125, éd. Benjacob, II, 4, 3TJ bttli (Livourne, 1879), f° 9 b. 

4 mw ns, 39 b : inaipa mnynbi rmnb ^ip imwi "^ra n^n 

5 Guedalya, ibid., 3£, appelle Menahem : Y'"l3 "ÛNDtt y'IQIÏI ûbtiJïl d^flil 

pm onn "pnmn imn ib mrpb sna -im airs "pao -on rrn bss 

6 Dans Azoulaï, û^bTWÏl QMS, II, 4, il faut sans doute lire lïi'inb 'îl 'H d"P 
rû!U, au lieu de '•} 'J-j qt\ Le Catalogue des mss. hébreux de Modène, de Jona, 
traduit en allemand par M. Grùnwald, dit inexactement : « Jeudi le 16 Tebet ». 

7 Voici la note de Senior Sachs : fcO"H YTm'mp d"in727a îlbmpi TDTt 

'-d ipy^ '*-) -pb an lantti iïnde pmr> '-d s-nw &na» 'n i B * nwtTa 
n"7:u: ddu5 ^aofio ...«maa 'n p\nyttn T>b wni itri-na "Wift. 



MO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Fano, puis était devenu la propriété" de Jacob ben Mardochaï 
Poggetto \ à Asti, et était arrivé enfin entre les mains d'un 
certain Abraham, qui en fit une copie en 1581. 

Dans son zèle pour la Cabbale, Menahem ne se contenta pas de 
se procurer les œuvres de Corduero. Sous l'influence d'un élève 
d'isaac Louria, Israël Sarouk 2 , qui, lors de ses voyages à travers 
l'Kurope, l'initia aux doctrines de son maître, Menahem était, en 
effet, devenu un admirateur et un fidèle partisan de ces doctrines. 
Aussi, lorsqu'il publia en 1600 son résumé des œuvres de Cor- 
duero 3 , que son maître Ezra di Fano corrigea 4 , n'était-il plus en 
communauté d'idées avec Corduero, au-dessus duquel il plaçait 
Louria, bien qu'il prétendît avoir conservé le même respect et la 
même reconnaissance pour son ancien idéal \ Ce changement dans 
les idées de Menahem ne fut pas sans exercer une certaine action 
sur les esprits. Lorsque Schlimel Dresdnitz en eut connais- 
sance, il résolut d'émigrer à Safed pour puiser à la source même 
la connaissance des doctrines de Louria ; là il épousa la fille 
d'Israël Sarouk, qui lui apporta en dot tout un lot d'ouvrages 
inédits de Louria. Nous savons, par une lettre qu'un membre de la 
communauté de Carpi adressa de Palestine ^en Italie, qu'en 3625 on 
répétait encore dans la Terre-Sainte que Menahem Azaria montra 
le même zèle à acquérir les manuscrits de Louria qu'il avait mani- 
festé auparavant pour les ouvrages de Corduero. Du reste, on 
peut dire que, par ses propres œuvres, Menahem di Fano a con- 

1 On lit dans le ms. 17,'j de la collection Gunzbourg : TH^b p/'bp ûb^UDI DP 

3pjn Yrraa fin^t-n nb£- n"n rrncn trm ban nbarcm aroxi bffl -nm 
sa"? 'n b?ba ?B08 hd ï'£? mweo SJobtc wxn ina* ?3 Via hjh$ 

psb û"ujrr m-j. 

» On lit dans l p*nn pbs, ka : ^"nïl 1*1133 PN TSSJ pIÇOX 'fi iblb 

"non haan mm«n ban hicvra yapi pnn?: ynwa «a *hdn via btniûi 

ÏTllPb "Ij^DT Nb 17121 D^p?. Cf. Conforte, l. c, 40 6. Schlimel, qui modifie le 
texte, ajoute explicitement, 42 a : plHO bN-l'C' 1 ^""lM^O. 

3 On dit que Joseph del Medigo a également résumé les œuvres de Corduero dans 
un livre intitulé rîttSn niniEaa ; cf. ïtjpnb f]" 1 ^' préface. 

4 Ce rabbin est mentionné par P. Naftali ben Joseph, de Safed, établi à Venise, 
dans son ouvrage 1D1Z5 "H73N, 39 a, où il lui attribue cette remarque que les lettres 
initiales et les lettres finales des mots JI3SD, P"H et ï"pj\Z3w valent 613. Voir, sur Ezra 
di Fano, Zunz, dans ^ftp DIS, VII, 122 et suiv. 

5 Voir 'pjalîl pbs, 3 i. Menahem Azaria fait allusion ici aux jugements portés 
par les disciples de Louria sur les œuvres de Corduero, et exprimés dès 1182 dans 
les lettres de Samson Bak, que j'ai éditées. Voir Jérusalem, de Luncz, II, 144, 
note 1. Comp. Ch. N. Dembitzer, is-p nb^bD, II, P^p h et suiv. Voir aussi le juge- 
ment de R. Yesaïa Hourwitz et son récit sur la bibliothèque d'Alexandre Cohn, son 
parent, à Francfort-sur-le-Mein, dans la préface de Josef del Medigo à son Plbai3 

rraan, fr%\. 



NOTES ET MELANGES 111 

tribut plus qu'aucun autre écrivain à la propagande des doctrines 
cabbalistiques de l'école de Safed ! . 

David Kaufmann. 



ENCORE L'INSCRIPTION N° 206 DE NARBONNE 



Comme nous avons maintenant sous les yeux le fac-similé de 
l'inscription de Narbonne 3 , il est facile de résoudre les difficultés 
qu'elle présentait et qui ont inspiré à plusieurs collaborateurs de 
cette Revue de si ingénieuses combinaisons. Le mot énigmatique 
de la troisième ligne doit être lu certainement nnbitf, mot qui dé- 
signe la femme du défunt, par allusion à Juges, xiv, 18. Cette 
ligne présente donc le sens suivant : « Deux jours après la mort 
de sa femme, il a pris le môme chemin. » L'auteur de cette ins- 
cription a probablement choisi ce terme singulier de "inbrtf, au lieu 
du mot inm, pour imiter le langage poétique de la Bible, et aussi 
à cause du nom du défunt, qui s appelait David. En effet, une des 
femmes du roi David portait le nom de nba*, nom qui, d'après le 
Talmud 4 , où l'on rappelle également le passage de Juges, xiv, 18, 
désignerait Mikhal, fille de Saùl. 

Le fac-similé confirme aussi l'hypothèse de M. Kaufmann, qui, 
à la deuxième ligne, a proposé de lire "W ^innDtt, au lieu de "ti^y, 
qui ne donnerait aucun sens. L'auteur fait parler la tombe, qui 
dit : « Oui, David est abrité en moi, en moi il est caché ! » (anro *%})<• 
Il a tenu à paraphraser certaines expressions bibliques, sans pour- 
tant les imiter complètement, parce qu'elles ne donneraient ici 
aucun sens. 

Je ferai encore remarquer qu'à la dernière ligne, il faut lire r, 
et non pas v», car les Juifs ont toujours l'habitude de désigner le 
chiffre 16 par rb. 

Il est donc question, dans cette inscription, d'un certain David, 
décédé le 17 LIeschvan (l'année est inconnue, car, comme l'a fait 

1 cf. Revue, xxxv, p. 85, note 7 : *n:n drprmao ba>b lPdd -pnï-î 81ÏT1 
non Dtttn trpmn "pa û^^t rm ïtpi in: orpipa ©non nl^ju: 'np?3 baa 
D-nnbi y-i&tb ^paniD nriENEn ba riisan baiN. 

* Cf. Revue, XXXI V, 302 ; XXXV, 292-296. 
3 Ibid., XXXV, 295. 

* Sanhédrin, 21 a : vb? naïama ïhxt fî72in anpa rnabn ba>-<72 it ïiba? i"k 
nai inba^a ûniûnn ^bib «"roi nbWD. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

remarquer M. Lévi, les points sur les lettres sont douteux), deux 
jours après la mort de sa femme. Par quels mots faut-il compléter 
la quatrième ligne? Il est bien difficile de se prononcer avec certi- 
tude à ce sujet. On sait seulement que cette ligne doit se terminer 
avec aa, pour rimer avec la deuxième, comme la troisième rime 
avec la première. 

Varsovie, février 1898. 

Samuel Poznanski. 

[M. Kahan, de Leipzig, nous a envoyé également sur ce sujet 
une note où il propose la môme lecture que M. Poznanski, en la 
fondant sur ces mêmes citations. Nous déclarons nous rallier sans 
réserve à leur explication. I. L.] 



UNE BIBLE MANUSCRITE DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



Nous nous proposons de publier bientôt le Catalogue des mss. 
du supplément hébreu de la Bibliothèque nationale de Paris, ou 
des volumes ajoutés à ce fonds depuis 1865, année où a paru le 
catalogue imprimé. En attendant la réalisation de ce projet, voici 
la description du n° 1314, le premier d'entre eux. Ce n'est pas le 
ms. qui a le plus de valeur, mais c'est celui qui a coûté le plus 
cher : l'impératrice Eugénie l'a payé, dit-on, 25,000 francs, et l'a 
offert à la B. N. en 1867, en raison de l'antiquité fictive de ce 
volume. Voyons à quoi celle-ci se réduit. 

C'est une Bible ms., en deux grands volumes in-4°, vélin. En 
tête, f. 1&-2&, dans un cadre de» deux pages placées vis-à-vis 
l'une de l'autre, sur fond bleu à larges bandes rouges, sont figurés 
les ustensiles du Tabernacle : chandelier à sept branches, vase à 
encens, table et pains de proposition, autels, Schofar, pelles; le 
tout est entouré, en bordure, des versets de Nombres, vin, 4, et de 
l'Exode, xxx, 27-8, xxxvn, 23, en lettres de relief or. 

F. 3 a, on lit, en écriture cursive orientale, l'attestation hé- 
braïco-arabe suivante : 

1 II ne reste que la trace de trois lettres, probablement va&t. 



NOTES ET MÉLANGES 113 

ï» ïtto» t^ srrai i"ir ûnNitbN wo '3 wb 'n IJa^b bpnia 
ira*» ibprab» ûmas «ba aw 'a \ran b«v itii ûï-tûn ■psnfiobfit 
bsh »Tpn "pian iznm û^NttbN th aba bpnaK -«bps^bN pi vii^n rrâ 
.&ipi -p-iu3 bam Dn»atb« m&n Ta npirnnb a-n-^» iîn ttï 

« Ceci est mon héritage, par... (mon père), d'heureuse mémoire, à 
moi l'humble Aron ben Yahia Schalem Abner le Cohen, 'Araqi, qu'il 
ait la paix. 

» Transmis au serviteur de Dieu, à David b. Saïd Alçarem : en ses 
mains il y a un contrat de vente des vendeurs Abraham et David, de 
la famille Cohen b. Yahia, à Abraham l'exécuteur 1 des décisions du 
tribunal, et par cet exécuteur ce volume a été transmis à David Al- 
çarem au mois de Heschwan 507. Nous l'attestons, pour mettre en 
possession David Alçarem ; ce dont acte. » 

Suit alors la signature à peu près illisible des témoins. A défaut 
de lecture de ces mots, en voici le fac-similé : 



f*jpf ***!£&* 




Au-dessous, on peut lire, d'une écriture plus récente, ces mots : 
îpr "j wa nb^na. Yat'i tpv nVro « Héritage de Joseph. — Héritage 
de Moussa (Moïse), fils de Joseph. » 

F. 3aà 14 6. Autour de dessins à la manière persane, en deux 
couleurs, rouge et bleu, il y a sept pages d'arabesques en écriture 
microscopique, comprenant toute la Bible, véritable tour de force 
et de patience, que môme un micrographe de profession ne sau- 
rait exécuter sans loupe. Plus ces pages sont merveilleuses, et 
plus elles démontrent la modernité relative du manuscrit. — Au 
milieu de ce texte, cinq pages (f. 1 & à 9 a) sont occupées complè- 
tement par la transcription d'un grand nombre de règles masso- 
rétiques, puis par le tableau des Haftarot de toute l'année, sab- 
bats et fêtes, suivi de la mention des Psaumes afférant à chaque 
section hebdomadaire du Pentateuque. C'est un repos pour l'œil. 

Au f. 15a, se trouve une longue dédicace à un opulent person- 
nage pour qui cette Bible a été écrite. Le scribe lui attribue une 
généalogie royale, qu'il fait remonter tout directement jusqu'à 
Adam ! — On retrouve ce même texte, sauf quelques variantes peu 
importantes, dans une Bible de Soria, décrite ici par M. Cazès 3 ; 

1 La première lettre de ce nombre est grattée; au n qu'il y avait sans doute 
d'abord, soit (5)507 — 1747, on a voulu substituer un J-f, de façon à faire supposer 
la date 5107= 1347. 

* Littéralement : le transmetteur. 

3 Revue, XX, 80 et suiv. 

T. XXXVI, n° 71. S 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

M. Ad. Neubauer l'a publié dans ses Jewish Mediœval Chronicles 
(t. II, p. 248), ce qui nous dispense de reproduire cette page. En 
dehors de ce seul détail concordant entre ce ms. et celui de Paris, 
il n'y a pas de ressemblance entre eux; celui qui nous occupe ici 
diffère par bien des points, par les nombreux préliminaires, par 
la disposition du texte en trois colonnes (non en deux), par la 
succession régulière des livres de la Bible, surtout par la date 
apposée au bas de cette page. 
Celle-ci est exprimée ainsi : 

Le scribe appose donc la date, sans nom de lieu (ce qui est déjà 
bien suspect), par un chronogramme qu'il est difficile d'expliquer. 
Si l'on suppute la valeur numérique des deux mots surlignés, 
TOtt nro'n, on a le nombre 783 « de l'ère de la création ». Or, vu 
l'écriture et le contexte, il ne saurait, d'une part, être sérieuse- 
ment question de l'an (4)783, et, d'autre part, nous ne sommes 
qu'en 5658. On est réduit à supposer un prolongement plus ou 
moins voulu de la surligne du premier mot sur le second mot, de 
sorte qu'il reste à supputer seulement nrû"n, ou (5)438 = 1678, date 
fort plausible pour l'ensemble des deux volumes : elle confirmerait 
et justifierait la date de la transmission précédemment citée. 

F. 16 b commence le texte de la Genèse, à trois colonnes, pour 
se poursuivre ainsi jusqu'à la fin du II e livre des Rois. Le texte 
est sans cesse entouré de notes et variantes massorétiques, en ca- 
ractères minuscules, mais fort lisibles à l'œil nu, affectant encore 
au commencement des lignes fantaisistes. 

Le 2 e volume, écrit de la même façon, contient les Prophètes et 
les Hagiographes. 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2 8 SEMESTRE 1897 ET 1 er TRIMESTRE 1898. 

{Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
mais de l'auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets. 



1. Ouvrages hébreux. 

ÛVYilûtt *Ptt5 r\*tt$ Agadatb Shir Hasbirim, edited from a Parma manu- 
script, annotated and illustraled witb paiallel passages from numerous 
mss. and early prinls, with a postscript on the bistory of the work, by 
S. Schecbter. Cambridge, Deigbton Bell et C ie , 1896; in-8° de 112 p. 
(Reprinted from IbeJewisb Quarterly Review.) 

Ce Midrasch est le même que celui qu'a publié M. Salomon Buber [Mi- 
drasch Sata, Berlin, 1894), et les deux éditeurs ont reproduit le même ms. 
(n° 541 de la Bibliothèque de Rossi à Parme). Or, les divergences sont 
cousidérab'.es. (Nous appellerons B. l'édition de M. Buber, S. celle de 
M. Schechter.) Par exemple: B., p. 4, n"Db*n "^ ÏT&Wft H73 miB» "1738 

r^rr ïronb» nwni b*wttï s., î. 44, anrs"> ïTonba... La première 

leçon est incompréhensible. Le Messie déclare : Quel intérêt aurai-je à être 
roi, puisque « l'oint de la guerre m'aura tué? » Dans le Talmud, Soucca, 
52 a, d'où est tiré ce passage, il est dit : t Le Messie fils de David, voyant 
que le Messie fils de Joseph aura été tué.. . » La leçon de M. S. est con- 
forme à ce texte. — s., i. 48, f» mpons nrobatt mio» aa-iujsn 

r\V2Tl DN l p733>lU Nim db"13>ï"ï. M. S. fait remarquer que peut-être 
NI m — qui est inexplicable — doit être corrigé en ^JO (il faudrait plu- 
tôt *jrn, comme le montre Psaumes Rabba, 21). Pour que M. S. s'ar- 
rête sur cette erreur, il faut supposer qu'elle existe dans le ms. Or, M. B. 
met Ù^^IlÛT ûbl3>n. •-, supprimant ainsi la difficulté.— P. 5, B., 
mrnmttT m3>1ï; S., mmmEl ; mais peut-être est-ce une faute typo- 
graphique eu B. — Nous pourrions allonger cette liste des divergences 
entre les deux éditions, on verrait que la copie de M. S. a, en général, été 
laite avec plus de soin. Ce qui ajoute à l'intérêt de la publication de M. S., 
ce sont les références nombreuses, en particulier au Midrasch Hagadol. 
Mais que de questions soulevées par ce curieux Midrasch que les éditeurs 
n'ont pas résolues! Pour ce qui est de la date, nous la croyons plus récente 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que ne le voudrait M. S. Notre savant confrère s'appuie sur la rencontre de 
notre Midrasch avec un Païtan du nom de Salomon b. Juda qui a vécu à 
la fin du x e siècle. Pour que ce Midrasch, dit-il, ait eu quelque prestige 
aux j'eux de cet auteur, il faut qu'il ait vu le jour un certain temps aupa- 
ravant. Mais l'argument fondé sur les analogies n'emporte la conviction que 
si l\in des deux textes qui se ressemblent a gardé les traces de l'emprunt, 
ce qui n'est pas le cas ici. L'indice fourni par une autre rencontre de notre 
Midrasch avec le ")!rptiJ&0 '"1 ^p^lD ne me paraît pas beaucoup plus déci- 
sif, c'est vouloir prouver obscurum per obscwius, car ces petits traités mes- 
sianiques ne se laissent pas dater facilement. Je ne crois donc pas qu'on soit 
en droit d'affirmer, avec M. S., que noire Midrasch soit de la première moitié 
du ix» siècle. Il me paraît seulement que cette œuvre ressemble beaucoup à 
celles qui ont vu le jour dans l'Italie méridionale. La langue est toujours 
de l'hébreu et non de l'araméen ; l'auteur aime les longs développements à 
la manière du Tanna debé Eliahou (Certains de ces morceaux, consacrés 
à la charité, ne manquent pas d'élévation). Enfin, on lit dans le dernier 
paragraphe deux passages très curieux, qui n'ont pas encore été suffisam- 
ment expliqués (M. Buber avoue n'y avoir vu goutte), mais qui, sans aucun 
doute, font allusion à Rome, désigné sous le nom énigmatique de IftmN 
("l73"imN dans l'éd. B.). Est-ce un de ces mots volontairement défigurés? 
J'ai fait remarquer ailleurs (Festschrift... Steinschneider's) que le nom de 
bNfàrnp, auteur italien du xi e siècle, nom qui, il est vrai, est biblique, 
rappelle singulièrement ce vocable. 

tp&rnN Annuaire litte'raire et pratique pour l'année 1897 (4 e anne'e), édité 
par la Société « Ahiasaf ». Varsovie, impr. Schuldberg, 1896 ; in-8° de 
322 + 18 p.— Id. pour l'année 1898. Varsovie,' impr. Schuldberg, 1897 ; 
in-8° de 364 + 25 p. 

2"PN '0 avec un commentaire Û^T25 "I12T72 et une introduction, par David 
Straschun. Wilna, impr. Rosenkrantz et Schriftsetzer , 1897 ; in-8° de 
252 p. 

pi" 1 yiN Limites de la Palestine transjordanique depuis les temps les 
plus anciens, par Hayyim Rechlin. Varsovie, impr. Alapin, 1896 ; in-8° 
de vu + 88 p. 

ûbl3> rP"D '0 Dissertations théologiques sur la rémunération, l'immortalité 
de l'âme et la résurrection, la Révélation et la Providence, par A. J. 
Schlesinger. Jérusalem, 1898 ; in-4 a de 16 + 164 p. 

^-itfît W "n:n '0. Geschichte der Juden von D r H. Graetz, nach den Ur- 
quellen neu revidirt, mit Bemerkungen u. Erlâuterungen versehen u. ins 
Hebrâische ûbertragen von P. Rabbinowitz, mit Noten von A. Harkavy. 
VI. Band, I-VI Heft. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897 ; in-8° de p. 1-382 p. 

"I)2n "Wal 1DO Corrections et novelles sur les Commentaires de Raschi, le 
Talmud, etc., par David Teitelbaum. l re partie. Varsovie, impr. Unter- 
halter, 1897 ; in-f° de 276 p. 

Û^llD&ntl mm Dorot Harischonim. Zur Geschichte der jùdischen Lite- 
ratur von Isaac Halevy. III. Theil. Umfasst den Zeitraum vom Abschlusse 
des Talniuds bis zu den letzten Gaonim. Presbourg, impr. Ad. Alkalay, 
1897 ; in-8° de 316 p. 

Notre excellent collaborateur, M. A. Epstein, rendra compte dans le pro- 
chain numéro de cet ouvrage, dont nous avons publié ici (Revue, XXXIII, 
1) les premiers chapitres. Que l'auteur, pour l'amour de Dieu, veuille bien 
dresser une table des matières et surtout adopter un autre système de ré- 



BIBLIOGRAPHIE 117 

daction! Les chapitres enjambent l'un sur l'autre, avec un parti pris désespé- 
rant. Il faut avoir pitié du lecteur et ne pas le condamner aux maux de tête. 

Û1 nttn Û1 Sang pour sang, drame en cinq actes, en vers, par Juda Leb 
Landau, avec une pre'face de J. S. Fuchs. Cracovie, impr. J. Fischer, 
1897; in-S° de xvi + 160 p. 

Û^ïlbN r\91 Histoire de la théologie juive, par S. Bernfeld. l re et 2 e parties. 
Varsovie, impr. Schuldberg, 1897; in-8° de 214 p. (Publication de la So- 
ciété' « Ahiasaf »). 

0EP1JW1 DYTTi!i Etude sur Hérode et Agrippa I d'après les sources lalmu- 
diques, par N.-S. Lebowitsch. New-York, impr. Rosenberg, 1897; in* 8° 
de 12 p. (Tirage à part du Ner Hamaarabi). 

L'idée seule de ne consulter que les sources talmudiques pour juger deux 
hommes dont l'histoire est racontée tout au loDg par Josèphe suffit pour 
caractériser cette étude. Le panégyrique d'Agrippa I n'est plus qu'un jeu, 
si on fait abstraction des renseignements fournis par l'historien juif. 

Û^btlîïl tnî 'O Explication de passages difficiles de la Bible et du Talmud, 
par Moïse Galant, avec des notes de Moïse Haguiz, éd. par Moïse Stern- 
berg. Cracovie, Sternberg, 1898 ; in- 4° de 92 + 30 p. 

TOtt 'p-ÛT The cup of bitterness, lamentations in memory of . . . Baron 
Moses de Hirsch, by Reuben Sinay Cohen. Manchester, impr. Massel, 
1897; in-8°de 64 p. 

Û^5B ï'nin 'O Considérations morales et religieuses, par I. R. Ornstein. 
Cracovie, impr. Fischer, 1897 ; in-4° de 80 p. 

TfO'D rH^M 'O Commentaire du Cantique des Cantiques, par Menahem Man- 
del Krengel. Cracovie, impr. Fischer, 1897 ; in 8° de 118 p. 

pn^ T 'O. Novelles sur le Talmud et Maïmonide, par Isaac Cohen Aro- 
nowski. Wilna, Romm, 1898 ; in-4° de 94 + 12 + 98 p. 

ÛÏTXT " , -D h n riS"l^a d^TlîTfï Histoire des Israélites en France, par David 
Schapiro. Cracovie, impr. Fischer, 1897; in-8° de 168 p. 

ySTit ÏNES^b aVJ Û*P '") Biographie et bibliographie de L. Zunz, par S. P. 
Rabbinowitz. Varsovie, 1897; in-8° de 361 p. 

Etude bien conduite, mais que d'ambitions on prête à l'illustre savant, qui 
assurément l'auraient fait sourire ! M. R. ne veut pas s'aviser que Zunz s'est 
voué à une œuvre purement scientifique, sans aucune arrière-pensée. S'il 
a employé ses rares lacultés à l'étude de l'histoire et de la littérature juives, 
c'est parce que son éducation première et sa pratique des livres hébreux le 
tournaient naturellement de ce côté. Il y étai.t encore attiré par la difficulté 
du sujet. Zunz a pensé, avec raison, qu'il était bon, une fois, de s'orienter au 
milieu de la forêt touffue de la littérature anonyme et impersonnelle des 
Midraschim et de ces innombrables productions du moyen âge. Mais qu'il 
ait été un tribun ou un précurseur du Sionisme, il faut de singulières lu- 
nettes pour le découvrir. — Les critiques de M. R. ne sont pas toujours 
heureuses ; en particulier pour ce qui concerne les Gottesdienstl. Vortràge, je 
serais toujours disposé à donner raison à Zunz contre son contradicteur. Mais 
il faut louer l'entreprise de M. R., qui fera connaître au public russe qui lit 
l'hébreu un des savants qui ont honoré le plus la science juive en ce siècle 
et d'initier les lecteurs à une foule de questions intéressantes. 

"lT3^bfit taipb'' Recueil, par ordre alphabétique, de l'apada du Talmud et 
des Midraschim, par Sussmann Sofer. Nouvelle édition. Paks, impr. Ro- 
senbaum, 1897 ; in-8° de 131 ff. (Va de N à 3). 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N'OSil ÏTVE'-P Traduction hébraïque de l'étude de Lazarus sur Jérémie, par 
Brainin. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897 ; in-8° de 85 p. (Publication 
de la Société « Ahiasaf »). 

D^TSDn T13D '0 Explication de passages difficiles ou hyperboliques du Tal- 
mud et des Midraschim relatifs au Pentateuque, d'après Tordre des ver- 
sets, par Chaim Knoller. Przemysl, Cualm Knoller, 1898; in-8° de 26 
+ 14 + 12 + 16+26 ff. 

\X1HD1 nirtlb Lichot (sic) Sikoron enthaltend Epitaphien von Grabsteinen 
des israel. Friedhofes zu Krakau nebst biographischen Skizzen von Bern- 
hard Friedberg. Drohobycz, Zupnik, 1897 ; in-8° de 95 p. 

^"H? Tlttb '0 Commentaire du Traité Meguilla d'après les explications de 
l'Arouch, avec des consultations du père de l'auteur , par Salomon 
Bamberger. Zennheim (Alsace) [Berlin, impr. Itzkowski], 1897; in-8° de 
46 p. 

*1BD nb}73 Autobiographie de Jacob Emden (y"33^), éd. par David Kahna. 
Varsovie, impr. Schuldberg, 1896; in-8° vm + 230 p. (Publication de la 
Société' a Ahiasaf ») . 

NEIttjn IZWtt Midrasch Tanhouma avec un commentaire intitule' nbfi3 
"JWDa, par Benjamin Epstein. Zitomir, impr. Kesselmann, 1898; in-8° 
de 512 p. 

Tltwb ÏTJ3T d^-Bb Ï153 Critique de divers ouvrages par Eléazar Atlas. Var- 
sovie, impr. Alexander Gins, 1898 ; in-8° de 76 p. 

31L3 ÛT "Wabtt '0 Novelles sur le Lebousch, section Orah Hayyim, 2 e par- 
tie, par Lipmann Heller, avec additions, sous le titre de "OTTO VHIDÏ, 
par Isaac Hacohen Feigenbaum, éd. par Elie Marder. Varsovie, impr. 
Baumritter, 1897; in-8° de 142 + 72 p. (La l re partie a paru en 1895). 

Cnb'J3!3 ï"TOfibto. War in peace, a religious dispute between two friends (un 
juif et un chrétien), by A. Benjaminson. New- York, impr. Rosenberg, 
1898; in-8°de92p. 

* , "lt3" , "l TlîtTOb Ni:TO1 finDtt Einleitung u. Register zum Machsor Vitry von 
Rabbiner S. Hurwitz mit Beitrâgen von D r A. Berliner. Berlin, impr. 
Itzkowski, 1896-1897 ; in-8° de 201 + 16 p. (Publication de la Société 
Mekitzé Nirdamim). 

Voir Berne, XXXV, p. 308. 

ïlb^b^ln ^lO" 1 IN "1125"l?;i "Hlptt Principes d'économie politique, par 
S. W. Mendelin. Odessa, impr. Belinson, 1896; in-8° de p. 11 (sic) 
— 56. 

yïDttra "pïTN W1B '"I M. A. Giinzburg (1795-1846) und seine litera- 
rische Thatigkeit, mit einem Portrait. Eine biogiaphische Skizze, von 
D. Maggid. Saint-Pétersbourg, impr. Berman, 1897 ; in-8° de 32 p. 

ÎTDTa DNU373 '0 Explication allégorique des récits fabuleux de Rabbah bar 
bar Hanna, par Moïse Eidelstein. Vilua, impr. Katzenellebogen, 1896 ; 
in-4° de 48 ff. 

TOI dbl3> TTO Seder Olam Rabba, die grosse Weltchronik, nach Hdschr. 
u. Druckwerken hrsgg. mit krit. Noten u. Erklàrungen von B. Ratner. 
Vilna, Romm, 1897 ; in-8° de 152 p. 



BIBLIOGRAPHIE 119 

Pour apprécier en connaissance de cause l'édition d'un texte, il faut 
presque avoir essayé le travail soi-même ; autrement le jugement ne sau- 
rait être que superficiel et incomplet. Nous n'avons jamais préparé la réédi- 
tion du Séder Olam Rabba, cette pseudo-chronique ancienne: aussi som- 
mes-nous en mauvaise posture pour répondre au désir de l'auteur, qui 
tient à connaître notre sentiment sur son ouvrage. Cependant, ayant eu 
l'occasion d'étudier de près certains passages du Séder Olam et, ayant con- 
fronté les résultats de nos recherches avec ceux auxquels arrive M. R., 
nous sommes autorisé, tout au moins, à déclarer que son commentaire mérite 
tous les éloges. Les variantes des mss. et des ouvrages qui reproduisent le 
Séder Olam sont signalées minutieusement, la bonne leçon est généralement 
reconnue avec sûreté, les références témoignent de lectures très étendues, 
les hypothèses des savants qui se sont déjà occupés de cette chronique sont 
discutées très consciencieusement et l'opinion de l'auteur est généralement 
digne d'être suivie. Est-ce à dire que nous soyons toujours d'accord avec 
M. R..? Dans les questions de cet ordre, où le sentiment décide le plus sou- 
vent, le consentement universel est presque impossible. Un exemple seule- 
ment pour montrer les cas où nous refusons d'en croire sur parole le savant 
commentateur. La Mischna d'Edouyot, II, 10, est ainsi conçue : « Le même 
[R. Akiba] disait : Il y a cinq choses d'une durée de douze mois : la puni- 
tion de la génération du déluge, celle de Job, celle des Égyptiens, celle de 
Gog et Magog dans l'avenir, celle des méchants dans la Géhenne, parce 
qu'il est dit : D'un mois au [même] mois. R. Yohanan ben Nouri dit : [La 
punition des méchants dans la Géhenne] dure de la Pâque à la Pentecôte, 
car il est écrit : D'un sabbat à l'autre. » Ce texte se retrouve dans le Séder 
Olam, mais déchiqueté en plusieurs morceaux et disposé autrement. 
Au ch. m, il est d'abord dit que les plaies infligées aux Égyptiens ont 
duré douze mois, et l'on cite, à ce propos, le verset sur lequel s'appuie 
cette idée. Mais cette opinion n'est pas attribuée à R. Akiba. Puis il est 
parlé de la punition de Job, de Gog et Magog, et des méchants dans la 
Géhenne. C'est au ch. iv qu'arrive seulement la mention relative à la durée 
du déluge. D'après M. R., la version du Séder Olam serait antérieure à 
celle de la Mischna d'Edouyot. Or, à première vue, il semble bien, au con- 
traire, que la disposition adoptée par la Mischna soit plus rationnelle. Il 
est visible que l'auteur du Séder Olam a dérangé le plan primitif. Ce 
n'est pas tout. Après le paragraphe où il est parlé de la punition des mé- 
chants, qui dure douze mois, le Séder Olam ajoute : « R. Yohanan b. Nou- 
rit dit : « Elle dure de la Pâque à la Pentecôte. » L'intervention de ce 
rabbin dans ce passage ne se comprend aucunement ici, tandis qu'elle se 
justifie parfaitement dans la Mischna. Dans le Séder Olam, le nom d'Akiba 
n'a pas été prononcé ; l'opinion de son contradicteur n'avait aucune raison 
d'être invoquée. M. R. est obligé de s'appuyer sur cette circonstance que 
R. Yosé, l'auteur auquel est attribué le Séder Olam, cite parfois dans la 
Tosefta et ailleurs le dire de ce rabbin. Pour nous, la solution est plus 
simple : le rédacteur du Séder Olam, utilisant la Mischna d'Edouyot, a 
conservé à son insu la preuve de son emprunt, en gardant ce restant de 
discussion qui n'avait que faire dans son exposition. Cet auteur a procédé 
à coups de ciseaux. Et ainsi s'explique la disparition du nom d'Akiba : 
n'ayant pas pris le passage tout d'abord au commencement, il a laissé 
tomber ce détail. Toutefois la confrontation de la Mischna avec son imi- 
tateur montre peut-être qu'elle était à l'origine plus étendue et contenait 
les raisons scripturaires de ces cinq assertions de R. Akiba. — Nombreuses 
seraient les discussions du même genre que provoquent les notes de M. R. 
Mais, comme on le voit, ce sont des discussions sur des points d'aiguille. 
Nous disions, au moment où M. R. a fait paraîlre l'Introduction au S. 0. 
{Revue, XXVIII, 301), que ce savant était « une nouvelle recrue pour les 
études d'histoire littéraire dont il est permis de beaucoup attendre ». La 
présente édition a donné raison à notre prédiction, et nous sommes heu- 
reux d'en féliciter M. Ratner. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^NT^ DYlSîD Traduction hébraïque de la Judische Literatur de M. Stein- 
schoeider, par Malter, avec des corrections et des additions de l'auteur. 
l re partie. Varsovie, impr. Schuldberg, 1897; in-8° de 90 p. (Publication 
de la Société « Ahiasaf »). 

^ibtt TV 'D Allocutions prononcées par Ephraïm Salomon Zalman (Wein- 
gott). Varsovie, 1897 ; in-8° de 115 p. 

irH3H p5&nD Franck et les Franckistes, par Alexandre Kraushaar, trad. 
[du russe?] par N. Sokolow. l re partie. Varsovie, impr. Lewinsk), 1897 ; 
in-8° de 287 p. 

Ce qui fait l'intérêt de cette nouvelle histoire de Franck et des Franc- 
kistes, c'est qu'elle est fondée sur des documents inédits et qui paraissent 
très dignes de foi. Mais on a eu le tort de ne pas les discuter. 

*F h? y^p Sammelband kleiner Beitrâge aus Handschriften. Band VII, 
Jahrgang XII -XIII (1896-97). Berlin, impr. Itzkowski, 1896-97 ; in-8° de 
42 + 11 + 14+47 + 46+23 p. (Publication de la Société Mekitzé 
Nirdamim). 

Ce volume contieut : 1° ïTwrûl finï? hy ŒWB. Commentaire sur Ezra 
et Néhémie, de Benjamin ben Juda, de Rome, édité pour la première fois 
par Heinrich Berger ; — 2° fnafct rû^Dïl par Abraham Berliner. Dans 
l'édition de Constantinople (1561) des Consultations d'Elia Mizrahi, 
manque un document envoyé par ce rabbin aux Juifs de Candie, au sujet 
de son fils Gerson, qui avait été accusé de s'être converti. L'éditeur n'a 
gardé que la fin de la lettre d'Elia Mizrahi. M. B. comble la lacune à 
l'aide de plusieurs mss. ; — 3° J^bsT THIIJ, traduction partielle du 
1 er livre des Macchabées, publiée par M. D. Chwolson, d'après un ms. de 
la Bibliothèque nationale, de 1160-1180. M. Chwolson suppose que cette tra- 
duction est l'œuvre d'un Italien, qui vivait dans le cercle de savants d'où 
est sorti l'auteur du Yosiphon. Ce qui est certain, pour nous, c'est qu'elle a 
été faite sur le latin et non sur le grec. En effet, les Romains y sont appelés 
d^WH = Romani; or le grec dit 'Pwfxouoi; — 4° Î133>D ï")2D£ '0 Poésies 
de R. Isaac b. Scheschet (Ribasch), de Sehimon b. Sémah Duran, éd. avec 
un commentaire explicatif par Isaac Moreli, avec additions et corrections de 
H. Brody; — 5° Sn2)3!3 ^"p OpjD Archives hébraïques de la commu- 
nauté de Bamberg, publ. par David Kaufmann; — bNT^S my^O' , '0 
épisode de l'histoire des Juifs de Moravie après la mort de Charles VI, 
raconté par Benjamin Israël Frankel, éd. par Emmanuel Baumgarten. 

Ï1tt)n nbïip Bibliotheca Friedlandiana. Catalogus librorum impressorum 
hebraeorum in Museo asiatico imperialis Academise scientiarum Pelro- 
politanœ asservatorum. Opéra et studio Samuelis Wiener. Fas. III (3 et 
1). Saint-Pétersbourg, 1897; in-4° de p. 225-315. 

Catalogue, fait avec le soin le plus louable, d'une admirable bibliothèque, 
riche particulièrement en éditions hébraïques sorties des presses de la Rus- 
sie. Description très minutieuse des ouvrages, avec l'identification du nom 
des auteurs, quand c'est nécessaire, et une notice sur eux, la mention des 
• approbations » et le renvoi aux recueils de catalogues imprimés quand il 
y a lieu. 

ÏTïin TiK ysip Recueil trimestriel de Novelles , Consultations , etc. , 
dirigé par Abraham Aron Sonuenfeld et Abraham Yohanan Blumenthal. 
l re année, 1 er fascicule. Jérusalem, 1897; in-8° de 67 ff. 

bNnti^ DTD^!"» ÏT»ï53>W rPlÛKI Les commencements de l'imprimerie hébraï- 
que, par Daniel Chwolson, trad. du russe en hébreu par M. E- Eisen- 
stadt. Varsovie, 1897 ; in-8° de 47 p. 



BIBLIOGRAPHIE 121 

Traduction du russe faite par M. Eisenstadt, à l'occasion du jubilé de 
l'auteur, l'illustre orientaliste Daniel Chwolson. Cette histoire de l'impri- 
merie chez les Juifs, de 1475 à 1500, se lit avec plaisir et abonde en ren- 
seignements et en aperçus intéressants. M. C. fait remarquer que l'imprimerie 
n'apparut pas aux Juifs comme une bête de l'Apocalypse, son introduction 
fut saluée avec joie, on y vit un secours merveilleux pour la diffusion des 
connaissances religieuses. Au Portugal, les Israélites avaient déjà une 
imprimerie en 1487, alors que leurs compatriotes chrétiens ne se servirent 
des presses qu'en 1495. Les premières imprimeries hébraïques furent éta- 
blies à Reggio (en Calabre) et à Piove, près de Padoue. De la première 
sortit, en février 1475, le commentaire de Raschi sur le Pentateuque, de 
la seconde le Tour, même année, juillet. L'invention se propagea rapide- 
ment chez les Juifs : à Mantcue, 1475; Ferrare, 1477; Bologne, 1482; 
Guadalaxara, 1482; Soncino, 1481; Casale Maggiore, 1484; Naples, 1486; 
Para (Portugal) et Samora (Espagne), 1487; Lisbonne, 1489; Brescia et 
Leiria (Portugal) 1492, et Barco près Brescia, 1496. — Ce n'est qu'à 
partir de 1489 qu'on commence à se servir de titre en tête du volume, et à 
partir de 1483 qu'on indique le foliotage. — L'un des pionniers de l'im- 
pression hébraïque fut Abraham Conat, qui, aidé de sa femme, commença 
à imprimer à Mantoue. Il publia le Tour Orah Eayyim en 1476, le com- 
mentaire de Lévi ben Gerson sur le Pentateuque, même année. C'est pro- 
bablement à cette époque qu'il fit paraître le Tosiphon. M. C. insiste 
beaucoup sur cette édition, lui attribuant une valeur qui nous parait sur- 
faite. M. Trieber, Zur Kritik des Gorionides, professe le même respect 
pour cette version, et c'est ce qui lui a fait émettre des hypothèses si mer- 
veilleuses et si naïves sur l'importance de cette chronique pour l'histoire 
juive. D'ailleurs, prochainement M. le baron David de Gunzbourg pu- 
bliera la reproduction diplomatique de cette édition, dont les exemplaires ne 
sont pas si rares que le croit M. C. Il en existe deux à Paris, à la Biblio- 
thèque nationale et à l'Alliance israélite. Feu Rabbinowitz en possédait un 
en parchemin, dont les premiers feuillets manquaient, autant que je me 
rappelle. — A Lisbonne, l'imprimeur Eliézer Toledano, renommé pour sa 
piété, fit sortir de ses presses, à partir de 1489, de nombreux ouvrages 
in-folio, entre autres le commentaire de Nahmanide sur le Pentateuque, 
Aboudarham et surtout un admirable Pentateuque avec le Targoum d'On- 
kelos et le commentaire de Raschi. Après l'expulsion des Juifs du Portu- 
gal, les caractères de cette imprimerie furent transportés en Turquie; c'est 
ce qui explique que des ouvrages édités de 1515 à 1522 à Salonique ont 
l'aspect typographique de ceux de Lisbonne. — Les plus célèbres impri- 
meurs de cette époque furent les Soncino, qui formèrent une dynastie d'im- 
primeurs qui essaima en différentes villes d'Italie, à Constantinople et à 
Salonique. Ou les voit à l'œuvre de 1483 a 1547. Le plus connu est Gerson- 
Jérôme. La famille descendait d'un R. Moïse de Spire, mentionné dans les 
Tosafot Touques. Le nom de Soncino fut pris par Israël Nathan, fils de 
Samuel, qui vint s'établir dans la ville de ce nom. De 1483 à 1490, furent 
imprimés sept traités du Talmud, les Prophètes et les Hagiographes, avec 
commentaire de David Kimhi, les Ikarirn, le Semag, le Mischné Tora, le 
Tour, la Bible avec points-voyelles et accents (1488). En 1486, Josué Son- 
cino, avec son frère Moïse, fonda une seconde imprimerie à Casale Mag- 
giore; il y publia le Mahzor de Rome. Gerson, lils de Moïse, très instruit, 
fit de nombreux voyages pour recueillir des mss. C'est ainsi qu'il se rendit 
en France, à Chambéry, pour y trouver des Tosafot. En 1490, les Soncino 
établirent une nouvelle imprimerie à Naples; c'est là, en 1492, que fut 
publiée la célèbre édition de la Mischua avec le commentaire de Maïrao- 
nide. Puis ce fut le tour de Brescia et de Barco. M. C. examine ensuite 
le degré de fidélité dont les imprimeurs ont fait preuve à l'égard des mss. : 
trop souvent ils les ont corrigés à leur façon. Un Eliézer b. Samuel n'a pas 
craint d'insérer dans un ouvrage de Maïmonide son opinion personnelle en 
contradiction avec celle du Maître. — Le nombre des incunables antérieurs 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à 1500 est de cent environ, mais il était sûrement plus grand; certaines 
éditions ont disparu, comme celle du ïtN-plTI '0 de Jona Gerundi et du 
dbl^ Pl^bn, du Talmud de Lisbonne. Les auto-da-fés n'en ont pas peu 
supprimé. — M. C, après un chapitre consacré aux éditions complètes ou 
partielles de la Bible, cherche à déterminer le poût du temps d'après le 
choix et le nombre des éditions des ouvrages imprimés alors. On s'adonnait 
plutôt à la lecture des ouvrages de théologie, de morale, de poésie qu'à 
celle des Novelles sur le Talmud. On se contentait des Compendium clas- 
siques pour la halakha. Mais il faut ajouter que ces conclusions n'ont de 
valeur que pour l'Italie. Tel est le résumé de cette courte monographie, 
pleine de faits et d'idées, où se joue et se délasse le savoir si étendu d'un 
des écrivains qui honorent le plus la science juive de nos jours. 

3p3^ ffil '0 Explications de passages difficiles de la Bible et du Midrasch, 
par Jacob Horowitz. New- York, impr. Aronsohn, 1898; in-8° de 66 p. 

''pOibliaO ÏT©ti "p yi Vie de Smolinskin, par Brainin. Varsovie, impr. 
Halter et Eisenstadt, 1896; in-8° de 162 p. (Publication de la Société 
« Touschia »). 

Û^ft mbNIÛ 'O Consultations sur les quatre parties du Schoulhan Arouch 
avec "^in" , ^ fc ^ ,, ^"-m homélies et considérations diverses, par Hayyim Jé- 
rémie Plensberg. Wilna, Romm, 1897; in-f° de 50 + 40 ff. 

*]TQ '-13 a"-™ n"W '0 Consultations de R. Méir de Rothenbourg, d'après 
l'édit. de Prague, 1608, avec commentaire et références aux sources. 
3 e édition, publ. par Joseph Sternberg. Budapest, Sternberg, 1896; 
in-4° de 88 ff. 

Û^Tttîn *PE Weltliche Gedichte des Abu Ajjub Soleiman b. Jahja Ibn 
Gabirol, unter Mitwirkung namhafter Gelehrter nach Handschriften u. 
Druckwerken bearbeitet u. mit Anmerkungen u. Einleitung versehen von 
H. Brody. Heft I. Berlin, M. Poppelauer, 1897; in-8° de 32 p. 

Les notes des pièces de ce fascicule sont dues à MM. Bâcher, Ehrlich et 
D. Kaufmann. 

■"JVU "jnbTD Schulchan Aruch in jiidisch-deutscher Sprache, von Salo- 
mon Schùck. Cracovie, impr. Fischer, 1896; in-8° de 128 + 39 -f 12 + 
35 p. 

Ù'nZî^ïl 'O Sepher Haschoraschim. Wurzelwôrterbuch der hebrâischen 
Sprache von Abulwalid Merwan Ibn Ganah, aus dem Arabischen in's 
Hebrâische ùberselzt von Jehuda Ibn Tibbon. Aus den Handschr. der 
Vaticana u. des Escurial zum ersten Maie herausg. u. nach dem arab. 
Originale berichtigt u. vervollstândigt, sowie mit einer Einleitung ùber 
das Leben u. die Schriften Abulwalid's versehen von D r Wilhelm Bâcher. 
IV. Heft. Schluss, Register u. Einleitung. Berlin , impr. Itzkowski, 
1896-7; in-8° de 481-597 + xlii p. (Publication de la Société Mekizé Nir- 
damim). 

Il n'est plus nécessaire de mettre en relief le mérite d'Ibn Djanah, qui 
fut sans conteste le plus grand grammairien juif du moyen âge, de cent 
coudées au-dessus de ses successeurs. La publication de ses ouvrages 
grammaticaux en avait apporté la démonstration la moins équivoque; tous 
les lecteurs avaient pu en juger, son principal traité, le Hikma, ayant été 
traduit en hébreu et en français et le texte original en ayant été édité. Mais 
le complément de cette grammaire, le Dictionnaire, n'était jusqu'ici acces- 
sible qu'aux arabisants. Circonstance fâcheuse non seulement pour les 
études historiques, mais pour l'exégèse biblique, car grand est le profit 



BIBLIOGRAPHIE 123 

qu'on peut encore aujourd'hui tirer des notices lexicographiques et des 
opinions exégétiques contenues dans cet ouvrage. Gesenius déjà l'avait 
reconnu, et très souvent il a eu recours aux lumières de son devancier. La 
lacune vient d'être heureusement comblée par la Société des Mekitzé Nir- 
damim. Reprenant le projet de M. S. J. Halhersam, qui avait mis en train 
le travail, elle a entrepris la publication de la traduction hébraïque de ce 
Dictionnaire, œuvre de Juda ibn Tibbon, encore manuscrite. Personne, sur- 
tout depuis la mort de notre regretté maître J.Derenbourg, n'était mieux qua- 
lifié, pour mener à bonne fin cette édition, que notre excellent collaborateur 
M. W. Bâcher. On sait la compétence du savant professeur de Budapest dans 
toutes les matières ayant trait à l'histoire de l'exégèse et de la grammaire 
hébraïques ; on connaît aussi les beaux travaux qu'il a déjà consacrés à 
Ibn Djanah, la part qu'il a prise à l'édition arabe du Rikma. Nous possé- 
dons aujourd'hui le texte complet de la version de Juda Ibn Tibbon, enri- 
chi d'un commentaire perpétuel, où sont signalées les divergences de la 
traduction et de l'original. Dans le texte sont restitués les mots sautés par 
le traducteur et nécessaires à l'intelligence de la pensée de l'auteur. Par 
contre, sont signalées les additions du traducteur. En outre, toutes les cita- 
tions sont identifiées. — M. Bâcher ne s'est pas borné à nous donner une 
édition parfaite, il a voulu mettre les lecteurs qui ne savent pas les langues 
occidentales eu état de s'initier aux résultats des recherches de Munk, de 
J. Derenbourg et des siennes propres. Le présent fascicule contient, en 
effet, une introduction hébraïque consacrée à la biographie et à l'étude des 
œuvres d'Ibn Djanah. Nous n'aurons pas l'impertinence de louer M. B. 
pour la manière dont il s'est acquitté de cette partie de sa tâche. Disons 
seulement que la langue de M. B. est digne d'être proposée en modèle à 
ceux qui écrivent en hébreu des ouvrages scientifiques; simplicité, clarté, 
exclusion des expressions prétentieuses et du jargon moderne, que souvent 
comprennent seuls ceux qui s'en servent, tels sont les caractères qui la 
distinguent. Le volume se termine par des tables qui seront très utiles aux 
savants : 1° des auteurs cités, 2° des citations de Hayyoudj, 3° des cita- 
tions anonymes, 4° des citations des autres ouvrages d'Ibn Djanah, 5-7° des 
citations du Targoum, du Midrasch et de la Massora, 8° des passages où 
l'hébreu est comparé avec la langue de la Mischna, l'araméen et l'arabe, 
9° des termes particuliers employés par Juda ibn Tibbon avec leur équi- 
valent arabe, 10° additions et corrections d'après l'arabe au Se fer Harikma, 
éd. Francfort. 

Û^ïin '0 Les Psaumes avec le commentaire d^fi "H3>115 de Hayyim Sofer, 
celui de Raschi et )V2. rmïttt. Presbourg, impr. Alkalay, 1897 ; in-8° 
de 256 ff. 

D^l^pn mïttïl "W mibin Traduction hébraïque de l'Histoire de 
l'Ancien Orient de Maspero, par A. Ludvipol. l re partie. Varsovie, impr. 
Schuldberg, 1897; in-8° de p. 1-70. (Publication de la Société « Ahiasaf »). 

"H 8 !"mn 'D Pentateuque avec le Targum d'Onkelos. le commentaire de 
Raschi, Toldot Ahron (références au Talmud), Kiççour tikkoun Sofrim, 
traduction allemande et commentaire ^aSS îlTJJ de S. R. Hirsch, avec 
les Haftarot, trad. et commentées par M. Mendel Hirsch, publ. par Moses 
Salomon Aronsohn. l re et 2 e fascicules. Wilna, Romm, 1898 ; in-8° de 
p. 1-140. 

tP^nïTl îTTinïl '0 Traduction hébraïque de Geschichte des Erziehungswesens 
u. der Cultur der abendlândiscJien Juden wàhrend des Mîttelalters, de Gù- 
demann, par Friedberg. l re partie. Varsovie, impr, Schuldberg, 1896 ; 
in-8° de xvi -f- 252 p. (Publication de la Socie'té et Ahiasaf »). 

C'est la traduction du volume consacré à la France et à l'Allemagne aux 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

x'-xiv« siècles. Nous ne pouvons qu'applaudir à l'excellente idée qu'a eue 
la Société Ahiasaf de faire passer en hébreu ce beau travail, si riche en 
faits et en aperçus. M. F. s'est acquitté de sa tâche avec le plus grand 
succès. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Alvarez de Peralta (Josué A.). Estudios de orientalismo. I. Iconografia 
simbolica de los Alfabetos fenicioy hebraico. Ensayo hermeneutico a cerca 
de las ensenanzas esotericas cifradas en los respectivos nombres, figuras 
y vocablos der valor numéral de las XXII letras de ambos alfabetos. 
Madrid, Bailly-Baillière, 1898; in-8° de xlviii + 215 p. 

Ce titre seul révélera le caractère de c>\ essai. Résumons seulement l'ar- 
ticle consacré à l'alef, pour faire voir que l'annonce n'est pas trompeuse. 
Alef est un mot phénicien signifiant « bœuf, taureau ». Le taureau, dans la 
hiérographie orientale, était le symbole du créateur. Alef se compose de bfc* 
t Dieu i et de tj = !n& « bouche » ; c'est le verbe divin. Comme valeur nu- 
mérale, cette lettre = 1. Or, un se dit en hébreu ^ïifct, mot formé du chal- 
déen in « un » et de l'N prosthétique, lequel vaut un 1 également. D'où 
Y\Jn-unique, etc., etc. 

Amram (D. W.). Jewish law of divorce according to Bible and Talmud. 
Londres, Nutt, 1897; in-8° de 224 p. 

Ariste^e quœ fertur ad Pbilocratem epistulse initium, apparatu critico et 
commentario instructum, éd. L. Mendelssohn, conlegae venerandi opus 
postumum typis describendum curavit M. Krascheninnikov. Ie'na, Stro- 
bel, 1897 ; in~8° de 52 p. (Acla et commentationes imp. universitatis 
Jurievensis, vol. V.) 

Aschkanaze (M.). Tempus loquendi. Ueber die Agada der palâstin. Amo- 
râer, nach der neuester Darstellung. Strasbourg, Engelhardt, 1897; 
in-8° de 82 p. 

Assumptio (The) of Moses, translated from the latin sixth centuryms., the 
unemended text of which is published herewilh, together with the text 
in its restored and critically emended form, edited with introduction, 
notes and indices by R. H. Charles. Londres, Black, 1897 ; in-8° de 

LXV + ll^P- 

Ausgher (Simon). Die Geschichte Josefs. Eine Uebersetzung u. kritik. 
Behandlung des Midrasch Bereschit Rabba. Par. 84, 5-22 u. Par. 86, 
1-94, 3. I. Theil (Dissertation inaugurale). Berlin, 1897 ; in-8° de 47 p. 

Baentsgh (B.)- Geschichtsconstruction oder Wissenschaft ? Ein Wort zur 
Verstândigung ùber die Wellhausens'che Geschichtsauffassung. Vortrag. 
Halle, Krause, 1896 ; in-8° de 50 p. 

Barnes. An apparatus criticus to Chronicles in the Peshitta version. Wilh 
a discussion of the value of the codex Ambrosianus. Cambridge, University 
Press, 1897, in-8° de xxxiv 4- 63 p. 

Barnstein (Henry). The Targum of Onkelos to Genesis, a critical enquiry 
into the value of the text exhibited by Yemen Mss. compared with that of 
the european recension together with some spécimen chapters of the 
oriental text. Londres, Nutt, 1896 ; in-8° de 100 p. 



BIBLIOGRAPHIE 125 

Comme le titre l'indique, cet opuscule contient surtout une comparaison 
minutieuse du texte du Targoum, d'après les manuscrits venus du Yémen, 
avec le texte des éditions européennes. M. Barnstein montre que les manus- 
crits orientaux sont de beaucoup supérieurs à l'édition de Sabionète, réim- 
primée par M. Berliner. Les différences portent non seulement sur la Donc- 
tuation, mais encore sur les formes grammaticales, le genre, le nombre, 
etc., et le vocabulaire. M. B. résume d'abord ce que l'on sait et ce que 
l'on pense du Targoum Oukelos ; puis il traite de l'origine de la ponctua- 
tion superlinéaire. M. Barn, se range à l'avis de MM. Margoliouth et 
Friedlaender d'après lesquels le système superlinéaire simple serait le sys- 
tème palestinien primitif. Ces savants invoquent surtout le silence de 
Saadia sur l'origine babylonienne du système superlinéaire. Mais j'ai 
prouvé {Revue, t. XXXI, p. 306) que Saadia, au contraire, connaît les 
deux systèmes et attribue aux Babyloniens le système où les gutturales 
présentent le moius d'irrégularités, par conséquent, le système superli- 
néaire. La supposition que cette ponctuation aurait servi dès l'origine 
pour le Targoum et l'autre pour l'hébreu, est également très risquée. Il est 
vrai qu'on trouve des manuscrits où les deux systèmes sont ainsi em- 
ployés, mais rien ne prouve qu'il en ait été ainsi primitivement. Le Tar- 
goum Onkelos était devenu babylonien, il est naturel qu'on Tait ponctué à 
la babylonienne, tandis que, pour le texte hébreu, la vocalisation des écoles 
de Tibériade a Gni par prédominer. 

La seconde partie de l'étude de M. Barnstein contient le détail des va- 
riantes que présentent les manuscrits yéménites. A la fin se trouvent 
quelques spécimens du Targoum. 

Bien que n'apportant pas de résultats très nouveaux, le travail de 
M. Barnstein mérite d'être lu par ceux qui s'occupent de la littérature tar- 
goumique. — Mayer Lambert. 

Béer (G.). DerText des Bûches Hiob untersucht. 2 Hft. (en. xv afin). Mar- 
bourg, Elwert, 1897 ; in-8° de xvi + p. 89-258. 

Berlinger (J.). Die Peschitta zum I. Buch der Kônige u. ihr Verhâltniss zu 
Mas. Texte, LXX u. Targum. Francfort, J. Kauffmann, 1897 ; in-8° de 
50 p. 

Blagh (Adolf). Biblische Sprache u. biblische Motive in Wielands Obe- 
ron. Brùx, impr. Herzums, 1897 ; in-8° de 31 p. (Separatabdruck aus dem 
Jahresberichte des k. k. Staats-Obergymnasiums in Brùx fur 1896-97). 

Bludau (A.). Die alexandrinische Uebersetzung des Bûches Daniel u. ihr 
Verhâltniss zum niassorethischen Text. Fribourg en Brisgau, Herder, 
1897; in-8° dexn + 218 p. 

Bonwetsgh (G. N.). Die Apokalypse Abrahams. Leipzig, Deichert, 1897; 
in-8° de 95 p. (Studien zur Geschichte der Théologie u. Kirche, hrsgg. 
von Bonwetsch u. Seeberg. I. Bd., I. Heft). 

Cette Apocalypse, qui ne s'est conservée qu'en slave, ne se confond pas 
avec le Testament d'Abraham publié en 1892 par James. Elle est d'origine 
juive, avec des interpolations chrétiennes. Les Recoc/nitiones clémentines y 
font allusion. Il resterait à déterminer le milieu juif dans lequel cet écrit 
aurait pris naissance ; ce ne peut être ni la Palestine, ni le monde rabbi- 
nique. 

Brig-gs (C. A.). The higher critieism of the Hexateuch. New edit. New- 
York, Scribner, 1897; in-8° de xn + 288 p. 

Brooke (A. E.) and Me Lean (N.). The book of Judges in Greek, according 
to the text of Codex Alexandrinus. Cambridge, University Press, 1897 ; 
in-8° de vu + 45 p. 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bruckner (Martin). Die Komposition des Bûches Jes. c. 28-33. Ein Rekons- 
truktionsversuch. Halle, Krause, 1897 ; in-8° de 84 p. 

Bruston (E.). De justitia dîvina secundum Jobeidem. Thèse. Montauban, 
impr. Granie', 1897 ; in-8° de 47 p. 

Buttenwieser (M.). Die hebr. Elias-Apokalypse u. ihre Stellung in der 
apokalypt. Litteratur des rabbinischen Schrifttums u. der Kirche. I. 
Hâlfte. Kritische Ausgabe mit Erlàuterungen u. Einleitung nebst Ueber- 
setzung u. Untersuchung der Abfassungszeit. Leipzig, Pfeififer, 1897 ; 
in-8<> de 82 p. 

Canonge (A.). La femme dans l'Ancien Testament. Thèse. Montauban, 
impr. Granie', 1897 ; in-8° de 74 p. 

C.àstelli (David). Il poema semitico del pessimismo (Il libro di Job) tradotto 
e commentato. Florence, Paggi, 1897 ; in-8° de xn -f- 159 p. 

Chmerkine (N.). Les conséquences de l'Antisémitisme en Russie. Préface 
de G. de Molinari. Paris, Gillaumin, 1897 ; in-8° de xliv + 188. 

Coblenz (Félix). Ueber das betende Ich in den Psalmen. Ein Beitrag zur 
Erklârung des Psalters. Francfort, Kauffmann, 1897 ; in-8° de 190 p. 

Lorsque le Psalmiste parle à la première personne, exprime-t-il ses idées 
personnelles et raconte-t-il les événements de sa vie, ou bien fait-il parler 
la communauté d'Israël ou des justes? Cette question, sur laquelle on a beau- 
coup écrit, en Allemagne, dans ces dernières années, avait été mise au 
concours par la faculté de théologie de Berlin, et c'est M. Coblenz qui a 
remporté le prix. 

M. C. commence par exposer (p. 1-15) les opinions des exégètes sur le 
moi dans les Psaumes, et les résume de la manière suivante. D'après les 
uns, le sujet qui parle est toujours ou presque toujours la communauté. 
D'autres, au contraire, croient que le poète énonce ses sentiments person- 
nels et expose sa propre histoire. D'autres, enfin, admettent que dans 
certains psaumes, c'est la communauté qui s'adresse à Dieu, mais que 
dans certains autres c'est le poète lui-même qui parle. M. Coblenz s'arrête 
à cette troisième opinion. Il montre, à l'instar de Smend, que déjà dans 
la Bible on trouve la communauté d'Israël personnifiée *. D'autre part, 
dans uni) foule de psaumes il est impossible que le poète parle pour son 
compte personnel 8 . Il s'oppose constamment aux nations. Il invite les 
justes à se réjouir de son triomphe. Il lance les plus effroyables malédictions 
contre les impies. Toutefois, d'après M. C, certains psaumes ont un ca- 
ractère individuel, par exemple, xxxix, lxxiii, giv. De plus, lorsque les 
idées d'un psaume sont générales, mais qu'il contient des traits personnels, 
par exemple, lorsque le poète sort des rangs de ses frères, c'est alors un 
membre de la communauté qui est censé parler. Il est souvent difficile de 
déterminer si la communauté dans les psaumes collectifs désigne Israël en- 
tier ou seulement les gens pieux. 

Ensuite M. C. passe à l'examen des différents psaumes où l'on rencontre 
la première personne : quarante sont collectifs et c'est Israël personnifié 
qui parle ; dans six, ce sont les membres individuels de la communauté : 
dans vingt et un, c'est la communauté des hommes pieux; dans dix ce 

1 Quelques exemples donnés par M. C. laissent à désirer : Habaqouq, m, Isaïe, 
xxv, 1, et Ex., xvn, 15, sont insignifiants. Dans Is., lxiii, 3, le poète parle de lui au 
singulier et d'Israël au pluriel. Ibid., 15 b, le texte est altéré. Dans Lam., i, et Michée 
vu, le moi est une femme. 

* Là encore les exemples auraient besoin d'être triés. Ps. xxvn, 3,4, contient de 
simples métaphores. La résurrection, Ps., xxx, pourrait désigner la guérison. 



BIBLIOGRAPHIE 127 

sont les membres individuels de cette collectivité ; dans dix-neuf, c'est 
le poète lui-même. Il y a deux psaumes où l'on né peut déterminer qui a la 
parole 1 . 

Nous n'avons pas eu la patience de lire tout le commentaire des quatre- 
vingt-douze psaumes. Mais il nous semble que, dans sa classification, 
M. G. perd de vue un point de sa théorie qui est la personnification de la 
communauté. La communauté est incarnée dans un individu, non pas 
abstrait, mais concret, qui bien souvent sans doute se confond avec le 
poète. A tout instant M. C. dit que c'est la communauté qui parle et il 
omet le mot personnifiée. L'absence de ce mot change complètement l'as- 
pect de la question. Autre chose est de faire parler une collectivité, autre 
chose de faire parler le représentant de cette collectivité. Si les idées géné- 
rales nous font penser à une communauté, ce n'en est pas moins un indi- 
vidu qui, dans ce genre de littérature, chante et peut se servir de termes 
impropres pour une collectivité. Pour ma part je n'arrive pas à saisir la 
différence entre le psaume in et le psaume vu 2 . Parce que dans le premier 
se trouve la phrase : « Je me suis couché, je me suis endormi, je me suis 
réveillé, car Dieu me soutient », ce psaume est individuel. Il faut au 
poète une « expérience personnelle » pour savoir qu'on se réveille après 
s'être endormi. De tels arguments sont quelque peu ridicules. Il en est de 
même pour les psaumes îv, vi, etc., où M. C. découvre un caractère per- 
sonnel. Il n'y a qu'à se rappeler que celui qui parle personnifie la commu- 
nauté, pour qu'il puisse tantôt s'exprimer comme un individu, tantôt comme 
une collectivité. Il est également inutile de supposer un membre individuel 
de la communauté comme prenant la parole. 

Il nous semble donc que M. C, oubliant son point de départ, est allé 
parfois un peu à la dérive. Nous n'en rendons pas moins hommage à son 
travail, consciencieux et méritoire. — Mayer Lambert. 

Cohen (M.). Petite histoire des Israe'lites depuis la destruction du premier 
temple jusqu'à nos jours. Philippopoli, impr. Pardo, 1897 ; in-32 de 
494 p. 

Pourra rendre quelques services. 

Constant (le R. P.). Les Juifs devant l'Eglise et l'histoire. Paris, Gaume, 
1896; in-8° dex-f 371 p. 

Cowley (A.) et Neubauer (Ad.). Ecclesiasticus XXXIX, 15, to XLIX, 11, 
translated from the hebrew arranged in parallel columns with engl. revi- 
sed Version. Londres, Frowde, 1897 ; in-8° de 78 p. 
Traduction, sans le texte hébreu, revue et corrigée. 

Davidson. The exil and the restoration. Londres, Clark, 1897 ; in-18 
de 116 p. 

Deutsch (Gotthard). The theory of oral tradition. Cincinnati, Bloch [1897] ; 
in-8° de 49 p. 

Dieulafoy (Marcel). Le roi David. Paris, Hachette, 1897; in-16 de 358 p. 

1 L'un de ces psaumes est xci. M. C. accepte pour les versets 1-2 la correction qui 
consiste à mettre "HtïJN devant 2115^ et à changer *i!EN en "IfaN. H nous paraît 
plus naturel de corriger yé"i en 2U5 *J3"lbrP en "plbnn et T2N en HfaN. De la 
sorte on comprend les deuxièmes personnes qui suivent. Au verset 9 il faudrait lire 
mtttf "tt plutôt que [m»N] !inN "O, qui serait trop long. 

* En passant, il faut admirer la puissance de divination des exégètes, qui savent 
que ce psaume a été composé à la fin du règne d'Artaxerce Ochus. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Duhm (B.). Das Buch Hiob. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1897 ; in-8° de 
xx-j- 71 p. 

Duhm (B). Die Entstehung des Alten Testaments. Rede. Fribourg-en- 
Brisgau, Mohr, 1897 ; in-8° de 31 p. 

Enqelkemper (W.). De Saadiae Gaonis vita, bibliorum versione, herme- 
neutica. Commentatio theologica. Munster, Schôningh, 1897 ; in-8° de 
69 p. 

Epstein (A.). Glossen zu Gross 1 Gallia Judaica. Berlin, Calvary, 1897; 16 p. 
(Tirage à part de la Monatsschrift). 

C'est jusqu'ici la seule critique sérieuse faite de l'ouvrage capital que 
notre Société s'honore d'avoir édité. Ce sont principalement des notes, rec- 
tificatives ou complémentaires. 

Fragments of the books of Kings according to the translation of Aquila from 
a ms. formerly in the Geniza at Cairo, now in the possession of C. Taylor 
and S. Schechter, edited by F. Crawford Burkitt, with a préface by 
G. Taylor. Cambridge, University Press, 1897 ; in-4° de vii -\- 34 p. plus 
6 fac-similés. 

Franco (M.). Essai sur l'histoire des Israélites de l'Empire ottoman. Paris, 
Durlacher, 1897 ; in-8° de vi + 296. 

Friedlaender (M.). Das Judenthum in der vorchristlichen griechischen Welt. 
Ein Beitrag zur Entstehungsgeschichte des Christenthums . Vienne, 
Breitentstein, 1897 ; in-8° de 74 p. 

Gatt (G.). Die Hùgel von Jérusalem. Neue Erklârung der Beschreibung 
Jerusalems bei Josephus Bell. Jud. V, 41 u. 2. Fribourg-en-Brisgau, Herder, 
1897 ; in-8° de vu + 66 p. + un plan. 

Gautier (Lucien). Au delà du Jourdain. Souvenirs d'une excursion. 2° éd. 
Genève, Eggimann [Paris, Fischbacher], 1896 ; in-8° de 141 p. 

Récit, plein de charme, écrit dans une langue souple et aisée, d'une 
excursion faite à Sait, Djérach, l'ancienne Gérasa, Amman, l'ancienne 
Rabbat-Ammon, la Philadelphie de l'époque gréco-romaine, et Arak el- 
Amir. De nombreuses vues photographiques, très réussies, achèvent de 
donner à ce petit volume un air attrayant. M. Lucien Gautier, qui autre- 
fois a enrichi la littérature d'une excellente traduction de la Perle précieuse 
de Gazali, puis s'est tourné vers les problèmes bibliques, s'est voué en ces 
derniers temps à l'étude de la géographie de la Palestine. Il faut le re- 
gretter pour l'arabisme et l'exégèse, mais il faut s'en féliciter pour la con- 
naissance de la Terre-Sainte. 

Giesebrlght (F.). Die Berufsbegabung der alltestam. Propheten. Got- 
tingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1897; in-8° de 188 p. 

Graetz. Histoire des Juifs, trad. de l'allemand par Moïse Bloch. Tome V, de 
l'époque de la Réforme (1500) à 1880. Avec une préface de M. Zadoc 
Kahn, grand-rabbin de France. Paris, Durlacher, 1897 ; in-8° de vi + 
461 p. 

Grunwald (M.). Ueber kananaeischen Volksglauben. Vortrag. Francfort, 
impr. Brônner, 1897 ; 12 p. (Separat-Abdruck aus Dr. A. BrùU's « Populâr- 
wissensch. Monatsblatter »). 

Grunwald (Max). Spinoza in Deutschland. Berlin, Calvary, 1897; in-8° 
de 380 p. 



BIBLIOGRAPHIE 129 

Gùdemann (M.). National-Judenthum. Vienne, Breitenstein, 1897 ; in-8° 
de 43 p. 

Le judaïsme est-il une religion ou une nationalité ? Cette question 
qu'avaient résolue les Juifs de France en 1789 et, à leur suite, ceux de 
presque tous les pays, en demandant à devenir citoyens dans leur patrie 
d'adoption, cette question est redevenue actuelle depuis que les Sionistes, 
sous la pression de l'antisémitisme, déclarent que les Juifs n'ont d'espoir 
de recouvrer une véritable liberté et une égalité effective qu'en formant de 
nouveau une nation. M. G. s'applique à montrer l'erreur d'une pareille 
théorie. 

Herriot (E.). Philon le Juif. Essai sur l'Ecole juive d'Alexandrie. Paris, 
Hachette, 1898; in-8° de xix -j- 336 p. 

HoMMEL(Fr.). Die altisraelitische Ueberlieferung in inschriftlicher Beleuch- 
tung. Ein Einspruch gegen die Aufstellungen der modernen Pentateuch- 
kritik. Munich, Lukaschik, 1897; in-8° de xvi + 35 6 p. 

Jahres-Bericht des jùd.-theolog. Seminars Fraenkef scher Stiftung. Voran 
geht : Die Psychologie bei den jùdischen Religions-Philosophen des Mit- 
telalters von Saadia bis Maimuni. Heft I. : Die Psychologie Saadias, 
von S. Horowitz. Breslau, impr. Schatzky, 1898; in-8° de vi -J- 75 
+ 13 p. 

Jahresbericht (IV.) der israelitisch-theologischen Lehranstalt in Wien fur das 
Schuljahr 1896-97. Vorangeht : Die hermeneutische Analogie in der 
talmudischeu Litteratur, vom Rector Prof. D r Adolf Schwartz. Vienne, 
Israel.-theol. Lehranstalt, 1897 ; in-8° de 217 p. 

Jahresbericht (20.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schul- 
jahr 1896-97. Vorangeht : Das mosaïsch-talmudische Besitzrecht von Prof. 
Moses Bloch. Budapest, 1897; in-8" de 60+ 31 p. 

Jastrow (Marcus). The history and the future of the talmudic text. A lec- 
ture. Philadelphie, 1897 ; in-8° de 29 p. (Reprinted from Gratz Collège 
Publication n° 1). 

Jastrow (Morris Jr.). The weak and gemiuative verbs in hebrew by Abu 
Zakariyya Yahya ibn Dawud of Fez know as Hayyug, the arabic text 
now published for the first time. Leyde, Bull, 1897; in-8° de lxxxv 
+ 291 p. 

Karpeles (Gustav). A sketch of jewish history. Philadelphie, the jewish 
publication Society of America, 1897 ; in-8° de 109. 

Kayserling (M.). Ludwig Philippson. Eine Biographie, mit Portrât und 
Facsimile. Leipzig, Mendelssohn, 1898; in-8° de 344 p. 

Kerber (G.). Die religionsgeschichtliche Bedeutung der hebr. Eigen- 
namen des Alten Testamentes. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1897 ; in-8° 
de 99 p. 

Kônig (Fr.-Ed.). Historisch-comparative Syntax der hebrâischen Sprache. 
Schlusstheil des historisch-kritischen Lehrgebâudes des Hebrâischen. 
Leipzig, Hinrichs, 1897 ; in-8° de îx + 721 p. 

Latje (L.). Die Ebed-Jahwe-Lieder im II. Teil des Jesaia, exegetisch-kri- 
tisch u. biblisch-theologisch untersucht. Wittemberg , Wunschmann , 
1898; in-8°de 74 p. 

T. XXXVI, n° 71. g 



130 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lehmann (Joseph). Assistance publique el privée dans l'antique législation 
juive. Paris, Durlacher, 1897 ; in-8° de 40 p. 

Lehranstalt (Die) fur die Wissenschaft des Judenthums in Berlin. Rûck- 
blick auf ibre ersten fûn-und-zwanzig Jabre (1872-1897). Berlin, impr. 
Itzkowski, 1897; in-4° de 38 p. 

Lévi (Israël). L'Ecclésiastique ou la Sagesse de Jésus, fils de Sira. Texte 
original hébreu, édité, traduit et commenté. l ra partie (ch. xxxix, 15, à 
XLix, 11). Paris, Ernest Leroux, 1898; in-8° de lvii + 149 p. (Biblio- 
thèque de l'Ecole des Hautes-Etudes. Sciences religieuses. Dixième vo- 
lume, fascicule premier). 

On n'attend pas de nous que nous fassions nous-même la critique de cet 
ouvrage, dont personne, cependant, ne connaît mieux que nous les points 
faibles. Nous désirons seulement indiquer brièvement l'esprit dans lequel 
il a été conçu. Nous nous sommes proposé avant tout de contrôler, et de 
rectifier au besoin, la lecture de nos devanciers, MM. Gowley et Neubauer, 
puis M. Smend. Nous nous sommes acquitté de cette partie de notre tâche, 
qui n'a pas été la moins pénible, avec la plus grande impartialité. La lec- 
ture du ms. une fois établie, nous en avons discuté la valeur, ne craignant 
pas, quand il le fallait, de le corriger. Pour cela, il fallait d'abord se rendre 
compte de la cause des divergences que présentent souvent les versions 
grecque et syriaque avec l'original. Aussi avons-nous consacré une place 
importante à cet ordre de recherches, qui fait le principal intérêt de notre 
commentaire. Dans l'introduction, que nous avons réduite aux plus simples 
dimensions, nous avons cherché à déterminer les résultats qu'on peut tirer 
de la découverte de l'original de cet apocryphe fameux. Nous espérons 
pouvoir bientôt compléter cette publication : M. Schechter nous a écrit 
avoir envoyé à l'impression les autres fragments, qu'il a si heureusement 
retrouvés. 

On nous permettra d'indiquer ici quelques errata. P. 28, au bas de la 
page, lire « sauvent » au lieu de « souvent ». — P. 32, 1 d, rpoç^v, au 
lieu de Tpo^rjv. — P. 32, 2d, remarquer que, Psaumes, ix, 19, impn est 
également rendu par les Septante par {mou.ovrj. — P. 36, ligne 2, vers. 8, 
mettre un crochet au commencement de la ligne. Dans les variantes, trans- 
porter 11 à la page suivante. Dernière ligne ïftbîlFl au lieu de ^TJW. 
— 44, vers. 23, mettre les deux points finaux après Ï1S£3>. — 104, 22 c, 
lire [ ta in]b[n3l ^IplMn M" 1 " 1 ^IZJN. — 23 b, fermer le crocheta la lin. — 108, 
l re ligne, 1^35 "»2Db, au lieu de TT13D"» 2Db. — 118, mettre entre cro- 
chets nbn îlbtf. — H 9, commentaire, 18, 1")£, au lieu de ""pat. — 125, 
comm., 8, "PY7 de la marge, dans la pensée du scribe ou du glossateur, 
doit être placé au commencement du verset : 3ÏT1N *Db blDS TT1 
"IÏTU53>. On ne voit pas, il est vrai, la nécessité de cette addition puisque 
jusque-là • David » a été le sujet de tous les verbes. — P. 127, 4« ligne 
avant la fin, 15 b, au lieu de 15. — P. 133, manque la concordance avec la 
numérotation fautive du grec. — P. lv (introduction), ligne 7. La phrase 
est mal construite. Lire : « Nous avons adopté également la division des 
chapitres et versets de cette édition (Fritzsche), qui sous ce rapport encore 
l'emporte sur celle de Swete. » 

Lippe (D r med. K.). Rabbinisch- wissenscbaftlicbe Vortrâge. Drohobycz, 
impr. Zupnik, 1897 ; in-8° de 112 p. 

Lôw (Leopold). Gesammelte Schriften, brsgg. von Immanuel Lôw. IV.Band. 
Szegedin, Engel, 1898 ; in-8° de 536 p. 

Contient les articles suivants : Der synagogale Ritus (Ursprung der 
Synagogen, Baustâtten der Synagogen, Architektonische Normen, Lage 
der Synagogue, Frauenabtheilung) ; — Brustwehr und Gitter der B'rauen- 



BIBLIOGRAPHIE 131 

gallerien ; — Die Almemorfrage ; — Was lehrt der Talmud ùber Schau- 
spiel, Musik und Gesang; — Der Gesang in den orthodoxen ungarischen 
Synagogen ; — Die Zeit des sabbathlichen Morgengottesdienstes ; — Keine 
ReligioDsprocesse; — Die Hora'ah; — Was war, was ist und was soll der 
Rabbiner sein ; — Der Titel Rabbi und Rabban; — Die Amtstracht der 
Rabbiner; — Die Fusion der deutschen u. sefardischen Ritus in Paris ; 
— Kabbalistich-liturgische Reformen; — Fabren am Sabbat; — Send- 
schreiben an Joseph Szekacs, Prediger der evang. Gemeinde zu Pest; — 
Zur Emancipationsfrage; — Schicksale u. Bestrebungen der Juden in Un- 
garn; — Zur Geschichte der ungarischen Sabbatthaer; — Die Orthodoxie 
u. das Rabbiner-Seminar; — Die ungarischen Municipien u. die Juden ; — 
Reaction u. Emancipation ; — Die ungarischen Juden vor dem Forum der 
ungarischen Akademie; — Brennende Fragen des jùd. Schulwesens; — 
Frankfurt u. Ofen-Pest ; — Die Denkschrift der Orthodoxie. 

Lôwenstein (L.). Beitrâge zur Geschichte der Juden in Deutschland. II. 
Nathanael Weil, Oberlandrabbiner in Karlsruhe u. seine Familie. Franc- 
fort, J. Kauffmann, 1898 ; in-8° de 85 p. 

Lôwenstein (D r med. Ludwig). Die Beschneidung im Lichte der heutigen 
medicinischen Wissenschaft, mit Berûcksichligung ihrer geschichtl. u. 
unter Wùrdigung ihrer religiôsen Bedeutung. Trêves, Stephanus, 1897 ; 
in-8° de 75 p. (Sonderabdruck aus dem Archiv fur klinische Chirurgie 
Bd. 54., H. 4.) 

Mandelkern (Salomon). Veteris Testamenti Goncordantiae hebraicae atque 
chaldaicae quibus continentur cuncta quae in prioribus concordantiis 
reperiuntur vocabula lacunis omnibus expletis, particulae, pronomina, 
nomina propria separatim commemorata. Leipzig, Veit [1897] ; in-8° de 
vin + 1011 p. 

La concordance de M. Mandelkern dont nous avons déjà vanté les mérites 
divers (Revue, XXXII, p. 288) avait deux inconvénients inévitables : elle est 
peu maniable en raison de son volume et n'est pas à la portée de chacun en 
raison de sa cherté. M. M. a tourné la difficulté en composant cette nouvelle 
concordance, d'un format manuel et de prix abordable. Il donne exactement 
tout ce qui se trouve dans l'aînée, mais, au lieu de citer en entier les phrases 
où entre la forme du mot dont il est traité, il se contente de renvoyer au texte 
de la Bible. Ainsi 28, D^b, 2N3, etc. ont chacun leur rubrique, mais au 
•lieu d'être encadrés dans les phrases où ils figurent, ils sont simplement 
suivis de la mention : Gen., 44, 19,20, etc. Or, le plus souvent ces indications 
suffisent pour les recherches. — Pourquoi M. M. a-t-il renoncé au système 
de pagination, conforme aux habitudes sémitiques, qu'il avait suivi dans 
l'autre concordance? La correction laisse à désirer, ainsi nous relevons au 
hasard, p. 231, Prov. 11, 18, au lieu de 11, 8 ; p. 535, Ps. 42, 22, au lieu 
44, 22. Par contre, il faut féliciter l'auteur d'une innovation très heureuse : 
il a mis en italiques les renvois aux versets de tout point semblables à 
d'autres déjà cités. 

Marti (K.). Geschichte der israelitischen Religion. 3. verbess. Auflage von 
August Kayser's Théologie des Alten Testaments. Strasbourg, Bull, 1897 ; 
in-8° de xn -f 830 p. 

Mémain (L'abbé), Notice sur le calendrier pascal des juifs et des chre'tiens 
depuis Moïse jusqu'à nos jours. Paris, librairie de l'œuvre de Saint-Paul, 
1896 ; in-8° de vu + 99 p. 

Molènes (Emile de). Torquemada et l'inquisition. La jurisprudence du 
Saint-Office, l'enfant de la Guardia, le cœur et l'hostie, sortilèges et 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vénéfices, sentences et autodafés, l'expulsion des Juifs, les procès à la 

mort. Paris, Chamuel, 1897 ; in-18 de 236 p. 

L'auteur analyse ou reproduit en français les documents relatifs à l'affaire 
du Saint enfant de la Guardia, documents que le R. P.Fidel Fita a publiés 
en partie dans ses Esttidios historicos, t. VII, Madrid, 1887. M. de M. pré- 
tend que « c'est dans l'intimité, malheureusement trop étroite et peu commu- 
nicative, des savants espagnols qu'est restée depuis cette découverte (du 
P. Fidel Fita), sur l'importance de laquelle il est inutile d'insister » (p. 6). Il 
ignore que ce sujet a été traité en France par Isidore Loeb (Revue, t. XV, 
p. 203 et suiv.) et par M. Samuel Berger (Le Témoignage, 8 oct. 1887). 
L'étude de M. de M. n'a pas le caractère rigoureusement scientifique de ces 
deux travaux, mais elle se lit avec intérêt. 

Momigliano (Felice). Migliorismo o pessimismo ebraico. Milan, bureau de 
la Critica Sociale, 1897 ; in-8° de 20 p. (Extrait de la Critica Sociale]. 

Moulton (G.)- The modem readers Bible. Jeremia. Londres. Macmillan, 
1897 ; in-16 de 254 p. 

Moulton (W. F.) et Geden (A. S.). A concordance to the Greek Testa- 
ment, according to the texts of Wescott and Hort, Tischendorf and the 
English Revisers. Edimbourg, Clark, 1897 ; in-4° de 1037 p. 

Nikititsch (Iwan). Das Lichtdes Evangeliums. Ein Commentar zum Neuen- 
Testament fur Christen u. Israeliten. Charlottenburg [Berlin, Albert 
Katz], 1895; in-8° de 328 p. 

Oesterreigher (J.). Beitrâge zur Geschichte der jùdisch-franzôsischen 
Sprache und Literatur im Miltelalter. Gzernowitz, Pardini, 1896 ; in-8° 
de 32 p. 

Pavly (Jean de). Ï13H ÎTIT *]T\9 Ïfibï5 Rituel du judaïsme, traduit pour 
la première fois sur l'original chaldéo-rabbinique et accompagné de notes 
et remarques de tous les commentateurs. Orléans, Herluison, 1897 ; in-8° 
de v + p. 1-32. 

Pfeiffer (R.). Die Religiôs-sittliche Weltanschauung des Bûches der Sprù- 
che. Munich, Beck, 1897 ; in-8° de 264 p. 

[Plessner (Salomon)]. Biblisches u. Rabbinisches aus Salomon Plessner's 
Nachlass, hrsgg. von Elias Plessner. Francfort, J. Kauff mann, 1897 ; in-8° 
de 74 + 88 p. 

Proceedings of the first Convention of the National Council of jewish wo- 
men held at New-York, nov. 15, 16, 17, 18 and 19 1896. Philadelphie, 
the jewish ublication Society of America, 1897 ; in-8° de 426 p. 

Program of the hebrew Union Collège, 1897-1898. The philosophy of 
jewish history by Prof. G. Deutsch. Cincinnati [1897] ; in-8° de 140 p. 

Publications of the american jewish historical Society. N° 5. [Washington], 
1897; in-8° de 234 p. 

Contient les articles suivants : Morris Jastrow, Jr., Documents relating to 
the career of colonel Isaak Franks ; — John Samuel, Some cases in Pennsyl- 
vania wherein rights claimed by Jews are affected ; — Henri Cohen, Henry 
Castro, pioneer and colonist; — Herbert Friedenwald, Material for the his- 
tory of the Jews in the British West Indies ; — Hollander, Naturalization 
of Jews in the American Colonies under the act of 1740; — George Alexan- 
der Kohut, Who was the first Rabbi of Surinam? — M. Kayserling, Isaac 



BIBLIOGRAPHIE 133 

Aboab, the first jewish author in America; — Max J. Kohler, The Jews and 
the american anti-slavery movemeDt; — Abraham S. Wolf Rosenbach, 
Documents relative to Major David S. Franks while aid-de-camp to gênerai 
Arnold; — du même, Notes on the first settlement of Jews in Pennsylvanie, 
1655-1703. 

Publications of the American jewish historical Society. N° 6. [Baltimore, 
impr. Friedenwald] , 1897 ; in-8° de xi + 180 p. 

Contient : M. Kayserling, A mémorial sent by German Jews to the pré- 
sident of the Continental Congress; — J. H. Hollander, Documents rela- 
ting to the attempted departure of the Jews from Surinam in 1675; — Henry 
Cohen, A modem Maccabean; — Gratz Mordecai, Notice of Jacob Morde- 
cai, founder and proprietor f'rom 1809 to 1818 of the Warrenton Female Se- 
minary ; — Herbert Friedenwald, Some newspaper advertisements of the 
eighteenth Century; — Max J. Kohler, The Jews in Newport; — Civil 
statuts of the Jews in colonial New York; — G. A. Kohut, The oldest tomb- 
stone-inscriptions of Philadelphia and Richmond ; — A literary autobio- 
graphy of Mordecai Manuel Noah ; — Taylor Phillips, The congrégation 
Shearith Israël ; — David Sulzberger, Growth of Jewish population in the 
United States. 

Publications of the Gratz Collège. I. Philadelphie, 1897 ; in-8° de 
ix -j- 204 p. 

Contient : Sabato Morais, Italian Jewish literature; — Marcus Jastrow, 
The history and the future of the text of theTalmud; — Aaron Friedenwald, 
Jewish physicians and the contributions of the Jews to the science of medi- 
cine ; — K. Kohler, The Psalms and their place in the liturgy. 

Rabbi Issa'char Baer. Commentaire sur le Cantique des Cantiques, traduit 
pour la première fois de l'he'breu et pre'ce'dé d'une introduction. Paris, 
Chamuel, 1897 ; in-8° de 54 p. 

Inutile de dire que le traducteur est un fervent adepte des sciences oc- 
cultes. Il fallait une foi mystique pour découvrir dans ce commentaire insi- 
pide et sans la moindre originalité des beautés cachées aux simples mortels. 
Les contre-sens, comme toujours, n'ont pas peu servi à ces admirables trou- 
vailles. 

Reinagh (Joseph). Raphaël Lévy. Une erreur judiciaire sous Louis XIV. 
Paris, Delagrave, 1898 ; in-8° de 205 p. 

Ce récit d'un drame célèbre dans l'histoire juive est un modèle du genre 
et l'on ne sait ce qu'on doit louer le plus de la clarté dans l'exposition, de 
la rigueur dans le raisonnement, de la précision dans l'information ou de 
la fermeté et du charme du style. Pourquoi M. Joseph Reinach, que les 
circonstances ont par hasard amené à traiter ce sujet, n'appliquerait-il pas 
les rares qualités d'historien et de littérateur qui le distinguent à l'étude 
du passé du judaïsme? Ce qui manque généralement aux savants qui se 
vouent à ces recherches, ce sont les connaissances générales, sans lesquelles 
l'erreur est presque forcée, et le talent d'écrivain, sans lequel leurs travaux 
sont condamnés à l'obscurité et, par conséquent, frappés de stérilité. 

Réville (Albert). Je'sus de Nazareth. Etudes critiques sur les antécédents de 
l'histoire e'vangélique et de la vie de Je'sus, 2 vol. Paris, Fischbacher, 
1897 ; in-8° de x + 5 <>0 + 524 p. 

Rodkinson (Michael L.) New édition of the Babylonian Talmud, original 
text, edited, corrected, formulated and translated into english. Section 
Moed, Tracts Shekalim and Rosh Hashana. Volume IV. New-York, New- 
Talmud publishing Company (sic), [1897] ; in-8° de xvm + 36 -f- p. xix- 
xxviii +20 p. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Roy (H.). Die Volksgemeinde u. die Gemeinde der Frommen im Psalter. 
Gnadenfeld, libr. de l'Université, 1897 ; in-8° de 80 p. (Jahresbericht 
des theolog. Seminariums der Briidergemeinde in Gnadenfeld, 189G/97). 

Rugrert (K.). Die Lage des Berges Sion. Avec un plan. Fribourg en 
Brisgau, Herder, 1898 ; in-8° de vu + 104 p. 

Sacerdote (Gustavo). Catalogo dei codici ebraici délia Biblioteca Casa- 
natense, Florence, stabilimento tipografico florentine», 1897; in-8° de 
189 p. 

Quelques additions et corrections seulement. ^MbMÎNp^ ^ttîlïT 1 » pro- 
priétaire du Rituel avignonais, n° 95, est Josué de Caslar (= Cayiar), au- 
teur de poésies synagogales qui, d'après Zunz, a vécu peu après 1540 et 
dont le nom figure daus un document français de l'année 1558, sous la déno- 
mination Josué du Cayslar (voir Gross, Grallia Judoka, p. 621). — SHOT^ 
1Tt25Ka*"np*7, propriétaire d'un ms. analogue, n° 96, est Joseph de Cour- 
thezon, dans le Vaucluse. Ce nom était déjà ainsi orthographié au xin e 
siècle [ibid., p. 574). — Le n° 98 porte, entre autres, les noms de ftOT 1 
tf5NtttfbT et de a&rb^T btÛlbin, ce sont ceux de Joseph de Lattes et 
de Dieulosal de Milhaud. Ces noms figurent aussi dans un document de 
1583 [ibid., p. 610). Disons, à ce propos, que le nom de Bizous, qui se 
trouve parmi les signatures de cette pièce, et qui s'écrit de différentes 
laçons, désigne sûrement Béziers. Dans un ms. de Forcalquier, de 1320-1, 
appartenant à un marchand chrétien de cette ville et renfermant des notes 
écrites par ses clients juifs, l'étoffe connue sous le nom à'écarlate de Béziers 
est rendue en hébreu par « écarlate de Bizès ». La question soulevée par 
M. Gross (p. 97) est donc tranchée aujourd'hui. Ainsi doit se comprendre 
le mot Bezes qui revient si souvent dans les listes des Juifs de Carpentras 
au xvi e siècle (Bévue, XII, 199 et suiv.). — ^y mirT el t|OV 
ïlWlbNDSNCT, qui figurent dans la même suscription datée du 8 nissan 
585 (= 1585), sont Joseph ben Halafta de Pampelune et Juda ben David 
Atar, rabbins qui ont signé un document daté d'Avignon 1577 et un autre 
de 1583. Mais que signifient '"îa'lb avant le nom de E]D*P et NtfîîlTO après 
celui de na^? — Le mahzor avignonais n° 99, porte les noms de Joseph, 
Léon, Jacob et Samuel Rouget. Léon Rouget a signé le même document 
de 1577. — a^JHDbîn pn£"\ dont le nom se lit sur un autre ms. avigno- 
nais, n'est pas Isaac Poggetto, mais Delpuget, nom très répandu dans le 
Comtat. "pl^OT, qui se lit dans le même passage, a-t-il été bien lu ? J'en 
doute fort. — Dans le mahzor, n° 105, il est question de trois hazzanim, 
Lunel le petit, Joseph Farisol et Baruch Naquet (a^pi), qui allèrent, revê- 
tus de leur talit, en 1533, avec la femme de nfrODIS (n'est-ce pas pfc03T3 
=z Boniac, ou est-ce Bonet?) devant le roi et la reine qui se tenaient 
•pbrQ (à ^ a fenêtre?) de Dona Blanche. — La signature du Rituel avi- 
gnonais, n° 107, y"a ■n^araitzjbi ma ûuj n'a's'a fiwp ^n 

ïlfcOb^anfc U^N '^N^'a'nD doit se transcrire : Moi, Juda, fils de Schem 
Tob de Sisteron, le Provençal, de Marseille. On trouve plusieurs per- 
sonnes qui s'appelaient aussi Provençal de Marseille (Gross, ibid., 383). 
Ainsi se confirme l'hypothèse de M. Gross à propos de ■"patDtiîbtf'l. — 
N° 117, les Consultations de Jacob "011NT72 sont celles de Jacob de 
Marvège et non de Viviers. — Pourquoi appeler le Pirké R. Eliézer 
D^p^D de Eliézer b. Hyrcanos et pourquoi en faire un ouvrage histo- 
rique et mystique ? Pourquoi enfin des titres comme celui-ci : Nehonia 
ben ha qanah *"p!l3!l 'D ? A qui sont destinées des indications de ce 
genre? Aux profanes? — elles les tromperont. Aux savants? — iis sou- 
riront. 

Salemann (C). Judaeo-Persica, nacb St. Petersburger Handschriften mit- 
geteilt. I. Chudâidât. Ein jùdisch-buchâr. Gedicht. Saint-Pe'tersbourg, 



BIBLIOGRAPHIE 135 

Woss, 1897; in-4° de vin -f- 56 (Extrait des Me'moires de l'Académie im- 
périale des sciences de Saint-Pétersbourg). 

Saxfeld (Siegmund). Das Marlyrologium des Nùrnberger Memorbuches. 
Berlin, Simion, 1898; in-8° de xXxix-f-520 p. (Quellen zur Geschichte 
der Juden in Deutschland). 

Nous nous contentons d'annoncer aujourd'hui cette importante publication, 
que nous venons seulement de recevoir. 

Schilling (D.). Methodus practica discendi ac docendi linguam hebraicam, 
accedit anthologia cum vocabulario. Paris et Lyon, Delhomme etBriguet, 
1897 ; in-8° de xn + 182 p. 

Schlatter (A.) Das neu gefundene hebràische Stûck des Sirach. Der Glos- 
sator des griech. Sirach u. seine Stellung in der Geschichte der jùd. 
Théologie. Gùtersloh, Bertelsmann, 1897 ; in-8° de vu -f- 191 p. (Bei- 
trâge zur Fôrderung christlicher Théologie, 1897). 

Schulchan Aruch. I. Theil. Orach Chajim in deutscher Uebersetzung, von 
Ph. Lederer. Francfort, Kauffmann, 1897 ; in- 8° de 106 p. 

Sellin (Ernst). Beitrâge zur israelit. u. jùd. Religionsgeschichte. 2. Heft : 
Israels Giiter u. Idéale. I. Hâlfte. Leipzig, Deichert, 1897 ; in-8° de 
vin + 314 p. 

Simon (Max) et Cohen (L.). Un nouveau Maphte'ach. Clef pour identifier 
facilement les dates juives et chrétiennes et pour calculer la férié (jour 
hebdomadaire) d'une date quelconque pour les années 4105 — 5760 
A. M. = 345 — 2000 A. Chr., avec un tableau des pe'ricopes pour tous 
les sabbats de l'année. Berlin, Poppelauer, 1897; in-4° de 40 p. 

Nous ne savons pas d'après quel principe ont été construits ces tableaux; 
en tous cas, il faut reconnaître qu'ils sont très pratiques; aucun calcul com- 
pliqué à faire. Ainsi, supposons qu'on veuille déterminer la concordance du 
10 kislev 5621 avec le calendrier chrétien. Sur une liste des années juives se 
lisent, enlace de 5621, les chilfres suivants : 17, 1860, 12. 17 signifie que 
Tannée commence le 17 septembre, 1860 = Tannée chrétienne, et 12 ren- 
voie à la colonne des calendriers. A la colonne 12, on voit que le I e ' kislev 
correspond au 15 novembre; 15 + 9 = 24, soit le 24 novembre (1860). 
Inversement, pour convertir le 24 novembre 1860 en date juive correspon- 
dante, on consultera la colonne 12 du calendrier, on trouvera que le l 6 * no- 
vembre = 16 heswan. Reste à savoir si heswan a vingt-neuf ou trente 
jours : un signe placé en haut de la colonne indique que Tannée est défec- 
tueuse et, par conséquent, que heswan n'a que vingt-neuf jours. Donc le 
24 novembre = 10 kislev. 

Smend (R.). Das hebr. Fragment der Weisheit des Jésus Sirach. Berlin, 
Weidmann, 1897 ; in-4° de 34 p. (Abhandl. d. k. Gesells. d. Wissensch. 
zu Gôttingen. 2. Bd. Nr. 2.). 

Nous avons déjà signalé l'apparition de cette édition des fragments hé- 
breux de l'Ecclésiastique {Revue, XXXV, 46). Nous rendons volontiers 
hommage au soin avec lequel M. Smend a examiné le ms., mais nous de- 
vons dire qu'avec la meilleure volonté du monde, il nous a été impossible de 
découvrir sur l'original le plus grand nombre des gloses ou restants de 
traits qui, à en croire ce savant, auraient échappé à l'attention de 
MM. Cowley et Neubauer. M. S. a certainement rectifié heureusement plu- 
sieurs passages que les premiers éditeurs avaient mal déchiffrés ; que ne 
s'est-il borné à consigner seulement les lectures incontestables ! 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Steinsghneider (M.)- Vorlesungen ùber die Kunde hebraïscher Hand- 
schriften, derea Sammlungen u. Verzeichnisse. Leipzig, Harrassowitz, 
1897, in-8° de x + 110 p. 

Venetianer (L.). Die Eleusinischen Mysterien im jerusalemischen Terapel. 
Francfort, impr. Brônner, 1897 ; in-8° de 18 p. (Tirage à part des Popu- 
lâr-wissenchaftl. Monatsblâtter de A. Brùll). 

Vernes (Maurice). De la place faite aux légendes locales par les livres 
historiques de la Bible. Paris, iinpr. natiouale, 1897 ; in-8° 34 p. (Rap- 
port annuel de l'Ecole pratique des Hautes-Etudes, section des sciences 
religieuses). 

Vetter (P.). Die Metrik des Bûches Job. Fribourg en Brisgau, Herder, 
1897 ; in-8° de x -j- 82 p. (Biblische Studien, hrsgg. von Bardenhewer, 
2. Bd., 4. Heft). 

Volz (P.). Die vorexilische Jahweprophetie u. der Messias in ihrem Ver- 
hàltniss dargestellt. Gottingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1897 ; in-8° 
de vin + 93 p. 

Wolp (B.). Die Geschichte des Propheten Jona, nach einer karschun. 
Hds. der k. Bibliothek zu Berlin. Berlin, Poppelauer, 1897 ; in-8° de 
54 + xiv p. 



3. Périodiques. 

The American journal of semitic languages and literatures . 

(Chicago, trimestriel). 14« vol. = = N° 2, janvier 1898. A. R. R. Hut- 
ton : Hebrew tenses. — W. HaysWard : Bel andthe Dragon (dans l'ico- 
nographie assyro-babylonienne). — C. Levias : A grammar of the aramaic 
idiom contained in thebabylonian Talmud. 

The Jewish quarterly Revievr (Londres). Tome IX, 1897. == N° 36, 
juillet.W. Bâcher: The hebrew text of Ecclesiasticus (voir Revue, XXXV, 
37). — Ad. Neubauer et Cowley : The word tpbnn in Eccl. xliv, 17, 
and Prof. Smend's emendations (MM. N. et C. nous paraissent avoir le 
plus souvent raison contre M. S.; peut-être même lui font-ils trop de 
concessions). — G. Buchanan Gray : A note on the text and interpré- 
tation of Ecclus., xli, 19 (le mot dïp72 serait déjà employé' dans l'Ecclé- 
siastique comme synonyme de « Dieu », conjecture inadmissible). — T. 
K. Cheyne : The text of Job. — F. C. Couybeare : Christian demonology 
{suite). — Moritz Steinschneider : An introduction to the arabic lite- 
ratur of the Jews (suite., n° 37). — Morris Joseph : Jewish religious édu- 
cation. — E. N. Adler : An eleventh century introduction to the hebrew 
Bible. — The installation of the egyptian Nagid. — A. Neubauer : Note 
on the egyptian Megillah. — Critical notices. = = Tome X. === N° 37, 
octobre. S. Schechter : The rabbinical conception of holiness. — T. K. 
Cheyne : On some suspected passages in the poetical books of the Old 
Testament. — R. M. Wenley : Judaism and philosophy of religion. — 
I. Abrahams : Some egyptian fragments of the Passover Hagada. — 
David Philipson : The progress of the jewish reform movement in the 
United States. — H. Hirschfeld : Historical and legendary controversies 
between Mohammed and the Rabbis. — D. Kaufmann : A hitherto un- 



BIBLIOGRAPHIE 137 

known messianic movement among the Jews, particulary those of Ger- 
many and the Byzantine empire. — Samuel Poznanski : Ben Meir and 
the origin of the jewish calendar. — D. Kaufmann : The egyptian Nagid. 

— S. J. Halberstam : Notes to J. Q. R., IX, p. 669-T21 . — W. Bâcher : 
Statements of a contemporary of the emperor Julian on the rebuilding of 
the temple. — Thomas Tyler : Two notes on the « Song of Deborah ». 

— Ludwig Blau : The pope, the father of jewish approbations. — David 
Farbstein : On the study of jewish Law. — G. Buchanan Gray : Critical 
remarks on Pss. lvii et lix. — T. K. Gheyne : Grâtz's corrections of the 
text of Job. — Critical notices. ==:N° 38, janvier 1898. S. Schechter : 
Genizah spécimens : Ecclesiasticus (ch. xlix, 11 — L, 22). — F. G. 
Burkitt : Aquila. — Joseph Jacobs : The typical character of anglo-jewish 
history. — Samuel Poznanski : The anti-karaite writings of Saadiah 
Gaon. — Leopold Cohn : On apocryphal work ascribed to Philo of 
Alexandria. — 0. J. Simon : The Progress of religious thought during 
the Victorian reign. — Samuel Krauss : The great Synod. — Eb. Nestlé : 
A hebrew epitaph from Ulm. — Thomas Tyler : Notes on Deuter., 
xxxn, 42. — D. Kaufmann : Notes to the egyptian fragments of the Hag- 
gada. — Bâcher : Notes to the J. Q. R., IX, p. 666 sqq., X, p. 2-102. — 
D. Kaufmann : The first approbation of hebrew books. 

Journal Asiatique (Paris, bimestriel). 9 e se'rie, tome IX. — = N° 2, 
mars-avril 1897. J. Halévy : La pre'tendue absence de la tribu de Siméon 
dans la bénédiction de Moïse. ===== Tome X. = = N° 1, juillet-août. 
M. Karppe : Mélanges assyriologiques et bibliques. =^ = N°3, novembre- 
décembre. M. Schwab : Transcription de mots grecs et latins en hébreu 
aux premiers siècles de J.-C. 

Itloiiatsschrift fur Geschichte und Wissenscliaft des Judenthums. 

41 e année, 1897. = = N°7, avril. M. Ginsburger : Zum Fragmententhargum 
(fin, n° 8). — A. Epstein : Schemaja, der Schùler u. SecretârRaschi's [fin). 

— Horowitz : Zur Textkritik des Kusari (fin). — M. Steinschneider : Mis- 
cellen 39 u. 40. — Gustaf Dalman : Aramàische Dialektproben. = = N° 8, 
mai. D. Kaufmann : Das Wort £]" l bnn bei Jésus Sirach. — W. Bâcher : Eine 
sùdarabische Midraschcompilation zu Esther. — M. Grùnwald : Hand- 
schriftliches aus der Hamburger Stadlbibliotek (fin, n° 12). — D. Kauf- 
mann : Zu Jacob Emdens Selbstbiographie (fin, n° 9). — Jos. Cohn : 
Einige Schriftstùcke aus dem Nachlasse Aron Wolfssohns. — = N° 9, 
juin. Feuchtwang : Assyriologische Studien (suite, n° 13). — M. Lôwy : 
Messiaszeit u. zukûnftige Welt. — Aus einem Briefe Elkan N. Adler's. 
= =rN° 10, juillet. Leop. Treitel : Die Septuaginta zu Hosea. — H. Dal- 
man : Die Handschrift zum Jonathantargum des Pentateuch, Add. 27031 
des Britischen Muséum. — S. Poznanski : Ein Wort ùber das Ï71Z5253 
•H^ttïl. — D. Kaufmann : Zur Biographie Maimûni's. — A. Epstein : 
Glossen zu Gross' Gallia Judaica. — A Ehrlich : ÛlV^N, "pb^S». == = 
N°ll, août. Adolf Bùchler : Das Sendschreiben der Jerusalemer an die Ju- 
den inAegypten in IIMakkab. 1, 11-2, 18 (fin,n° 12).— W. Bâcher: Eine 
verschollene hebrâische Vocabel. — D. Kaufmann : Der angebliche Na- 
gid Mordochai. — L. Munk : Die Judenlandtage in Hessen-Cassel. = = 
N° 12, septembre. Samuel Krauss : Bari in der Pesikta Rabbathi. — A. 
Epstein : Die « Erganzungen » und « Berechtigungen » Poznanski's zu 
meinem « Schemaja ». = = N° 13, octobre. D. Simonsen : Erklàrung einer 
Mischnastelle (cf. Revue, XX, 307 ; XXXI, 281). — M. Weinberg : Die 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Organisation der jùdischen Ortsgemeinden in der talmudischen Zeit (suite 
et pi, n os 14 et. 15). — W. Bâcher : Bari in der Pesikta Rabbati, Berytus 
in jBibel u. Talmud. — D. Kaufmann : Das Freundschaftsepigramm Juda 
Halewi's an Salomo Jbn Almuallim. — G. Wertheim : Emanuel Porto's 
Porto astronomico. — — N° 14, novembre. M. Rahmer : Die hebrâischen 
Traditionen in den Werken des Hieronymus {{suite et fin, 1898, n oi 1 et 3). 

— David Kaufmann : Zu den Gedicbten R. Isak Bar Scbescbet's u. R. 
Simeon b. Zemach Duran's. — M. Grùnwald. Die hebrâischen Frauen- 
namen. = == N° 15, de'cembre. M. Rahmer : Nachtrag zu dem Artikel 
Die hebr. Traditionen bei Hieronymus. — D. Feuchtwang : Erklârung 
einer Talmudstelle. — H. Brody : Zum Freundschaftsepigramm Juda 
Halewi's an Salomon Ibn Almullim. — David Kaufmann : Ein Brief 
R. Benjamin Cohen Vitaii's in Reggio an R. Josua Heschel in Wilna 
aus dem Jahre 1691. = = 42 e année, 1898. = = N° 1, janvier. David 
Rosin : Die Religionsphilosophie Abraham Ibn Esra's {suite , n os 2 
et 3). — Moritz Steinschneider : Die italienische Literatur der Ju- 
den (suite, n os 2 et 3). — David Kaufmann : R. Joseph Aschkenas, der 
Mischnakritiker von Safet. = ==:N° 2, février. J. Bassfreund : Der Bann 
gegen R. Elieser u. die verânderte Haltung gegenùber den Schammaiten. 

— Max Freudenthai : Zum Jubilâumdes ersten Talmuddrucksin Deutsch- 
land (suite, n° 3). ===== N° 3, mars. Martin Schreiner : Samau'al b. Jahyâ 
al-Magribi u. seine Schrift « Ifhâm al-Jahûd ». 

Zeitschrift fiir die alttestomeiitliche Wissenschaft (Giessen, semes- 
triel). 17 année. = = N° 2. Schmidt : Die beiden syrischen Uebersetzun- 
gen des I. Maccabâerbuches. — Jacob : Beitrâge zu einer Einleitung in die 
Psalmen (suite, 1898, n° 1). — Techen : Syrisch-hebràisches Glossar zu 
den Psalmen nach der Peschita. — W. Max Mùller : Miscellen, Sanheribs 
Môrder, Kônig Jareb. — D. Gastelli : Una congettura sopra Deutero- 
nomo, 32, 5. — Klostermann : Ein neues griechisches Unzialpsalterium. 

— Peiser : Miscellen. — Stade : A. Hilgenfeld's Bemerkung und W. 
Staerk's Erwiderung. = = 18 e année. = = N° 1. Weinel : TV&12 und 
seine Derivate. — W. Bâcher : Ein alter Kunstausdruck der jùd. Bibelexe- 
gese la^b *"Oï. — Zeydner : Kainszeichen, Keniter u. Beschneidung. — 
Schwally : Ueber einige palàstinische Vôlkernamen. — Kittel : Cyrus und 
Deuterojesaja. — Cheyne : Gen. 6, 14, Gopher Wood. — Kittel : Ein 
kurzes Wort ùber die beiden Maudelkern' schen Concordanzen. 



4. Notes et extraits divers. 

-. =— La propagande juive aux environs de Vère chrétienne et le culte du Dieu 
suprême (8ed<; u<|/icto<;). — M. Emil Schùrer, le savant historien des Juifs 
aux environs de l'ère chre'tienne, vient de publier une monographie ex- 
trêmement intéressante sur les « Juifs de la région du Bosphore et les 
confréries de cepd|ievoi Ge&v (tyiccov dans ces pays » {Die Juden im bospora- 
nischen Beiche und die Genossenschaften der aepo'jievoi 8eôv û^torov ebenda- 
selbst, dans Sitzungsberichte der k. preuss. Akad. d. Wissensch. zu Berlin, 
Berlin, 1897, in-8° de 26 p.) M. Franz Cumont a ajouté de nouvelles 
preuves à l'appui des conclusions de M. Schùrer {Hypsistos, Bruxelles, 
1897, 15 p. -f- une planche, supplément à la Revue de l'instruction publique 
en Belgique). Résumons ces conclusions et les additions de M. Cumont : 
Au commencement de l'ère chre'tienne, comme le prouvent des inscrip- 



BIBLIOGRAPHIE 139 

tions découvertes dans la Russie méridionale, il existait dans le royaume 
du Bosphore une puissante colonie juive, qui exerça une action profonde 
sur la religion du pays. De nombreuses confréries, sans s'astreindre à se 
conformer aux pratiques de la vie juive, avaient adopté le culte exclusif 
du Dieu suprême 8loç u^taro; (= )vby btt; remarquer, à ce propos, l'em- 
ploi presque abusif que Ben Sira fait de cette appellation divine). Cette 
action dépassa le Pont et s'étendit dans tout l'Orient, la péninsule des 
Balkans, à Rome même. Peut-être le nom de 6èoç 0<kffToç n'était-il que la 
transformation de Zeus hypsistos. Mais ce changement lui-même a dû 
s'opérer sous l'influence de la religion juive; il est l'œuvre des cep&jievoi 
8eôv (tywTov. Des communautés adorant Dieu sous ce nom persistèrent 
jusqu'à la fin du iv° siècle et se continuèrent dans la secte des Hypsis- 
tariens, répandus, entre autres, en Gappadoce, secte où, suivant le témoi- 
gnage des Pères de l'Eglise, des éléments helléniques se mêlaient à des 
traditions juives. L'existence de ces confréries fut un point d'appui solide 
pour le développement du christianisme naissant, qui fit ses premiers 
progrès dans cette région. — M. Cumont cite, entre autres inscriptions 
relatives à ce sujet, une dédicace à te&ç u^wtoç èinîxooç (trouvée en Ser- 
bie) ; elle provient d'un thiase (confrérie) consacré à Sabazius. Cette di- 
vinité phrygienne avait donc reçu le nom de celle des Juifs. L'identi- 
fication était d'autant plus séduisante que Sabazius rappelle Sabaot. 
M. Cumont explique ainsi le fameux passage de Valère Maxime disant 
qu'en 139 « Judaeos qui Sabazi Jovis cultu Romanos inficere mores conati 
erant repetere domas suas coegit». Sabazi, ici, veut dire Sabaot ; mais la 
confusion ne provient pas des Romains, ils n'ont fait que s'emparer de 
l'identification faite en Asie mineure, où les Juifs étaient nombreux. — 
Avec les progrès du christianisme, les prêtres païens de l'Asie mineure 
se tournèrent vers ces confréries et leur empruntèrent l'idée du theos hyp- 
sistos, qu'ils fondirent avec celle de leur divinité particulière. Plusieurs 
oracles montrent ce synchrétisme. Ainsi, celui que rapporte Macrobe 
d'après Cornélius Labien (11 e siècle) et que M. Cumont considère comme 
authentique. 'Idtw, identifié à Zeus, Hadès, Hélios et Dionysos, y est pro- 
clamé le Dieu suprême. Un autre ouvrage du 11 e siècle, xp^l 10 ^ ***v 
é^Tjvixtbv 8eu>v, contient une série d'oracles analogues. Le dieu déclare que 
trois hommes seulement ont obtenu de voir Dieu face à face, Hermès 
Trismegiste, Moïse et Apollonius de Tyane ; il n'y a qu'un Être suprême, 
dont le nom ne peut être prononcé, ipp^xoç, qui doit être honoré en tous 
lieux et qui connaît toutes nos actions et nos pensées. Les autres divi- 
nités sont ses serviteurs et sont les intermédiaires entre lui et les 
hommes. Ailleurs, il enseigne l'immortalité de l'âme et la vie future. En- 
suite, il dit : Le Très Haut est le dieu suprême, éternel, créateur et con- 
servateur auquel chacun, quelles que soient ses croyances particulières, 
doit rendre hommage. M. Cumont dresse, ensuite, une liste complémen- 
taire des localités où les inscriptions révèlent l'existence du culte dHyp- 
sistos : Cerdilium (Macédoine), Mytilène (Lesbos), Brousse, Sinope, 
Tralles, Coula (Lydie), Sari-Tsam (Lydie), Hiérocésarée, Nacoleia (Phry- 
gie), Termessos (Pisidie), Golgos (Chypre), Beyrouth. (M. Cumont cite 
une invocation magique, publiée par Wessly, Griech. Zauberpap. von 
Paris u. London, p. 128, 47 : èv ôvdjiaTt toû ô^cptou Oeoî> <j<xjidt<ppir)8. Il vou- 
drait voir dans ce dernier mot samas « soleil ». C'est tout simplement 
schem hamephorasch « le nom ineffable ». M. Schwab l'a reconnu dans son 
Vocabulaire de Vangélologie.) 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

= = La guenita du Caire. — Les trésors si précieux rapporte's du Caire par 
notre excellent confrère M. Schechter commencent à être livrés au pu- 
blic. M. Schechter a déjà publié dans le Jeioish Quarterly Beview (janvier 
1898) le chapitre de Y Ecclésiastique relatif à Simon le grand-prêtre. Nous 
croyons savoir que les autres fragments de cet ouvrage ont déjà été dé- 
chiffrés et envoyés à l'impression. Le savant anglais continuera d'insérer 
dans la même Revue d'autres documents provenant de ce fonds. D'autre 
part, M. Burkitt, comme on l'a vu plus haut, a publié les palympsestes 
contenant des fragments de la traduction grecque d'Aquila du livre des 
Rois. M. Abrahams a reproduit les variantes fournies par une Haggada 
trouvée dans ce dépôt. Chose curieuse, dans cet amoncellement de 
pièces de toute nature se trouvait un morceau d'un poème français, em- 
porté sans doute par un des rabbins qui partirent pour la Palestine au 
commencement du xni e siècle. Ce fragment a été édité par M. E. Braun- 
holtz, dans la Zeitschrift fur romanische Philologie, XXII, p. 91 {Frag- 
ment einer Aliscanshandschrift). 

= = Le Bulletin de Correspondance hellénique, janv.-août 1897, contient, 
p. 47, la copie d'une inscription trouvée à Tafas, en Syrie. Elle orne une 
longue pierre formant le linteau d'une porte et est ainsi conçue : 

K/.Tjnàxioç icaxfip avTwv 

xip ffuvafwyfiv olxoôdjiï;«T[av]. 

Ces noms de Jacob et de Samuel paraissent bien juifs. Par contre, celui 
de Clématios ne s'est pas encore rencontré, à ma connaissance, dans 
l'onomastique post-biblique. Peut-être est-ce celui d'un prosélyte. 

= — La librairie Clark, d'Edimbourg, publie le premier volume d'un 
Dictionnaire de la Bible, A Dictionary ofthe Bible dealing with its lau- 
guage, literature and contents, including the biblical theology. La di- 
rection en a été confiée à M. James Hastings, assisté de MM. John 
A. Selbie, Davidson, Driver et Swete. Le spécimen que nous avons 
sous les yeux montre que ce dictionnaire, d'un format commode et 
enrichi d'illustrations, rendra de grands services. Il formera 4 volumes 
de 900 pages. 

== === On vient de commencer l'impression d'une traduction de la Bible 
qui sera l'œuvre collective des rabbins français. 

= = En rendant compte de l'apparition de YHebràische Bibliographie de 
M. H. Brody {Revue, XXXII, 308), nous protestions contre la prétention 
de l'éditeur déclarant que la bibliographie hébraïque n'a pas d'organe. 
Nous citions, pour prouver le contraire, plusieurs périodiques qui peu- 
vent, sous ce rapport, entrer en comparaison avec le nouveau recueil. 
Dans cette liste nous avons oublié de comprendre V Orientalische Biblio- 
graphie de M. Lucian Scherman. Cette revue, qui paraît tous les six mois 
à Berlin, contient le dépouillement le plus exact et le plus complet de 
tous les ouvrages et articles relatifs aux Juifs. Les matières sont classées 
sous des rubriques très intelligemment choisies. Sous chaque titre d'ou- 
vrage sont mentionnés les divers comptes rendus qu'ils ont provoqués. 
Un index détaillé contribue à rendre cette publication des plus utiles aux 
savants. 

= = M. Kayserling continue à dresser, dans les Jahresberichte der Qe- 



BIBLIOGRAPHIE Ul 

schichtswissenschaft, le tableau de la littérature de l'année sur le Judaïsme 
après la destruction du temple. C'est un autre instrument de travail des 
plus précieux. 

z = La Société Ahiasaf continue le cours de ses publications intéressantes. 
Elle a fait paraître, en 1897 : 1° la traduction hébraïque de l'excellent ou- 
vrage de M. Gûdemann, Geschichte des Brziehungstoesens und der Cultur der 
Juden toahrend des Mittelalters ; 2° une histoire de la the'ologie juive par 
Simon Bernfeld ; 3° l'autobiographie de Jacob Emden (y^" 1 ), publie'e 
par David Kahna ; 4° « Zunz » par P. Rabbinowitz ; 5° la traduction du 
Jérémie de Lazarus, par Brainin ; 6° ^MT^"» "*3ab ÛWH "nm Histoire 
populaire des Israélites, par M. Braunstein ; 7° tTTOn "VE2 rvnbin 
D^DI^Ipïl Histoire de l'Orient, traduction de l'ouvragé de M. Maspero, 
par Ludvipol; 8° b^Tû* 1 mnso, traduction de l'ouvrage de M. Stein- 
schneider Jildische Literatur, par Malter. 

- = La Société Touschia ne ralentit pas non plus son activité, elle 
a publié, entre autres, deux histoires populaires des Juifs, mibin 
D'H-IÎ-PÏ-Ï, par Jacob Frânkel, bîTltfi" 1 Û* mibin, par A.- S. Rabinowitz 
(qu'il ne faut pas confondre avec le traducteur de l'Histoire des Juifs de 
Graelz). 

z = Notre savant collaborateur, M. David Kaufmann, a extrait, pour la 
Byzantinische Zeitschrift, de la si curieuse chronique d'Ahimaaç tous les 
renseignements qui intéressent les études byzantines {Byzant. Zeitschr., 
1897, p. 100 et suiv. : Die Chronik des Achimaaz liber die Kaiser Basilios 
lu. leon VI). 

- = M. Louis Brandin, ancien e'iève de l'École des Chartes, a soutenu 
avec succès une thèse sur les Loazim de Gerschon ben Juda. Il a identifie' 
cent vingt-deux de ces gloses; quelques-unes au nombre de six sont 
restées indéchifirables. Il a étudié également le ms. hébreu 302 de la 
Bibliothèque nationale, qui renferme un glossaire hébreu- français, com- 
posé après 1288. Le dialecte est celui de Troyes. 

: — Der Urquell, cette excellente Revue de folk-lore dirigée par M. F. -S. 
Krauss, contient dans chaque numéro des notices intéressant le judaïsme. 
Dans le n° 3-4 de l'année 1897, nous relevons une bien jolie légende de 
la pauvreté [De Maisse viln Dalles), publiée par M. J. Ehrlich : Un pauvre 
Juif avait six petits enfants. Obligé de quitter son logement (sei Dire), il 
prend ses quelques hardes (seine pur Schiwre Kejles), les met sur une 
charrette avec ses enfants. Mais, s'apercevant qu'il a oublié quelque 
chose dans son logement, il y retourne. Quand il revient à la voiture, il 
y trouve un enfant de plus, qui est nu-pieds. Le pauvre homme lui dit : 
Qui es-tu et que veux-tu ? Je n'ai déjà pas à manger pour mes enfants, 
faut-il que je te nourrisse aussi? — Je suis le Dalles (la pauvreté), je 
vais avec toi dans ton nouveau logement. — Pour mes péchés (Che- 
tuïm), s'écrie le pauvre Juif, pourquoi ne vas-tu pas plutôt chez le riche 
(den Kutzen) qui demeure dans l'autre rue, que de t'attacher à un mal- 
heureux Juif comme moi? — Je préférerais aller chez le riche, mais je n'ai 
pas de souliers et j'aurais honte d'aller chez lui nu-pieds, car il me met- 
trait à la porte. « Pour me libérer (pattern) du Dalles, se dit en lui-même le 
pauvre Juif, il faut tout faire ». Il prend donc vite sa lampe, va la vendre 
et achète des souliers pour le Dalles. « Tiens, voilà une paire de souliers, 
mets-les tout de suite et va-t'en chez le riche. » Le Dalles essaie les sou- 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

liers, mais ne peut les entrer : « Ils sont trop petits pour moi ! — Schma 
Jisrul, crie le Juif, que faire maintenant : je n'ai plus de lampe, et le 
Dalles est toujours là? » Il se saisit de deux couvertures du lit, mais 
cette fois prend la mesure des pieds du Dalles et va lui acheter des sou- 
liers. Ils sont encore trop petits. Et pour ne pas faire entrer le Dalles 
dans sa nouvelle demeure, il vend successivement tout ce qu'il a- Plus il 
faisait, et plus le Dalles grandissait : aucune chaussure ne lui allait. Et 
le pauvre Juif ne put se délivrer du Dalles tout le temps qu'il vécut. Le 
malheureux est mort depuis longtemps, mais le Dalles vit toujours ; il 
marche toujours nu-pieds ; voilà pourquoi il a honte d'aller chez les ri- 
ches et reste chez les pauvres gens. — Cette légende, recueillie chez les 
Juifs de Bohême, rappelle le proverbe talmudique : « La pauvreté marche 
derrière le pauvre. » — Le même numéro contient une variante bohé- 
mienne du mooz tsour yeschouosi, dont l'air et les paroles s'écartent de celui 
de l'Alsace, par exemple; des proverbes espagnols recueillis chez les 
Juifs de Tatar-Bazardjik. — Dans le numéro suivant, figure un recueil de 
proverbes et de locutions des Juifs de Moravie, Bohême et Hongrie, par 
le regretté Edouard Kulke, le romancier populaire des Juifs d'Autriche- 
Hongrie. 

= = Dans la Revista critica de historia y literatura espânolas, portuguesas 
è hispano-americanas (2° année, 1897, n° 5-6), M. M. Schiff rend compte 
de la découverte d'une traduction espagnole manuscrite du « Guide des 
égarés » de Maïmonide. 

== — Les Pastoureaux et la Conspiration des Lépreux. — M. P. Lehugeur, dans 
sa belle Histoire de Philippe le Long (Paris, Hachette, 1897), n'a pas man- 
qué de consacrer un chapitre aux souffrances qu'eurent à subir les Juifs 
pendant les douloureuses années 1320 et 1321. Nous le louons fort d'avoir 
expliqué les persécutions dirige'es alors contre eux par le vent de folie 
superstitieuse qui soufflait alors. « Ces âmes de'saccordées, d'où se relire 
la foi primitive, et où ne pénètrent pas encore la religion de la patrie et 
le culte de la science, sont remplies de ténèbres et peuplées d'hallucina- 
tions. On ne parle que de prophéties sinistres, de Gog et de Magog, du 
déchaînement de l'Antéchrist. Tous les maux ont alors des causes surna- 
turelles : la guerre, la famine, la misère, tout fléau est mis au compte du 
diable, de Saturne, de Jupiter, ou de « l'estoille comète. . ., signe du ciel 
qui plusieurs jours, à la nuitée, fut veue, dénonçant le détriment du 
roiaume de France »... La croyance aux sorts et aux « voults » ou en- 
voûtements paraît générale. » — C'est au milieu de cette misère physio- 
logique et intellectuelle que naissent les folies populaires. « Les Pastou- 
reaux de 1320 sont des paysans, surtout des bergers et autres « menues 
gens » ; la plupart ont moins de vingt ans. . . .Ce sont des illumines qui 
ont soif de combats, d'aventures et d'extravagances. ...Mais, comme 
toujours, les naïfs à idée fixe sont exploités par des « trufeurs », c'est-à- 
dire par des meneurs sans scrupule, particulièrement par un prêtre inter- 
dit, « qui a été' dépouillé de son église à cause de ses méfaits » et par un 
moine défroqué, déserteur de l'ordre de Saint-Benoît. Les vrais croisés, 
les mystiques rêveurs sont noyés dans le flot louche des malfaiteurs de 
droit commun, des gens sans foi ni loi, sans feu ni lieu, ribauds, rou- 
tiers, rôdeurs et bandits qui ne cherchent qu'à assouvir leurs haines et 
leurs passions mauvaises ; les mystiques sont conduits par des mystifica- 
teurs... Enhardis par l'impunité..., ils se répandent en Languedoc, au 



BIBLIOGRAPHIE 143 

nombre d'au moins 40,000 ; . . . leur folie furieuse s'attaque de préférence 
aux Juifs : bergers et bandits rivalisent de cruauté' envers ces parias que 
personne n'ose défendre : les Juifs périssent en foule. Le massacre de 
Verdun-sur-Garonne est resté célèbre. . . Partout ils ont pour complice la 
populace, parfois le peuple et la bourgeoisie, tous ceux qui applaudissent 
au massacre des Juifs ou qui craignent l'impopularité s'ils font mine de 
les protéger. A Albi, les codsuIs essaient d'arrêter le flot aux portes de la 
ville, mais les Pastoureaux forcent le passage en criant qu'ils viennent 
tuer les Juifs ; la populace les accueille comme des amis et comme des 
frères (laeto vuliu) « par amour du Christ contre les* ennemis de la foi ». 
A Lézat, les consuls font cause commune avec les Pastoureaux. Il arrive 
même à des officiers de s'associer au fanatisme populaire. Ce fut seule- 
ment dans la sénéchaussée de Carcassonne qu'on parvint à les arrêter. Le 
peuple refusa, comme partout, de se joindre au sénéchal pour défendre 
les Juifs détestés, mais le sénéchal, aidé du camérier du pape et par le 
clergé, put réunir des hommes d'armes en nombre suffisant. >) — Nous 
parlerons, dans le prochain numéro, du paragraphe consacré à la Cons- 
piration des Lépreux. 

= = Le Boletin de l'Académie royale d'histoire de Madrid n'est plus si 
riche qu'autrefois en études relatives aux Juifs d'Espagne. Nous n'avons 
à relever, depuis juillet 1896, que de courtes notices de l'éminent R. P. Fi- 
del Fita sur la communauté de Belorado (octobre 1896), de M. Narciso 
Hergueta sur la Juderia de San Millan de la Cogolla y la batalla de Najera 
(juillet-septembre 1896), de M. le marquis de Monsalud sur la synago- 
gue de Saragosse (janvier 1898), de M. Ramon Alvarez de la Branca sur 
la synagogue de Bembibre et les Juifs de Léon (février 1898). 

== = Depuis 1897 paraît à Drohobycz (Galicie) une Revue hébraïque inti- 
tulée 1"pat Zion, hebrâische Monatsschrift fur die Wissenschaften des 
Judenthums, hrsgg. von A. -H. Zupnik (abonnement, 7 francs). 

= = Depuis 1896 paraît à New- York une Revue mensuelle, rédigée en 
hébreu, " | 2'"iy'EH "13, et dirigée par M. S.-B. Schwarzberg. Ce recueil 
contient principalement des articles de fantaisie, poésies, nouvelles, etc.; 
il fait une place aussi aux études historiques. Nous n'avons pas à en ap- 
précier la valeur. 

Israël Lévi. 



Kônig (Eduard). Historisch-comparative Synta v der hebraïschen Spra- 

che. Leipzig, Hiuricbs, 1897 ; in-8° de x -f- 721 p. 

Eq publiant la Syntaxe de la langue hébraïque, M. Kônig, profes- 
seur à l'Université de Rostock, a achevé sa grande grammaire, dont 
le premier volume avait paru en 1881 et le second en 1895. Cette 
troisième partie est d'autant plus importante que la syntaxe 
manque dans les grammaires de BÔttcher, Olshausen et Stade. Les 
grammaires d'Ewald et de Gesenius contiennent, il est vrai, une 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

syntaxe ; mais la première a beaucoup vieilli, et la seconde est 
plutôt destinée aux étudiants qu'aux savants. M. Kônig a donc com- 
blé une véritable lacune ; et tous les sémitisants lui seront recon- 
naissants d'avoir entrepris et mené à bonne fin une tâche des plus 
longues et des plus difficiles. 

La Syntaxe de la langue hébraïque a 620 pages (index non com- 
pris), et cependant M. Kônig a consacré moins de place que dans la 
morphologie à la discussion des théories grammaticales. Il a dû sou- 
vent se contenter d'indiquer les idées qu'il rejette sans donner les 
arguments sur lesquels on les a appuyées. M. Kônig a toutefois exa- 
miné attentivement ces arguments avant de se décider pour Tune ou 
l'autre opinion ; une ligne est parfois, chez lui, le résumé de mini- 
tieuses recherches préliminaires. On trouve dans le présent ouvrage 
des renvois à une foule de livres, de dissertations et d'articles de 
Revues ; la littérature syntactique y est, à peu de chose près, 
complète. 

Dans la Syntaxe, M. Kônig fait preuve, en général, de la même sû- 
reté de jugement qu'on apprécie dans les volumes antérieurs, et de 
la même indépendance vis-à-vis des grammairiens et exégètes an- 
ciens et modernes. C'est ainsi que (§ 329 i) M. Kônig maintient avec 
raison l'explication de matt) aito par « ramener un retour », au lieu 
de « ramener la captivité », interprétation 'défendue encore récem- 
ment. Cependant M. Kôoig nous paraît pousser trop loin la défiance 
à l'égard des théories nouvelles. Par exemple, quand M. K. discute 
(£191^-/) les exemples du futur en é, énumérés par M. Barth.il 
trouve seulement possibles ceux que nous jugeons certains, et 
n : admet pas ceux que nous trouverions possibles. L'absence du hifil 
dans la plupart des verbes à futur é n'a pas été assez soulignée par 
M. Kôaig. 

M. Kônig s'est efforcé de ranger dans un ordre rationnel les ques- 
tions dont il avait à s'occuper, et il a fait rentrer les phénomènes 
syntactiques dans des catégories aussi générales que possible. Ainsi, 
l'emploi du lamed devant le complément direct se trouve, non pas au 
chapitre des prépositions, mais à celui du complément direct. Celte 
innovation déroute peut-être au premier abord; mais à la réflexion, 
elle parait très justifiée, parce qu'il importe de trouver ensemble les 
différents procédés a l'aide desquels le langage a indiqué le complé- 
ment direct. En effet, ces procédés n'ont pas été employés simulta- 
nément, ils ont été plus ou moins usités selon les périodes de la 
langue hébraïque ; c'est ce dont on ne pourrait se rendre compte si 
les signes du complément direct étaient traités dans des chapitres 
différents. Il est, d'ailleurs, très facile, avec les index, de retrouver 
les divers emplois du lamed. 

Ce qu'on ne saurait trop admirer, c'est la richesse des matériaux 
réunis par M. Kônig et l'énorme force de travail qui a été nécessaire 
pour les mettre en ordre. Tous les passages bibliques intéressants 
au point de vue syntactique ont été cités, et, grâce à de copieux in- 



BIBLIOGRAPHIE 145 

dex, l'ouvrage de M. Kônig forme le commentaire syntactique le plus 
bref et le plus complet de la Bible. Par là, le professeur de Rostock 
a rendu un très grand service, non seulement à la philologie sémi- 
tique, mais encore à l'exégèse biblique, et la Syntaxe sera consultée 
avec fruit par les commentateurs des Ecritures. 

Nous donnons ici un certain nombre d'observations faites au cou- 
rant d'une lecture, forcément superficielle, de la Syntaxe. Le livre 
de M. Kônig est fait, avant tout, pour être consulté, et, pendant long- 
temps, il servira de base aux études relatives à la syntaxe hé- 
braïque. Aussi, les quelques critiques que nous apportons ici ne 
doivent- elles être considérées que comme une faible contribution à 
l'œuvre colossale si vaillamment et si patiemment exécutée par 
M. KÔnig. 

§ 30. Traduire "jtt^ niï3!33 par tu as abandonné ta nationalité, c'est 
faire entrer dans ia Bible une idée bien moderne. Il faudrait tout 
au moins, ^732 "^TT, et Ton ne dit pas à un peuple : ton peuple. 
Il est plus vraisemblable que ttniBïiï se rapporte à Dieu, et ma 
apy peut être une dittographie des mêmes mots à la ligne pré- 
cédente. 

§ 191c. Les Masorètes n'ont certainement pas pensé au futur impé- 
ratif dans les nombreux passages où le verbe Ep^ a uu é. Ils ont mis 
cette voyelle parce que la tradition le voulait ainsi. S'ils ont parfois 
mis uni (même sans yod), c'est qu'ils ont aussi subi l'influence du 
bas-hébreu, qui emploie rp"< au hifil. La tradition, pour ce verbe, 
n'était sans doute pas uniforme, comme cela est arrivé pour d'autres 
mots. — De même (§ l \ ( è\g), pour Oinn ab, il n'est pas sûr que les 
ponctuateurs aient voulu mettre le futur pour l'impératif. On doit 
noter que oinn est toujours suivi de )^2. La substitution de ô à où 
peut avoir une cause phonétique. 

§ 494. M. KÔnig pense que le ton miileél de mots comme Dp*i doit 
s'expliquer ainsi : « La syllabe qui marque le sujet de l'action ten- 
dait à se faire ressortir, et elle a pris le ton quand les conditions 
phonétiques s'y prêtaient, à savoir lorsque cette syllabe était ou- 
verte. Par analogie, on a étendu cette accentuation de la syllabe 
ouverte aux formes ÙH3*1, ïpnn;]. » Mais n*est-il pas plus simple de 
dire que, lorsqu'une forme verbale se termine par deux syllabes 
dont la première est ouverte et la seconde fermée, la syllabe ouverte 
tend à prendre le ton. Il est inutile de rechercher si la syllabe ou- 
verte exprime le sujet ou non. La cause phonétique se suffit à elle- 
même sans qu'une raison psychologique ait à intervenir. Quant à la 
première personne ûp.çi le ton millera doit plutôt s'expliquer par la 
présence de deux syllabes ouvertes que par la force de la gutturale 
N , qui ne fait pas plus ressortir le sujet que la consonne nouv 
D'ailleurs, l'orthographe presque constante D£ôn, au lieu de ÛTp&O, 
prouve qu'on a pendant longtemps prononce Ûp&o. D'une manière 
générale, les causes mécaniques et les raisons phonétiques valent 
mieux que les causes finales et les raisons psychologiques. 

T. XXXVI, n° 71. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

§ 209 d. M. K. aurait pu ajouter bien des exemples de hifil avec 
lesquels on sous-entend un complément direct, d'autant plus que la 
théorie des causatifs directs, c'est-à-dire des hifil exprimant une 
action qui a pour objet la personne même qui agit, ne satisfait guère 
l'esprit. Oa n'aperçoit pas la différence entre les causatifs directs et 
les rélléchis. Si l'on admet, au contraire, qu'avec un certain nombre 
de causatifs le complément direct est sous-entendu, on peut croire 
qu'il en est de même des autres hifil intransitifs. Le souvenir du 
complément direct primitif a pu s'oblitérer. En tout cas, on regrette 
de ne trouver ni dans la première partie de la Grammaire, ni dans 
la Syntaxe, les hifil, tels que MFtti ^nrî, nruDïi, pmn. Pour les trois 
premiers, il faut sous-entendre ~am, pour le dernier IT. Une énu- 
mération complète des hifil intransitifs eût été utile. 

§ 231 a. La comparaison de ^z.y avec tjaslD laisse à désirer. En 
effet, le daguesch du second mot est nécessaire, parce qu'on ne peut 
maintenir de scheva mixte devant un autre scheva (cf. I, p. 431). 

§ 236a. M. Kôaig paraît croire que D^p^s: (Gen., iv, 10) est l'at- 
tribut de bip (cf., § 349 e). En réalité, Û^S qualifie "W et est em- 
ployé attributivement (accusatif d'état). Avec bip on sous-entend 
3>72tt)j. D'ailleurs, bip n'est jamais le sujet d'un verbe signifiant dire 
ou crier. 

§ 248 £, note 2. Il est possible que unb {Ps.} civ, 4) soit pour naïib, 
et que le h soit tombé après le ca. De même (§ 251 i) BlTOtt pour 
r"ûi)2l2 (I Rois, vu, 45). Le n est peut-être tombé devant le U du 
mot suivant dans n-£7: (Esdras, vin, 27). 

S 251 f. Le mot ny n'est pas masculin dans Is., vm, 23, car "p^anti 
n'est pas Tépithète de njo, qui est ici l'équivalent de TN "O ou ^h 
T\r\y (v. l'article très judicieux de Kobler, dans Geiger, Zeitschrifl fur 
Wissenschaft und Lebeii, VI, p. 21). 

§ 251 i. Rien ne prouve que bbp soit un adjectif; c'est sans doute 
un substantif, complément de morn. 

§ 255 a et g. iin^D, ïian, m*© désignent, selon nous, le lin, le fro- 
ment, l'orge en tant qu'esjjèces, tandis que trnuîs, D"»^n, û"ny'w les dé- 
signent en tant que matières. C'est pourquoi la forme du singulier 
est plus usitée dans les énumérations que la forme en ÏÏ\. 

i 261 a et suiv. M. K. voit dans les nombreux pluralia tantum de 
l'hébreu des pluriels d'extensité et d'intensité, mais il n'explique pas 
pourquoi ces pluriels n'ont pas de singulier. Ensuite, un pluriel ne 
peut marquer Pextensité ou l'intensité que par rapport à un singulier ; 
mais si celui-ci n'existe pas, le pluriel n'indique plus rien de parti- 
culier. Enfin, il serait intéressant de savoir pourquoi certains noms 
sont usités au singulier en poésie et au pluriel en prose, comme ûibç, 
û^pib^ tandis que, pour d'autres, c'est l'inverse, comme NSI», 
mfiwnE, ïims, mms. Là aussi les explications psychologiques sont 
sujettes à caution. 

§ 321 f. La ponctuation ^y$$ 9 avec mêle g , est probablement 






BIBLIOGRAPHIE 147 

fausse ; même si le NTia était mixte et remplaçait une voyelle, il ne 
faudrait pas de méteg. "VrÔS, d'ailleurs, n'est pas un vrai pluriel. 

§ 325 c. M. K. s'efforce d'expliquer le yftp de ^n et d^îi par l'ana- 
logie de ïjb. Mais le yiï"p ne présente pas la moindre difficulté, 
puisque a est la voyelle primitive du noun de ?iyn j pour hinna (= 
tftfta, en arabe). Ce qu'il s'agirait d'expliquer, c'est le changement 
de a en é dans rtJïi (cf. !"ïj pour m), comme dans le suffixe Sç- des 
noms. 

S 325 g et 352 o. Il est bien plus naturel de rapprocher *pa de l'arabe 
ayiia « où? » et de le rattacher à la particule interrogative Wl, que 
d'en (aire un prétendu substantif signifiant « disparition ». Le chan- 
gement de "pN en - "pN ne prouve absolument rien, et, au contraire, 
puisque "pa s'emploie même après le substantif, il ne peut être un 
état construit. 

§ 334/". Gomme exemple de désaccord apparent entre le substantif 
et l'adjectif ï-pn Vï>i est mal choisi, car ïrn est un substantif et 12J&3 est 
à l'état construit. Sur les nombres ordinaux après tn\ voir Revue, 
t. XXXI, p. 279. 

§ 339 r. On n'aperçoit pas la difficulté phonétique qui empêcherait 
absolument de faire dériver zvny br> de n^^bD. D'abord, le changement 
de b:p en bs n'a rien d'extraordinaire, surtout si l'on prononçait koul 
comme en syriaque. Ensuite, nft? bs a pu subir une double influence 
analogique, celle de l'araméen bnp bs et celle du mot bs « tout ». Le 
fait que n?23> et bsp ne se rencontrent pas sans la préposition b est 
un argument qui a quelque poids et qu'il n'aurait pas fallu passer 
sous silence. 

§ 348 z. Gomment la brachylogie peut servir à expliquer le désac- 
cord entre ^PS-ntt et ^"i^D, c'est ce qu'on compreud difficilement. 
De plus, le parallélisme de ^bbp?2 avec ta pD~D73 est très significatif. 
M. Kônig objecte à ma théorie, qui fait intervenir l'analogie des suf- 
fixes du pluriel, qu'il y a des centaines de mots qui ont conservé le 
suffixe du singulier. Mais tous ces mots sont-ils dans les mêmes con- 
ditions phonétiques et analogiques que ta p3""n72 ? 

§ 349 h Le masculin dans ffiOJ^ Nb rtottbft bs n'a pas pour cause le 
mot bi ; mais TOan est impersonnel et rosb» bs en est le complé- 
ment direct, d'après le § 108. Il en est de même pour py ÏTW n E 
(§3490. 

§ 350 a. Dans '■prai» rrïT y-)N ^7ûM, le sujet est ^imn et l'at- 
tribut y-iN ■rçfcttJta. De même dans -para n^n" 1 ÛTïpsi c'est 'j'-ûiD 
qui est le sujet et ù^p3 l'attribut. Le verbe s'accorde donc avec son 
sujet. 

§ 365 d. D'après M. K., ma supposition que qatal avec le ton sur la 
première syllabe était un imparfait et avec le ton sur la deuxième, 
un parfait, serait (indémontrable et inutile. Or, cette supposition 
n'est pas inutile, car elle explique d'une manière très simple le 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

double emploi de la forme qatal, tandis que M. K. est obligé de re- 
courir à la prétendue analogie de la forme yaqtul. Parce que yaqtul 
s'employait pour le futur et le passé, on aurait, par amour de la sy- 
métrie, donné deux significations opposées à qatal. Ensuite, mon hy- 
pothèse n'est pas indémontrable, puisque je me suis appuyé, pour 
l'émettre, sur la différence de ton entre ''frbûp et nnbapv sur la 
forme assyrienne ipaqqid et l'éthiopien yefaqed. 

% 370^. Au lieu de croire que la coordination des verbes parallèles 
a précédé la construction asyndétique (sans conjonction) de ces 
mêmes verbes, par exemple dans bas 3HD a^tt), c'est cette dernière 
construction qui parait primitive. On a, en arabe, un cas analogue 
dans la suppression du vav entre les synonymes. Les verbes paral- 
lèles conservant la même forme dans la construction asyndétique, 
on comprend qu'ils aient reçu plus tard la conjonction vav, sans mo- 
difier leur forme, et aient ainsi favorisé la substitution du vav coor- 
dinatif awvav conversif. 

§ 387 é?. Sur mn r*s, voir Revue, t. XXVIII, p. 285. 

§ 398 a. Dans ûbm m, le sujet est Dbnr: et m est l'attribut, exac- 
tement comme dans rmn|-i nNî, c'est nNT qui est l'attribut ïmnln 
le sujet, ûbrn n'est donc pas un infinitif attributif. 

§ 399*2. Il est difficile de croire que irtta spit l'infinitif piel, car le 
piei de ce verbe est peu usité, et il faudrait n*D5. Il est bien possible 
qu'il faille corriger nas en [m]ï"ï3b ; conf. I Sam., ni, 13. 

M. K. est moins familiarisé avec la littérature rabbinique qu'avec 
la Bible. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait laissé échapper quelques 
inexactitudes dans l'interprétation de la Mischna ou dans les citations 
des écrivains juifs du moyen âge : 

§ 82. Dans ma» ïind (Péa, III, 1), nnatt ne qualifie pas ïins, 
mais est le complément de fma et se reporte à ïtNianïi nîsabîs. 

§ 206 #. Le texte d'Ibn Ezra porte noi73 "pT et non -iDin 'T. Il faut 
traduire 1SV2 (= arabe 'adab) « bonnes manières » plutôt que « mo- 
destie ». 

S 209 a. L'arabe muta addin aurait été hébraïsé par Abouhvalid en 
narriE- M. K. a, sans doute, voulu dire : par le traducteur d'Aboul- 
walid, Juda ibu Tibbon, car Ibn Djanah lui même a écrit en arabe; 
il aurait mieux valu, d'ailleurs, citer le texte original du Louma* que 
la traduction ; cf. § 210 b. 

§ 251 e. La ponctuation du mot niani'i n'a rien de certain. Je lirais 
plutôt rrteiT^ pluriel de ïp'T^, car la forme bi*Ç 5 avec y^p inva- 
riable, s'emploie en araméen pour les noms de métier. 

§ 253 c. Le commentaire de Daniel, attribué à Saadia, n'est pas du 
Gaôn, mais d'un disciple de Raschi. Le pseudo-Saadia et Ibn Ezra 
ayant expliqué le mot "îbiDaii au verset 33, il n'y avait pas de raison 
pour y revenir au verset 44. La supposition que les commentateurs 
auraient passé sous silence la défection des Israélites n'est donc pas 
justifiée. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

§ 281 n. Quel rapport y a-t-il entre l'emploi du 3 pour le génitif et 
les mots Nrrpy 'ib û^Esn? «:r>py 'nb est le complément du verbe 

D'HIÏÛ. 

§ 289 m. Le lamed de ï"Pi373ïi vrMorb ne marque pas le complémeat 
direct, mais a son sens ordinaire de pour. La phrase elliptique 'n br> 
rTOErs mH^b fiP3ï"?b doit être traduite ainsi: Le mot bs vient ajouter 
(l'obligation de mentionner la sortie d'Egypte) pour les temps mes- 
siauiques. 

§ 329 £. Nous ne comprenons pas bien ce que signifie la phrase : 
« Dans l'hébreu postérieur on trouve 215313 DN (Berac/wû, II, 2) ». Les 
mots 217313 ON !"PÏT1 reproduisent simplement le texte biblique et 
servent de titre pour le paragraphe tiré de Deut., xi, 13-21. On ne 
voit pas davantage ce que vient faire la citation tp-> Ejoie. Ces deux 
verbes forment deux propositions distinctes et n'ont pas la même 
racine. 

§ 334 r. Si 2"in dans snn "p* était un adjectif, il faudrait swift. On 
doit lire "p2 à l'état construit. — i3"nprï rm (Yeçira, i, 9) est une 
faute pour «Yiptt mi. 

§ 345 c. y?- (Berackot,i, 2) est une lecture fautive pour yîrt qui est 
l'infinitif. On doit lire aussi y^n (IHd., m, 5). 

§ 387 r. Il est probable que û"np est la préposition araméenne ïïrp 
et que la lecture traditionnelle DVip est erronée. Le vav peut très 
bien représenter le hatâf qemds. 

§ 399?;. Les formes bicrb, Ni3*>b, etc. sont bien l'infinitif des verbes 
b^D et Nia- précédé de la propositiou b. L'infinitif se modèle en hé- 
breu rabbinique sur le futur. Déjà dans la Bible on aperçoit cette 
tendance, car les verbes qui ont pour deuxième radicale une des con- 
sonnes rV'DDim prennent souvent un daguesch gai à l'infinitif pré- 
cédé de la préposition lamed, par exemple lsob. L'analogie du futur 
a dû y exercer son influence. 

§ 401 x. barbï^ '-n r;i33>73 signifie : il est arrivé à R. Gamliel, et non 
pas au temps deR. Gamliel. 

§ 409 c. Il faut ponctuer iRïàn, au lieu de ^lÊn. Valef est une 
simple mater lectioms. 

En terminant, nous réitérons nos félicitations à M. Kônig, qui, 
plus heureux que beaucoup d'autres, a pu voir l'achèvement de 
l'œuvre à laquelle il a consacré tant d'années. 

Mayer Lambert. 



m REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Schwarz (Adolf), Die hernieneutische Analogie in «1er talmudiselieh 

Lttteratur (IV. Jahresbericht der israehtiseh-theologischen Lehranstalt in Wien 
l'iir das Schuljahr 1896-97). Vienne, 1897, in-8° de 195 p. 



Hillel fut le premier à coordonner les règles qui servent à l'inter- 
prétation du Pentateuque; c'est lui aussi qui en fixa le nombre à sept 
{Sifra, introduction, fin; Tosefia Sanhédrin, vu, fin; Abot di RabbiNa- 
t/ian, \ ve version, ch. 37; Schechter, p. 110, nYTO 3>:n2î ; cf. Tosefta Pe- 
safiim, iv, et Pesa/iim, 66 a). A peu près un siècle plus tard, R. Ismaël 
porta ces règles au nombre de treize par l'extension de la règle du 
« général et du particulier » (miM ïmtD* ttjbti), Sifra, introduction ; 
voir les citations du Talmud daus Frankel, Darke Hamischna, p. 19, 
p. 108 et s.)- Eliézer, fils de José le Galiléen, qui appartenait à la 
génération qui suivit Ismaël, compte trente-deux règles, qui, selon 
toute vraisemblance, ne se rapportent pas uniquement à l'Agada 
(voir Se fer Keritout, 3 e partie ; Se fer Nelibot Olam, 2, éd. Wilua, 1859 ; 
Reifmann, Mèschib Dabar, Vienne, 1866 ; Zunz, Gottesd. Vortràge, p. 50, 
83, 86, 305, 324, et surtout 325-327). Evidemment, ce dernier nombre 
s'explique par l'adoption de la méthode d'interprétation préconisée 
par Akiba, qui a exercé une si grande influence sur ses contempo- 
rains. Si, contrairement à l'opinion de M. Bicher (Agada der Tau- 
naïûen, II, 293), on mettait en doute rautlieuiicité de la baraïta des 
trente-deux règles, celle des sept et des treize règles est incontestable. 
Pour déterminer l'âge de Vanalogie herméneutique, dont il va être ques- 
tion, nous avons donc une date certaine : l'époque de Hillel. 

Mais, de même que la pensée est plus vieille que la logique et la 
langue plus ancienne que la grammaire, ainsi l'exégèse est anté- 
rieure aux règles exégétiques. Les règles herméneutiques ne sont 
pas la cause, mais le produit de l'herméneutique. Il faut que les sept 
règles aient été déjà employées un certain temps avant qu'on en eût 
conscience. C'est pourquoi, quand il est dit : « Voici les sept règles 
que Hillel l'ancien a exposées devant les anciens de Betèra », tout cri- 
tique sera forcé de reconnaître que ces règles sont antérieures à 
Hillel, car il n'est pas admissible que Hillel, dans l'embarras où il 
était de répondre à la question qui lui était adressée, ait inventé ces 
règles ad hoc ou même une seule d'entre elles. Il serait vain de vou- 
loir trouver la date exacte de leur origine, vu l'absence de traditions 
permettant d'étudier l'application de ces règles herméneutiques. 
M. Hoffmann (Zur Einlettung in die halachischen, Midraschim, p. 4) 
dit à ce propos : « Il ressort cependant de beaucoup de passages tal- 
mudiques que les règles (middol) sont une tradition du Sinaï » , 
mais sans prendre trop au sérieux cette affirmation des textes talmu- 
diques. M. Schwarz déclare (p. 2) : « On peut admettre que les règles 
herméneutiques ont la même ancienneté que la doctrine orale et que 



.BIBLIOGRAPHIE toi 

particulièrement les sept middot de Hillel sont d'origine sinaïtique. 
Cette hypothèse ne pourra sans doute jamais être prouvée scientifi- 
quement et restera probablement toujours un article de foi; toute- 
fois, elle n'est pas en contradiction avec la science. » Reste à savoir 
ce qu'il faut entendre par sinaïtique. D'ailleurs, l'auteur paraît ne 
pas tenir à cette opinion, car, à la page 14. il dit textuellement que 
« dans les textes il n'y a absolument aucune trace de l'origine sinaï- 
tique de VIssorhem (= ÏTittJ ïntt) ». L'auteur veut, sans doute, dire 
que les textes ne rapportent aucune guezèra schava donnée comme 
d'origine sinaïtique, car, d'après la tradition ', la règle elle-même a 
déjà été connue lors de la révélation. Gomme, pour nous, la tradition 
commence, à vrai dire, à Hillel, attendu qu'on ne connaît guère plus 
que le nom des rabbins antérieurs, on peut soutenir avec confiance 
que les middot sont préhistoriques. Elles peuvent déjà avoir été em- 
ployées sciemment un siècle ou deux avant l'ère chrétienne. Mais 
nous ne comprenons pas comment on a pu croire que ces règles au- 
raient existé quinze cents ans avant Hillel sous ces dénominations 
néo-hébraïques, tout en étant attribuées à Hillel. L'étude historique 
ne peut partir que du moment où ces règles apparaissent dans 
les documents de la tradition*. M. Schwarz a donc eu raison de se 
borner à rassembler, examiner et discuter les matériaux relatifs à 
l'analogie herméneutique. 

Au sujet de la signification du nom de ï-niD ÏTTD, l'auteur cite, 
p. 6, noie 1, plusieurs explications, parmi lesquelles il omet celle de 
Reifmann {Mesckib Dabar, p. "16), suivant laquelle ÏTTM est identique à 
ïTin (Ez., xli, 12; Lament., iv, 7) ; lui-même prend ce mot dans le 
double sens de synonymie^ ^analogie, de sorte que îmn signifierait 
à la fois mot et jugement. Or, le sens de mot, quoi qu'en dise Joseph 
Karo et Ahron ibn Hayyim, ne peut être prouvé par les documents 
de la tradition. En outre, il est tout à fait improbable que le même 
mot ait comporté ces deux sens. Il faut partir de la signification que 
h"iW a en araméen et en néo-hébreu. Eu de nombreux passages, il 
est employé pour désigner « la loi »; ainsi, par exemple, dans le 
Targoum de Genèse, xlvii, 26, et Juges, xr, 39, pn est traduit par 
fcntt. Le livre des Lois des Sadducéens s'appelait Nmn "IDD. Si on 
n'avait pas cherché dans l'expression ïnia mtt l'expression tech- 
nique du procédé logique indiqué par cette règle, on s'en serait tenu 
à ce sens du mot, sans le rattacher artificiellement à înrbM mu. 

1 Stfrè, Deutér., 313, éd. Friedmann, 134 b : Tttbtt nVD^rî rniB*3 l!"JM'13' 1 

H73DT ia us"» n-mïïm trbp rrttDT -n ©i rrobri in»Di la p" 1 trum» 

13 nilD irn^T^. Par *|"p et "Q"l il semble que ce texte veuille indiquer les sept 
règles de Hillel ou des treize règles d'ismaël qui débutent par ces deux règles. 
Dans Sanhédrin, 99 a. par 1D"vi"l "|"p il est également probable qu'on a voulu dési- 
gner les sept ou les ireize règles. Ci. Schwarz, 51, note 2; 50 et 87, note 9. 

* Je présume que l'ordre de succession des règles a une signification chronolo- 
gique ; le syllogisme herméneutique (l^Rl bp) serait donc la règle la plus ancienne, 
ce qui est évident a priori. 



152 REVUE DhlS ETUDES JUIVES 

Partant des mêmes idées, M. S. veut trouver dans ^"^ le sens 
d'Isorrhem * et d'analogie. Cependant, ceci n'est pas exact, comme 
nous le constatons au surplus par quelques exemples de guezera 
schava, qui, pour la plupart, ont été traités ou effleurés par notre 
auteur ; rc-nsb i&o tna'oa n» ,îTnû rrpnb xpvoi v»m traïM m Nba 
ïtexti p «rwb "jbnb ^vistî û^3-id3 "pm r|N ïTBan "pa {Mechilta, 
Bahoclesch, 3 ; Schwarz, p. 67) ; niï » B ib t^bna D^bn3 CP73 ^ ù'v^ b"n 
'•Dl {Sifra, S chemina III, 3 ; Schw., 73);N73^"« ab N73LP Nb b"n 
Nb t]N N73I3"» Nba a-wm Nm Nbn n^n a w 3a mEKn Nttai Nb rua ra":*b 
b"n «tta"» «bm k:f «bn ï".n ïY'M nnn«n neg- 1 (Sifra, Emor, II, 41); 
'idt *jbnb -ntt&cr ^tj-iid i33^n n» iD"jb y 73 ira isa 1 »» 3^73 to t3 3^n 
(Sifirè, Deut., 213; Schw., 82) ; a^nm mb-'b* a^nan mb^b* 
'iy\ ibnb TWaKrt a-nm mb^b* n?2 ra"ab (?'#., 235 ; Schw., 82). 

Il est clair que dans ces passages, l'expression mtt) ïTinb signifie : 
« en vue d'une même décision, d'une même loi », car on ajoute aus- 
sitôt de quelle loi il s'agit'. Le mot ©"3 ne peut vouloir désigner la 
similitude des mots, car cette circonstance est déjà mise en lumière 
par le rapprochement des deux mots servant de point de départ. La 
règle en question a été nommée U)"3 parce que, dans les raisonne- 
ments où celle-ci est employée, ce mot est le terme constant et le 
plus caractéristique. Ailleurs encore, une raison de ce genre a dé- 
terminé la dénomination de certaines règles, comme les formules 
talmudiques bien connues, b*Wïr, 1593, "pnTS, qui servent à rappeler, 
au moyen du terme constant et caractéristique du début, la propo- 
sition tout entière. 

Dans iwm bp, la dénomination est empruntée aux éléments de la 
conclusion, par exemple : nm Tann natD ...bpn ma ûv MT3, où un 
bp et un nTan sont réunis en vue de la conclusion. On peut conclure, 
en vue d'une atténuation, de ce qui est plus grave a ce qui est moins 
grave, et, pour une aggravation, de ce qui est moins grave à ce qui 
est plus grave : a majori ad minus et a minori ad majus. Le mot i"p 
n'indique pas le procédé par lequel on arrive à la conclusion, mais 
rappelle les éléments constituant les deux espèces de conclusions. 
On ne peut donc, si on veut s'exprimer avec précision, traduire V'p 
par « de ce qui est moins grave à ce qui est plus grave », comme on 
le fait habituellement, car on n'aurait ainsi qu'un des modes de con- 
clusion. Il faut le traduire par : « une chose moins grave (bp) et une 
chose plus grave (-pan) », en d'autres termes cette règle est caracté- 
risée par un bp et un "i73n. 

Tandis que par ïTVB .TTO on désigne le résultat et par nTam bp les 
éléments de la conclusion, la dénomination de la troisième règle, 
3N "p33, indique en même temps l'énoncé du principe et la mé- 
thode de conclusion, car cette dénomination est empruntée à la 

1 Mot forgé par M. Schwarz pour désigner ïTlti) mW dans le sens de « mois 
semblables ». 

2 Cf. Sifrè, Deut.,.'i39 : Q1N bas tt-IO ">3Db73 «•»& fl*l??:n. 






BIBLIOGRAPHIE 153 

phrase 3N îiaa îtî « ceci forme une base » (Sifrè, Nombres, 161). 
Toutes les trois règles, comme les autres, sont dénommées d'après 
les expressions caractéristiques qui s'y rencontrent. 

Après cette petite digression, revenons à la guezèra schava (E5"3). 
Nous croyons que cette règle était appliquée avant d'avoir une dé- 
nomination et que le terme tiJ"3 a encore sa signification primitive 
dans les exemples cités et dans d'autres analogues. A mon avis, 
dans la formule : ;D"a h3»B] "i^totî fnbi njipnb r^Ditt (cf. Schw., 10, 
note 1), qui ne se trouve que dans les Midraschim de l'école de 
R. Ismaël (Hoffmann, Zur Einl. in d. halachiscJwi Midraschim, p. 6, 
44, 67), la signification primitive de cette expression se retrouve 
encore. Il faut, en effet, traduire ainsi : « Tel mot est superflu (ou 
pour mieux dire vide), mais il sert pour le comparer à un autre et en 
tirer la même conclusion. » La base de la conclusion est exprimée par 
le mot ïTJDitt, l'application par TO^n ïmbl tlî^pnb, le résultat par 
1D"X Cf. Mechilta, Bo, 1b; Mischpatim, i et x (plusieurs exemples 
sans 111272) ; Sifrè, Nombres, 65; Deut., 249 (Schw., 83); Sota, 46 # 
tt)"a nà'fcin "j-nb uttiatta siroti trrw (Schw., 79). Dans cette dernière 
formule, ©"3 ne peut naturellement manquer, mais dans la formule 
rapportée ci-dessus, P"a est souvent omis comme superflu. Du reste, 
une comparaison des diverses formules montre que les plus com- 
plètes sont les plus anciennes et les plus brèves les plus modernes. 
Les Amoraïm emploient déjà couramment W'i comme terme tech- 
nique pour désiguer la règle, sans se préoccuper du sens originel. 
C'est ce qui a décidé les méihodologues à trouver dans cette déno- 
mination la base propre du terme de cette règle '. 

L'auteur n'a pas examiné de près si, dans des sources non judaï- 
ques, on trouve une règle pour l'interprétation de la loi analogue à 
l'analogie herméneutique. Joël (Blickein die Religionsgeschichte, I,?9) 
croit que « l'exégèse halachique des Taunaïtes présente de l'ana- 
logie avec la manière dont les juristes romains procédaient vis à vis 
de la loi des douze tables ». En note il cite Gaii Institut ioues, I, 165, 
où se trouve une déduction par analogie « qui rappelle tout a fait la 
1THB ï"Hitt ». Il n'est nullement invraisemblable que, non seulement 
le Y'p et tu"a, mais aussi d'autres règles talmudiques, dont les middot 
de Hillel, d'Ismaël et même d'Eliézer ben José ne forment qu'une 
petite fraction, aient leurs parallèles non judaïques. 

Ces questions préliminaires étant réglées, analysons la monogra- 
phie si substantielle de M. Schw., afin de donner au lecteur une 
faible idée de la richesse des matériaux mis en œuvre et des résul- 
tats obtenus. 

Ce travail se divise en trois parties. Après une introduction géné- 
rale, que nous avons déjà étudiée, l'auteur traite des conditions aux- 
quelles est soumis YIssorkem*. Elles sont au nombre de deux. La 

1 Cf. Schwarz, p. 9. 

2 Comme nous l'avons déjà dit, cetle dénomination montre que pour M. Schw., 
•THZ3 ÎTTW signifie « deux mots semblables ». 



IV, REVUE DES ETUDES JUIVES 

première est ainsi conçue : mzyn ©"Jt "p û'in "pN {Pesahim, 66 a, et 
Xidda, \<}b\ j- P^. ? VI, 1), c'est-à-dire, d'après l'explication de 
Raschi, il faut que la ©"3 soit d'origine sinaïtique. M. Schw. dé- 
montre, par des éléments tirés des sources, que les Tannaïtes n'ont 
pas connu cette condition, énoncée seulement dans les passages ci- 
dessus et attribuée à Hillel, attendu qu'ils créent eux-mêmes des 
tt5"j| et que, selon eux, deux analogies contradictoires sont conciliées 
par une troisième ou par un raisonnement, etc. (15-24). La deuxième 
condition, c'est que la guezèra schava soit ïiDSitt « superflue », c'est- 
à-dire un mot qu'on puisse facilement laisser de côté '. L'auteur 
montre ensuite avec sagacité que la seconde condition est en oppo- 
sition avec la première, car une analogie transmise du Sinaï ne peut 
être subordonnée à une condition quelconque. Si l'analogie est un 
procédé de logique, elle n'a pas besoin de la tradition sinaïtique ; 
est-elle, au contraire, une tradition du Sinaï, alors elle perd le ca- 
ractère d'opération logique de la pensée, que possèdent les autres 
middot (p. 14). L'auteur constate, en outre, que dans toute la litté- 
rature taunaïtique, on ne trouve aucun û'HTS '373 n3£i7û, qui ne peut 
donc pas dater de l'époque des Tannaïtes ; ceux-ci parlent seulement 
de ftbôifi tout court (24-28) " 2 . 

L'auteur nous donne ensuite un lumineux aperçu des diverses 
manières dont la guezèra schava a été employée par les écrivains 
du moyen âge. Il appelle l'attention sur le fait remarquable que 
nulle part, dans le Talmud, il n'est fait mention de l'origine sinaï- 
tique de la E3"5, car dans les deux passages de Nidda, 19#, et Peu., 
660, où l'on soutient la thèse My^viz ï)"3 1*7 STO^K, il n'est nulle- 
ment question de tradition sinaïtique. Raschi (p. 28-30) fut le premier 
à dire : "^o *i2 13173 ïlbnp D"N Nbft, et cette interprétation est si bien 
entrée dans les esprits que même Nahmauide et Simson de Chinon 
là citent sous cette forme, comme si elle se trouvait dans le Talmud. 
Eu présence des difficultés qui s'élèvent dans le Talmud contre cette 
explication, R. Tarn (p. 31) émit l'avis que ce ne sont pas les tt3"a elles- 
mêmes qui ont été transmises du Sinaï, mais seulement leur nombre 
total ; ce qui fait que des controverses ont pu avoir lieu à ce sujet. 
Ce serait donc le nombre des analogies qui est sinaïtique. Voici 
la théorie de Nahmanide (p. 33) : Les halachot reposaut sur une lD w a 

1 L'auteur aurait encore dû ajouter qu'un mot peut aussi être rjjD172 quand il a 
été ehoisi intentionnellement au lieu d'un autre. 

* L'auteur est ici en contradiction avec les deux Talmud, qui prétendent que, 
d'après R. Akiba, la ©"a n'a pas besoin d'être Ï12D173, tandis que R. Ismaël eu fait 
une condition inéluctable. Hoffmann (l. c, p. 6, notes 3 et 4 ; p. 44 et 67) prétend 
que l'expression •q"3 137273 "jnbl ïS^plTîb ÏT3D"173 caractérise L'école d'ismaë!, le 
prouvant non seulement d'après j. Yoma, VIII, 45 a, et Sank., VII, 24, mais aussi 
d'après le langage courant des Midraschim tannaïtiques. M. Schw. (2"), au con- 
traire, dit : • Ce qui est digne de remarque, c'est que nous ne trouvons pas une 
seule t'ois dans les 125"} employées par R. Ismaëi l'expressioa jnoiypJinfa y * Mais il 
faudrait que M. Schw. renversât toutes les preuves de Hoffmann, qui sont très so- 
lides, au lieu de les passer sous silence. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

sont une tradition du Sinaï ; quant aux W'i elles-mêmes, il fallait 
préalablement les établir. On savait par tradition que telle ou telle 
halacha s'appuyait sur une ïtiid friTï, mais on ne savait pas quels 
mots constituaient la tû' 7 5 ; de là des controverses. En un mot, « il y 
aurait des analogies transmises par tradition, mais pas dHsorrhèms 
révélés par tradition » (p. 35). Simson de Ghinon (p. 35), auteur de l'ou- 
vrage de méthodologie Se fer Keritout , fait une distinction entre les 
ïï"i et croit qu'il y a : 4° des tf}"} traditionnelles; 2° des analogies 
traditionnelles ; 3° des il"1 non traditionnelles. R. Josua ben Joseph 
ha-Lévi (p. 39) combine l'opinion de Nahmanide et celle de Simson. Il 
soutient « qu'il n'existe en tout que deux sortes de U3"a, celles où 
l'analogie est traditionnelle et celles où la H3"a seule est tradition- 
nelle ». Les méthodologues postérieurs dépendent la plupart de ces 
derniers et ne méritent pas sous ce rapport d'être pris en considé- 
ration. 

Il résulte de ce qui précède que c'est la tradition qui est la base de 
la guezèra schava. Le premier qui a émis cette opinion est Raschi, 
suivi ensuite par tous les autres. Maïmonide a émis une opinion 
contraire en disant que c'est la logique qui est le fondement de la 
guezèra schava. Raschi et Maïmonide représentent donc ici, comme 
en beaucoup de queslioDS fondamentales, des tendances diverses. Il 
est vrai que Maïmonide ne s'est pas prononcé directement sur la 
fcS w a, mais comme il ne compte pas les halachot établies au moyen 
des treize règles d'interprétation parmi les six cent treize Miçvot, 
on peut en conclure qu'il ne partage pas l'avis de Raschi. Hanania 
Kasès, dans sou ù'nDiO nNDp (parue en 1740), a réfuté l'opinion de 
Raschi. Sans qu'il eût connu Kasès, R. Mordechaï Plungian s'est 
également élevé contre l'opinion de Raschi dans un écrit spécial sur 
la guezèra schava (trpBbti, 1849). «Dans toute notre littérature mé- 
thodologique, ce sont les travaux de ces deux savants qui révèlent 
ùu vrai sens critique», dit M. Schw., et c'est a eux que notre auteur 
se rattache, quoiqu'il n'approuve pas la division des iD"i ni d'autres 
points chez Plungian, qu'il caractérise ainsi avec beaucoup de jus- 
tesse : « Il traite plutôt des mt© mTïa que de la !TWD mîa ». 

Après avoir nié la provenance sinaïtique de l'analogie herméneu- 
tique, tout en maintenant fermement son caractère traditionnel, il 
faut chercher l'époque où elle s'est formée. Kasès croit que la gue- 
zèra schava remonte au grand Sanhédrin, tandis que Plungian la 
place à une époque où la langue hébraïque était encore une langue 
vivante. Tous deux ont en vue l'époque postérieure à Ezra (p. 43-60). 
Une fois qu'il a démontré que la "Q"i ne remonte pas jusqu'à la ré- 
vélation du Sinaï, l'auteur fait l'historique du développement de cette 
règle. Dans la première période, on ne forma d'autres u:"} que celles 
qui reposent sur des termes deux fois répétés ; l'auteur les nomme 
81; Xeyo'neva. Le Sic ^ey^evov est la \D"a primitive, qui consiste précisé- 
ment à établir des dispositions légales identiques là où un même 
terme est répété dans deux passages différents. Elle est, au meilleur 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sens du mot, une opération de la pensée, puisqu'un mot unique, au- 
quel on ne peut rattacher d'habitude qu'une seule idée, devient, grâce 
à cette opération, le véhicule de toute une série de pensées et 
d'idées (p. 63). Un mot est également considéré comme existant seu- 
lement deux fois quand la même forme grammaticale ne se retrouve 
pas ailleurs. Des formes diverses de mots sont aussi SU Xsydneva quand 
elles sont les seules de leur racine. 

« Du mot unique et identique, on passa à l'expression identique 
se composant de deux ou plusieurs mots » (p. 64). Plus tard « on élar- 
git le cercle du nombre deux, en ce sens qu'on l'étendit de deux 
versets à deux lois. . . ; désormais, la règle de la guezèra schava pou- 
vait être appliquée, non seulement quand il y avait deux expres- 
sions identiques, mais aussi quand il y avait deux objets ou deux 
lois identiques ; du simple Sic on fit un itspl Suoïv. Sans s'inquiéter de 
la fréquente répétition de la même expression, on ne porta l'atten- 
tion que sur le point de savoir si elle n'était pas employée plus que 
pour deux objets dans la Tora. Ces irepi Suolv Xeyo>eva rencontrèrent de 
la résistance, et cela à bon droit, car on devait craindre que la io"a, 
visant à élargir son domaine, étendît ses limites toujours plus loin. 
Et c'est, en effet, ce qui est arrivé... L'exteusion du icsp\ Suoiv Xeyd- 
jisvov eut pour conséquence une extension du ôlç Xejdjisvov, en ce sens 
que pour les expressions composées on tenait bien encore compte 
des éléments constitutifs isolés, mais nullement de l'ordre dans le- 
quel ils se suivent » (p. 65). Ainsi, d'après la théorie de l'auteur, les 
premières analogies étaient celles qui avaient pour base une forme 
de mot ne se trouvant que deux fois dans le Pentateuque ou deux 
mots de même racine : 6\ç Xeyo>svov. Après celles-ci vinrent les analogies 
ayant pour base des mois ou formes de mots employés exclusive- 
ment à propos de deux objets : wepl ôuolv Xeyôfisva. Dans la troisième 
période de développement apparaissent les faux ôiç Xeyfcnsva et rapl 
ôuoïv Xeydjxeva qui provoquèrent de l'opposition. L'auteur (66-124) cite 
ensuite à l'appui de ses théories des preuves puisées dans toute la 
littérature traditionnelle.il examine quarante ôiç Xtyôu.sva, dont quinze 
sont empruntés au Sifra, et seize icepi ôuoïv Xeyojxeva, dont six appar- 
tiennent au Sifra ; il examine aussi treize cas irréguliers, en tout 
soixante-neuf exemples. Ce chiffre paraît ne représenter que la neu- 
vième partie de toutes les rmïïJ m-pn, car dans le Talmud babylo- 
nien seul, il doit y en avoir près de quatre cents, dans le Talmud 
jeruschalmi environ cent cinquante et dans la Tosefta trente (p. 84, 
87, 89). Si on y ajoute encore les "Q"} des ouvrages halachiques et 
d'autres sources, il y aurait, défalcation faite des nombreux passages 
parallèles, un total de six cents. L'auteur remarque toutefois expres- 
sément que ce n'était pas son intention de réunir tous les cas et 
qu'il a voulu simplement illustrer sa théorie par des exemples. 

Si on examine attentivement la théorie de l'auteur, on sera forcé 
de reconnaître qu'elle est séduisante et construite avec beaucoup de 
sagacité. Il est vrai que l'auteur n'a tenu compte ni des docteurs aux- 



BIBLIOGRAPHIE 157 

quels il a emprunté ses exemples ni de leur époque. Mais ceci n'af- 
faiblit nullement sa démonstration, si nous avons bien compris son 
système, car ces docteurs ne sont pas nécessairement les auteurs 
des E3"a en question; ils peuvent en être considérés comme les 
simples rapporteurs. Le trop grand nombre de déductions par ana- 
logie ne pouvant être rangées dans les trois premières phases n'em- 
barrasse pas non plus notre auteur, car il est naturel qu'à l'époque 
de la floraison de la tradition, ces interprétations, elles aussi, aient 
été en pleine floraison. Cependant, en faisant ces concessions, nous 
ne pouvons nous dissimuler que la théorie exposée avec tant d'in- 
géniosité par notre auteur est une construction a priori. Si la théorie 
est exacte, les exemples cités sout anciens, et si les exemples sont 
anciens, la théorie est exacte. Mais la question est de savoir si la 
théorie est exacte et si les exemples cités représentent les formes les 
plus anciennes de la déduction par analogie. On se trouve donc dans 
un cercle vicieux. M. Schw. prétend que les guezèrot schavot qu'il 
a examinées, du moins la plupart, sont antérieures à Hillei. Il nous 
semble que l'auteur, dans la démonstration de son opinion, déploie 
trop d'ingéniosité et de finesse pour qu'elle soit vraie. Le fait de 
limiter les W'i aux véritables 8iç Xs^eva et d'exclure toutes les autres 
suppose une connaissance si complète de cette règle qu'il est 
impossible de croire que cette connaissance fût déjà si parfaite à 
l'origine de ce genre de déduction. Les premiers docteurs n'ont sans 
doute pas pu examiner toutes les guezèrot schavot. Une autre diffi- 
culté ressort du fait que la théorie de l'auteur se fonde entièrement 
sur l'analogie des mots, tandis qu'originellement, comme nous 
avons essayé de le prouver au début, on tenait surtout compte de 
l'analogie des objets, et que le nom de ïilttJ ÏT.U doit son origine, non 
pas au procédé de raisonnement, mais à ses résultats. Les savants 
ayant étudié l'Ecriture longtemps avant Hillei ont dû certainement 
être frappés de cette catégorie d'analogies qui consistent dans la res- 
semblance de deux lois. Ensuite, ils tirèrent des conclusions de 
l'identité d'expression, sans s'inquiéter si cette expression se trouve 
une ou deux fois dans l'énoncé de la loi où sa signification est 
claire. Ce qui est certain, c'est qu'à l'origine on a tenu compte, pour 
la TD"a, de ce qui frappait en premier l'intelligence, et non pas de ce 
qui n'est que le résultat d'une interprétation ingénieuse et forcée de 
l'Ecriture. Nous considérons donc la théorie de M. Schwartz comme 
exacte, mais seulement pour l'époque qui a suivi Hillei, lorsque l'in- 
terprétation de l'Ecriture avait déjà traversé une longue phase de 
développement. Nous serions heureux si ces objections engageaient 
l'auteur à soumettre sa théorie à un nouvel examen et l'amenaient 
à la consolider ou à la modifier. 

On sait qu'Akiba et son école font les déductions par aval "nm, 
là où Ismaël et son école emploient le cansi bbD. En ce qui con- 
cerne la iZ5"â, Ismaël, en opposition avec Akiba, exige qu'elle soit 
ÏWlB, c'est-à-dire qu'elle soit indiquée par un mot superflu ou spé- 



lfJS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cial. Hoffmann [l. c, 5-42), en caractérisant l'exégèse de ces deux 
docteurs, a aussi indiqué ce point comme trait distinctif des deux 
écoles. M. Schw., au contraire, est d'avis que ai^tt"! "nari est « d'ori- 
gine schammaïte » et « aurait été créé dans une idée d'opposition 
contre la ©"a » (p. 126). Il croit aussi que la lutte entre "H31 et tt) w a était 
déjà terminée à l'époque d'Ismaël et d'Akiba, car on se mit d'accord 
pour admettre qu'une V"l ne peut exister que lorsqu'il y a un mot 
superflu ou, en termes techniques, qu'une "Q"! est ï"!jD"itt lorsqu'il y 
a un " 1 "D"i (p. 129). Il eût été à désirer que l'auteur nommât au moins 
le savant qui, en dernier lieu, s'est occupé de cette question et la 
discutât avec lui. Les choses en sont, en effet, au point suivant : 
Akiba, avec sa méthode du "nn-i, combat, non seulement les guezèrot 
schavot, mais aussi toutes les autres espèces d'interprétation qui ne 
remplissent pas la condition du moup/mé. Si même tous sont forcés 
de reconnaître que dans les quinze déductions (p. 126-182) citées 
d'après Mechilta, Sif'ra et Sifrè, le "nm est en lutte contre la gue- 
zèra schava, on ne pourra pourtant pas encore eu tirer cette conclu- 
sion, comme le fait M. Schw. : « ^"D1 est une arme forgée contre la 
Ç3'% non pour la détruire par un combat acharné, mais simplement 
pour la repousser et mettre une barrière à ses empiétements » (182). 
Car, dans ce cas, le mode d'interprétation par ">*m n'aurait pas été 
employé là où il n'est pas question de ttJ'% ce qui, comme on sait, 
est contraire à la réalité. Là où il y a les particules ï|«,, D3, pn et 
leurs contraires pi, ^N et d'autres "nai, on ne peut pas découvrir la 
moindre trace d'une lutte contre la U5"A. A l'appui de son hypothèse, 
l'auteur n'a besoin que de prouver qu'entre "nan et U3"a il y a eu une 
lutte qui a amené la conception du mouphné. Il est donc s.uperflu d'af- 
faiblir cette preuve en affirmant que la règle du " , "D"i doit unique- 
ment son origine à l'idée de faire opposition à la ©*à. 

Après avoir établi que "nai et tt)"a se combattent, l'auteur expose 
dans un chapitre final que « "'inn et !iaB"J52 sont identiques par es- 
sence et ne sont que des dénominations différentes d'une seule et 
même chose » (p. 185). Voulant expliquer pourquoi cette nouvelle dé- 
nomination a été imaginée, l'auteur (p. 185, n. 1) dit « qu'il était plus 
aisé de former un participe hophal de t5D que de "^m ». A la fin, 
l'auteur émet encore l'hypothèse que les deux conditions auxquelles 
est soumis l'emploi d'une O"^, c'est-à-dire *itt£??2 tt3."3 "p DHN pa et 
ÏT3D1M, se réduisent à une seule. Gomme ïisdiïï est un équivalent de 
"Wi, la règle a dû être formulée ainsi à l'origine : ty"ï fi û"7K "pN 
anp bxû -nmtt îon iKzyft « Nul n'a le droit de créer de son chef une 
U3"a, excepté dans le cas où l'abondance de mots du texte biblique 
l'y pousse impérieusement », ou « personne n'a le droit de tirer une 
W'i d'une expression ayant sa raison d'être, constituant un élément 
indispensable du texte, mais seulement d'une expression superflue » 
(p. 191-192). D'après la première traduction, tos*» se rapportée DTN, 
d'après la seconde à N"ip. Au point de vue de la langue, les deux 
manières de traduire sont impossibles, parce que vz^vn et brc "^na 



BIBLIOGRAPHIE 159 

xnp ne peuveût former une opposition. Aussi cette hypothèse, formée 
à l'imitation de celle de Kasès, qui complète ainsi la phrase : tHtt *pN 
brisr: )^1 ma ^Dtt ê6n 173£3>e ^"3 p, ne serait pas admise même par 
ceux qui, quant au fond, approuvent l'auteur. 

Dans ce qui précède, nous avons donné un aperçu du procédé de 
recherches et des principaux résultats de cette monographie savante 
et complète, sans épuiser à beaucoup près son contenu. On y trouve 
en grand nombre des interprétations très sagaces, des remarques 
ingénieuses sur des points isolés el des observations critiques. Pour- 
tant, nous devons nous élever résolument contre une des assertions 
de cet ouvrage. Page 5, l'auteur s'exprime ainsi au sujet de l'in- 
fluence de la doctrine naissante du christianisme sur le judaïsme : 
« Il est vrai que seul l'avènement du christianisme, qui faisait dé- 
pendre tout salut de la foi, a provoqué le microcosme de l'observance 
judéo-religieuse. Il n'est pas moins vrai que l'importance attachée à 
ce qu'on appelle la loi cérémonielle n'est devenue si grande et si in- 
tense quau début de l'ère chrétienne. . . Sans doute, nous devons 
au christianisme les tours et les remparts élevés par le Talmud 
autour de la loi; mais les premières palissades ont été élevées par 
l'hellénisme. » Gela est complètement faux, car les judéo-chrétiens, 
les chrétiens palestiniens, qui seuls peuvent être pris ici en consi- 
dération, n'étaient pas des adversaires des pratiques, mais, au con- 
traire, de rigides observateurs de la Loi de Moïse et de la Tradition. 
Paul, qui a proclamé avec le plus de succès l'abrogation de la Loi, 
était particulièrement détesté des judéo-chrétiens de la Palestine 
(Cf. Joël, Blick", I, 25 et suiv. ; Ghwolson, Das Mzte Passamahl 
Christi, 85 et surtout 99). 

A propos de l'explication du passage de Sifrè^ p. 175, je ferai re- 
marquer que la correction proposée par l'auteur ne supprime pas 
toutes les difficultés. Ainsi, le texte ne serait pas expliqué dans 
l'ordre où les versets se suivent dans la Bible, car ^Ï5S3 m» bas pi 
(Deut., xii, 15) devrait se trouver au commencement du chapitre. Si 
M. Schw. admet qu'il existe une deuxième source pour le passage 
corrigé, ce qui me parait probable, l'objection qu'il élève contre les 
deux interprétations de pn n'a plus de raison d'être. 

Auerbach a reproché à Zunz d'écrire « Mardechaï » ; Zunz s'est 
expliqué sur ce point {Ges. Sckriften, III, 109). Nous voudrions que 
M. Schw. changeât aussi cette orthographe (p. 37 et 55) en « Mor- 
dechaï». 

Pour terminer, disons que cet excellent travail, qui est une con- 
tribution importante à l'histoire de la méthodologie talmudique, 
nous fait souhaiter que M. Schw. s'acquière un nouveau titre à la 
reconnaissance des savants, en publiant l'historique de toutes les 
règles herméneutiques. 

Budapest. 

L. Blau. 



AUDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome XXXV, p. 218 et suiv. — Graetz, comme me le fait remarquer 
M. Poznanski, a déjà reconnu que la page de Kiddouschin, 66 «, est le ves- 
tige d'une ancienne chronique e'crite dans le style biblique [Geschichte der 
Juden. III, note xi). En regrettant d'avoir néglige' de consulter l'illustre his- 
torien des Juifs, ce dont je m'accuse humblement, je ne peux m'empêcher 
d'être fier d'être arrivé, sans le savoir, aux mêmes conclusions. Ce pa- 
ragraphe de mon article e'tait surtout destiné à montrer l'absence de 
parti-pris chez moi dans l'examen des sources talmudiques de l'histoire 
juive. — Israël Lévi. 

P. 284. — Déjà en 1857, dans le Jeschurun de Kobak, III, p. 78-79, partie 
he'br., j'ai proposé au nom de mon oncle, M. B. Meisels, de corriger dans 
Sanhédrin, 97*, d'après j. Tua?iiô, 63 ô, le mot SON par N'n'b'tf. Plus tard, 
M. I.-H. Weiss adopta cette correction dans Hamaguid, 1867, p. 254. Mais 
M. Kaufmann veut s'en tenir à la leçon Nbtf [Bet Talmud, 1882, p. 119, 
note 7). En tout cas, cette dernière leçon est très ancienne; on la trouve de'jà 
dans le manuscrit de Florence de 1177 (cf. Rabmowitz, Varice Lectiones). 
Mais dans ce ms. aussi manque le passage : *px b&n^ dNI 3>*J*irp '"1 b"8 
"pb&03 "pN !"miî3n "pTZJiy, et c'est peut-être à cause de cette lacune que le 
copiste a écrit N?N au lieu de R'Tb'K. — S.-J. Halberstam. 

T. XXXV, p. 289. — L'hypothèse de M. Félix Perles, qui voit dans les 
mots *7nïï3 riSd2 de la prière NL;n b3> une corruption de "iTTiBI "1D3D [Revue, 
XXXV, 289), est ingénieuse et séduit au premier abord. Mais il paraît sin- 
gulier qu'on ne trouve nulle part de trace de la leçon originale. Il faut donc 
essayer de se rendre compte, sans la corriger, de l'expression ITTû ns^3, 
bien qu'elle soit unique. A mon avis, elle est une imitation des mots 
d'Isaïe, xxxiii, 15 : inibia ^ttn?:) T»ED "1213. C'est ce verset qui engagea 
l'auteur inconnu de la prière N^n hy à associer les mots ïp et TniD pour 
désigner « la main qui ne repousse pas les présents corrupteurs ». C'est 
probablement par euphonie qu'il remplaça le masculin t)3 par le féminin 
ï"»-p5, qu'on ne trouve pas, il est vrai, au singulier, mais dont le pluriel 
m*33 se rencontre dans I Sam., v, 4 ; II Rois, ix, 35 ; Daniel, x, 10 (cf. 
Cantique des Cantiques, v, 5). Ce pluriel, dans la pensée de l'auteur, a 
donc pu justifier l'emploi du singulier, d'autant plus qu'il n'est pas rare 
de rencontrer des néologismes de ce genre dans la poésie liturgi- 
que. — W. Bâcher. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE D'JPLESSIS. 






NICOLAS ANTOINE 

UN PASTEUR PROTESTANT BRULE A GENÈVE EN 1632 
POUR CRIME DE JUDAÏSME 



C'est une histoire étrange que celle de ce Nicolas Antoine, pas- 
teur protestant, né dans le catholicisme, qui fut hrûlé à Genève 
en 1632 pour crime de judaïsme. Voici le résumé qu'en donne 
M. E -H. Vollet dans la Grande Encyclopédie {s. v. Anthoine) : 

« Nicolas Anthoine, ou Antoine, né à Briey (Lorraine), appar- 
tenait par sa naissance au catholicisme et il avait achevé ses 
études classiques à Trêves et à Cologne, sous la direction des Jé- 
suites. Il rentra dans sa famille, vers l'âge de vingt ans, conçut 
des doutes sur les doctrines de son église et s'adressa au pasteur 
de Metz, Paul Ferry, qui le convertit au protestantisme. Désireux 
de se consacrer entièrement à la religion qu'il venait d'adopter, il 
se rendit à Sedan et à Genève, pour y étudier la théologie. L'en- 
seignement qui se donnait en ces académies, outrant les preuves 
tirées de la prophétie, ébranla complètement la foi chrétienne 
chez Antoine, qui ne trouva point justifiés pour l'histoire les 
textes alors invoqués pour démontrer que Jésus-Christ est le 
Messie promis. Il fut ainsi amené à le considérer comme un im- 
posteur et il résolut de faire profession du judaïsme. Il revint à 
Metz pour se faire admettre dans la synagogue ; mais les Juifs 
de cette ville, n'osant l'accepter parmi eux, l'adressèrent à ceux 
de Venise ; ceux-ci le renvoyèrent à leurs coreligionnaires de 
Padoue. — Il était presque impossible, en ce temps-là, de vivre 
sans porter une dénomination religieuse officiellement classée. Ne 
pouvant faire profession du judaïsme, que sa conscience avait 
embrassé, et comme l'a écrit Paul Ferry, intercédant plus tard 
pour lui, pressé par la nécessité de beaucoup de choses, Antoine 
dissimula sa foi et reprit à Genève l'étude de la théologie protes- 
tante, simulant toutes les apparences d'un chrétien convaincu. Il 

T. XXXVI, n° 72. 11 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

se fit admettre au ministère par le synode de Bourgogne, assem- 
blé à Gex, s'engageant à suivre la doctrine de l'Ancien et du 
Nouveau Testament et à se conformer à la confession de foi et à 
la discipline des Eglises réformées de France; par suite, il fut 
nommé ministre à Divonne, dans le pays de Gex. En ses fonctions 
publiques, il se soumettait à tous les usages de l'Eglise qu'il ser- 
vait ; mais il ne prenait le texte de ses sermons que dans l'An- 
cien Testament et il évitait de parler de Jésus-Christ dans ses 
prières et dans ses exhortations. — Les longs efforts nécessaires 
pour soutenir cette dissimulation, le danger imminent d'être dé- 
couvert, les agitations de sa conscience finirent par rendre fou ce 
malheureux. Dans ses accès de folie, il proféra des blasphèmes 
contre la religion chrétienne ; et un matin on le trouva à l'une des 
portes de Genève, prosterné dans la boue et adorant le Dieu d'Is- 
raël. Il fut mis à l'hôpital ; mais après sa guérison il reprit ses 
protestations contre la religion chrétienne, et il passa de l'hôpital 
dans la prison. Ni le souvenir du supplice de Servet, ni les me- 
naces ni les prières ne purent l'amener à renier ses dernières 
croyances. — Avant de prononcer une sentence définitive contre 
lui, le Conseil de Genève consulta les ministres de cette ville et 
les professeurs en théologie de l'Académie. Les avis furent par- 
tagés, mais la majorité opina pour la peine capitale. Meste- 
zat, ministre de l'église de Gharenton, et Paul Ferry, de Metz, 
intervinrent en vain par des lettres, pour conseiller l'indulgence. 
Le 20 avril 1632, le Conseil condamna Antoine à « être lié et 
mené en la place de Pleinpalais, pour être là attaché à un poteau 
et étranglé, en la façon accoutumée, et après son corps brûlé et 
réduit en cendres ». Cette sentence fut exécutée le jour même. 
Parmi les papiers d'Antoine, on trouva des formules de prières 
attestant une véritable piété; une petite feuille contenant onze 
objections contre le dogme de la Trinité ; un long écrit dans lequel 
l'auteur fait confession de sa foi en la religion d'Israël, confession 
en douze articles, accompagnés de leurs preuves. Antoine avait 
l'ait remettre cette dernière pièce au Conseil, pendant sa détention ; 
•1 y apposa sa signature, en signe de confirmation, le jour même 
de son exécution. » 

La vie de Nicolas Antoine a été déjà racontée souvent par les 
historiens du protestantisme et par ceux de la ville de Genève. 
Récemment M. Sammter en a fait l'objet d'un article de journal 
dans YAllgemelne Zeitung des Judenthums (année 1894). Mais 
jusqu'ici, à notre connaissance, on n'avait pas publié les actes 
authentiques du procès de cet hérétique endurci. M. Balitzer, de 
Genève, a pu se procurer la copie du registre de la Compagnie des 






.NICOLAS ANTOlNK $3 

Pasteurs de Genève où sont relatés les derniers incidents de la 
vie d'Antoine. Nous la publions ci-après, nous réservant de re- 
prendre l'étude de ce document quand nous serons en possession 
d'autres pièces inédites sur ce sujet dont M. Balitzer nous annonce 
l'envoi prochain. Disons seulement, dès à présent, qu'il faut louer 
les scrupules dont firent preuve plusieurs Pasteurs de Genève à 
une époque de foi ardente où l'on brûlait des hérétiques dont le 
cas était moins grave que celui d'Antoine. L'opposition que firent 
certains d'entre eux à l'exécution du malheureux est tout à leur 
honneur, et digne admiration est le courage qu'ils déployèrent 
en un temps où l'indulgence passait pour de la tiédeur et où le 
zèle pieux réclamait une sévérité inflexible envers les ennemis de 
la religion. 



APPENDICE 



i. 

Des le Vendredi 23 Mars iusque au Vendredi 27 Apuril 1632 IL n'y a 
rien eu qui aist été jugé digue de demeurer sur le Registre for l'his- 
toire delà fin tragique de Nicolas Antoine. 

"Nicolas Antoine de Brieu en Lorraine arriva premièrement en ceste 
ville 1 l'an 1624, en juillet, apportant tesmoignage à MM. les Pasteurs 
de l'Eglise de Metz, qu'il estoit fils de Père et Mère Papistes qui 
l'avoyent iusque alors entretenu aux estudes et ce au Collège des 
Jésuites au Pont à Mousson et ailleurs, mais que Dieu lui ayant 
donné coguoissance de la Religion et ayant abjuré la Papauté il dési- 
roit poursuivre ses estudes pour se vouer à la Théologie, pourtant 
qu'ils le recommandoyent comme un Jeune homme qui auroit de 
bonnes lettres, sur ledit tesmoignage on le reçeut au nombre des 
estudiants mais la Compagnie des Pasteurs a eu toujours soin de lui. 
Des ce temps la Compagnie lui ayant fait assistance lui aida à trou- 
ver condition en divers lieux afin que gaignant sa nourriture il peust. 
continuer ses estudes. Il a été recongnu bigearre et difficile en con- 
versation tellement qu'il quitta ses conditions et se retira en une 
autre maison où il vivoit à ses pièces et parfois en pension, allant 
repeter des Escholiers les uns en Philosophie, autres en la langue 
françoise, autres en grammaire en diverses maisons es unes des- 
quelles il s'estoit acquis quelques tesmoignages, es autres s'estoit fait 
recognoistre comme un esprit ombraigeux que le mit en soupçon à 

1 Genève. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelques uns des plus anciens pasteurs d'estre un homme dange- 
reux surtout à cause de son institution aux Jésuites. 

C'est néantmoins pendant es temps là qu'il a eu l'apparence non 
seulement de scavoir et érudition mais aussi de probité, car il alloit 
aux saintes prédications et y assistoit avec dévotion, il disputoit es 
eschule de Philosophie pressant fort les arguments et s'ospiniastrant 
à l'opposition et faisant le mesmes (?) et disputes en Théologie en 
public et particulier avec plus de retenue et modération, soustenant 
aussi avec contentement des Professeurs sans aucun scandale. 

Depuis survenant quelque cherté en la ville, il pensa de faire un 
voyage estant appelé par MM. de l'Eglise de Metz, où il alla à regret 
selon qu'il le fit entendre à ses plus intimes, mais y ayant demeuré 
quelques temps et communiqué comme il a dû (dit?) avec les Juifs du 
dit lieu touchant leur croyance, qui le mirent en doute, et n'estant 
assez fort pour respondre à leurs arguments il s'en alla à Sedan où il 
séjourna quelque temps et communiqua avec Mons-de-Rambour, 
qui à son jugement, ne satisfit point à ses doutes, lui disant qu'il 
faloit croire ce qui en estoit révélé sans donner lieu à la raison 
humaine. De là il vint à Metz ayant desbauché un jeune Philosophe 
estudiant à Sedan promestaut de lui enseigner la Philosophie, dont 
estant repris il le mena en Italie et le réduisit à des extrémités. 
Mais estant un esprit inquiet qui ne se pouvoit arrester couvant 
quelque monstre d'opinion en son âme, il part de là et se transporte 
aux Grisons, ou la guerre estoit sans toutefïbis porter les armes, 
passeau païs des Venetiens et comme on a sçeu ayant enseigné la 
Philosophie particulièrement à Bresse 1 , de là s'en vint à Venise où 
il communiqua avec quelques Rabbins Juifs, ausquels il se présenta 
pour estre reçeu au Judaisme en la Synagogue et recevoir la circon- 
cision, ce qu'ils lui refusèrent disans ne l'oser faire. 

Après quoi il prit résolution de retourner par deçà, et estant arrivé 
se présenta premièrement à quelques honorables estudiants ses 
familiers et depuis au Recteur priant de lui aider, ce qu'il fit lui don- 
nant entrée chez une honorable vesfe s , tenant des pensionnaires et 
lui fournissant quelques chose pour sa pension ; quoi fait il commença 
à se remettre et enseigner ici et là les Eseholiers en Philosophie et 
Philologie sans oublier son estude en Théologie. 

Estant survenue la vacance de la Philosophie et tous y estant con- 
viés par un programme public, il se présenta et fit quelques exercices 
sur le livre des Elenchie depuis de anima avec lesmoignage d'érudi- 
tion des principaux de la Seigneurerie et Accadémie. Quoi fait sans 
interromspre la Théologie et estant recongnu pour homme docte et 
propre à instruire la jeunesse, il fut reçeu pédagogue en la maison 
d'un personnage de qualité Pasteur et Professeur en cesle Eglise et 
Eschole, où il se comporta sans reproche tant au regard de sa vie et 
mœurs que de la doctrine. 

1 Brescia. 
* Veuve. 



NICOLAS ANTOINE 165 

Estant là dedans et le collège ayant besoin d'aide à cause de la 
maladie et mort du Premier Régent, il fut prié de faire les leçons en la 
dite classe jusques a ce qu'on eust pourveu, ce qu'il fit avec contente- 
ment, et depuis la charge ayant esté pourveue et lui remercié avec 
quelque recognoissance qui lui fust faite par M. le Recteur par ordre 
de la Compagnie des Pasteurs et Professeurs, il continua non seule- 
ment en la charge qu'il avoit de précepteur en maison particulière, 
mais sur tout en ses estudes et disputes et propositions sans qu'on 
apperçeust en lui aucun indice de ce qui a paru depuis. 

En suite de quoi le pasteur de Divonne ayant esté appelé à la pro- 
fession de Philosophie en ceste ville, et l'église de Divonne ayant 
besoin d'un pasteur, le Colloque de MM. les Pasteurs du Bailliage de 
Gex le demanda pour l'employer au St Ministère ou il comparut avec 
tesmoignage de l'Académie de Genève tant de sa probité que de son 
érudition; lequel tesmoignage fut vérifié tant par les propositions 
latine et françoise que par l'examen particulier en langue Grecq et 
Hébraïque, mais surtout en la Théologie où il monstra un contente- 
ment orthodoxe en tous les points de la Religion Chrestienne et sur 
tout touchant la personne divine et éternelle, comme aussi l'union 
de la nature humaine à ceste personne du Fils de Dieu, comme 
appert par les articles escrit de sa main sur lesquels il fut examiné. 

C'est ce qui fit que le dit Colloque le reçeut volontairement au 
S 1 Ministère après serment preste de croire et confesser comme aussi 
d'enseiguer en l'Eglise ou il estoit appelé la doctrine et Religion 
Chrestienne contenue au symbole des S ,s Apôtres, et en la confes- 
sion particulière des Eglises de France. 

Le commissaire du Roy assistant au dit colloque ne s'opposa point 
à ceste receptiou, veu que sur la difficulté qui se présentoit de ce 
qu'au tesmoignage accadémique de Genève il estoit qualifié Lotha- 
ringien, le dit S r Commissaire lui fit prêter serment, qu'il estoit 
naturel subjet du Roy, il jura et fit le dit serment quoi qu'en son 
ame il sceust qu'il estoit subjet du Duc de Lorraine. 

En quoi il monstra le fruist de son instruction en l'eschole des 
Jésuites, comme il l'a fait paroistre depuis en ses responses sur la 
demande qu'on lui faisoit 4° pourquoi il avoit accepté le S 1 Ministère 
ayant ceste pensée monstrueuse contre la sacrée Personne de nostre 
Seigneur et contre la S 10 Trinité, 2° pourquoi il avoit signé la confes- 
sion chrestienne des Eglises de France, 3° pourquoi il avoit récité le 
sj-mbole en l'Eglise croyant tout le contraire. Respondant au 4° que 
c'estoit pour visvre ne sachant plus que faire et par fois que c'estoit 
pour avoir vocation et enseigner publiquement ce qu'il croyoit en 
son âme. Respondant à la seconde question qu'il avoit promis d'ensei- 
gner selon ceste confession avec une restriction mentale comme doit 
les Lioyolithes (Jésuites) en tants 1 quelle seroit véritable et conforme 
à l'Escriture de l'Ancien Testament. Respondant à la 3 e question qu'il 

1 En tant. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'avoit récité comme un formulaire, par conséquent par acquit pour 
cousvrir son hypocrisie selon la doctrine des Jésuites qui permettent 
aux émissaires de leur secte ou autres en Angleterre, en païs bar- 
bare et ailleurs de se déguiser en Gentilshommes, de se trouver es 
prédica lions, faire la cène avec les Réformés, de tous les aider de 
vraye communion soubs ceste restriction pour exécuter plus aisé- 
ment leurs desseins sanguinaires et diaboliques. 

Le temps a fait depuis esclorre et manifester ce que estoit caché 
dans ceste ame noire, dont il avoit quelques indices sur lesquels 
toutes fois la Charité Ghrestienne empeschoit de fonder aucun 
soupçon, veu que l'un des Professeurs en Théologie prit garde qu'en 
une dispute de Trinitate, le dit Antoine opposant dit que le mystère 
de la Trinité n estoit point fondé en l'Escriture, mais plus tost que 
le contraire se trouvoit en icelle. 

L'un et l'autre estant nié il demanda qu'on lui donnast des pas- 
sages de l'Ancien Testament où il fut contenu, à quoi le Professeur 
ayant respondu dignement, le dit Antoine feignit d'estre satisfait, et se 
jelta aux oppositions que le Professeur remarqua n'avoir esté prise 
que des Livres de Moyse, d'Esaie et des Psaumes, ausquelles ayant 
esté respondu le dit Antoine acquiesçant, depuis il dit aux Esludiants 
en Théologie que le Professeur ne lui avoit pas satisfait non plus 
qu'es Leçons ou le dit Professeur avoit traicté de l'authorité de 
l'Ancien Testament et refuté les arguments des Juifs. 



1632. 

A esté aussi remarqué que pendant sa demeure en la maison ou il 
estoit Précepteur il ne mangeoit point ou rarement de chair de pour- 
ceau. Et dès qu'il a esté au Ministère il ne vouloit point de sel en 
ses viandes, et ne mangeoit aucune chair de pourceau. Que dans la 
chambre qu'il avoit là où il estoit Précepteur il a escrit divers pas- 
sages sur la porte et es parois à la façon des Juifs, louschant l'unité 
du Dieu d'Israël, et le mesme s'est trouvé en sa chambre de Divonne 
crayonné de charbon. 

Que souventes fois parlant avec les esludiants en Théologie, il avoit 
dit qu'il n'y avoit qu'un Dieu, que les passages alléguez par les Apos- 
tres au Nouveau Testament estoyent forcés et détorquex, sans passer 
plus avant, qu'en la maison où il estoit Précepteur se comportant 
autrement honorablement, il manquoit souvent à l'exercice de la 
prière, et toutesfois on le trouvoit souvent en prière particulière 
ayant devant soi la Bible Hébraïque. 

Ny ayant donc aucun qui doutast ou qui eust soupçon de ce qui 
est advenu, il entra en l'exercice du S 1 Ministère à Divonne, où le 
Sieur Baron du dit lieu le Chastelain et les Paroissiens avoyent 
grand contentement de ses prédications l'estimant homme docte et 
fidèle, le dit Seig 1 ' et ses subjets lui contribuant volontairement 
ce qu'ils lui avoyent promis pour son entrelien, ne prenant pas 



NICOLAS ANTOIXK 167 

garde à ce qu'ils ont remarqué depuis. C'est que le jour de Noël et de 
1j S 13 Gène il exposa le Pseaume 23 sans faire aucune mention de la 
Personne et de la naissance bien heureuse de nostre Seigneur ; depuis 
et auparavent il n'a presché que sur les Pseaumes et sur l'Ane. Test. 
Que recitant le symbole des quelque temps il passoit et marmon- 
noit entre ses dents ce qui tsloit de la Personne et otfice de Jésus 
Christ sans qu'on le peust entendre, maudissant en son cœur celui 
dont il est parlé en cest endroit, que sur toutes choses il preschoit 
qu'il u'y avoit qu'un seul Dieu, et n'y en avoit aucun autre, que qui 
parle et croit autrement croyoit et adoroit les idoles, ce qu'on ne 
pensoit point qu'il entendist de la Personne du Fils et du S 1 Esprit 
vrai Dieu avec le Père béni éternellement. 

Dereschef a esté remarqué que donnant la bénédiction au peuple 
il la donnoit au Nom d'un seul Dieu sans nommer le Fils et le 
S 1 Esprit. 

La patience de Dieu ne pouvant donc plus supporter ce monstre 
crachant son venin contre le ciel et brassant de corrompre l'Eglise 
a voulu que cela aist esté mis en évidence afin que le jour 1 et le feu 
du Seigneur repurgeast l'Eglise de cette peste. Car le Dimanche 6 16 
de féburier preschant en la dite Eglise, et exposant le Pseaume % 
où il est parlé clairement de la Personne et office de Jésus Cbrit 
le Fils de David mais engendré du Père éternellement, à qui est 
promis l'Empire de tout le monde, ce que David n'a jamais eu, à 
qui Dieu commande qu'on face hommage qu'on le baise et adore, 
qu'on mette sa confiance en lui, ce qui ne peust estre appliqué 
à David (fui n'estoit qu'homme, néant moins il dit que cela ne se 
pouvoit entendre que de David et non de Jésus Christ, qu'il n'y 
avoit qu'un Dieu, le grand Dieu d'Israël, seul en Essence, seul en 
Personne, que tout le reste n'estoit qu'idoles et fictions, il finit par 
la prière sans faire aucune mention de Jésus Christ, et après disné 
alla à Grilli. 

C'est alors et dès ceste action que ce grand Dieu et Sauveur fist 
paroistre sa gloire, que le feu et la fumée sortit de devant sa Majesté 
pour confondre ce blasphémateur le troublant en son Esprit. Car il 
lit l'action fort courte avec beaucoup de trouble et de confusion. 

Le landemain matin estant en son logis ordinaire il pria l'hostesse 
de lui bailler sa Bible, laquelle ne la trouvant pas, lui présenta un 
Nouv. Test, lequel il jetta là, disant que ce n'estoit pas la Bible, 
laquelle on lui apporta et lisant dedans ayant oui quelque bruit en 
la chambre au dessus, il jetta un grand cri effroyable, auquel le 
Baron et autres estant accourus le trouvèrent allant à quatre contre 
terre jusques à ce qu'il fust un peu remis, après quoi le Baron le 
voulant mener en son chasteau, il dit qu'il n'y vouloit pas aller, mais 
qu'il vouloit venir à Genève se faire brusler pour maintenir la gloire 
du grand Dieu d'Israël contre les idoles et surtout Jésus Christ. 

1 Allusion au jour de Dieu des Prophètes, synonyme de punition. 



16S REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ce qui ayant donné grand scandale tant au Baron du dit lieu comme 
aussi aux plus notables et à toute l'Eglise, oyans ces blasphèmes 
avec horreur, néantmoins imputans cela à quelque manie et aliéna- 
tion d'esprit procédant de quelque humeur mélancholique ou hypo- 
condriaque, taschèrent premièrement à le consoler et ramener par 
S tes exhortations attribuans cela à sa maladie de corps et d'esprit, et 
en outre y apportèrent toute aide et soulagement à eux possible par 
médicameus, la seignée et autres remèdes, pendant lesquels à la 
vérité il estoit hors de soi mesme, mangeoit peu, et avoit quelques 
propos et discours esgarez et extravagans, mais au reste il discouroit 
et persistoit en son opinion, disoit que depuis huit ans il avoit eu la 
mesme pensée laquelle il n'avoit point mise en avant mais que 
maintenant il estoit forcé par la vérité, et ne la pouvoit plus cascher. 
C'est qu'il n'y avoit qu'un Dieu seul, et que V Evangile et Jésus Christ 
estoit une fable et une idole que le petiple Chreslien adoroit au lieu du 
vrai Dieu. 

Donc ceste poure Eglise affligée et outrée avec le Sieur Baron du 
lieu prièrent les Sieurs Depreaux, le Clerc et Gautier pasteurs plus 
prosches de les assister tant pour consoler et ramener le dit Antoine 
à son devoir si possible estoit, que pour combattre ses blasphèmes 
et maintenir la gloire de ce vrai Dieu d'Israël, Père Fils et S* Esprit 
contre les horribles propos de ce blasphémateur, lesquels estant 
arrivés avec toute sorte de zèle à la gloire de Dieu, prudence et 
Charité Chrestienne parlèrent au dit Antoine l'estimant transporté 
d'Esprit et mélancholique, le consolèrent et exhortèrent d'invoquer 
et donner gloire à Jèsus-Christ vrai Dieu et vrai homme nostre Sau- 
veur, de se déporter de ces blasphèmes et ne scandaliser plus ceste 
poure Eglise. A quoi tant s'en faut qu'il donnast lieu, qu'il persévéra 
en ses blasphèmes contre la S te Trinité et Personne Sacrée de nostre 
Seigneur Jesus-Christ. 

Particulièrement fut remarquée ceste circonstance que le trouvans 
étendu en la rue les pieds en la fange, il pria que ceux qui Jui 
avoyent mis ses souliers les lui ostassent au nom du grand Dieu 
d'Israël, ce qu'ayans fait à sa requeste et ayant les pieds nuds à la 
Judaïque il adora à la façon des Juifs touschant la terre de son front 
disant qu'il avoit \eincu. Il fit le mesme en présence de quelques 
estudianls de Genève qui l'estoyent allé trouver le croyans mélan- 
cholique, et désiraus le soulager, en présence des quels il vomit tous 
ces blasphèmes, quoi voyant les dits estudiants se retirèrent tous 
effrayez, emportans quant et eux quatre feuillets de papiers pris en 
son estude par permission du Chastelain, lesquels ont esté remis 
aux Pasteurs de ceste Eglise le premier contenant une suite d'argu- 
ments contre la S tc Trinité, l'autre une prière composée de divers 
passages de l'Ane. Test, pour son usage particulier avant l'estude ne 
faisant aucune mention de Jésus Christ, le 3 e une prière du soir très 
longue sans aucun mot de Jésus Christ, le 4 e une prière pour faire 
après le presche de mesme parlant de la loi et sans aucun mot de 



NICOLAS ANTOINE 169 

l'Evangile excepté qu'au derrière du dit papier est escrite la confes- 
sion de foi ou le Symbole avec des nombres a costé de chaque article. 
Mais le Sieur Baron du dit lieu affligé et outré de ses blasphèmes, 
ayant imploré l'aide des Pasteurs susnommés qui firent tout leur 
possible envers le dit Antoine et le suspendirent de son ministère, 
le recommandant à la miséricorde de Dieu, finalement lui ayant dit 
que s'il continuoit à blasphémer ils le feroient brusier, quoi qu'il 
eust dit aux dits Sieurs Pasteurs qu'on fit apporter un rechaut 
plein de feu et qu'il y mettroit la main pour maintenir sa croyance, 
et qu'ils en fissent autant pour leur Christ, néantmoins il se trouva 
estonné de ceste menace, et print sa résolution de s'oster de là 
demandant qu'on le laissast aller, ce qu'ils empeschèrent tant qu'ils 
peurent, mais estant eschappé de leurs mains, le dit Sieur envoya 
quatre hommes après lui qui le suivirent allant devant eux à pied et 
portant ses pentoufles en la main, jusques à ce qu'il fut proche de 
la Ville', et lors l'abandonnèrent, tellement qu'il arriva à la porte 
environ les 8 à 9 heures du soir tenant divers propos qui estonnè- 
rent fort la garde qui estoit hors la ville ne saschant en quel estât il 
estoit, si démoniaque ou frénétique, ce qui leur fit donner advis à la 
garde de la porte qu'un certain homme estoit arrivé qui demandoit 
d'entrer avec des paroles estranges. Sur quoi l'un des Sénateurs fai- 
sant office de sergeant-Major, commanda à la garde de dehors d'avoir 
soin de lui, qu'il ne se fist aucun mal, à quoi ils obéirent le tenant 
près du feu avec eux, jusques à ce qu'environ une heure après mis- 
nuit il voulut sortir, et se tint sur une pierre prosche le pont de la 
ville criant, que le Dieu d'Israël soit lesni et arrière de moi Satan et 
ce à diverses fois. Jusques à ce que le jour estant venu et la porte 
de la ville ouverte il se fascha au Capitaine et aux soldats, et estant 
entré dans la Ville il se prosterna à la façon des Juifs et de là alla 
au logis de l'Escu de Genève, où estoit logé l'Ambassadeur du Sere- 
nissime Roi de Suède, disant qu'il vouloit parler à l'Ambassadeur et 
le saluer de la part du Village, ce qu'oyant les gens du dit Seigneur 
Ambassadeur et ceux du logis demandèrent que c'est qu'il lui vouloit 
dire, et trouvèrent bon que le Secrétaire du dit Seigneur fist sem- 
blant d'estre l'ambassadeur, auquel il dit quelque chose mais fina- 
lement conjecturant que ce n'estoit pas le dit Seigneur, il dit qu'il lui 
vouloit parler, s'en va à la porte de sa chambre où il heurta fort rude- 
ment, ce qui fit que l'ambassadeur ouvrit lui demandant ce qu'il 
vouloit, et le trouvant esgaré en ses paroles et discours commanda 
au logis qu'on lui donnast quelque chose. Ce qui fut fait incontinent 
pas l'hostesse qui le mena vers le feu, lui fit prendre un bouillon, lui 
présenta à manger, tellement qu'il se reprit un peu se plaignant d'estre 
las et harassé, et demandant d'eslre mis au lict, ce qui fut fait aus- 
sitost, Thostesse lui ayant fait bassiner son lict où il fut quelques 
temps, mais finalement il se leva courant au Rhosne qui est tout 

1 Genève. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prosche le dit logis pour se précipiter, n'eust esté que les gens du 
logis et les voisins avec les pages du dit Seigneur coururent après 
lui, et le ramenèrent au logis où il fut gardé soigneusement, lant 
que la Compagnie des Pasteurs et Professeurs en ayant eu advis et 
Messieurs du Conseil pries d'en avoir compassion, le faire osier de 
là, et recevoir en l'IIospital, deux des Seigneurs Syndiques comman- 
dèrent qu'on l'allast prendre, et emporter a l'Hospital pour estre 
traicté comme forcené et mélancholique. Ce qu'on rit avec beaucoup 
de peine icelui résistant et ne se voulant laisser emporter, invoquant 
le grand Dieu d'Israël et le priant pour la destruction des idoles, au 
nombre desquelles il mettoit Jésus Christ nostre Seigneur, tellement 
qu'il le fallut lier à la chaire, et l'emporter ainsi garrotté à l'Hospital 
le 1 1i"2l feburier où on le (raicte en touste douceur lui tenant tou- 
jours quatre hommes pour le soulager et garder de se mesfaire, 
lui fournissant la nourriture, envoyant le médecin ordinaire de la 
maison qui lui fit tirer du sang au bras, lui fît appliquer des sang- 
sues, et fit prendre quelques autres médicamens mesme après une 
consulte de six docteurs médecins, lesquels ont fort bien réussi en 
sorte que ces manies ont cessé, le corps et l'esprit sont venu en une 
grande tranquillité. Mais comme avant ce trouble et aliénation d'es- 
prit il avoit prémédité ces maudits blasphèmes, et s'y estoit fortifié 
le mesme a continué en sa furie et melancriolie continuant ses hor- 
ribles propos dont on ne feroit pas estât, nestoit que dans les inter- 
valles dilucides de son mal il en parloit encore disant qu'il n'y avoit 
qu'un Dieu, tout le reste n'estoit qu'idole, nonobstant la prière et 
exhortation de divers Pasteurs, contre lesquels il crachoit il s'esle- 
voit disant qu'on ne le feroit pas taire et crachoit en face des assis- 
tants en despit dit il de vostre Maistre, tous imputans cela à la mala- 
die d'esprit et à la melancholie dont on le croyoit détenu, mais la sei- 
gnée et autres remèdes ayant faist leur oppération le lundi suivant 
estant visité par quelcun des Pasteurs avec un des Sénateur exhorté 
de sentir la main de Dieu et recourir à Ja grâce de celui qu'il avoit 
blasphémé, il s'escria le Dieu d'Israël soit bcsni éternellement, qu'il ne 
croyoit sinon le grand Dieu d'Israël. A quoi lui estant objecté qu'il 
invoquast Jésus Christ le vrai Dieu avec son Père qu'il misl sa 
bousche sur la poudre comme Job qui ne l'avoit pas blasphémé et 
maudit comme lui, Il continua en son propos et dit qu'il ne croyoit 
sinon le grand Dieu d'Israël, que ce qu'adore et sert toute autre gent, 
idolâtres font. Il dit si ce Christ est Dieu, que toutes les malédictions de 
la loi et les foudres tombent sur moi, mais s'il ne Vest pas qu'elles tombent 
sur vous, que ce Christ estoit une idole, et par un blasphème horrible le 
nomme ce vilain, le diable. 

Dont le dit Pasteur ayant horreur se retira priant Dieu d'avoir 
pitié de ce misérable, tout effrayé des paroles procédant de ceste 
bousche infâme avec des gestes et grimaces d'un démoniaque. Tout 
cela néantmoins estoit attribué à la fureur de la manie et melancholie. 
laquelle produit des effects et paroles estranges en divers autres, et 



NICOLAS ANTOINE 171 

parmi laquelle le diable se mesle souventes fois estant appellée Bal- 
neum diaboli, afin qu'il se servent de la bousche des hommes pour 
blasphémer Dieu tellement qu'on continua à le traicter et de nourri- 
ture et de medicamens au mieux qui fut possible. Ce qui réussi en 
sorte que dès le Mardi au soir il commença à reposer estre coy et 
paisible à maDger assez bien, avoir bon poulx, discourir et ratiociner 
comme un homme sain sans aliénation d'esprit mais continuant tous- 
jours en ses maudits blasphèmes, disant que dès huit ans il avoit 
ceste cognoissance, qu'il ne la pouvoit plus cascher, et qu'il n'y avoit 
qu'un seul Dieu, rejet tant et réfutant tous les -passages du Nom. Test, et 
ne voulant mesme donner lieu à l'interprétation des passages de l'Ane. 
Test, qui monstre clairement la vérité des trois Personnes en l'essence 
de Dieu, de la Personne et office de Jésus Christ. Ce qu'il fit encore 
plusimpudemment le jour suivant, un des Pasteurs avec le Professeur 
Hebrieu l'estant allé visitera sa requeste, lui traduisant les passages 
Hébrieux, le Professeur mesmes lui lisant du Thalmud pour monstrer 
l'absurdité et l'impiété des Juifs. Ceux là estant retirés, un autre des 
Pasteurs y vint, et en présence des Médecins et autres personnes com- 
muniquant paisiblement avec lui l'exhorta à revenir à soi mesme, et 
avoir honte du passé ouvrant sa bousche pour glorifier celui qui avoit 
esté blasphémé, afin que s'il y avoit eu du mal, on l'imputast à la mala- 
die qu'il avoit eu auparavant, et néanlmoins qu'il en demandast pardon 
à Dieu. A quoi tant s'en faut qu'il acquiesçât qu'il dit au contraire 
qu'il croyoit bien qu'il y avoit eu quelque transport et maladie, de 
laquelle Use trouvoit délivré, qu'il se portoit bien excepté qu'il se sentoil 
un peu faible, mais que quant aux choses qu'il avoit dites, il s'en soure- 
noit bien et les roulait maintenir jusques à la mort, et parmi tous les 
tourments du monde, reu qu'il seslimtroil lieurevx de souffrir pour la 
gloire du grnii Di°u d 'Israël, et toutes fois qu'il dénreroit bien, qu'on le 
laissast aller et qu'il se ntirtroit en un bois afin de demeurer là tt de 
persévérer en ceste croyance. Lui estant demandé si à son dernier voyage 
en Italie il avoit parlé à quelques Rabbi à Venise qui l'eust fortifie en 
cest opinion, il dit que non et qu'il ne scavoit ce que croyoyent et 
enseignoyent les Juifs mais qu'il croyoit à la parole de Dieu conte- 
nue en l'Ane. Test. Lui estant répliqué qu'il y en avoit un Nouveau 
de mesme Authorité auquel Dieu nous avoit parlé en ces derniers 
jours par son fils que c'estoyent les deux chérubins de dessus le Tro- 
pitiatoire l'Urim et le Bumin ' du Pectoral les deux mammelles de 
nostre mère spirituelle qui est l'Eglise, il dit qu'il ne croyoit que l'Ane. 
Testament. A quoi estant opposé ce passage de Jérémie allégué par 
l'apostre. Heb. 8. Je traiterai un Nouveau Testament, Il dit que c'est 
que Dieu veut renouvelle)' V alliance que le peuple avoit violé au désert et 
qu'il le vouloit sanctifier pour observer sa loi, mais qu'il n'est point parlé 
deJesus-Christ. Sur quoi le Pasteur insistant et disant que Jeremie 
parle des derniers jours, que cela ne pouvoit estre fait sans un Mé- 

1 Toumim. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

diateur vrai Dieu, et vrai homme qui accompli ces choses au vrai 
Israël, Il retourna à son opiniastreté, n'ayant point de raison, et il 
dit qu'il n'y avoii qu'un seul Dieu, que Dieu est simplicissimus, et que 
la 'pluralité de personnes emportoit pluralité de Dieux que la loi dit, Il 
y a un seul Dieu, et tu n'auras point d'autres Dieux, et choses sem- 
blables que les passages de l'Ancien Testament allègues au Nouveau, 
estoyent tous falsifiés et détorqués tiré par les cheveux, celui du 
PS. 8, Hébr. 2. Celui du PS, 89. Hébr. 1.1-22Héb. 1. Celui du PS 101. 
Héb. 1. A quoi estant respondu vivement le Pasteur s'arresta sur un 
Passage du Ps. -110. disant que la distinction des personnes et l'office 
de Jésus Christ y est spécifié, il respondit que non, mais que les 
serviteurs de David l'avoyent fait à l'honneur de David auquel Dieu 
promettoit de veincre ses ennemis. Sur quoi le Pasteur le prenant à 
la letre dit que puis qu'il estoit Juif il faloit qu'il se tinst à la letre, 
que le tistre estoit PSeaumes de David, que les Pharisiens l'avoyent 
entendu du Messias et qu'il estoit pire qu'eux. Il persista en sa 
malice et un des assislans ayant dit qu'en ce mesme PS. est dit tu 
seras mon sacrificateur selon l'ordre de Melchisedec, Ce qui ne pour- 
roit estre dit de David qui ne fust jamais sacrificateur, par une malice 
et cavillation estranges, il dit que si, et que David avoit distribué du 
pain et du vin au peuple, 1. chroniq. 16. Ce qui n'a point esté une 
action de sacrificateur mais une libéralité royale. De là il continua à 
éluder les autres passages prouvans la S te Trinité. Celui de Genèse 49. 
que V Eternel pleut feu et soulphre, de par V Eternel, disant que tfetoit 
de par soi mesme comme il est dit que Pharao chassa Mot/se de devant 
Pharao. Du passage du 7. Esaie que cela s'enteni non d'une vierge qui 
deust concevoir sans corjnoissance d'hommes, mais de la femme du pro- 
phète qui lui devoit enfanter deux enfants, donc Esa dit me voici et les 
enfans que lu m'as donnés. A quoi lui fut respondu qu'il est parlé de 
double signe, l'un des enfans d'Esa, L'autre d'un Fils de la Vierge nom- 
mé Immanuel, Il persista et dit qu'il n'estoit parlé que d'un enfan 
desjà né — Sur le passage Esa. 9. où il dit que l'enfan sera appelé le 
Dieu Fort, il dit que le mesme dit du Prince en Ezechiel sans spé- 
cifier le lieu. Il en dit de mesme de tous les autres passages, du 
PS. 45. O Dieu ton Dieu t'a oinct, et du Testament de Jacob, Gen. 49. 
et de là vint à se moquer des deux passages de Matthieu 2 : Il sera 
appelé Nazarien et j'ai appelé mon fils d'Egypte comme aussi de celui 
deZacharie où le nom de Jeremie est mis, disans que cela ne s'entend 
pas du Messias mais d'un meschant Pasteur que Dieu vouloit punir. A 
quoi ayant esté respondu pertinement il ne laissa point de continuer 
en sa rébellion, et a persévéré en cela jusques à maintenant, nonobs- 
tant que par commandement de la Comp. des Pasteurs le Lundi 20 fé- 
burier les deux Professeurs en Théologie et un des Pasteurs s'estans 
transportés là l'ayant adjurer de donner gloire à Dieu seul Père Fils et 
S l -Esprit et à ce mesme Fils Immanuel, lui ayent leu les passages 
Hebrieux et monstre le vrai sens d'iceux, celui d'Esa. 9 et 53. de Zach. 
13. où il est parlé d'un bon Pasteur frappé, Celui de Dan. 9, celui du 



NICOLAS ANTOINE 173 

PS. 2 et PS. 22. à quoi il a répliqué malicieusement et diaboliquement 
qu'il ne croyoit qu'au Dieu d'Israël et ne recognoissoit point d'autre, qu'il 
est dit, non snUbis deos aliénas que le second Pseaume ne parle que 
de David, le passage d'Esa 55. ne parle que du peuple et non du Messias 
que cest Immanuel et Dieu Fort promis par Esaie. c'est Josias, que s'il 
est dit qu'il a mis son ame à la mort il est aussi dit par Debora, 
Nephtali a exposé son ame à la mort, que le passage du PS. 22 : Ils 
m'ont percé mes pieds et mes mains s'entend des afflictions de David 
et non du Messias, que s'il est Dieu c'est une absurdité de dire que 
Dieu délaisse Dieu, que s'il est dit Ils verrons celui qu'ils ont percé, 
c'est celui: qu'ils ont offensé assavoir Dieu, et qu'au reste tous les 
passages de l'Ancien Testament allègues au Nouveau estoyent forcés 
tirés par les cheveux et crioyent tous miséricorde. Le tout après que 
sur l'exhortation sérieuse à lui faite par M. Diodati pendant laquelle 
on lui voyoit trembler les jambes quoi que dans le lict, finalement il 
dit qu'il estoit en une extrême angoisse, que des sa jeunesse il avoit 
tasché de servir Dieu dès qu'il avoit eu l'aâge de discrétion, qu'estant 
en la Papauté, et depuis il avoit eu des scrupules touchant la Trinité, 
que lui ayant esté donné un Nouv. Testament, il avoit trouvé qu'elle 
estoit bien prouvée par le Nouveau, mais que ces scrupules lui 
estaos revenus il ne trouvoit point que ce dogme fust prouvé par une 
autre Escriture qui estoit l'Ane. Test, et qu'il trouvoit tout le con- 
traire, veu qu'il est dit qu'il n'y a qu'un Dieu, et ne peut croire 
ni comprendre que cela puisse subsister avec la Trinité. En quoi les 
dits Professeurs et Pasteurs voyant une humeur maligne et invétérée 
une pertinacité en son erreur, ils prirent occasion de l'adjourner 
devant le throne de ce grand juge qu'il blasphemoit malicieusement 
lui alieguans avec larmes les passages plus exprès capables d'es- 
branler et de faire trembler les puissances infernales, dont il ne fut 
point esmeu, mais dit que toutes leurs menaces ne l'espouvante- 
royent point, et qu'il estoit résolu de mourir martyr, que Dieu le 
fortifieroit, lui feroit grâce pour l'amour de son nom, sans vouloir 
avouer ni confesser en quelques façons que ce soit Jésus Christ nostre 
Seigneur, quoi voyans les dits Pasteurs se retirèrent. 

Les mesmes exhortations et adjurations lui ayant esté faites par 
divers autres Pasteurs et plusieurs des Seigneurs du Conseil et 
autres des plus notables de la Ville sans aucun fruict, sinon qu'il ne 
proféroit pas les blasphèmes en termes exprès contre la sacrée per- 
sonne de Jésus Christ, mais bien disoit il ne se retracter point, au 
contraire vouloir maintenir ce qu'il avoit dit sans donner aucune 
gloire à Jésus Christ et pour preuve de son impieté ne vouleu donner 
aucun lieu aux passages du Nouv. Testam. ni à la vérité et vrai 
sens des passages de l'Ane. Testam. finalement les Pasteurs et Pro- 
fesseurs voyans que nonobstant l'advis des Médecins fait en consulte, 
s'il y avoit eu quelques melancholie et manie c'estoit après que 
non seulement il avoit couvé ceste impieté, mais qu'il avoit tasché 
d'en jetter des semences en ses prédications, tellement que c'estoit 



J7i REVUE DES ETUDES JUIVES 

plus tost un indice du jugement de Dieu, que non par une maladie 
naturelle, et que des qu'il avoit esté tranquille et hors de toutes ap- 
parences de fureur et aliénation d'esprit il avoit persévéré en son 
impieté s'eiï'orcans de prouver ses blasphèmes, et aiusi que des long- 
temps il avoit couvé et prémédité ceste malice en son cœur, qu'outre 
les parjures contre son Baptême, et celui qu'il avoit commis conlre 
le serment par lui preste estant receu au S 1 Ministère, Il maintenoit 
une hérésie et blasphème directement contre la S lc Trinité, et contre 
la personne sacrée de Jésus Christ cornet tant un crime de Leze Ma- 
jesté divine au Premier chef, il estoit en un sentiment pire que 
les Antitrinilaires, que les Turcs voire que les Juifs mesmes disant 
que plusieurs pseaumes et oracles que les Juifs disent estre du 
Messias, toutesfois n'appartiennent pas au Messlas, que c'est un 
exemple horrible et inoui qu'un homme ayant ceste pensée et impres- 
sion se soit malicieusement présenté pour e^lre receu au S 1 Ministère 
pour prescher l'Evangile et administrer les S ,s Sacrements, que veu 
sa rébellion il y avoit apparence qu'il avoit esteint et outragé 
l'esprit de grâce, les Pasteurs dis-je voyaus ces choses après avoir 
invoqué le Dom de Dieu prirent conclusion d'en donner leur advis au 
Magistrat leur remonstrant que la douceur dont on avoit usé envers 
lui ne servoit de rien, les remonstrances et adjurations y avoyent 
esté inutiles, et qu'il y alloit trop avant de la gloire de Dieu, que 
qui n'aime le Seigneur Jésus doit estre anatheme. Pourtant qu'il leur 
pleust peser meurement ces choses, et voir si la rigueur et sévérité, 
n'y seroit point plus à propos, tant pour essayer de ramener ce pes- 
cheur, si possible est, que pour oster le scandale, et ainsi qu'il seroit 
bon de l'oster de THospital où il estoit bien traicté, et où trop de 
gens alloyent pour estre lesmoins de ses blasphèmes et le mettre en 
prison en chambre close. 

Ce qui ayant esté représenté dignement par le Modérateur, et le Ma- 
gistrat ayant acquiescé à cet advis, ne désirant pas toutesfois qu'on 
escrive encor dehors en diverses Eglises, il fut osté de l'Hospital le 
25 feburier et porté aux prisons entre six et sept heures du soir, 
n'ayant pu ou voulu cheminer. 

Ayant esté quelque temps en prison, bien nourri et medicamenté 
avec deux gardes près de lui continuant en son opiniastreté, finale- 
ment il fut visité par deux divers Sabmedis de deux Pasteurs et sur 
sepmaine de quelques autres l'exhortant à son devoir et offrant de 
satisfaire à ses doutes ausquels il ne donna aucun contentement se 
roidissant en son mal, jusqu'à ce que le Sabmedi 12 Mars on prit un 
escrit qu'il avoit fait de sa confession, lequel il tenoit caché derrière 
son chevet, dont il le laissa prendre ayant entendu que c'estoit par 
authorité du Magistrat. Le dit Escrit contenoit douze articles, le 1 er de 
l'unité de l'essence sans aucune distinction de personnes. 2. du 
moyen d'estre justifié par la seule observation de la loi. 3. que la 
circoncision doit être en usage jusques à la fin du monde. 4. que le 
propre jour du sabbat doit eslre observé. 5. la distinction des viandes 






NICOLAS ANTOINE |7S 

mondes et immondes. 6. le basliment du Temple de Jérusalem 
7. la restauration des sacrifices. 8, du Messias qui doit venir et ne 
doit estre qu'homme. 9. qu'il n'y a point de péché originel. 10. qu'il 
n'y a point de prédestination, mais un franc arbitre et qu'un vrai 
juste peut deschoir tout a fait. M. qu'il n'y a point de satisfaction 
pour nous, mais qu'un chacun doit satisfaire pour soi. 1 j}. que le 
Nouv. Testam. ne s'accorde ni avec soi, ni avec l'Ancien, lesquelles 
propositions il b'efforceroit de prousver au dit escrit par l'Ancien tes- 
tament et la raison, réfutant les objections des chrestiens. Mais 
n'ayant mis ses preuves prétendues que jusques au 8° article, Il pré- 
senta une- requeste au Magistrat le lundi matin 13 Mars dressée du 
jour précèdent aux fins qu'on lui rendit son escrit qui estoit impar- 
faict disoit il pour le corriger et achever. Le soir auparavant on lui 
rendit son escrit par advis de la Compagnie des Pasteurs, auquel il 
continua d'adjouster les preuves de son impieté, éludant les preuves 
des Chrestiens s'estendant sur tout en contradictions prétendues du 
Nouv. Testament, avec l'Ancien, et avec soi mes me, continuant par 
une exposition impie et extravageante du 53 chap. d'Esaie. et par 
une imprécation de malédiction à qui croiroit le contraire à qui crie- 
roit blasphème contre lui. Ceste addition assez longue ayant eslé 
faite des le dimanche au soir, jusques au Mardi matin, il se ressentit 
frappé en son esprit, tellement que le Mardi on le vit troublé, et la 
frénésie revint, ayant les yeux esgarez, ne recognoissant pas bien 
les personnes sur tout deux Pasteurs, dont l'un lui avoit porté la 
Bible Hébraique qu'il avoit demandé, et l'autre estoit survenu pour 
tascher ensemble a le ramener. Mais le vo3 r ans en cest estât on se 
contenta d'une simple exhortation à recognoislre et invoquer le vrai 
Dieu d'Israël tel qu'il s'estoit révélé en sa parole, donuer gloire à 
celui qu'il avoit blasphémé, à quoi il respondit, qu'il n'avoit point 
blasphémé et ne le croyoit point ; qu'il invoquoit le grand Dieu d'Is- 
raël, mais que quant à Jésus Christ crucifié il ne l'invoqueroit ni reco- 
gnoistroit jamais, et se tournoit despitant et murmurant par la 
chambre plus tost mille morts, hochant la teste. Ce qu'oyaus les dits 
Pasteurs et lui dénonçant le jugement de Dieu s'il ne se repentoit se 
retirèrent, Après cela il continua en ses esgarements le reste du jour 
et la nuit suivante, jusqu'au lendemain auquel il revint à sa première 
fureur vomissant et proférant des blasphèmes horribles contre nostre 
Sauveur. Ce que quelques-uns imputoient au t'rouble du cerveau re- 
venant au renouvellement de la lune, et à la suite de sa mélancholie, 
mais d'autres l'attribuoyent à un jugement signalé de Dieu, veu que 
comme au commencement Dieu l'avoit frappé quand il prescha que 
le PS. 2 n'appartient qu'à David non à Jésus Christ, où qu'il n'appar- 
tcnoit à David mais que par figure on lattribuoit à Jésus Christ, Aussi 
ayant voulu prouver ses blasphèmes par l'Escriture et combattre la 
dignité du Seigneur Jésus béni éternellement et la vérité du Nouv. 
Testament, il estoit dereschef frappé de ce mesme doigt de Dieu 
abandonné et livré à l'esprit de blasphème. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Eu ce temps fut trouvé uue requeste eu sa pochette adressée à 
la Seigneurie protestant de la vérité de sa créance, rendant raison de 
ce qu'il avoit pris le Ministère, et conjurant qu'on ne mist point de 
sang innocent sur la Ville en le faisant mourir, outre diverses autres 
raisons, et surtout que selon la créance et les loix de la Ville et de 
1) religion Chrestienne il croyait qu'ils estoyent obligez à le faire 
mourir. Mais qu'ils pensassent bien à ce qu'ils feroyent de peur 
d'attirer malédiction sur eux, et leurs enfans, veu que s'il avoit pris 
le Ministère ayant ceste croyance on ne lui pouvoit imputer à crime 
1° parce qu'à Venise il s'estoit adressé aux Juifs qui ne Tavoyent 
voulu recevoir, mais lui avoyent dit qu'il pouvoit vivre parmi les 
Chrestiens gardant sa croyance. 2° que ce qu'il en avoit fait estoit 
pour se tenir à part, et se marier, mais au reste qu'il avoit esté 
amené en leur Ville par un certain transport, quel est ce transport. 
Dieu le scait, et ainsi qu'ayant esté amené comme miraculeusement 
eu Ville, ils s'avoyent bien à penser comment ils y procederoyent. 

Ceste requeste veue par le Magistrat on sursoya de penser à son 
affaire, le voyant troublé et aliéné d'esprit jusqu'au Vendredi 15 de 
Mars, auquel la Gomp. des Pasteurs assemblée, et entendant qu'il 
avoit quelques intervalles, donna charge à 4 députez du corps de le 
voir lors qu'on le trouveroit en estât, lui représenter ses blasphèmes 
proférés de bouche et par escrit, et faire quelques briesve et solide 
response à ceste impie confession qu'il avoit dressée, pour scavoir 
de lui s'il vouloit persister en son impieté. Mais avant que cela fut 
fait, l'un des Pasteurs qui à son tour va aux prisons faire une exhor- 
tation aux prisonniers l'estant allé trouvé en sa chambre, le Sabmedi 
M auquel comme jour de sabbat ancien l'on a remarqué qu'il se tient 
dans le lict, ne voulant violer le sabbat, et qu'il est beaucoup plus 
opiniastre, ledit Antoine lui dit d'abord, es tu un diable, ou un 
homme mortel, le Pasteur lui ayant respondu qu'il n'estoit point un 
diable, mais un homme mortel seiviteur de Dieu qui le venoit 
exhorter et adjurer de s'amender et croire à l'évangile, à défaut de 
quoi il devoit attendre le jugement de Dieu qui avoit desjà paru sur 
lui, et qu'il pensast à la fin de Judas, d'Arrius et de Julian l'apostat 
au lieu de donner lieu à ces sérieuses remonstrances, il se remit à 
cracher et faire des contenances de furieux et enragé, ce qu'il con- 
tinua jusques au lendemain dimanche, auquel le Médecin lestant 
venu trouver, il le trouva comme en une espèce de desespoir, disant 
qu'il avoit fait et. dit des choses horribles, qu'il s'estonnoit comme on 
ne l'avoit assommé, qu'il avoit péché contre le S 1 Esprit, qu'il vau- 
droit mieux pour lui qu'on le fist mourrir, parce que si on le relas- 
chait il craignoit que le Diable ne l'emportast en corps et en ame, 
qu'il avoit esté mis en la puissance des démons, et autres paroles 
horribles, ausquelles le médecin ayant pertinemment respondu en 
l'exhortant à prendre courage se retira. 

Mais après midi se trouvant en mesmes frayeurs, il demanda qu'on 
lui fist venir un Ministre, ce qui fut fait, auquel il dit, qu'il estoit en 



NICOLAS ANTOINE 177 

grand peine, qu'il scavoit bien, avoir dit et escrits choses horribles 
contre Dieu, mais qu'il prioit qu'on intercedast pour lui envers 
Messeigneurs qu'il vouloit rétracter tout ce qu'il avoit dit et escrit, 
signer nostre confession et croyance, mais après qu'on lui auroit 
donné sauf conduit et qu'il seroit hors des prisons, sur quoi le Mi- 
nistre l'ayant exhorté de faire sur tout sa paix avec Dieu et reco- 
gnoistre Jésus Christ, il dit le vouloir faire soubs ces conditions. Et 
estant visité au soir par deux autres Pasteurs lui représentans ses 
fautes passées, l'adjurant de le recognoistre envers Dieu pour essayer 
s'il y auroit quelque voye à grâce, et si Dieu voudroit faire ses mer- 
veilles l'arrachant de la puissance de Satan où il estoit tombé si 
avant, pourtant qu'il donnast gloire à Dieu, il dit qu'il vouloit donner 
gloire au grand Dieu d'Israël et lui estant répliqué que c'estoit bien 
fait qu'il n'y en a aucun autre, mais qu'il le faloit recognoistre tel 
qu'il s'est manifesté, Père, Fils et S 1 Esprit, il le faloit adorer en 
son Fils par lequel il s'est donué à recoguoistre. Il dit s'il est vrai 
Dieu avec le Père je le veux adorer. Lui estant respondu qu'il ne 
faloit point parler ainsi puis qu'en effect il estoit vrai Dieu, il dit qu'il 
l'adoroit, qu'il vouloit retracter ce qu'il avoit dit et escrit mais qu'on 
priast pour lui envers Messeigneurs. Sur quoi les dits Pasteurs lui 
ayant dit que c'estoit peut estre par hypocrisie par crainte de la 
mort, qu'il estoit en fiel très amer, et en liens d'iniquité, et pourtant 
qu'il fist paroistre que sa repentance estoit sérieuse par une vraye 
et franche confession par tesmoignages extérieurs, Il dit qu'il le 
feroit, ce que toutesfois on n'a point apperceu veu qu'il a continue 
en ses blasphèmes en l'absence des Pasteurs, et en présence de ses 
gardes, qui le tenoyent lié au lict, de peur qu'il ne se mesfist, dont 
estant despité il les nommoit diables, disoit qu'il voudroit estre 
libre et avoir un cousteau pour s'en donner dans le cœur, et qu'il 
les estrangleroit, mesme la nuict de Mercredi ayant esté lié plus légè- 
rement, il se deslia les mains, et tint ses maillots cachez en sa main. 
Ce que les gardes ayant aperceu et lui demandans pourquoi il avoit 
fait cela, il leur respondit qu'il estoit en train de se deslier du tout 
pour les estrangler puis après. Avant cela qu'en ses prières il ne 
priast autre que le grand Dieu d'Israël sans faire aucune mention 
de nostre Seigneur Jésus Christ, ne lui demandant pardon, et ne tes- 
moignant aucun regret du passé, ayant demandé au Geôlier si on le 
laisseroit tousjours là, et s'il ne sortiroit jamais, le geôlier lui ayant 
respondu que cela ne pouvoit estre jusques à ce qu'il recognu son 
sauveur et donner gloire à Jésus Christ., après quoi Messeigneurs 
auroyent pitié de lui, et les Pasteurs intercederoyent pour lui, fina- 
lement il demanda du papier où il escrivit qu'il croyoit la S te Trinité 
et que Jésus Christ estoit le Fils de Dieu, le vrai Sauveur et Rédemp- 
teur du monde, Ce que toutesfois il ne signa point disant ne le vou- 
loir faire jusques à ce qu'il fust hors de prison. Cela donnoit quelque 
espérance de conversion n'eust esté qu'en ses prières et propos il ne 
faisoit aucune mention de Jésus Christ ne tesmoignoit aucun regret 

T. XXXVI, N° 72 . 12 



i REVUE DES ETUDES JUIVES 

de son impieté passée, mais bien dit il au médecin le Mardi précè- 
dent, qu'on l'avoit abusé lui promestant que pourveu qu'il promist 
de rétracter ce qu'il avoit dit et escrit et en dresser une confession, 
il sortiroit de prison, Cependant il n'en voyoit aucun effect, mais 
qu'au reste il ne l'avoit point signé, et que le diable l'avoit escrit, Il 
estoit toujours en sa croyance première, et que mille morls ne la lui 
arracheroyent jamais du cœur, et autres semblables paroles, con- 
fermées parce que jamais en présence de ses gardes il ne prioit Jésus 
Christ, ni Dieu par Jésus Christ, mais seulement le grand Dieu 
d'Israël, et la mesmes nuict du Mardi les gardiens l'ayant exhorté de 
prier et invoquer le Seigneur Jésus, il dit, Ce diable et autres tels 
termes, il répéta dereschef ses blasphèmes, ainsi que les gardes et le 
portier le dirent le lendemain à deux Pasteurs qui le visitèrent, les- 
quels Tayant trouvé comme endormi, et lui demandans s'il dormoit 
il dit que non, et qu'il les recognoissoit bien tous deux les nommant 
par leur nom, et disant qu'il croyoit qu'ils ne luy vouloit point de 
mal. Estant interrogué en quel estât il estoit, et s'il persistoit en ce 
qu'il avoit dit le dimanche précédent, il dit qu'oui, Puis dit-il que 
vous m'asseurez qu'il y a une Trinité, et que Jésus Christ est le Fils 
de Dieu, je le croy et veux retracter ce que j'ai dit et escrit. Lui 
estant respondu que c'estoit parler bien froidement, qu'il y avoit 
apparence que ce fust par hypocrisie et par crainte des homme?, 
qu'il avoit blasphémé si avant, s'estoit préparé à cela de longtemps 
s'y estoit affermi, qu'il estoit bien à craindre qu'il ne fust venu bien 
près du péché irrémissible, que Dieu seul et sa conscience le scavoit. 
Il respondit sans larmes, sans esmotions qu'il n'y a si grand péché 
que la miséricorde de Dieu ne soit plus grande, et lui estant 
monstrées les absurdités de ses paroles et escrits dit que ce n'estoit 
pas lui, que c'estoit le mal qui le lui avoit fait dire, qu'il vouloit tout 
retracter acquiesçant à tout ce qu'on lui disoit, et ne se justifiant 
que bien légèrement, et lui estant dit qu'on ne voyoit rien de sin- 
cère en sa procédure, que la mesme nuict il avoit blasphémé et 
jamais invoqué Jésus Christ, que ce n'estoit qu'hypocrisie, qu'il n'y 
avoit ni larmes, ni regret ni soupirs, ni confession de son péché, 11 
avoua de n'avoir point invoqué Jésus Christ., ni Dieu par Jésus 
Christ, mais dit froidement qu'il le vouloit faire ce après, puis qu'on 
l'asseuroit qu'il estoit le vrai Dieu, que de vrai il ne jettoit pas des 
larmes, mais c'est qu'il n'estoit pas accoustumé à pleurer, à quoi les 
gardes s'opposèrent disaus que la mesme nuict priant le grand Dieu 
d'Israël il jettoit des larmes en abondance, toutesfois il persista en 
ses protestations, qu'il les disoit de bon cœur, sans toutesfois tesmoi- 
gner aucune esmotion, se compleignaut seulement de la violence des 
gardes qui le tenoyent lié si estroitement monstrant les blesseures 
que lui avoyent fait les manottes, et disant que c'estoit à ses gardes 
qui la traictoyent si rudement, qu'il avoit dit, ce diable, et que s'il 
avoit escrit diverses choses avant sa maladie, c'est qu'il étudioit, tra- 
vailloit à voir les objections des Juifs, et avoit trouvé des contradic- 



NICOLAS ANTOINE 179 

tions au Nouveau Testament tant avec le Viel, qu'avec soi mesme, 
qui l'avoyent mis en grand scrupule, mais qu'il acquiesçoit à nos 
responses, l'un desdits Pasteurs lui ayant dit que s'il se faut arrester 
à ces apparences de contradictions il y en a autant au Viel qu'au 
Nouveau, es livres des Rois et Chroniques, et pourtant qu'il ne faut 
conclurre qu'il se contredisent à soi mesme, non plus aussi le Nou- 
veau Testament, mais qu'il faut recercher la vérité, que si es pas- 
sages du Messias il y a diverses circonstances qui semblent ne lui 
appartenir, il faut distinguer ce qui appartient à la figure et au type 
de ce qui appartient à la vérité : mais qu'au 2 Pseaume toutes les cir- 
constances appartenoyent à Jésus Christ, veu que David, n'avoit point 
esté oinct en Sion, mais en Ilebron, où il a esté oinct par ceux de 
Juda et d'Israël en diverses fois etSalomon en Guibon tellement que 
cela n'appartient qu'à un seul Jésus Christ, dont il est dit Je t'ai 
engendré, et après Baisez le Fils, Bienheureux qui se confie en lui, 
à quoi il répliqua encore que ce ia « en lui » se pourroit rapporter à 
Jesoua, et non à ce Fils, néant moins qu'il le croyoit et acquiesçoit à 
ce qu'on lui disoiL 

En quoi il fit semblant de persister jusques à ce que voyant que sa 
feintise et dissimulation ne servoit point à sa libération îl prit réso- 
lution sur la fin de Mars de se descouvrir tout à fait et désadvouer la 
retractation de ses erreurs. Car la Compagnie des Pasteurs ayant 
donné charge à quatre députés de le visiter pour sonder ce qu'il 
avoit dans l'ame, le Magistrat le désirant à cause de la grande des- 
pense qu'il faisoit en prisons estant bien nourri, et ayant tousjours 
deux gardes à grands frais près de lui, et à cause du grand scandale 
que cest homme avoit donné, d'en faire quelque résolution finale. 

Après avoir oui les Pasteurs, cela n'ayant pas esté fait à l'occasion 
de la sepmaine avant Pasques en laquelle les Pasteurs sont occupés 
extraordinairement, le 31 Mars finalement il fut visité par le Ministre 
allant à son tour aux Prisons lequel le conjurast d'ouvrir son cœur et 
continuer en Testât auquel il avoit esté de renoncer ses erreurs pour- 
veu que le tout fut fait sincèrement, il respliqua ^que si on lui mons- 
troit que Jésus Christ fut vrai Dieu qu'il le feroit, et lui estant dit 
qu'il ne faloit point dire, si, mais parler franchement, veu que tel 
desguisement ne lui serviroit ni devant Dieu, ni devant les hommes — 
pourtant qu'il prias* Dieu ardemment de le deslier des liens de Salan, 
Il dit qu'il prieroit tous jours le grand Dieu qu'il lui fist miséricorde. 
Et lui estant dit pour l'amour de qui — il respondit pour l'amour de 
qui il veut estre prié, finalement pressé s'il ne recognoissoit pas Jésus 
Christ vrai Dieu, il dit, Non, parlant soubs la couverture du lict, 
dont estant repris il dit qu'il n'avoit pas dit, Non, mais demandoit 
tousjours qu'on lui montrast que cela estoit vrai, et alors il lecroiroit, 
sur quoi lui estant dit qu'à lui qui estoit Chrestien et avoit cogneu la 
vérité on ne s'asubjectiroit pas à monstrer que le soleil est le soleil, 
que le Nouveau Testament estoit vrai estant chose assez prouvée, 
Enfin estant interrogué s'il n'avoit plus escrit un billet de confession 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que Jésus Christ est vrai Dieu et sauveur du monde, Qu'il y a trois 
personnes et une seule essence pourquoi il le retractoit, Il dit qu'il 
ne scavoit ce qu'il en avoit escrit que s'il avoit escrit quelque chose 
c'estoit par crainte de la mort, et au reste enquis s'il voudroit bien 
soustenir et signer les articles de sa maudite confession, Il dit pour- 
quoi non, s'ils sont vrais, et si on ne me monstre du contraire, Mes- 
mes le jour suivant il dit au sieur Procureur gênerai que quand on 
lui monstreroit Jésus Christ estre vrai Dieu, aussi vrai que le jour 
luit, il ne le croiroit point, endureroit plus tost mille morts. Dieu 
donc descouvrant l'hypocrisie de ce monstre, cela fist que les Pasleurs 
députez prindrent résolution de lui parler sérieusement, et le conju- 
rer une bonne fois de donner gloire à Dieu et ainsi se trouvèrent 
es prisons le 8 e Apuril, ou après avoir fait venir ledit Antoine, 
et lui avoir représenté le misérable estât où il estoit, et qu'il 
estoit nécessaire de commencer par la prière, lui demandant 
s'il ne vouloit pas bien prier Dieu avec eux, Il dit qu'il invo- 
queroit toujours le grand Dieu, et sembla donner assentiment. Il 
vouloit prier Dieu avec eux, toutesfois se mit à genoux avec diffi- 
cultés, et baissa la teste contre terre à la Judaique, s'y tint coy pen- 
dant la prière qui fut faite par l'un desdits Pasteurs et jusques au 
récit de l'Oraison Dominicale où il désista de sa prostration et incli- 
nation comme la desadvouant, la prière estant finie et les Pasteurs 
levez, il demeura tousjours à genoux priant jusqu'à ce qu'on lui 
commanda de se lever ce qu'il fit ayant fait le mesme geste d'adora- 
tion judaique comme dessus. 

Après quoi M r Diodati chef de la députation lui représentant le 
misérable estât où il avoit esté et combien d'occasion il avoit de pen- 
ser à soi, veu les blasphèmes par lui proférés en sa manie, et depuis 
qu'il avoit esté remis, veu le trouble et confusion d'esprit que Dieu 
lui avoit envoyé, Pourtant doit il penser que cela venoit, si de Dieu, 
ou de l'Esprit malin, au lieu de respondre à cela il pria qu'il lui fust 
permis de prier Dieu pour soi en particulier. — Et lui estant demandé 
s'il n'avoit pas prié Dieu avec lesdits Pasleurs, a réitéré ladite 
demande, de laquelle estant esconduit et lui estant dit qu'il estoit à 
craindre que sa prière ne tournast en péché, veu les gestes et singe- 
ries qu'on lui voyoit faire, neantmoins il respondit s'il y avoit du 
mal à prier Dieu, et baissant la teste contre terre dit qu'il invoquoit 
de tout son cœur le grand Dieu d'Israël qui a fait les cieux et la terre. 
Et exhorté de bien prendre garde à soi et au jugement de Dieu qui 
est sur lui, et qu'il estoit à craindre que la gueule du puits ne fust 
fermée sur lui, pourtant qu'il donnast gloire à Dieu resjouist les 
entrailles des Pasteurs et de toute l'Eglise grandement scandalisée de 
ses deportemens passez mais aussi affligée et ayant pitié de lui, 
Que donc il dit clairement en quel estât il se trouvoit, si troublé d'es- 
prit et tourmenté comme il avoit esté auparavant, Il respondit que 
non, qu'il estoit à soi bien disposé prest à mourir pour le salut de 
son âme. Interrogé s'il ne recognoit pas d'avoir esté possédé et pre- 



NICOLAS ANTOINE 181 

venu par l'artifice du maliu esprit duquel il y a bien apparence que 
ce fust l'esprit de Saul auquel il avoit esté livré, le bon Esprit s'es- 
tant retiré, n'y ayant en cela aucune trace ni ressemblance de l'Es- 
prit par lequel ont esté poussez et incités les S ts prophètes soubs 
l'Ancien Testament : A respondu là dessus que ci devant il avoit 
demeuré chez une femme à Divonne, et qu'estant là dedans il se mit 
à chanter le Pseaume 74. D'où vient Seigneur que tu. et priant Dieu 
ardemment qu'il voulust restaurer son peuple d'Israël fust ce à la 
damnation de son âme, alors un esprit le saisit qui le fit tomber par 
terre, et le fit aller à quatre tout au tour de la chambre. 

Sur quoi lui estant demandé s'il recognoit cest Esprit pour bon, où 
mauvais esprit, Il dit qu'il ne scavoit, mais qu'il recognoissoit 
bien un jugement de Dieu sur lui pour tant de péchez commis, mais 
qu'il lui demande pardon de tout son cœur, le prie qu'il l'illumine 
s'il n'estoit pas au droit chemin, le confirme s'il y est. Sur cela on 
prit occasion de l'exhorter à prier et recognoistre le péché pour lequel 
Dieu lui avoit envoyé ce jugement, à quoi il respondit qu'il croit que 
le péché qu'il a commis c'est de ne s'estre pas retiré du milieu de 
nous, et ne s'estre pas ailé tenir en un désert, veu qu'il y avoit long- 
temps qu'il avoit esté en scrupule et avoit esté travaillé, mais qu'il 
avoit trouvé qu'il y avoit qu'un seul Dieu, qu'il avoit estudié à sca- 
voir la voye du Salut pour s'y confermer et servir Dieu en pureté de 
conscience. Lesdits Pasteurs députés voyant ses obliguitez et tergi- 
versations dirent qu'il y avoit bien apparence qu'ayant arraché Jésus 
Christ de sa pensée par une affectation volontaire il avoit chanté ce 
Pseaume. et que par un jugement de Dieu le malin esprit l'avoit saisi 
et pourtant afin d'avoir response claire lui dirent que puis qu'il 
croyoit estre bien disposé, et non troublé en son esprit, ils desiroyent 
qu'il respondit sur les questions qui lui seroyent proposées. Puis que 
premièrement il avoit blasphémé horriblement Jésus Christ, avoit 
dressé des articles de sa damnable confession et croyance, avoit 
résisté à toute vérité, et depuis avoit fait semblant de se retracter, 
tellement qu'on ne scavoit en quel estât il estoit. 

1° Il lui fut donc demandé, voulez vous souscrire à l'Evangile 
lequel a esté révélé par Jésus Christ, par les S' s Apostres si puis- 
samment, si dignement et majestueusement. 

Il respondit qu'il souscrira à ce qui est véritable. 

2° Tenez vous donc l'Evangile pour une fiction et invention humaine 
un conte à plaisir et à dessein. Il répondit. Je ne sçai. 

3. Voulez vous renoncer à la révélation de l'Evangile, il respondit 
en souspirant qu'il scavoit que la mort lui estoit apprestée, Je veux 
souscrire et me tenir aux articles que j'ai baillez, et estant pressé 
finalement, dit je ne croi point à l'Evangile, ni que ce soit la doctrine 
de Dieu. 

4 e Croyez- vous au Fils de Dieu. Rep, Je croi qu'il y a un seul Dieu. 

5. Croyez vous à Jésus Christ. Rep. Non. 

6. Croyez vous qu'il y a un S* Esprit en l'Essence de Dieu, et l'en- 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voi de cest esprit au cœur des hommes. R. Je croi que Dieu est 
Esprit, et l'Esprit de Dieu est Dieu. J'ai eu dit il, de boas mouve- 
mens, je ne scai d'où cela veuoit sinon de Dieu, car je ne croi qu'un 
seul Dieu, sans division ni distinction. 

7. Ne sentiez vous pas auparavant plus de paix en vostre ame 
croyant à l'Evangile que maintenant. R. Je me sentois plus porté au 
péché qu'à présent. 

8. Voulez vous donc renoncer à la marque sacrée de Baptesme que 
vous avez receu. R. Oui je renonce mon baptesme. 

Sur quoi estant conjuré de penser comment il pourroit compa- 
roistre devant Dieu chargé de tant d'anathemes et crimes. 11 respondit 
par la miséricorde de Dieu. 

9. Navez vous pas escrit un billet, Je croi que Jésus est le Christ, 
le Fils de Dieu, le Sauveur du Monde ? etc. R. Je ne scai, et finale- 
ment l'advoua, mais on me l'a arraché et extorqué, dit-il, c'estoit par 
crainte de la mort, C'est que les gardes me tourmentoyent. 

Et lui estant objecté que quelques jours auparavant il avoit renoncé 
ses erreurs et protesté aux sieurs Chabrei et Spanh[eiml qu'il acquies- 
coit à tout, qu'il detestoit ses blasphèmes, qu'il se vouloit ranger à 
son devoir, Il dit qu'il avoit eu de grandes tentations, et en frayeur 
de la mort et du supplice, mais qu'il estoit en sa première résolution, 
et vouloit se tenir à ses articles. 

Puis estant objecté que par une maudite obstination il avoit dit que 
quand on lui monstreroit Jésus Christ estre vrai Dieu, il ne le croi- 
roit pas, il nia l'avoir dit, finalement lui estant soustenu il advoua 
disant qu'il estoit ferme en sa croyance, et qu'on ne la lui arracheroit 
pas du cœur. ïoutesfois lui estant leue une letre de sieur Ferri l , dont 
il desiroit n'ouir la lecture, il fut grandement esmeu, et jetta des 
larmes disant toulesfois qu'il ne pouvoit rien changer à sa réso- 
lution. 

Après cela lesdits Pasteurs se retirèrent, et le lendemain ayant fait 
rapport à leur Assemblée des responses faites par ledit Antoine fut 
résolu de scavoir du Magistrat quel ordre il desireroit qu'on tinst 
au jugement de cest affaire, s'il agreoit plus qu'on lui portast l'advis 
des Pasteurs par quelques députez du corps, ou tout le Corps de la 
Compagnie en opinast devant eux. Ce qui estant représenté au Magis- 
trat et les réponses abominables de ce meschant, leur estant aussi 
présentées les letres des sieurs du Moulin, Ferri, et Mestrazat Pas- 
teurs en France, touschant ledit Antoine, lesdits Seigneurs du Conseil 
ayans appelé les depulez, leur dirent qu'ils desiroyent qu'on visitast 
encor quelques jours ledit Antoine, soit tous les députez ensemble, 
soit séparément selon leurs commodités pour tascher de le ramener, 
mais qu'on ne permist point l'abord et approche à autres personnes 
qu'aux Pasteurs, et qu'au reste ils attendoyent que tout le Corps 
des Pasteurs se trouvast devant eux le Lundi suivant 9« Apuril 

1 Son ancien maître. 






NICOLAS ANTOINE 183 

pour conférer ensemble de l'ordre qu'il faudroit tenir en cest affaire. 

La Compagnie sachant l'inlention de Messeigneurs, assemblée à 
l'ordinaire le 6 Apuril, trouva bon de faire une preconsultation de 
cest affaire non pourestre tous de mesme advis, chascun estant en sa 
liberté, mais pour s'entr'ouir et aider mutuellement en cest affaire. 
Tous à la vérité jugeans ces blasphèmes horribles et insupportables, 
dignes de mort, crimes de Leze Majesté divine au premier chef, et au 
plus haut poinct de la Religion, mais les uns estimans que cela doit 
avoir lieu eu une personne qui est bien à soy, non prévenue de 
manie, fureur et trouble d'Esprit, que si bien les choses sont hor- 
ribles tant à qu'il n'estoit ni Manichéen, Arrien, ni Girconcellion (?) 
ains qu'il s'estoit jette au Judaisme qui blasphème à la vérité Jésus 
Christ, mais qui est une profession tolérée au milieu de la Chres- 
tienté, que le grand Mal estoit qu'il avoit pris le ministère : mais que 
hors cela tout ce qu'on pouvoit faire estoit de le llestrir, le déposer et 
exhantorer du ministère, le bannir et chasser au loin, les autres 
jugeans qu'il suffiroit de la suprême excommunication de l'Eglise. 
Les autres que ces blasphèmes et ce crime estoit digue de mort, mais 
que ceste manie froide rendoit l'affaire suspect et que la sévérité 
d'un supplice apporteroit plus de mal que de bien, soit que cest 
homme estant tranquille d'Esprit persistast en ces opinions et blas- 
phèmes invoquant le grand Dieu d'Israël, ce qui pourroit donner 
d'eslranges impressions au peuple, soit que sa manie et phrenesie le 
saisit allant au supplice, qui seroit une chose absurde de voir sup- 
plicier un homme hors du sens, toutesfois qu'il ne le faloit point 
relascher, ains le tenir en prison estroite quelque temps, le faire tra- 
vailler de ses mains afin de voir si sa manie le reprendroit à certains 
intervalles, et prendre advis des Médecins de dedans et de dehors 
mesme des Académies et surtout des Eglises de Suisse ainsi qu'on 
avait fait de Servet, et en cas qu'il lui eschappast des blasphèmes le 
fouetter et chastier rudement essayant si ceste sévérité le pourroit 
retenir. Les autres jugeans le faict plus atroce, et que ceste manie 
survenue ne le pouvoit excuser estant survenue après une longue 
préméditation et préparation à ce blasphème, comme un jugement de 
Dieu qui l'avoit livré à Satan, partant que si on punit un luxurieux 
adultère incestueux sans avoir esgard que cela vient de l'humeur san- 
guine, un meurtrier sans avoir esgard que cela vient de la bile et de 
la colère, aussi faloit il punir un blasphémateur provez quoi qu'il soit 
saisi de quelque melancholie, veu qu'es intervalles dilucides il conti- 
nuoit en son impiété, et n'y avoit point d'extravagances comme es 
poures phrenetiques.mais il maintenoit des dogmes blasphématoires, 
les avoit mis par escrit, produisoit ses arguments, eludoit les oppo- 
sitions, delorquoit les textes et ainsi montroit qu'il y avoit plus de 
malice que d'humeur et qu'au reste toute la Chrestienté nous regar- 
doit, tant Papistes que Reformés, cest homme ayant une complicité 
de divers crimes. 

1. Un grand souppçon d'avoir desbauché un Jeune Gentilhomme 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

françois,que en faisoyent foy les letres du sieur Moulin; 2. Une apos- 
tasie générale de la Religion Ghrestienne, parjure et renoncement de 
son baptême, parjure derechef en la promesse faite en la S te Gesne, 
et finalement ayant pris )e S 1 Ministère promettant de prescher 
Jésus Christ, qu'il renioit en son cœur, et estant prest d'espandre 
son venin, une hypocrisie horrible ayant couvé dès longtemps ceste 
impieté en son ame, comme il conste par ses escrits, et ainsi qu'il 
estoit pire que ne fut jamais Arrius, Manee et les autres, pourtant 
qu'ils le jugeroyent fils de mort, et que tout délai qu'on pourroit 
apporter n'estoit nécessaire si non pour monstrer Testât qu'on faisoit 
des advis de dehors, et peur estre fortifié es conclusions et resolu- 
tions qu'on pourroit prendre sur ce subject contre les blasmes que 
plusieurs ont jette contre ceste Eglise à l'occasion du supplice de 
Servet antitrinitaire, lequel ayant esté puni en ce lieu et exécuté à 
mort, comme ceste sévérité a esté louée par plusieurs et mesme par 
Bellarmin Jésuite, aussi a elle esté blasmée par plusieurs autres 
Libertins, Anabaptistes, et qui plus est par quelques orthodoxes 
trop scrupuleux et consciencieux, les uns par trop de tendreur, les 
autres par maximes d'estat, craignant les conséquences surtout en 
ces temps là où les feux estoyent allumés de toutes parts, et les 
Papistes jugeoyent estre blasphème, ce qui estoit dit contre le Pape 
et l'hostie de la Messe, comme si on eust parlé contre la Trinité et la 
Personne sacrée et glorieuse de nostre Seigneur Jésus Christ. 

Mais pour revenir à nostre Juif blasphémateur avant le Lundi 
designé par le Magistrat pour ouir les advis des Pasteurs suivant 
l'intention du Magistrat, conjurer et exhorter de penser à soi, et 
renoncer à ses erreurs, Cela mesme un autre jour lui fut réitéré par 
un des Pasteurs y allant avant l'heure de l'Assemblée, l'exhortant 
au Nom de nostre Seigneur Jésus Christ qu'il taschast de se recon- 
cilier à Dieu ; à quoi il respondit qu'il feroit ce qu'on voudroit 
pourveu que ce ne fust point contre le Salut de son ame. Mais dit, 
Pensez-vous Monsieur N. qu'un homme soit meschant qui pense 
faire son Salut en accomplissant la loi de Dieu, et estre justifié par 
l'accomplissement de ceste loi ? à quoi estant respondu qu'un tel 
homme estoit meschant puis que la loi n'est pas donnée pour jus- 
tifier, mais pour estre un pédagogue afin d'amener l'homme à Jésus 
Christ, et que c'est renverser le mystère de piété, Il dit, je ne croi 
point qu'un tel homme soit meschant, et lui estant dit que c'est 
establir sa propre justice, renverser celle de Dieu, selon les paroles 
de S 1 Paul, la force et la vigueur de ses démonstrations, l'admirable 
rapport de l'Evangile avec la loi et le service ancien, il ne scavoit 
que dire, sinon qu'à son accoustumée il se jetta sur les passages de 
l'Ancien Testament alléguez au Nouveau, Celui d'Osée allégué par 
S 1 Paul, et par S 1 Pierre disant que cela est detorqué, Celui de 
Zacharie des Galates ou il est dit non point aux semences, mais à 
ta semence, Celui où il est parlé de Sinaï nommée Agar disant que 
toutes ces interprétations ne sont point en l'Ancien Testament et que 



NICOLAS ANTOINE 185 

S 1 Paul de vrai estoit éloquent et disert, mais qu'il fondoit mal ses 
démonstrations. A quoi lui estant respondu que rien n'avoit esté 
allégué mal à propos, et que l'Esprit de Dieu ayant parlé par les 
prophètes avoit eu la liberté de parler par les Apostres selon la 
prophétie de Joël, que le mesme Esprit avoit peu esclaircir ce qui 
avoit esté dit plus obscurément, Il répliqua que toutes ces raisons 
et distinctions ne serviroyent pas pour convertir un Juif qui se tient 
à l'Ancien Testament et par quel moyen on le pourroit conveincre. 
Sur cela lui fut dit qu'on tascheroit de convertir un Juif lui mons- 
trant les passages exprès de l'Ancien Testament qui monstrent la 
S te Trinité, Les passages qui monstrent que le Messias promis est 
vrai Dieu et qu'il devoit prendre chair humaine, Le temps desi- 
gné et marqué par les S ts Oracles, la prophétie de Jacob, celle 
de Daniel 9. les prédictions de David, les effects advenus en ce 
temps et sur tout la vocation des Gentils qui ont quitté leurs 
idoles dont les oracles qui ont cessé à la prédication de l'Evangile. 
Il dit, mais ne voyez vous pas l'idolâtrie parmi les Ghrestiens les 
diverses sectes qui y sont? Sur cela lui fut dit que la raison ne 
concluoit point veu que cela estoit arrivé par la malice des hommes, 
et le juste jugement de Dieu prédit par les S ,s Apostres. et quant 
aux Sectes que le Schisme de Samarie, ni le Temple de Garizim n'em- 
peschoit que l'Eglise de Heriesalem ne fust la vraye Eglise, non plus 
que les sectes des Pharisiens. Essennites. Sadducceens., et veu que 
la loi et les prophètes demeuroyent en leur entier, et ceux qui y 
adheroyent estoyent le vrai peuple de Dieu. Pourtant qu'il estoit 
uisé de conveincre un Juif par ses passages, jusques à ce qu'ayant 
cognu la vérité de l'Evangile il fust rendu capable de comprendre 
les mystères révélés aux S ,s Apostres et laissés par iceux à l'Eglise, et 
au reste qu'il est tresaisé de voir que la Religion Judaique en lestât 
où elle est n'est qu'une vraye superstition, et un corps sans ame, 
tant pour ce qu'ils ne recognoissent pas le vrai Dieu tel qu'il s'est 
manifesté aux S ,s Patriarches assavoir Père, Fils et S 1 Esprit, que 
pour ce qu'ils ne recognoissait pas ce Fils venu en chair et ayant 
accompli l'œuvre de nostre Salut, dont à bon droict il sont livrés à 
un esprit d'aveuglement, leurs synagogues estant une pure confu- 
sion sans révérence ni dévotion, avec des cris et des hurlements 
estranges et des gestes indecens. Il respondit a cela que c'est d'au- 
tant que les Juifs sont en deuil. Et lui estant demandé la cause de ce 
deuil, il dit que c'est à cause du Messias qu'ils attendent afin d'estre 
délivrés de leur dispersion, mais lui estant objecté le 9 e de Daniel et les 
sepmaines à la fin desquelles l'ange Gabriel ayant dit que le Christ 
viendroit pour consumer le péché, faire propitiation pour l'iniquité, 
amener la justice des siècles, ce Christ estoit apparu au mesme temps 
designé et avoit accompli ces choses, après cela le Christ avoit esté 
retranché, et le peuple du Conducteur avoit destruit la Ville et le Sanc- 
tuaire, il répliqua que ces sepmaines de Daniel estoyent autant de Ju- 
bilés et que cela faisoit mille trois cens ans. dont on prit occasion de 



|86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lui dire que cela ne pouvoit estre veu que les Romains esloyent venus 
au bout des sepmaines d'années, et avoyent destruit le Temple après 
que le Christ avoit esté retranché partant que ces Sepmaines ne se 
peuvent estendre si loin, mais au reste que donc le temps estoit 
expiré de ces mille trois cens ans, et ne faloit plus attendre ce Mes- 
sias, il dit que ce retardement est à cause des péchez du peuple, Et 
quoi qu'on lui dit que jamais les péchez du peuple n'avoyent 
empesché qu'il u'accomplist ce qu'il avoit promis, au temps assigné 
en la délivrance d'Egypte, en celle de la captivité de Babylone, Il dit 
voyez vous pas que Dieu avoit promis qu'il n'y auroit que 400 ans 
de la captivité d'Egypte, cependant il est cal[culé] qu'il y a 430 ans, 
dont on lui fit voir le sophisme de son objection parce que de vrai 
il y a 430 ans des la promesse faite à Abraham jusques à la publica- 
tion de la loi en Horeb, mais quant à la sortie d'Egypte il est dit que 
Dieu ayant designé le temps, qu'en la mesme nuict toutes les bandes 
d'Israël sortirent d'Egypte. 

Et estant adjuré sur cela de recognoistre ses impietés, en avoir 
horreur, donner gloire à Jésus Christ, Il dit qu'il ne le feroit jamais, 
quoi qu'on lui monstrast qu'il estoit si miséricordieux qu'il avoit 
promis que le blasphème proféré contre lui seroit pardonné au pes- 
cheur repentant. Ledit Pasteur s'estant retiré avec horreur laissa ce 
misérable en cest estât où il a continué jusques à présent. 

Le Lundi 9 avril estant venu les Pasteurs et Professeurs au nombre 
de 15 se présentèrent au Conseil et après le commandement à eux 
fait par le premier Consul, de dire leur advis sur ce faict, après quoi 
le Magistrat verroit comment il avoit à procéder, Apres la prière faite 
à haute voix par le Pasteur pour lors Modérateur de la Compagnie 
des Pasteurs, on commença par la démonstration de l'importance de 
cest affaire, et qu'estant un faict qui à peine avoit esté veu dés la 
Reformation, au prix duquel n'estoit rien l'affaire de Servet, de 
Valentiu Gentil, et autres hérétiques. Il y faloit marcher avec meure 
délibération, Y apporter le Zèle de Dieu, mais avec science et pru- 
dence, que de vrai les choses esloyent atroces, le crime énorme qu'un 
né Chrestien baptisé quoi qu'en l'Eglise Romaine, neautmoins au 
nom de la S ,e Trinité, et en la possession de Jésus Christ, venu à 
l'Eglise Reformée détestant l'idolâtrie Papistique, et depuis venu à 
l'eslude de la Théologie, finalement au S 1 Ministère après avoir pro- 
mis de prescher et annoncer Jésus Christ et tout le mystère de la 
foi Chrestienne, ayant participé aux mystères et sacremens de 
l'Eglise, vinst à un tel degré d'impiété, non seulement de quelque 
erreur ou sentiment particulier ou blasphème indirect, et par consé- 
quent tel que ceux de l'Eglise Romaine et autres sectes mais qu'il 
vinst à une totale apostasie et abnégation du mystère de pieté ren- 
versant les fondements de la foi et les principes de la Religion 
Chrestienne, Se portant à des blasphèmes horribles et exprès contre 
la Majesté du Fils de Dieu, les ayant proférés en la manie dont il 
estoit saisi, mais après s'estre préparé à cela plusieurs années aupa- 



M COLA S ANTOINE 187 

ravant comme il appert par ces escrits et méditations faite de longue 
main et de rechef par l'escrit de sa confession quil a dressé depuis 
qu'il est es prisons taschant de prouver sa maudite croyance, et se 
roidissant à cela renonçant son baptesme, et mettant bas tout senti- 
ment du Christianisme, mais d'ailleurs qu'il faloit faire considération 
de la manie et fureur en laquelle on l'avoit veu et dont la violence 
pouvoit avoir extorqué ces blasphèmes de sa bouche, de rechef que 
cela avoit esté suivi de quelque retractation, dont toutesfois on ne 
voyoit point la suite, et ainsi qu'on pouvoit peser là dessus les advis 
qu'on avoit eu de dehors, afin que si on se portoit à quelque resolu- 
tion plus rigoureuse, neantmoins on n'encourust aucun blasme. — 
Ce discours fut suivit d'un autre monstrant que les choses estoyent 
atroces et estranges à la vérité, et n'y avoit bonne ame qui n'eust 
horreur des blasphèmes de ce misérable, neantmoins que ce n'estoit 
qu'un dogme et croyance, que Jésus Christ ayant dit laissez Vyvroye 
de peur que vos etc. sembloit indiquer qu'il faut tolérer ces choses 
attendant le temps de la dernière moisson, que de vrai il y a eu cer- 
taines sectes dont les sectateurs avoyent esté condannez punis et re- 
tranchez comme celle des Ophites et Adamites dont les uns avoyent 
un serpent qu'ils nourrissoyent et recevoyent de sa bouche l'Eucha- 
ristie, chose horrible et diabolique, Les autres estoyent tout nuds 
ensemble et commettoyeot choses énormes, composoyent l'Eucha- 
ristie avec farine la chair et le sang d'un enfant qu'ils esgorgeoyent 
y mesloiyent mesme du sperme humain avec autres cérémonies hor- 
ribles et pour tant qu'à bon droict ils avoyent esté condannés, mesme 
telles sectes renaissant en Amstredam On s'y estoit opposé, que Pris- 
cillian avoit esté condanné au synode de Bourdeaux, et livré au 
bras séculier non lant pour son dogme que surtout pour divers 
adultères dont il avoit esté conveincu. Il n'y avoit ici rien de sem- 
blable, sinon qu'on sceust par indices et autres moyens qu'il eust 
commis quelque crime énorme dont la lelre de Sedan sembloit donner 
quelque apparence. Au reste que cest homme n'embrassoit ce dogme 
pour aucun profit et avantage qu'il en peust prétendre, mais seule- 
ment par une impression qu'il avoit prise de longue main, d'ailleurs 
qu'il faloit faire estai de la manie et melancholie où on l'avoit veu 
de peur que le traictant capitalement on ne fust accusé d'avoir agi 
sur un maniaque, un homme hors de sens, dont il ne pouvoit réussir 
que du mal, soit en ce que allant au supplice il vomiroit ses blas- 
phèmes ce qui donneroit grand scandale et mesme on seroit en 
doute le faisant mourir en cest estât si on ne perdroit point le corps 
et l'ame tout ensemble. 

Pourtant qu'il seroit plus à propos après l'avoir déposé publique- 
ment du Ministère l'avoir flestri et condanné à faire amende hono- 
rable de le congédier n'estant pas à craindre que parmi les Chrestiens 
il se trouvast aucun qui voulust adhérer à ses opinions. 

Cest advis fut relevé, et monstre qu'en toutes ces sectes allègues il 
n'y avoit rien de semblable à celle ci, où il y avoit une apostasie 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

générale un blasphème direct contre la Majesté du Fils de Dieu, pre- 
mièrement un faste et orgueil que ce misérable avoit nourri suivant 
les préceptes de la Philosophie, et surtout de Métaphysique qu'il avoit 
appris des sa jeunesse suivant laquelle il vouloit mesurer et com- 
prendre la hauteur de la Majesté de Dieu et personne de Jésus Christ, 
la divinité des mystères du Nouveau Testament, que de cest orgueil 
il estoit venu à la curiosité de la curiosité à la doute, de la doute à 
l'opposition contre ces mystères, de là à une totale résolution, et qu'il 
y avoit plus d'apparences que ceste manie et frénésie fust pénale et 
subséquente, que non pas antécédente, Dieu l'ayant frappé en son 
esprit quand il voulut commencer de vomir son venin en l'Eglise, Et 
pourtant qu'il n'y avoit point de doute et ne faloit point hésiter que 
si jamais il y eust blasphème punissable par le glaive ceslui l'estoit. 
et que si Dieu a frappé Arrius et autres hérétiques ce n'est point 
pourtant que les hommes ne doivent faire et employer le glaive où 
ils voyent choses semblables, que la loi de Dieu disant du faux pro- 
phète, tu osteras ce meschant, ne dit point s'il sera maniaque, fréné- 
tique, mais en parle absolument, néantmoins que eu l'esgardà Testât 
où cest homme avoit esté veu, le danger de perdre le corps et l'ame, 
les fascheuses conséquences que son obstination pourroit apporter en 
un supplice public , il seroit à propos de le garder encor quelques 
mois pour travailler à sa réduction avoir advis x de diverses Eglises et 
Académies de Suisse et ailleurs, après quoi on pourroit venir à une 
dernière résolution. 

A ceste résolution se joignirent quelques uns monstrant qu'il 
estoit nécessaire d'attendre, et que, tout ainsi que Arrius avoit esté 
frappé de Dieu, Dieu feroit aussi son jugement sur ce meschant sans 
que les hommes y missent la main, que David avoit toléré Seimhi et 
Joab, et qu'on en pouvoit faire de mesme en ceste affaire. 

Mais plusieurs autres s'y opposèrent les uns disans que s'il y a 
chose où il faille monstrer du zèle c'est en celle ci, n'y ayant point 
de doute que ce ne fust le haut poinct de blasphème condamné par 
la loi de Dieu, et que cest Estât et Eglise rendroit compte à Dieu si 
elle manquoit d'y apporter une juste sévérité, les autres disans que 
de vrai l'église ne juge pas du sang, et n'apparlenoit pas aux Ecclé- 
siastiques de déterminer des peines corporelles, partant qu'il suffi- 
soit d'indiquer au Magistrat le poinct et degré d'impiété où estoit 
venu cest exécrable, afin qu'il vist ce qu'il auroit à faire tant pour 
s'acquiter de sa conscience que pour satisfaire à l'attente du juge- 
ment de cest affaire et qu'au reste si le Magistrat est obligé de punir 
avec zèle la transgression de la 2 do table de la loi, il est obligé de 
redoubler ce zèle pour maintenir la première qui concerne le service 
de Dieu. Mais que pour faire un droit jugement il le faloit faire pro- 
céder du faicl. Ex facto jus orit. Et estans leues les réponses catégo- 
riques par lui faites aux Pasteurs députez, qu'il estoit aisé devoir 
qu'il y avoit en ceci concurrence de divers crimes et impietez, Prépa- 
ration et préméditation à blasphème, hypocrisie horrible, renonce- 






NICOLAS ANTOINE 189 

ment à son baptesme, parjures redoublez tant en ce renoncement, 
qu'en ce qu'ayant pris le S'-Ministère, et juré de prescher Jesus-Christ 
il se disposoit à faire le contraire, les blasphèmes exprès prononcés 
en sa manie, mais aussi après icelle, et maintenus et soustenus par 
escrit et démonstrations impies, par conséquent qu'il n'y avoit point 
ici à hésiter que ce ne fust un crime et iniquité toute jugée, Encor 
plus s'il avoit sollicité le Jeune Gentilhomme nommé Villemand au 
Judaisme dont la loi dit Eum qui servum sive ingenuum ad judaicos 
ritus transduxerit capitis pœna dignum censemus, Et qu'au regard 
de la croyance si les Empereurs en leurs Constitutions parlant des 
Samarites ou Samaritaines et autres qui passent du Christianisme au 
Judaisme en ont jugé plus doucement, ne leur imposant que la pros- 
cription ou déportation, et les privans de tester et succéder, c'estoit 
in primordiis Christianae religionis, c'estoit envers ceux qui avoyent 
la croyance contraire mais sans blasphème exprès, c'estoit en des 
personnes particulières, mais non en des Pasteurs, qui eussent pres- 
ché, administré les sacrements, pour puis après renier tout cela, et 
exposer en diffame les mystères de la Religion Chrestienne, c'estoit 
en ceux qui se contenoyent sans dogmatiser, mais qu'à bon droict 
Charles o c en l'an 1540 punit un Roi de Tybur es costes de Tartarie 
près l'océan Scythïque (où il y avoit encore ces résidus des dix lignées 
transportées en Arzareth Esdras 4) lequel vint en ces temps là parmi 
les Chrestiens, et après avoit parlé à François Premier, es France 
passa en Italie s'addressa à Charles 5« et aux princes d'Italie les solli- 
citans à quitter le Christianisme et venir au Judaisme 1 . Ce que 
voyant cest Empereur il le fit brusler publiquement à Mantoue. 
Derechef qu'a bon droict les parlements de France ont condanné à 
mort ceux qu'on a trouvé, induisans, faisans le sacrifice du Coq, 
ayans attiré divers à leur abomination et que ceslui ci estant en leurs 
mains n'eust point manqué de recevoir la punition méritée. Pourtant 
qu'il estoit nécessaire de procéder en ceste affaire sans vaciller ni 
hésiter, mais que comme au faict de Servet on eut l'advis des Suisses 
et autres lieux, ainsi faisant le mesme on se pourroit fortifier en sa 
résolution contre les divers jugements qu'on pourroit donner sur 
ce faict. 

Le suivant priant d'estre excusé s'il n'esloit point del'advis de ses 
frères, et ne pouvoit consentir ni au bannissement, ni au délai de la 
peine et punition de cest exécrable, et monstrant le danger qu'il y 
avoit de supporter plus longtemps cest monstre, dit que l'advis de 
dehors ne pouvoit causer que du mal veu que on contenteroit les 
uns, on mescontenteroit les autres, et que plusieurs s'estonnoyent 
de ce retardement, on mestoit en danger plusieurs du populaire de 
croire ou ne croire point la S te Trinité, et si Jesus-Christ est Dieu, 
par une telle tolérance et delay, que la manie et frénésie ou mélan- 
cholie de cest homme ne le pouvoit excuser en ses blasphèmes non 

1 II est fait ici allusion à David Reiibéni. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus qu'un adultère n'est pas toléré à cause de l'humeur sanguine, 
un meurtrier à cause de l'humeur cholérique, un autre du phlegme, 
Et que pour le danger qu'on craignoit de le faire mourir en son en- 
durcissement il faloit faire son devoir, et laisser les evenemens à 
Dieu, qui avoit mis cest homme en mains du Magistrat pour esprouver 
son zèle, et qu'on n'avoit pas eu ces considérations en divers autres 
jugez à mort sans craindre ces conséquences, et dont on avoit déter- 
miné plus ahsolument. Pourtant conciuoit à rigueurs, adjoustant que 
si le Testament d'un melancholique ou furieux est valable, s'il conste 
qu'il l'a fait dans l'intervalle dilucide, aussi la melancholie et manie 
ne peut excuser un homme lorsqu'il continue en ses blasphèmes 
hors de la manie, ayant le discours et la raliocination entière et 
estant revenu à soi. 

Quelques uns des autres Pasteurs conclurent au délai pour les 
raisons susmentionnées tant pour voir s'il estoit bien revenu à soi 
mesme, que pour avoir advis de dehors, mais la pluspart panscherent 
à la sévérité, monstrant qu'il estoit question d'un monstre et non 
d'un homme, qui de vrai avoit eu quelque aliénation d'esprit, mais 
par un juste jugement de Dieu contre lequel il s'estoit roidi, et avoit 
persisté non seulement en son impieté, mais aussi avoit tasché de la 
maintenir avec subtilitez et sophismes ayant compilé divers passages 
pour preuves de ses propositions abominables, .avec tel artifice qu'on 
voyoit qu'il estoit bien à soi mesme. et que s'il avoit quelque melan- 
cholie, la malice predominoit, laquelle Dieu n'avoit pas permis qu'il 
cachast longtemps soubs ceste hypocrisie et feinte retractation le 
livrant à l'Esprit reprouvé par un jugement du tout estrange, telle- 
ment que le Magistrat pouvoit bien recognoistre jusques où il estoit 
obligé de procéder en tel cas. 

A quoi un autre adjousta que Dieu parlant si exprès, Tu racleras le 
meschant du milieu de toi, monstroit que telle atrocité ne permettoit 
pas de délai, et pour fortifier cest advis fut dit par l'un des autres, 
que s'il avoit proféré ces blasphèmes ce n'estoit point seulement in 
furore, mais, ante et post furorem, et que le jugement de Dieu avoit 
fait que le mal avoit esclaté per furorem, pour descouvrir la malice 
que cest homme couvoit, dont le suivant conclud que veu l'atrocité 
de ces choses il n'y avoit rigueur qui ne deust estre exercée contre 
ce meschant. 

Le Magistrat ayant oui les advis des Pasteurs et Professeurs les en 
remercia, déclarant que suivant iceux il adviseroit comment il auroit 
à faire. Et le lendemain le Corps du Conseil estant allé es prisons 
pour le faire respondre, on le fît venir en la Chambre Criminelle où 
d'entrée il se prosterna à la Judaique approchant le front fort proche 
de terre. Et estant trouvé entièrement rassi d'esprit sans aueun 
indice de frénésie et fureur, respondit à toutes les demandes qui lui 
furent faictes par le Premier Syndique et autres Sénateurs avouant 
d'avoir tenu toutes les paroles ci devant mentionnées, les unes pen- 
dant son transport, disoit-il, les autres en pleine santé. Et estant 



NICOLAS ANTOINE i'Jl 

pressé de renoncer à ses meschantes opinions dit qu'il ne le pouvoit 
faire, pour le salut de son ame, dit par trois fois qu'il renonçoit son 
baptesme, ne voulant recognoistre en façon que ce soit Jésus Christ, 
ni comme vrai Dieu ni comme vrai homme, non plus aussi la 
S ,e Trinité, avouant d'avoir escrit sa confession avec les démonstra- 
tions des articles et ne s'en vouloir départir. Ce qu'oyant le Magistrat 
après avoir travaillé deux heures à lascher de ramener ce misérable 
à son devoir, on se retira avec horreur. Mais on ne procéda point au 
jugement, que quelques jours après, tant pour lui donner loisir de 
penser à soi, que pour voir s'il n'y auroit aucun retour de manie et 
mélancholie qui eust peu rendre le jugement suspect à diverses per- 
sonnes, finalement il fut condamné à estre bruslé ayant auparavant 
esté estranglé à un posteau. 

Le jour du supplice estant venu avant lequel le Magistrat avoit fait 
entendre aux Pasteurs la sentence donnée contre ledit Antoine, alin 
qu'ils se disposassent à le voir es prisons dès le matin pour tascher 
de le réduire à son devoir ou pour le moins résister vivement à ses 
impietés, sur le scrupule que quelques uns faisoyent que en hastant 
trop le supplice de ce misérable obstiné, on ne laissast tousjours 
quelque soupçon aux estrangers de s'estre trop précipité, qu'on ne se 
mist en danger de perdre le corps et l'ame tout ensemble, qu'on ne 
donnoit aucun lieu à quelque advis de Pasteurs signalez qui avoyent 
requis qu'on ne vinst point aux extremitez. Et pourtant qu'il seroit 
à désirer que pour le moins le Magistrat surcoyast l'exécution de 
quelques jours ou de quelques sepmaines le tenant renfermé, à quoi 
concluant la Comp. des Pasteurs elle députa deux de son corps au 
Magistrat le priant de considérer ces raisons et voir s'il y auroit 
moyen de dilayer, à quoi le Magistrat respondit qu'ils ne pouvoyent 
donner lieu à la demande des Pasteurs, que ce qu'ils en avoyent fait 
estoit par zèle à la gloire de Dieu, lequel zèle n'estoit point sans 
cognoissance, veu les escrits et paroles atroces du criminel les res- 
ponses abominables qu'il leur avoit fait par deux fois sans aucun 
indice et apparence de manie ou frénésie, que d'ailleurs ils l'avoyent 
fait après avoir oui l'advis des Pasteurs par lesquels il avoit esté 
jugé non seulement hérétique et blasphémateur, mais coupable d'une 
apostasie générale de la Religion Chrestienne, criminel de Leze Ma- 
jesté divine au premier chef, fils de mort, indigne d'estre supporté, 
mais plustost méritant d'estre retranché du monde, partant ne pou- 
voyent révoquer ni surcoyer l'exécution de ce jugement. Ains or- 
donnoyent que tous les Pasteurs allassent incontinent vers le pri- 
sonnier criminel, de quoi le rapport ayant esté fait à la Compagnie. 
la pluspart des Pasteurs surtout ceux à qui selon Tordre il escheoit 
d'aller aux prisons y allèrent incontinent, plusieurs des autres y assis- 
tèrent et s'employèrent vivement à conveincre cest esprit d'erreur. 

Ayant dit qu'on amenast le criminel, et icelui estant venu lui fut 
dit par l'un des Pasteurs que veu les choses passées, sa préparation 
de longue main à s'affermir en ses doutes et blasphèmes, veu qu'il 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'esloit jette au S 1 Ministère ayant une créance contraire en son ame, 
veu qu'il avoit profané et honni les S ts Sacrements de l'Eglise Chres- 
tienne, veu son parjure manifeste, veu ses blasphèmes proférés 
de bouche, ses doctrines abominables couchées par escrit directte- 
ment contre la foi Chrestienne, son opiniastreté et resolutiou à persé- 
vérer en ceste impiété, nostre Magistrat avoit esté justement poussé 
et iuduit à venir à des remèdes extrêmes, et pourtant qu'il avoit occa- 
sion de penser à soi, si jamais, qu'il n'estoit plus question de répli- 
ques, contradictions, rebellions, mais qu'il faloit recourir à Dieu avec 
un cœur tout brisé rompu et froissé du sentiment de sa douleur pour 
essayer s'il y avoit encore quelque lieu pour lui en ce grand abisme 
de ses miséricordes et compassions, quelque voye à repentance, 
si la gueule du puits n'estoit point encore tout à fait fermée, 
mais que pour bien se préparer à cela il faloit recourir à Dieu, 
par prières ardentes, lesquelles on feroit pour lui et lesquelles 
il suivroit du cœur pour implorer la grâce de Dieu, à laquelle 
parole il se leva et demanda s'il estoit condamné à mort, si on lui 
venoit annoncer la mort, et lui estant respondu, qu'oui, qu'il ne 
faloit pas laisser passer le peu de temps qui lui restoit sans l'em- 
ployer à faire son salut et reparer les horribles scandales par lui 
commis, il dit, il me faut donc mourir, et baisant terre dit, le S» Nom 
du grand Dieu d'Israël qui a fait le ciel la terre soit bénit éternelle- 
ment. Et estant exhorté de se mettre à genoux pour prier avec les 
Pasteurs il dit, Je prierai Dieu pour moi, vous prierez Dieu pour 
vous, si vous voulez, ne se voulant mettre à genoux, ni faire aucun 
acte de dévotion avec eux, à l'occasion de quoi les Pasteurs dirent 
qu'il faloit qu'il obeist, et le geôlier s'estant approché, pour le con- 
traindre de s'agenouiller, il fit semblant de vouloir obéir, mais aux 
premiers mots de la prière il se releva incontinent secouant la teste, 
et se couvrant, marmonnant quelque chose entre ses dents. Ce que 
voyant le geôlier et les sergens le voulurent contraindre de s'age- 
nouiller, ce que toutesfois jamais il ne voulut faire, se séant sur 
terre, et finalement s'estendant sur terre tout son long, jusques à ce 
que la prière fust finie, après laquelle il demeuroit tousjours couché 
de son long la face baissée contre le plancher, jusques à ce qu'estant 
commandé de se relever et escouter ce qui lui seroit dit il se releva 
parlant et mourmonnant quelques prières au grand Dieu d'Israël, et 
lui estant représenté avec larmes et paroles véhémentes le regret 
qu'on avoit du misérable estât auquel il s'estoit plongé et duquel 
auparavant il ne s'estoit soucié de se retirer quelques remonstrances 
sérieuses qui lui eussent esté faite, pourtant qu'il estoit temps où 
jamais de penser à soi puis que dans peu d'heures il faloit aller com- 
paroir devant celui que tant il avoit nié et blasphémé. Il respondit 
qu'il n'avoit point blasphémé, J'invoque et adore, dit-il, le grand 
Dieu d'Israël qui a fait le ciel et la terre, qui a fait ce beau Soleil, 
dès ma jeunesse j'ai tasché de servir à Dieu en conscience, de suivre 
le droit chemin, J'ai trouvé qu'il n'y a qu'un Dieu, ne me pouvant 



NICOLAS ANTOINE 193 

résoudre qu'il y eust trois Personnes, J'ai trouvé que par le Nouveau 
Testament cela estoit maintenu, mais sachant qu'il y avoit une autre 
Escriture assavoir l'Ancien Testament, J'ai trouvé qu'il n'y avoit 
qu'un Dieu, et qu'il n'est jamais parlé de trois personnes, et autres 
telles paroles qu'il avoit dites à diverses autres fois auparavant. Pour- 
tant qu'il ne pouvoit ni ne devoit donner lieu à une autre croyance 
que ce seroit estre contre sa conscience. A quoi lui estant objectés 
les passages de l'Ancien Testament tant pour prouver la Trinité que 
la personne et office de Jésus Christ, il éludoit le tout comme aupa- 
ravant, dit que les sepmaines de Daniel se devoyent entendre de 
sepmaines de sepmaines assavoir autant de Jubilez qui fait 1300 ans, 
dont lui estant monstre l'absurdité en ce qu'il est monstre du Conduc- 
teur du peuple à venir qui devoit deslruire la cité par les ailes abo- 
minables et lui mesme advouant que ce Conducteur estoit Vespasian 
ou Titus son fils il n'estoit pas recevable de dire que à l'esgard du 
Christ les sepmaines fussent sepmaines de sepmaines, des qu'à l'esgard 
de la destruction ce n'estoyent que sepmaines d'années, veu que cela 
est contenu en la mesme prophétie et annonciation de l'ange Gabriel 
Daniel 9. Il n'eut que répliquer à cela ni à plusieurs autres passages 
qui lui furent alléguez sur tout des PSeaumes 2 et 110. sinon qu'il 
detorquoit divers passages qu'il opposoit et ne vouloit jamais donner 
lieu à aucune retractation de ses erreurs et blasphèmes. 

Lui fut aussi demandé quelque chose de certaine confession qu'il 
avoit faite pendant sa maladie dans sa prison, ses gardes lui ayant 
oui demander pardon à Dieu de quelques souillures et vilainies, il 
dit qu'il n'estoit pas tenu d'en respondre. que nous n'estions pas des 
preslres pour recevoir des confessions auriculaires. A quoi estant 
répliqué que non mais puis que lui mesme l'avoit dit et que cela 
donnoit scandale il estoit obligé si la chose estoit vraye de reparer le 
scandale par sa confession, Ce qui fit qu'il en parla et dit n'avoir 
jamais pensé à aucune meschanceté de telle nature, qu'il avoit eslé 
en Italie et avoit esté mené en un bourdeau à Bresse, mais qu'il n'y 
avoit rien commis et n'avoit touché personne. 

Lui estant demandé à la requeste de quelques Pasteurs du bail- 
liage de Gex qui estoyent présents comment il avoit baptisé les 
enfans, si au nom du Père du Fils et du S 1 Esprit, il dit qu'oui, et 
qu'il en avoit très grand regret, finalement sur la requeste faite par 
les Pasteurs au Magistrat que les escrits d'icelui ne fussent pas 
bruslez mais plus tost renfermez afin qu'on eust un mémorial de ce 
pourquoi il estoit condanné à mort, et que ce. n'estoit pas pource 
qu'il avoit esté Papiste, et eslevé entre les Jésuites, mais pour des 
horribles blasphèmes proferez et escrits contre la S te Trinité, en la 
Personne de nostre Sauveur, et tous les mystères de l'Evangile, 
Le Magistrat ayant ordonné que ses escrits seroyent gardez après 
qu'il les auroit signez de sa main, le secrétaire d'Estat estant venu es 
prisons, et lui ayant produit ses escrits demandant s'il les recognois- 
soit et les vouloit signer, Il advoua les recognoistre, s'approcha pour 
T. XXXVI, N° 72. 13 



l'.ii REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les signer, dont les Pasteurs le voulans destourner et taschans de l'ef- 
froyer afin qu'il eust quelque horreur, 11 se roidit plus qu'auparavant, 
prend la plume et signe le tout en trois endroits assavoir au bout des 
douze articles, la démonstration d'iceux, et l'exposition ou plus tost 
dépravation du 53° d'Esaie. Depuis continua tousjours à rejetter tout ce 
qui lui estoit dit par les Pasteurs sans donner aucun lieu à la Vérité 
ni retractation de ses blasphèmes jusques à ce que le Lieutenant de 
la Justice estant venu, et lui ayant commandé de le suivre pour ouir sa 
sentence il fut mené devant le Tribunal attendant la venue des Syn- 
diques. C'est là où les Pasteurs lui reprochant l'atrocité de son crime, 
le goutTre où il estoit prest de tomber, les ardeurs éternelles qui lui 
estoit préparées s'il ne se retiroit de ses blasphèmes abominables, et 
ne donnoit gloire à Dieu tant s'en faut qu'il donnast lieu aux exhor- 
tations et adjournements qui esloyent faits à sa conscience qu'au lieu 
de donner gloire à Jésus Christ devant le S 1 Tribunal duquel il alloit 
comparoir beaucoup plus terrible que celui des Juges terrestres, 
jamais il ne le voulut recognoistre, mais dit, il n'y a qu'un Dieu, 
J'adore le grand Dieu d'Israël qui a fait le ciel et la terre. Et les Syn- 
diques estant monstez sur le Tribunal après la lecture du procès 
faite par le Secrétaire d'Estat, à laquelle il ne contredit point l'escou- 
tant fort attentivement, avant le recri de l'arrest ou sentence, le Pre- 
mier Syndique lui disant que c'est qu'il avoit à dire là dessus, et 
qu'il demandoit estant exhorté par les Pasteurs de se jetter à 
genoux et demander miséricorde à Dieu, et au Magistrat, finalement 
il se jetta par terre et adora à la Judaique et disant béni soit le grand 
Dieu, le seul Dieu d'Israël, J'adore ce seul Dieu qui a fait le ciel et la 
terre, après quoi le Syndique ayant donné l'arrest au Secrétaire en fut 
faite lecture, par lequel il estoit condamné à estre lié, et mené en la 
place de plein palais, et là estre estranglé à un posteau et puis bruslé. 
Là dessus le Lieutenant commanda à l'exécuteur de le saisir pour 
le lier et mener au supplice, et lors les Pasteurs s'efforçans de conver- 
tir cesle ame endurcie lui representans la grandeur de son crime, les 
liens éternels dont il alloit estre lié, le gouffre où il s'alloit préci- 
piter, et ainsi qu'il donnast gloire à Jésus Christ et Fils éternel de 
Dieu éternel qu'il avoit tant blasphémé afin de trouver grâce devant 
lui, il ne cessa de continuer ses exclamations du grand Dieu d'Israël, 
et au chemin lui estant dit le passage du PSeaume 2. Baisez le Fils, 
en Hebrieu, il acheva le dit passage et en adjousta plusieurs autres 
en Hebrieu, saus jamais vouloir donner lieu à aucune remonstrance. 
Estant près du buscher ou posteau où il devoit estre exécuté, les 
Pasteurs l'adjurants et conjurans à ceste heure là et en ce temps de 
penser à soi qu'il y avoit encor temps de recourir à la miséricorde 
de Dieu confessant son péché, confessant Dieu tel qu'il s'est mani- 
festé au Viel et au Nouv. Testament, que ce Jésus Christ qu'il avoit 
blasphémé et blasphemoit avoit pardonné à un poure brigand, qu'il 
avoit dit que tout blasphème prononcé contre lui pouvoit estre par- 
donné, pourveu qu'il n'y eust point de blasphème contre l'Esprit. A 



NICOLAS ANTOINE 195 

quoi au lieu de respondre il commença à grincer les dents et tourner 
les yeux, disant qu'il n'y avoit qu'un seul Dieu, et qu'il vouloit 
mourir pour la gloire du grand Dieu d'Israël, prit son chapeau et le 
le jetta en l'air disans, Allons, allons mourir pour la gloire du grand 
Dieu d'Israël, Il n'y en a qu'un, il n'y en a point d'autre. 

Sur quoi lui estant répliqué que nous ne recognoissions qu'un 
seul Dieu, mais qu'il estoit un avec le Fils et le S 1 Esprit, en ceste 
gte Trinité, et que sans le Fils et le S 1 Esprit il ne recognoissoit 
point le vrai Dieu d'Israël, mais qu'il se forgeoit un Dieu de Turc, 
un fantosme, il s'escria il n'y a qu'un Dieu, ne croyez pas ce qu'on 
vous dit, Je n'en recognoi point d'autres, grinçant les dents et secouant 
la teste faisant des gestes estranges surtout quand on lui parloit de 
nostre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, ce qui donna occasion à 
l'un des Pasteurs de dire au peuple, Mes frères voyez vous ici l'en- 
nemi de nostre Sauveur qui blasphème et maudit nostre Seigneur 
Jésus Christ, qui ne le veut point recognoistre, à laquelle parole tout 
le peuple frémit et eut telle horreur que de tous costez on entendit 
un bruit sourd, de quoi au lieu de s'esmouvoir, il se roidit en sa 
malice, et dit non il n'y a qu'un Dieu, puis qu'il n'y a qu'un Dieu 
il ne peut pas y avoir trois Personnes. Je ne veux point recognoistre 
tout cela, Je ne recognoi que le seul vrai Dieu d'Israël, seul en es- 
sence, seul en Personne, tout le reste n'est point. A ceste parole l'un 
des Pasteurs lui disant que s'il continuoit à parler ainsi on lui cou- 
peroit la langue, il se moqua de cela et tirant la langue fort avant dit, 
Tenez là, faites la couper, persistant toujours en ces propos abomina- 
bles, sur quoi ayant esté fait signe à l'exécuteur qu'il lui serrast tant 
soit peu le garrot afin qu'il fust empesché de parler et qu'il escoutast 
la prière et les exhortations des Pasteurs, la prière estant commencée, 
ou les Pasteurs faisoient mention d'un seul Dieu Père, Fils et S 1 Esprit, 
parlant de Jésus Christ nostre Seigneur, quoi qu'il ne peust parler à 
ceste parole il grinça les dents, et jetta un soubris de rage et de 
mespris, frappant du pied sur le buscher, et monstrant des signes 
et indices qu'il mouroit en son impieté, finalement la prière estant 
achevée et le bourreau l'ayant deslié du posteau où il avoit esté 
estranglé on le vit remuer la teste et les jambes lors que le feu fut 
mit au buscher, tellement qu'il sentit encor l'un et l'autre supplice 
en son corps, avec grande apparence que son ame en alloit souffrir 
un autre plus severe, sinon que Dieu par ses miséricordes infinies 
et incompréhensibles aist voulu faire triompher ses grandes compas- 
sions par dessus la malice de cest exécrable lui faisant la grâce de le 
recognoistre en la dernière heure de sa vie. Mais cela estant caché 
par devers Dieu, cest exemple doit donner une juste frayeur à un 
chacun pour se rendre docile à croire ce que Dieu nous a révélé en 
sa parole, sans l'assubjectir à nos sens et raisons, Veu que Dieu ne 
laisse point impunis ceux qui par une curiosité audacieuse veulent 
souder ces mystères par dessus la révélation, et celui qui veut son- 
der la Majesté de Dieu sera abismé par la gloire. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Page 29 du même registre : 

Du Vendredi 19 May 1626. 

Proposé qu'il y avoit ici un estudiant en Théologie de Metz nommé 
Sieur Antoine recommandé à la Compagnie qui a présent estoit fort 
travaillé de la fiebure et en nécessité, partant la Compagnie estoit 
requise de lui tendre la main. Advisé de lui bailler quatre talers, ce 
qui a esté fait. 



Page 78 du même registre : 

Le Sieur Antoine estudiant en Théologie se retirant d'ici, et 
n'ayant pour fournir aux frais de son voyage a esté recommandé à la 
charité de la Compagaie, laquelle lui a ordonné quatre ducatons 
qu'il a receu de Mons. Prévost, outre quelque chose de Mons. le Rec- 
teur, du Vendredi 21 Mars, il n'y a eu autre. 

(A suivre.) 



ERREURS RÉGENTES 

CONCERNANT D'ANCIENNES SOURCES HISTORIQUES 



M. A. Schlatter, professeur de théologie, qui est connu par des 
travaux, parus en 1893, sur la topographie et l'histoire de la Pa- 
lestine l , a publié récemment une étude 2 qui forme, en partie, la 
suite de ses travaux antérieurs. Dans cette étude, il expose à nou- 
veau le soulèvement des Juifs de la Palestine sous Barkokhba et 
les événements qui ont précédé cette révolte, en s'appuyant prin- 
cipalement sur les indications fournies par la littérature tradition- 
nelle des Juifs. La thèse que M. Schlatter oppose à ceux qui ont 
raconté avant lui l'histoire du temps d'Adrien, et en faveur de la- 
quelle il s'efforce d'invoquer les assertions des Tannaïtes, peut se 
résumer ainsi (p. 1) : Dans l'année 130, Adrien rendit aux Juifs 
l'emplacement où s'élevait autrefois le temple. Cette marque de 
bienveillance et les travaux commencés pour la reconstruction du 
temple réveillèrent dans les cœurs les espérances messianiques et 
eurent pour conséquence l'établissement de la royauté messia- 
nique de Barkokhba. Survint alors la guerre de Barkokhba (132- 
134) ; celle-ci terminée, Adrien fit construire la ville nouvelle 
d'Aelia. 

Il est certain qu'à la lumière de l'interprétation nouvelle de 
M. Schl., plusieurs faits se comprennent mieux et qu'en dépit de 
l'absence de tout renseignement direct, on trouve moins étrange 
l'espoir nourri par les Juifs de restaurer Jérusalem et le culte du 
temple dans la première année du règne de Barkokhba. L'identifi- 

1 Zur Topographie und Geschichle Palâstina's. 

% Cette étude, intitulée : Die Tage Trajans und Hadrians, a paru dans les Beitràge 
zur Forderung christlicher Théologie, l re année, 3 e fascicule, Gutersloh, 1897, 
p. 1-100. Ce fascicule contient, à la fin, un travail de M. A. Foss, Leben und Schrif- 
ten Agobards, Erzbischofs von Lyon, qui présente également de l'intérêt pour l'his- 
toire des Juifs. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cation qu'il propose d'établir entre "ji-Din wba, c'est-à-dire le grand- 
prêtre des monnaies de Barkokhba, et l'Eléazar ben Harsôm des 
sources talmudiques qui, d'après le traité de Semahot, vin, vivait 
nsson rarçn, semble également assez plausible. Mais il n'est pas 
moins vrai que l'argumentation de M. Schl. ne réussit pas à con- 
vaincre, parce que notre auteur n'est pas suffisamment familiarisé 
avec les sources où il puise ses renseignements et qu'il ne sait pas 
les utiliser avec une clairvoyance assez sagace. Son travail pré- 
sente encore un autre point faible : par une sorte de dédain pour 
ses devanciers, il néglige de mentionner leurs opinions et surtout 
de les réfuter, présente presque comme des axiomes ses propres 
opinions, qui sont parfois très sujettes à caution, et fait ainsi 
douter de la justesse de ses vues. Néanmoins, pour l'étude de l'his- 
toire juive, on devra tenir compte dorénavant des importantes 
recherches de M. Schlatter, et nul ne pourra sérieusement traiter 
des temps de Trajan et d'Adrien sans connaître ses travaux sur 
cette période. Mais il me paraît utile de rectifier ici certaines er- 
reurs commises par M. Schl. en recourant aux sources. On verra 
que si notre auteur s'est trompé, ce n'est pas seulement parce 
qu'il n'a pas su tirer tout le profit possible des sources qu'il avait 
sous les yeux, mais aussi parce qu'il n'a tenu aucun compte des 
recherches et des opinions de ses devanciers *. 

1. Page 9, M. Schl. dit : « Du côté juif aussi, on établit une dif- 
férence entre la persécution d'Adrien et celle d'Antiochus Épi- 
phane, car les docteurs disent : Les premières eaux firent manger 
de la viande de porc, les dernières causèrent la mort (Midrasch 
rabba sur Nombres, § 20). Les édits d'Adrien ne forcèrent pas les 
Juifs à manger de la viande de porc, mais firent prononcer de 
nombreuses condamnations à mort. » Ainsi, d'après notre auteur, 
les « premières eaux » désigneraient allégoriquement les persécu- 
tions d'Antiochus Epiphane et les « dernières eaux » les persécu- 
tions d'Adrien, sans doute d'après Psaumes, cxxiv, 4-5. Cette 
interprétation lui paraît si certaine qu'il n'a pas cru nécessaire 
d'ajouter au passage cité un mot d'éclaircissement. Or, il se 
trompe absolument. Aussi bien dans les sources secondaires qu'il 
cite (Nombres rabba, ch. xx, éd. Wilna, § 21) que dans la source 
primitive, c'est-à-dire le Talmud de Babylone (Yoma> 63 fr, et 

1 Comme trait caractéristique de la légèreté avec laquelle M. Schlatter indique 
parfois les sources, je citerai ici le fait suivant. Page 31, il indique comme source, 
pour la formule de bénédiction 3"^73rp DTZÛH Tl")3. le Midrasch rabba sur 
Nombres, ch. xxm, au lieu de citer les vraies sources, qui sont le Talmud de Jérusalem 
(Taamt, 69a), celui de Babylone (Berachot, 48 6; Taanit, 31a; Baba Batra, 121*) 
et Echa rabbati sur n. 2. 



ERREURS RÉCENTES CONCERNANT DES SOURCES HISTORIQUES 499 

Houllin, 106 a), on reconnaît facilement que tMiiû&ntt d'VQ dési- 
gnent l'eau avec laquelle on se lave les mains avant le repas, et 
trmntfn tria celle qui sert après le repas. En négligeant de se 
laver les mains avant ou après le repas, les personnes dont parlent 
certaines anecdotes racontées ailleurs s'exposaient aux consé- 
quences fâcheuses énumérées dans le passage talmudique. 

2. P. 21. « Juda ben Baba faillit être considéré comme pro- 
phète, titre que nul ne posséda depuis Samuel le Petit. Les dis- 
ciples de ce dernier (pas ceux d'Akiba) voulaient proclamer à 
propos de Juda qu'il était inspiré de l'esprit saint, mais l'heure 
fut troublée, c'est-à-dire la guerre éclata [Tosefta Sota, xm, 
éd. Zuckermandel, 319, ligne 7). » Un simple coup d'œil jeté sur 
le texte montre que M. Schl. ne l'a pas compris. Voici, en effet, ce 
que dit la Tosefta : btû wabn na-ib ittpn ann p ïttiï-p 'n hy qa 
fty&H ï-ïD^ttttD aba bavm M. Sch. semble avoir traduit ainsi : « Les 
disciples de Samuel voulurent aussi dire de Juda [qu'il était animé 
de l'esprit saint], mais. . . » Mais VTttbn est une faute pour mfcbn, 
et *wib imps n'a pas de sujet déterminé, ou plutôt le sujet est : on. 
Le texte du ms. d'Erfurt imprimé dans l'édition Zuckermandel est 
défectueux dans ce passage ; il est plus complet et, comme le 
prouve le contexte, plus correct dans la variante indiquée par Z. 
en note d'après le ms. de Vienne et les éditions, variante dont 
M. Sch. n'a tenu aucun compte. La voici : ann "p """n b* tpo 
•ppn barrera bra -iv^bn von an *ra an vb* 'pntt'ia wd nvpnïr. Ce 
passage doit être expliqué ainsi : De même qu'on a prononcé sur 
Samuel le Petit ces paroles élogieuses bra irabn von an va* art 
bbïr, de même on aurait exprimé cet éloge sur Juda ben Baba, à la 
mort de ce docteur, si les circonstances, c'est-à-dire les persécu- 
tions d'Adrien, n'y avaient fait obstacle. Voir les passages paral- 
lèles dans j. Sot a y 24 &, ligne 39, et b. Sota, 48 &, où il y a égale- 
ment irapn comme dans le ms. d'Erfurt. Mais M. Sch. a négligé 
ces passages. 

3. P. 24. M. Sch. corrige, dans Mise /ma Taanit, iv, 8, otoiboidn 
en d^oimoidn, mot dans lequel il voit apostat. Cette correction n'est 
pas nouvelle. On la trouve déjà dans YAruch de Kohut, I, 222??, 
citée au nom de M. Hochstaedter, qui croit que cet apostat est 
Alcime. Mais, comme le mot grec à7co<7TàTY)ç ne se retrouve nulle 
part ailleurs dans la littérature talmudique et midraschique et 
qu'il est très vraisemblable que la Mischna désigne par son nom 
l'homme qui, le 17 tammouz, a brûlé la Tora, la correction pro- 
posée ne paraît pas admissible. M. J. Derenbourg (Essai sur l'his- 
toire de la Palestine, p. 58 s.) pense au nom de Postumus ou Sep- 
timus, nom qu'aurait porté le soldat romain qui, d'après Josèphe 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(B. /., II, 12, 2), a déchiré et jeté au feu un rouleau de la Loi. 
D'après M. Halberstam {Revue, II, 12*7), DiEiaDiDN, avec une légère 
correction, serait Faustinus, nom que portait Jules Sévère, le gé- 
néral d'Adrien. Mais en admettant même la correction proposée 
par M. Schl., nous ne pourrions jamais voir dans cet apostat, 
comme le fait notre auteur, Elischa ben Abouya, désigné par les 
Tannaïtes sous le nom de Afièr. Car on ne comprendrait pas pour- 
quoi il ne serait pas appelé ina ici également, ni qu'il eût accom- 
pli une action aussi abominable et, s'il s'en était réellement rendu 
coupable, que son disciple Méïr fût resté en relations avec lui. 

4. P. 27. « Les [xouasTa (musées) — m&wwa ia — que les païens 
ont fait construire pendant la persécution sont interdits même 
quand la persécution a disparu. » C'est ainsi que M. Schl. traduit 
le passage de la Tosefta Aboda Zara, v, 6 (éd. Zuck., p. 468, 
1. 26). Il prend donc l'initiative, sans autre explication, d'enrichir 
le lexique talmudique de ce mot nouveau et introduit pour la 
première fois dans l'histoire de la Palestine l'idée que ce mot 
représente, en songeant probablement au Musée d'Alexandrie. Il 
continue alors par les réflexions suivantes : « C'est un trait carac- 
téristique d'Adrien que cet empereur, au moment même où il 
ordonnait de sanglantes persécutions, conservait l'illusion d'être 
le bienfaiteur des Juifs. Dans sa pensée, il les guérissait de leurs 
superstitions et les initiait à la civilisation grecque... Ce fait est 
encore important à un autre point de vue : il prouve que la persé- 
cution a duré plusieurs années. Car il fallait du temps pour élever 
de tels édifices, qui n'ont certes pas été construits pendant la 
guerre. La Halakha mentionne seulement les [/.ouoreta et non pas 
les temples, parce qu'elle n'avait plus besoin d'interdire aux Juifs 
de fréquenter les temples des païens. » Toutes ces observations et 
déductions de M. Schl. ne reposent, en réalité, que sur une leçon 
incorrecte du ms. d'Erfurt de la Tosefta. Car ce ms. seul écrit en 
deux mots le terme que M. Schl. rend par v.ouvdx et qui partout 
ailleurs est écrit rvrwà; de fta>(&4ç, « piédestal pour des idoles » ou 
« autel ». Cf. Levy, I, 219. La leçon exacte est nvottin ; elle se 
trouve dans la Mischna éditée par Lowe (Aboda Zara, iv, 6) : 
...ima "pTWM ^b» ï"nrm: iba *ti û^b» b© nvoE'n. Voir aussi, 
pour ce passage de la Mischna, les explications & Aboda Zara, 
b'Sb. Il aurait suffi que M. Schl. se rappelât que le mot T^ii ne 
peut pas signifier « élever une construction » pour éviter de se 
laisser égarer par la mauvaise orthographe (nvoifc *o) du ms. 
d'Erfurt. 

5. P. 29, note 1. M. Sch. cite le mots TOTûbià ttW de j. Aboda 
Zara, 39 rf, et les traduit exactement,, ce semble, en leur faisant 






ERREURS RÉCENTES CONCERNANT DES SOURCES HISTORIQUES 201 

désigner le marché tenu près du térébinthe, dans le voisinage 
d'Hébron. Mais il omet de mentionner le passage parallèle de Ge- 
nèse rabba, en. 47, fin, et de rappeler que déjà M. Neubauer [La 
Géographie du Talmud, p. 262) a établi un rapprochement entre 
l^ t*T de Genèse rabba et la localité de Betanin qu'Eusèbe place 
dans le voisinage d'Hébron. 

6. P. 31 s. D'après M. Schl., le récit de Meïla, 17 &, « rappelle 
les événements qui provoquèrent redit de tolérance » par lequel 
Antonin le Pieux mit fin aux persécutions ordonnées par Adrien. 
En réalité, ce récit, où Eléazar, fils de Yosé ben Halafta, joue un 
rôle, se rapporte à une époque postérieure, peut-être à l'année 
163, année où Simon ben Yohaï chassa — selon ce même récit 
— un démon du corps de la fille de l'empereur (cf. Revue, 
XXXV, 286). 

7. P. 42. « L'assertion suivante est attribuée à R. Judan, doc- 
teur du m e siècle : Aucun des forts de Jérusalem n'était destiné 
à être conquis en moins de quarante jours (Midrasch rabba sur 
Lam., ii, 3). Ce passage ne se trouve pas au milieu des matériaux 
qui se rapportent à l'an 70, mais avec ceux qui font connaître les 
souffrances infligées par Adrien. » Autant de mots, autant d'er- 
reurs. L'auteur de cette assertion, "pT *i, n'est pas du ni e siècle, 
mais florissait vers le milieu du iv e . L'assertion elle-même, qui se 
rapporte à ce texte : nnî-p ro i^itafc ima*n d^ït, est ainsi conçue : 
û^nnaiB mriB 'viînarrb îman ttmn ab ût^t-ps nn^rro rrrai t-n^z ba 
M .6ti rnii* TnMD iwi dv. 11 ne faut pas traduire : « Aucun des 
forts de Jérusalem n'était destiné à être conquis en moins de qua- 
rante jours », mais « chaque fort était ass^z solide pour résister 
au moins quarante jours, mais la colère de Dieu, provoquée par 
les péchés d'Israël, amena plus rapidement la chute de ces forts. » 
Rien, dans ce passage ou dans le contexte, ne prouve qu'il se rap- 
porte à l'époque d'Adrien. L'agadiste pensait sans doute avant 
tout à la destruction de Jérusalem par Titus, mais rien ne démon- 
tre qu'il n'ait eu en vue la victoire de Nabuchodonozor. Les con- 
clusions tirées de ce passage par M. Sch. ici et dans son ouvrage 
précédent (Zur Topographie, p. 140 et 146) sont donc inexactes. 

8. P. 47 et 51. Lorsque R. Yosé dit que « la modestie de p irnat 
oiVipsK a causé l'incendie du temple » (Tosefta Sabbat, xvi, 13; 
éd. Z., p. 135, 1. 12), il a en vue, d'après M. Schl., un événement 
du temps d'Adrien. Mais notre auteur s'abstient de comparer l'as- 
sertion de R. Yosé avec celle de R. Yohanan, qui en découle 
(Guittin, 56 a), bien que les mots de R. Yosé ne se comprennent 
que par le récit de Guitlin (voir aussi Echa rabbati sur iv, 2). Or 
ce récit se rapporte sans contredit à la destruction du temple par 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Titus et aux événements qui ont précédé cette catastrophe. Il est 
vrai que M. Schl. place aussi l'incident de Kamça et Bar Kamça à 
l'époque d'Adrien (p. 60). M. Schl. se trompe également en corri- 
geant s-ibipas en Euptolemos. Ce Zacharia ben anVipaa ou, selon 
une variante, oiVip^Ba est aussi mentionné par Josèphe, B. /., IV, 
4, 1, qui l'appelle Z. b. Amphikoulos (cf. Derenbourg, Essai, 
p. 267). M. Schl. prétend que la discussion entre les écoles de 
Schammaï et de Hillel à propos de laquelle on cite l'opinion de 
Zacharia ben onbnpaa, dans la Tosefta, ne peut avoir eu lieu 
qu'après l'an 70, mais cette assertion ne s'appuie sur rien. 

9. P. 50. « Yohanan dit au nom du patriarche Juda I er : Kokab 
sortit de Jacob (Nombres, xxiv, 17); il ne faut pas lire Kokab, 
mais Kozeb (Midrasch rabba sur Lament., n, 2). » Le passage cité 
par M. Schl. est la reproduction de ces mots d'Echa rabbati : *ittN 
àna aba aaia "npn Va ap^tt aa"ia yn ismi ïtïI ^an v'n. Mais, comme 
je l'ai établi dans mon Agada der Tamiaiten, I, 291, ce passage 
a forcément le même sens que le passage de j. Taanit, 68 d : r:n 
**& aana yn ap*-% aaia ^tt -toia ïvn ^ai aa^p? w fa Y&nw 'i. 
Dans Echa r., i"*i ne désigne pas R. Yohanan, mais R. Juda ben 
Haï, et iai ne désigne pas le patriarche Jtrda I er , mais Akiba (car 
c'est un disciple d'Akiba qui parle et qui dit : mon maître, m). 
Ce fut, en effet, Akiba qui eut recours à la méthode favorite de 
■hph ba pour appliquer la prophétie messianique des Nombres à 
celui qu'il avait reconnu comme Messie. Au lieu de aana, il lut 
alors ana ou «ans, c'est-à-dire aana *ia « l'homme de Kozéb », qui, 
à la suite de l'interprétalion d'Akiba, fut appelé Naans ^a. Ce nom 
signifiait, aux yeux des adhérents de Bar-Kokhba, que sa mission 
était déjà indiquée dans la Bible, comme l'avait expliqué Akiba. 
On aurait donc tort, comme l'ont fait MM. Derenbourg [Essai, 423) 
et Schùrer [Geschichte des jùiischen Volhes, I, 570), de donner 
au mot ans, dans Echa r., le sens de « trompeur 1 ». De plus, 
M. Schl. expose inexactement les faits, quand il dit (p. 52) : « Le 
vrai nom, celui de Bar-Kokhba, disparait pour faire place à celui 
de Bar- Kozéba, que les Juifs déçus avaient sûrement formé 
d'après le premier. » Les deux noms donnés à celui que R. 
Akiba avait reconnu comme chef sont exacts. Il s'appelait [Simon] 
bar Kozéba et fut nommé Bar-Kokhba par ses partisans. Mais 
après son échec, on cessa naturellement de le désigner par ce 
dernier nom, qui ne fut maintenu que dans les sources chré- 

1 M. J. Derenbourg dit lui-même dans ses « Quelques notes sur la guerre de Bar 
Kôzêbâ (Mélanges publiés par l'Ecole des Hautes-Études, Paris, 1878, p. 158) : 
« Kôzêbâ est le nom d'une localité mentionnée 1 Cbion., iv, 22, probablement iden- 
tique avec l'ancien Kezîb (Gen., xxxvm, 5), dout c'est la forme araméenne. ► 



ERREURS RÉCENTES CONCERNANT DES SOURCES HISTORIQUES 203 

tiennes. Dans les milieux chrétiens, on continua, sans doute par 
moquerie, de l'appeler « Fils de l'étoile ». La tradition juive a 
conservé seulement le nom primitif, mais rien ne prouve qu'on 
n'ait également songé à l'étymologie du mot rtnns, lieu natal de 
notre héros. 

10. Dans j. Berakhot, 13 b, en bas, et j. Aboda Zara, 40a, il 
est dit que R. Gamliel, se promenant un jour sur la montagne où 
s'élevait le temple (et non pas sur l'emplacement du temple) et 
apercevant une belle païenne, prononça une formule de bénédic- 
tion. M. Schl. dit (p. 74) qu'il s'agit de Gamliel II. Gela est pos- 
sible, car ce docteur a visité les ruines du temple en compagnie 
d'autres Tannaïtes. Mais je crois plutôt qu'il s'agit de Gamliel I et 
que ce fait s'est passé avant la destruction du temple. Le passage 
parallèle ft Aboda Zara, 20 a, nomme biobwa in yijrnw fm, au lieu 
de baobtta 'n. Si c'est là la bonne leçon, ce docteur serait Simon, 
fils de Gamliel I er . 

11. Dans son argumentation (p. 76) sur le passage de Tosefta 
Beràhhol, vit, 2, et les passages parallèles relatifs à Simon ben 
Zôma, M. Schl. part de cette hypothèse que ■ponbsia ^oibsia dé- 
signe exclusivement une troupe de soldats. Or, ce mot s'applique à 
une foule quelconque (Voir mon Agada der Tannaiten, l, 430 s.). 
Les explications qui suivent la formule de bénédiction proposée 
par Ben Zôma émanent de ce docteur lui-même ; dans Berakhot, 
58 a, elles sont introduites par les mots -wia irn anïi, 

12. P. 80 s. M. Schl. prétend qu'Eléazar b. Çadok et Abba Saùl, 
fils de la Batanéenne, étaient établis à Jérusalem après l'an 70 et 
que tout ce qui est raconté relativement au séjour d'Eléazar à Jé- 
rusalem a eu lieu après 70. Mais ses arguments ne sont nullement 
probants. On peut continuer à s'en tenir à l'opinion admise jusqu'à 
présent, qu'il s'agit de l'époque antérieure à la destruction de 
Jérusalem par Titus. Il est certain que M. Schl. n'a pas raison 
quand il identifie notre Abba Saùl n^3L:n- p avec Abba Saùl 
à'Abot, ii, 8 (p. 83). Ce dernier est un Abba Saùl plus jeune et 
plus connu ; l'assertion qui est mentionnée en son nom dans Abot, 
il, 8, est une tradition que, d'après une version des Aboi di R. 
Nathan, il a rapportée au nom d'Akiba (cf. Agada der Tannai- 
ten, II, 366). 

13. Les mots ïinmi "pnî de Tosefla Pesahim, n, 11 (éd. Z., 
p. 159, 1. 9) sont traduits par M. Schl. (p. 85) « le chef des prêtres 
Zenon ». Mais ïirfôto, dans ce passage, ne désigne pas cette dignité, 
mais le surveillant de l'école. Ce même Zenon est appelé une fois 
imrj iw 'n (j. Berachot, 7d ; cf. Levy, III, 142a). 

14. Les réflexions de M. Schl, (p. 92 s.) sur Pappos ben Juda et 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ses rapports avec Akiba ainsi que sur l'incarcération de ce der- 
nier supposent comme certaine l'identité de ce Pappos avec son 
homonyme, le frère de Julien. Or cette identité n'a en sa faveur 
qu'une interpolation du Sifra sur Lévitique, xxvi, 9 (éd. Weiss, 
111 d), qui est manifestement incorrecte. Tout le récit de M. Schl. 
repose donc sur des données incertaines. Notre auteur ne fait 
pas valoir des arguments plus sûrs quand il affirme que le récit 
de Genèse rcibba, ch. 64, où Josua ben Hanania calme le peuple 
surexcité par l'interdiction de reconstruire le temple, a en vue la 
reconstruction qui avait été autorisée par Julien l'Apostat, et que 
l'intervention de Josua ben Hanania est un anachronisme imagi- 
naire (p. 94 s.). Jusqu'à présent, on avait toujours admis que ce 
récit intéressant de Genèse rabba avait un fond historique. 

Budapest, avril 1898. 

W. Bâcher. 






LE 

TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÊGH ÉREÇ » 



(suite 






PARTIES NARRATIVES 



Les parties narratives du traité D. E. réclament un examen 
approfondi, car le caractère gnomique de cet ouvrage est sérieu- 
sement altéré par l'intercalation de ces anecdotes (rwwtt). 
Quoique nous soyons habitués à rencontrer dans la littérature 
rabbinique de pareilles historiettes édifiantes, ici, dans ce recueil 
de courtes maximes, il est douteux que ces contes aient figuré 
originairement. Dans le modèle des collections de ce genre, dans 
le traité Abot, ces historiettes manquent presque tout à fait * ; tous 
les récits qui s'y rattachent ont trouvé place dans l'ouvrage se- 
condaire intitulé Abot di R. Nathan. Le morceau iTObn bia p-vi 
tnjasn, que nous avons si souvent désigné comme la partie la 
plus ancienne de D. E., ne contient pas un seul récit, et cela est 
vrai aussi du chapitre de R. Eliézer ha-Kappar, qui, selon le 
Mahzor Vitry, fait partie du pTr 3 . Même dans les chapitres de 

* Voir Bévue, t. XXXVI, p. 27. 

» Abot, i, 17 : ûifcDnn "p3 Vlbl* W bs ; h, 6 : nbttblJl ntn N"l!l t|N ; 

xi, 8 : 't p larrp "p-ib vn ta'nrobn iwan ; vi, 9 : nm^n nriN û*d 

^jn^ ^bn72- Ce dernier cas seul peut être compté dans la catégorie des rW^^Wi 
et là aussi l'historiette ne se trouve pas dans le véritable Abot, mais dans la ba- 
raïta rnin V^P» dans un chapitre qui a été inséré entièrement dans Kalla, éd. 
Coronel, p. 13 b, comme le TNE 'l p"lD. 
» De même, d'après Salachot Guedolot, comme nous en avons déjà souvent fait U 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Z. dans le M. V. (vin), il n'y a pas encore de contes. Une fois 
où un récit de ce genre serait nécessaire pour illustrer ce qui 
vient d'être dit, il n'est indiqué que brièvement (vin : ttti TO3VE 
133 n& rrnïi b*a :Wi); mais dans R., ix, à la fin, cette histoire est 
contée tout au long. Dans le même chapitre vin de Z., on lit encore 
le récit de R. Akiba : to^sn ^sb ^fcttjn nb^nn irtt "p. La même 
histoire est citée par Tosafot dans Ketoubot y 17 a, d'après J-ns-brt 
•pa ^y\\ dans Meguilla, 29 a, d'après *pa yn rnDDtt ; dans 
Mahzor Vitry, p. 722, cette histoire est rapportée au même en- 
droit. Cependant je ne crois pas que ce récit serait ici à sa véri- 
table place, tant il contraste avec le caractère de cette partie de 
D. E. Z. Tosafot cite aussi cette histoire d'après Semahot, iv, à 
la fin, où elle se trouve en effet et où elle est à sa place, car il y 
vient d'être question de l'enterrement d'un cadavre trouvé en 
plein champ 1 . Dansj. Nazir, 56 a, la même histoire revient avec 
le même contexte. Gomme suite à cette anecdote, il est dit dans ce 
Talmud : n^n stop ^an wrw abn ntt'ia i-pn ain « Il disait aussi : 
Celui qui n'a pas fréquenté les sages est digne de mort». Cette 
phrase a été modifiée ainsi dans D. E. Z., vin : "nm b? iwn roi 
bons boisii bm r-ro avfi tzrttsn 2 « Et quiconque transgresse les 
paroles des sages est passible de Karet.. . »; c'est seulement 
parce que cette phrase précède ici le récit, au lieu de le suivre 
comme dans le Talmud palestinien, qu'on a trouvé moyen d'y rat- 
tacher le récit, et ceci prouve bien qu'il n'est pas ici à sa place 
primitive. 

Aucun récit ne fait donc partie des neuf chapitres de D. E. Z. 
Les récits sont, au contraire, très nombreux dans D. E. R. Déjà, 

remarque. 11 faut encore mentionuer ici que dans Mahzor Vilry il y a d'autres 
morceaux qui sont comptés comme faisant partie de l j5""l b l et qui, dans les 
éditions, ont une place toute différente, par exemple la maxime ÙIXTIJ "J73T blD 
T02 n*P*"D!l &m)3 NC3"in « Tout le temps qu'un homme pèche, il a peur de 
l'opinion », qui chez nous se trouve dansZ., vin ; ensuite Vj~n?2b D2D3M, à la Gu 
du même chapitre, morceau dont nous avons déjà dit plus haut qu'il n'est pas à sa vé- 
ritable place. Dans le même chapitre, la phrase M^'lV I"IX b"*9U3TOÏl P3 est ainsi 
conçue dans Halachot Gruedol. : *TD"| "imtf "pïTO^a "ltt£2 flN b^DOTOH bD 

r-iNT Nb nw («b éo bsptrp) i>ï"pdi irna ■pb'*»©» vas* na rpaa&n 

b^D^rj ïiiaam TVliTl nbD^Jn. Dans les éditions, il y a "|73£? PK b^DlDEH bD 
in*"l)3'vD DN l p1D73, ce qui est sûrement faux et même incompréhensible ; le verset 
biblique ne s'y trouve pas. Il se confirme donc que ce chapitre n'a pas été conservé 
tel qu'il était primitivement. 

1 Au lieu de "vj}i?2tt;n nb>tin, il y a là in"DT nbTin, avec cette conclusion : 

tnbnn ïimfi iit nbiN rr^n t**:rp* 'n ^sb ni n:r«q ton» rnnqfcn 

Tl-DT. L'expression n"DT convient beaucoup mieux à cette phrase parce qu'il est 
question d'une dispute pEi^n -|!0"im bp "WT î dans D. E. Dnb *m728) ; Se- 
mahot serait donc plus authentique que D. E. 

* Au lieu de TTO a^fi, il y a dans Halachot Guedolot y ïirP» S^f! ', le mot 
ïirP7:i correspond mieux à l'expression primitive isbup. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 207 

dans Pérek "w* fa, il s'en trouve un concernant la leçon qu'à sa 
mort, Eléazar ben Azaria donna à ses disciples. Le morceau pro- 
vient de Berachot, 28 & (toutefois dans les éditions il y a w^a, 
au lieu de TOba), où il est précédé de l'introduction pan nari. Cette 
formule ne peut se rapporter à notre D. E., car ce traité met des 
paroles toutes différentes dans la bouche d'Eléazar mourant ; les 
mots si importants }YW5 p taa^a wei manquent dans D. E., 
ainsi que dans Abot di R. Nathan, version I, où ce récit se 
trouve même deux fois avec beaucoup de variantes, ch. xix fin (p. 70) 
et ch. xxv (p. 80). Si ce récit avait fait partie primitivement du p^D 
"W* "ja, il serait plus net et plus concis. Ce récit doit donc être 
retranché de l'ancien "w* la p-iD. Il est vrai que, dans ce cas, il 
ne resterait guère que la moitié du "wt* *ja p*-©, et ce chapitre se- 
rait trop court pour avoir formé un ouvrage à part. A cela on 
peut répondre que le chapitre qui suit, et qui est classé iv e dans 
les éditions, a fait partie, à l'origine, du \w "ja pS&, car dans les 
anciennes éditions du Talmud, par exemple dans celle de Landau 
(Prague, 1840), se trouve cette note : apns Nïit ancrn Tiïmn, ce 
qui doit vouloir dire que ce chapitre faisait partie de^w'ja 1 . 
Quant à savoir quelles parties de ce chapitre appartenaient à "ja 
"WJ, nous ne pouvons l'établir. L'histoire, qui y est racontée tout 
au long, du pardon que Simon, fils d'Eléazar, dut demander à un 
homme qu^l avait injurié, n'y était certainement pas contenue 2 . 
Outre Abot di R. Nathan, version I, ch. xli, ce récit se trouve 
aussi dans Taanit, 20a-b, où il y a toutefois un exposé très ingé- 
nieux sur la nature du jonc et des cèdres auquel se rattache, par 
une suite naturelle, la baraïta i-rtpa *p tarra nït tabvb pan i3n. 
Dans D. E. R., au contraire, où les mots ïi:pa np «rp ne se 
trouvent pas avant, mais après le récit, celui-ci n'a pas de véri- 
table lien avec ce qui précède 3 ; il faut donc supposer les cha- 
pitres ni-v de R. sans ces récits qui les interrompent. Alors nous 
avons le chapitre "W* p avec les belles sentences de Ben-Azzaï 
et de R. Eliézer ben Jacob, puis la phrase fwa attin tabub 

1 C'est, à mon avis, comme s'il y avait [D*J*lpï"I D3>] 1Ï1N p"lD Ni!"! « cela forme 
un seul chapitre avec le précédent > ; on ne peut avoir voulu dire que ûb"l3>b est le 
premier chapitre , puisque "W^ "ja pHD est de temps immémorial considéré 
comme le I er . Dans Mahzor Yitry, ûbl^b est le commencement d'un nouveau cha- 
pitre avec le n° 3, mais cela est difticilemeut exact, puisque les n os 1 et 2 manquent. La 
confusion vient sans doute de ce que "W^ p ne forme pas un chapitre particulier 
dans le Mahzor, ce qui est contraire au témoignage des anciens, et par là toute la 
numérotation du Mahzor Vitry est fausse. 

1 Cette histoire n'a pas de lien avec ce qui précède. 

3 Dans Kalla, éd. Coronel, p. 13 a, cette histoire est au même endroit que dans 
les éditions du Talmud ; seulement le chapitre, au lieu du n° 4, porte le n° 6. Dans 
Kalla Rabbati, dans la grande édition du Talmud de Wilna, le chapitre en question 
porte le n° 7. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^no^M, qui ne se trouve nulle part ailleurs, avec quelques expli- 
cations qui manquent dans notre recueil, puis la phrase *p Km 
i-rtpr» commençant aussi par tbvfo comme dans Taanit, et, enfin, le 
commencement du v ô chapitre ma luh^ ba tabvb, qui achèverait 
le morceau de "w* "p. Nous aurions ainsi également trois cha- 
pitres dbi^b, comme, immédiatement après, il y a trois chapitres 
commençant par dsddï-i. 

Presque tout le reste du ch. iv de R. traite de la manière dont 
un disciple doit respecter son maître. L'essentiel de ces prescrip- 
tions se trouve aussi dans Yoma, SI a, avec la formule introduc- 
tive rw, qui se rapporte peut-être à notre D. E., puisque là notre 
baraïta se présente sous une forme beaucoup plus authentique 
et avec des citations bibliques ; les mots pb tek trttdn n^sn 
présentent un sérieux caractère d'originalité et assurent l'anté- 
riorité du D. E. R. *. Vers la fin de ce chapitre, une phrase paraît 
avoir été omise ; la phrase vnnatt nacnb "Wi mu nm ■nn« ^Vwi 
mtzn rasa biùrra w « Celui qui marche derrière son maître ne doit 
se séparer de lui qu'après lui en avoir demandé la permission », 
n'est pas exacte, car dans Yoma, l. c, on lit cette sentence ano- 
nyme : -«m» ï-jt *m nai inm *ro rit *ntt m-i ^o» -firtnn 6panm 
mm « Il est cependant dit dans une baraïta que... celui qui 
marche derrière son maître est un hautain », d'après cela, il se- 
rait donc interdit de marcher derrière le maître 2 . La formule 
trori montre aussi que cette phrase comme celle dont nous avons 
parlé précédemment se trouvait originairement dans D. E. C'est 
pourquoi, je propose de lire dans D. E R. ainsi : im "nna ^Virn 
'■Wl *nwi ms^b ■wm 15"SS* tobvbi rmn *wn fit "ntt. On peut prou- 
ver par cet exemple qu'en mettant à part les récits, il ne s'en suit 
pas nécessairement que certains chapitres du D. E. R. ont été ré- 
duits, puisque, selon toute apparence, beaucoup de sentences ont 
été omises en faveur des rvpïîJfc. Dans le traité de Kalla, éd. Co- 



1 Ces mois se rapportent à Loth recevant les anges. Dans Yoma, il n'est pas ques- 
tion de Loth. Mahzor Vitry, p. 728, a Ifàtf Û^n nKÛrîj le petit mot "jïib manque, 
et cela se conçoit. Dans Kalla, éd. Coronel, il n'y a que WDTl nfa^rî- 

1 Les mots THnNW ""IttD^b ue peuvent avoir d'autre sens que les mots de Yoma : 
"D") "mniS. Quant à la permission de s'en aller, qu'il faut demander au maître, 
il en est question dans une autre phrase *TOD "^"nïl "lb H731N .,,12173 10B3ST). 
Cependant, dans Kalla Rabbati, la rédaction de cette phrase est la même que dans 
les éditions. Il est à remarquer également que la même phrase se trouve encore im- 
médiatement après, au commencement du chapitre v, de sorte que nous l'aurions 
trois fois, tandis que la phrase conservée dans Yoma ne se trouverait pas même une 
fois. Il me semble donc indiqué de faire ici une correction. Dans Abot di R. Nathan, 
version I, chap. xxxvn, p. 56, la phrase ne figure, en effet, qu'une fois, à propos de 
l'attitude de Dieu vis-à-vis d'Abraham près de Sodome ; dans la version II, ch. xl, 
cette attitude ne sert que de preuve pour la maxime : "HD1 "pnb 0353 13^1 
"n^fl) mais il n'est pas question du congé à prendre. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DERÉCH ERÉÇ » 209 

ronel, ch. vi (p. 13 a), immédiatement après le passage dont il 
vient d'être parlé, c'est-à-dire dans le même chapitre que l'his- 
toire de Simon, fils d'Eléazar, de Migdal Eder, il y aie célèbre 
conte i des quatre docteurs s'entretenant avec un philosophe pen- 
dant une traversée pour se rendre à Rome, où celui-ci reconnaît 
la haute distinction de ses interlocuteurs à la politesse de leurs 
manières. Dans notre D. E. R., ce récit se trouve au chapitre v. 
De nos jours, on a cru reconnaître en ce philosophe l'historien 
Josèphe Flavius 2 , que le traité D. E. serait seul à nommer de 
tous les ouvrages de la littérature rabbinique. Gomme ce pas- 
sage a déjà été étudié à fond par plusieurs auteurs, je me borne 
à remarquer qu'il appartient, selon toute apparence, à la rédac- 
tion primitive du D. E. et n'a pas été intercalé plus tard. 

Le plus considéré de ces quatre docteurs était Rabban Gamliel. 
Ce n'est donc pas sans à propos que dans D. E. R., v, ce récit est 
suivi aussitôt de cette maxime : •pmiûn tma ^a hs Vît tabsb 
y-D yniDlB rrm to^o^ *pDb « Considère tous les hommes 
comme des voleurs et honore-les comme R. Gamliel ». Cette sen- 
tence est illustrée par l'histoire arrivée à R. Josué. Toutes ces 
parties du chapitre se suivent si naturellement qu'il n'y a aucun 
motif d'éliminer les morceaux constitués de récits. Dans Kalla, 
éd. Coronel (p. 16&), l'histoire de R. Josué est séparée de celle 
des quatre docteurs par de grands morceaux, ce qui est sans 
doute contraire au plan de l'auteur du recueil. 

C'est aussi le nom de ce R. Josué qui sert de lien entre le récit 
suivant (ch. vi de R.) et le précédent. Un certain Simon b. Anti- 
patros, qui paraît avoir été un homme considérable, invite comme 
hôtes des docteurs de la Loi qui font le vœu de ne pas manger 
et n'observent pas leur vœu. En les congédiant, Simon leur fait 
donner quarante coups de bâton. A la prière de R. Yohanan b. 
Zakkaï et d'autres docteurs, R. Josué entreprend une enquête sur 
l'affaire 3 . Le thème de ce conte, c'est-à-dire la conduite énig- 

1 On ne sait pas par quel lien ce conle se rattache à ce qui précède. 

1 N. Brull, Jahrbûcher, IV, 42 [Monatsschrift, 1877, p. 355) ; Bâcher, Revue des 
Etudes juives, XXII, 134; Zimmels, ibid., XXIII, 318, particulièrement important à 
cause du renseignement que les vieilles éditions et les manuscrits avaient en réalité 
1731D OIDDlbsi ^THN ""Dt"!; d'après cela, il y aurait dans OIDDlbs un nom 
propre ; voir cependant Vogelsteic-Rieger, Geschichte der Juden in Rom, I, 33, note 3. 

8 Nous parlerons plus loin de l'état du texte de ce morceau. Le maître de maison 
s'appelle Schimon b. Antipatros, sans le titre honorifique de Rabbi, quoiqu'il ressorte 
du récit qu'il appartenait au cercle des savants. Il faisait donc encore partie de cette 
vieille génération où le titre de Rabbi n'était pas encore commun. Le nom du père 
est, en effet, dans les éditions ordinaires D^ûûD^lûDN = Avriuarpoç ; dans Mahzor 
Vitry^ p. 729, Touhasin, p. 21 a, Kalla, éd. Coronel, p. 16 £, et Kalla, éd. Wilna, 
ix, il y a pourtant 0"lSt35N avec élision du second t, chose qui se présente aussi 
T. XXXVI, n° 72. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

matique d'un homme qui s'explique ensuite d'elle-même et se jus- 
tifie avec éclat, se retrouve aussi souvent dans Abot di R. Nathan 
(p. 38) et surtout dans Tanna di bè Eliyahou (dans les Gesia Ro- 
manorum, il y a encore de nombreux exemples similaires). Dans 
les écrits rabbiniques, la constante conclusion des récits de ce 
genre est : trot spb ^rm VT 1 n'n'pn "p î-tdt tpb vûto to^ 
« Puisse Dieu te juger favorablement comme moi je t'ai jugé favo- 
rablement ! » Cette conclusion se rencontre aussi dans le récit sui- 
vant relatif à la généreuse femme de Hillel l'Ancien. Le thème est 
toujours le même ; la femme sert le dîner tardivement, et c'est 
seulement après coup que le mari apprend qu'elle avait donné aux 
pauvres les mets qu'elle avait préparés antérieurement. Ce récit 
se rattache donc logiquement au précédent, et son authenticité est 
assurée. Le récit qui suit celui-ci immédiatement se rapporte 
presque au même thème : il s'agit encore d'une femme et de 
R. Josué, dont le nom se retrouve ainsi pour la troisième fois. 
R. Josué reconnaît la supériorité d'une femme prudente et ex- 
prime cette pensée en ces termes : ton aba ma ^m» ab wn 
npnmm pnrm it « De ma vie je n'ai été vaincu que par cette 
femme, par un garçon et une fille ». A la suite, on raconte aussi 
les deux autres incidents. Tous les trois faits se suivent dahs le 
même ordre dans Eroubin, 53 b, avec cette différence que dans 
Eroubin, R. Josué parle toujours à la première personne, tandis 
que dans D. E., l'histoire est racontée par l'auteur du recueil. La 
priorité appartient, en tout cas, à la rédaction d' Eroubin 1 . Ce- 
pendant l'intercalation de ce récit a dû déjà être dans le plan pri- 
mitif de l'auteur de D. E., car, comme nous le savons, ce récit se 
rattache très bien aux précédents. 

Le septième chapitre de D. E. R. contient deux récits. Le pre- 
mier sert à illustrer quelques maximes concernant la bienséance 
à observer à table : on y raconte que R. Akiba mit sous ce rapport 
ses disciples à l'épreuve 2 . L'histoire même ne se retrouve nulle 

dans le nom de la ville d'Antipalris dans le Talmud ; voir mon Wôrterbuch der 
griechischen und lateinischen Lehmoôrter im Talmud, s. v. 

1 Voir aussi les remarques de R. Elia Wilna. La différence entre les formules in- 
Iroductives s'explique parle contexte. Dans D. E., l'histoire de la femme est racontée 
d'abord comme appendice à ce qui précède, et l'iutroductiou doit être nécessairement 
ainsi conçue : np*l^m pl^m 1T !"NDK frôtt Û^N "*Î1W tô Wtt ; dans Eroubin, 
au contraire, toutes les histoires sont racontées d'un seul jet et, en raison de cela, 
il est dit rnpiTH p13Tl ÏTUJNfà V"in. Des divergences plus grandes sont cons- 
tatées dans l'Histoire de la femme ; les mots '^"| ù^DH! "H 73 5$ *p Nbl manquent 
tout à lait dans D. E. Dans l'histoire de la jeune fille, les mots nnN Ï12* 1- ! N2£731 
manquent à leur tour dans Eroubin. En ce qui concerne l'histoire du garçon, les 
mots caractéristiques 1J3 ripHi» JT73 "ODfa manquent dans Eroubin. Cependant la 
priorité, comme on l'a déjà remarqué, appartient au Talmud. 

2 -iNb UN N' ,k 7 ÛlDTn 123^ DN ÛDHN pinab. Dans Tour Oral Hayyim, § 170, il 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DERECH EREÇ » 211 

part ailleurs et doit faire partie du fonds primitif du D. E., sur- 
tout parce qu'on y trouve encore ces mots : *p bs taîsb ttw abl 
nab ta» 'ptf "pn tas^a w un ta^na prrib aba « Je n'ai fait 
tout cela que pour vous éprouver, pour voir si vous avez du sa- 
voir-vivre ou non ». Viennent ensuite quelques belles et fortes 
sentences, entre autres la sentence assii fr-nnb o»tti. Pour l'illus- 
tration des règles relatives à ce sujet, on raconte de nouveau une 
histoire d'après laquelle R. Akiba se rend compte par lui-même 
de la manière d'agir de R. Josué. C'est donc la quatrième fois 
que le nom de R. Josué se retrouve dans ces récits. Ce récit se 
rattache, du reste, aussi par son thème et par la personne de 
R. Akiba au récit dont il a été parlé précédemment. Il se ren- 
contre plus étendu et en compagnie d'un conte semblable dans 
Berachot, 62 a, avec la formule introductive êWi qui vise pro- 
bablement notre D. E. ; seulement il faut admettre, en ce cas, que 
l'auteur de D. E. s'est permis quelques légères modifications et 
d'importantes abréviations. 

Dans le chap. vin de D. E. R., la maxime wonb tana nbiûi tfb 
ftotis ïtd h$ fm \n b-o t-nnn « 11 ne faut pas envoyer à quelqu'un 
un tonnelet de vin et mettre de l'huile au-dessus » est illustrée 
par une histoire f d'après laquelle un hôte, en découvrant que le 
tonneau contenait de l'huile au lieu de vin, se suicida. Après le ré- 
cit, viennent encore une fois les mots d^a ribtrr ba tptt^fi "ntttf l&o» 
rpsfib, etc. La source de cette prescription, comme celle des autres 
prescriptions contenues dans le chapitre vin, fin, est la Tosefta 
Baba Batra, vi, Ï5(éd. Zuckermandel, p. 406), où la même recom- 
mandation est faite pour un tonneau d'eau. Mais le récit y manque. 
Au contraire, D. E. est complètement d'accord avec Houllin, 94 #, 
de telle façon toutefois qu'on remarque encore que D. E. est déjà 
un remaniement. Ainsi, par exemple, *w est remplacé par ^b^, 
et ta^Eûn nfctf ïèo» est une addition de style, à la manière du 
D. E. La prescription même se trouve, tant dans Tosefta Baba 
Batra que dans Houllin, en compagnie de plusieurs autres sen- 
tences de ce genre, de sorte qu'il faudrait, en tout cas, admettre 
que l'auteur du D. E. a procédé à d'importantes abréviations. 

y a quelques variantes : au lieu de ÏTll^O, il y a îinttS'Q ; au lieu de Ni (hébreu 
biblique) il y a in (langage rabbinique) ; les mots dp" 1 "! "1D3 blDNI des éditions ont 
une apparence plus ancienne que l-jab JHD b^Nl dans Tour. Mahzor Vitry est ici 
en tout d'accord avec les éditions. Nous remarquons déjà ici, ce que nous motive- 
rons encore plus loin, que la recension espagnole du traité D. E. diffère de la nôtre ; 
R. Simha, le Français, a adopté naturellement dans son Mahzor la recension 
franco-allemande. 

1 Les mots de la fin îirPjaîl ^TT 1T1D paraissent déjà se rapporter à Pissue tra- 
gique de l'histoire qui suit. Dans Houllin, 94 a, ces mots manquent. Cf. néanmoins 
la Tosefta, l. c. : Ï1D30ÏÏ "^Bfc. 



212 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Néanmoins, le morceau appartient au fond primitif du D. E. R., 
auquel il s'adapte complètement. 

Dans Houllin, 94 a, cette histoire de suicide est immédiatement 
suivie du récit connu où un maître de maison, en une année de di- 
sette, parce que ses hôtes avaient distrait une partie des faibles pro- 
visions pour les donner à l'enfant de la maison, étrangla d'abord 
l'enfant, puis, voyant que la mère s'était tuée aussi de chagrin, 
se jeta lui-même du haut du toit. L'anecdote finit par ces mots : 
« R. Eliézer b. Jacob a dit : à cause de cette chose, trois personnes 
ont péri en Israël. » Dans D. E. R. », ce récit est séparé de l'autre 
par tout un chapitre et ne se trouve qu'à la fin du chapitre ix. 
Gomme dans tout le chapitre précédent il est question des règles 
de conduite pendant le repas, ce récit aurait pu être déjà cité plus 
tôt ; toutefois la place qu'il occupe lui convient également. Cette 
anecdote est précédée de deux récits où R. Akiba a le rôle de 
l'hôte et où il est question de la tenue à observer à table. Dans le 
chapitre ix, assez court, de R., il n'y a donc pas moins de trois 
récits qui font de cet ouvrage un livre d'édification. Tous les trois 
récits font partie du fonds primitif de D. E. R. ; les deux histoires 
où figure R. Akiba ne se trouvent nulle parf ailleurs. 

Dans le chapitre x de R. se lit une petite historiette. R. Gara- 
liel étant très faible, on fit couler pour lui de l'huile sur le marbre, 
mais il ne voulut pas en profiter. Après l'histoire racontée plus 
haut de la rencontre avec un philosophe à Rome, cette anecdote 
sur R. Gamliel est une des plus anciennes de tout D. E. ; aussi ne 
comprend-on pas très bien le texte. Il est dit d'abord : ymb DD55n 
t^iûïi bs> nirwn la-w wan» irnan bttsn» ira « Ci lui qui va au bain 
ne doit pas (trop) se fatiguer, ni se rouler, ni se disloquer sur le 
marbre (c'est-à-dire sur le pavé du bain). » Au lieu de irmntt, qui 
a pour lui le texte de la Mischna Sabbat, xxn, 6, Elia Wilna lit 
Yi;™ 2 , comme le porte effectivement Kalla, éd. Coronel, p. 18 &, 
qui donne un meilleur sens : qu'on ne se. laisse pas étriller (sans 
doute parce que c'était une coutume des Grecs et des Romains 
idolâtres, dans les bains desquels la strigilis, en grec (ttXeyyU, ne 
pouvait manquer) 3 . Le mot btt*nfc doit sans doute se rapporter à 

1 Au lieu de VCD *7f!N pTI^Itt, il faut remarquer ici la leçon plus facile Tfi")N- 
La conclusion "2py* "p "iT^btf '*l "173 NI devrait plutôt, selon l'analogie de la con- 
clusion du chapitre v (Vm "173N *JfcOW), être conçue ainsi :"|73N Ï1T "12*7 bj', etc. 
Dans le récit même, il faut remarquer les mots élégants n")"ixa "OU) « années de 
disette • et mfalp Nbfa liTaSÏTl « il l'éleva de toute sa hauteur ». Le père, 
ayant pris Tentant, le balança au-dessus de sa tête et le lança ensuite contre le sol. 
Cf. l'expression nan^i Inttipn dans Houllin, 60 a, et l'explication de Tosafot à 
ce sujet. 

" Dans les éditions de la Mischna, il y a aussi l'expression plus exacte "pT-Unfa. 

3 On sait que les Romains avaient poussé le luxe en ce qui concerne les bains 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 213 

la gymnastique assez pénible à laquelle on se livrait dans les 
bains et qu'on considérait aussi comme une habitude païenne. 
Pour se fortifier le corps, les païens se roulaient nus sur le pavé 
de marbre de la cabine de bain, comme cela se fait encore aujour- 
d'hui ; l'expression '■ornuto « se briser » est très bien choisie pour 
exprimer cette idée. Il est dit ensuite : "isbn unbn ïtïiib iTna ïivwm 
brap kVi ur»tt5ii •jttia •&. Sous cette forme, ces mots n'ont pas de 
sens. Je me borne à ajouter le petit mot hv devant tû'nûïi, et on 
a un sens : « Pour R. Gamliel, qui était de faible complexion, on 
fit couler de l'huile sur le marbre, pour que la pierre ne lui fût 
pas trop dure, cependant il ne l'accepta pas », ce qui illustre bien 
la prescription mentionnée. Immédiatement après il est dit j/a'iû /h Yi 
*ïittn btû ytw tiptt) by -nnmi -vaia, ce qui donne maintenant un 
excellent sens, et il n'est pas nécessaire de lire "proû^tt au lieu de 

Outre les deux récits que nous avons éliminés comme n'ayant 
pas appartenu primitivement à R., nous ne comptons, dans les 
chapitres v-x de R., pas moins de douze récits qui témoignent 
suffisamment du caractère édifiant de D. E. R. et de son emploi 
comme livre de lecture populaire. Si nous rappelons encore une fois 
qu'il n'y a dans D. E. Z. aucun récit, nous aurons prouvé le motif 
de la caractéristique donnée par nous plus haut, à savoir que Z. 
est une sorte de règle d'école pour les savants, et R. un ouvrage 
d'édification pour le peuple. Il convient encore de rappeler que le 
chapitre xi de R. ne contient aucune espèce de récit et que, sous 
ce rapport comme sous celui de la citation de nombreux versets 
de la Bible, il ressemble au chapitre trpYiitti (ch. n). 

encore plus loin que les Grecs. J'ai pris les données nécessaires pour notre passage 
sur l'installation des bains romains dans l'ouvrage de Guhl-Koner, Das Leben der 
Griechen und Borner (Berlin, 1876), p. 279. On veut parler de bains de vapeur (rcupiat, 
•rcupiou TY]Tua). A cause de la chaleur du l'eu, il y a aussi dans la prière cette sup- 
plique &ob Tn*b Tt2 NifcVSEl "lîfa "^b^m (R- x, au commencement). Les 
mots Û"|bUîb ^3N^2im dlbtlîb "^O^nti) ne s'adaptent qu'à une prière de 
voyage et manquent, en effet, aussi dans Berachot, 60 #, où se trouve préci- 
sément la prière de voyage qui dans D. E. fut confondue avec la prière du bain. 
— Les baignoires étaient encastrées dans le plancher, et c'est là le marbre (125 ^1U) 
dont parle notre passage. Comme les cabinets de toilette (à7CoSurr]pia) ne furent en 
usage que plus tard, il est probable que les prescriptions si minutieuses sur la ma- 
nière de s'habiller et de se déshabiller proviennent d'une époque où il n'y avait pas 
encore de cabine de toilette et où on s'habillait et se déshabillait, pour ainsi dire, 
devant le public. Les autres prescriptions au sujet des bains sont très obscures, ainsi 
la défense de se laisser mettre la main sur la tête par un autre baigneur ou de se 
trouver habillé dans la chambre de sudation, parce que c'est voler le public. En tout 
cas, ce sont des réminiscences classiques des usages romains. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VI 



TANNA1M ET AM0RA1M 

Pour bien apprécier le genre littéraire que représente le traité 
de D. E., il faut tenir compte de ce fait qu'on y rencontre relati- 
vement peu de noms d'auteurs. Aucun produit de la littérature 
rabbinique n'en contient un si petit nombre, et le modèle de toute 
cette branche de la littérature, la Mischna d'Abot, mentionne, au 
contraire, de nombreux auteurs. J'ai relevé dans D. E. R. des 
chap. ii à xi (le chap. i fait partie de Kalla) et dans D. E. Z., 
chap. i à x, vingt-sept noms de docteurs, dont quelques-uns se re- 
trouvent plusieurs fois ; la plupart y paraissent seulement une fois. 
En voici la liste par ordre alphabétique : 

prtn "p iD"W &ok, Z., ix, fin. L'édition Riva di Trento a, comme 
Tawrogi, p. 52, l'indique, pfi N3tf ; un ms. a ptTP "p tpv fcOtf ; 
■^8 est, comme on sait, l'équivalent de iot?, t]0ï\ Aba Isi dit au 
nom de Samuel le Petit : tna bu) 15V h&ib tmn fitn tabvn « Ce 
monde ressemble à la boule de l'œil humain ». Ce passage 
manque chez Bâcher, Agada der Tannait en, II, 371, où il est 
question des divers auteurs de nom d'Isi. D. E. Z. est donc 
l'unique source qui nous ait conservé le nom de ce Tanna. 

î-mï* "p -iTJba, Eléazar b. Azaria. Ce Tanna bien connu est 
nommé dans un récit dont il a été question plus haut (R. m), mais 
nous avons déjà remarqué que les autres sources lisent Eliézer. 
Son nom est également cité (R., v) comme celui de l'un des quatre 
docteurs qui se rendirent à Rome. Au chapitre xi, l'abrévia- 
tion a"n doit sans doute être lue Eléazar et rapportée à Eléazar 
b. Azaria. Dans Z., vin, s"n désigne aussi Eléazar b. Azaria; ici 
il n^st mentionné qu'occasionnellement. Nous ne trouvons qu'une 
seule véritable maxime d'Eléazar, dans D. E. : vpnn rna tXiTŒn 
fcpm ^Diffitt î"n « Celui qui hait son prochain est un meurtrier », 
où on cite Deut., xx, 11 (R. xi). Cette sentence pourrait tout 
aussi bien se trouver dans un ouvrage midraschique, et ce n'est 
que par hasard qu'elle apparaît dans D. E. Eléazar b. Azaria est 
aussi souvent cité dans Aboi di R. Nathan (voir Sohechter, Intro- 
duction, p. xxxv). 

*©ptt wba , Eléazar ha-Kappar. Dans toutes les éditions de 
D. E. Z. (Varsovie, 186 S ; Talmud Wilna, Romm ; Talmud Prague, 
Landau ; Mahzor Vitry, p. "722, etc.), il y a w>ba ; chez Tawrogi 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉGH EREÇ »> 215 

seulement il y a (p. 45) la leçon exacte nT*btf. La sentence d'Eléa- 
zar se trouve en tête du chap. ix, dans Z. : fittwnrt \n pmnft 
aoufib tpovn ta^na bs> ùsnhn n'eu? « Eloigne-toi des murmures, 
car tu pourrais murmurer contre les autres et pécher ». La sen- 
tence d'Eléazar paraît aller jusque là; ce qui suit est déjà ano- 
nyme 1 . Or cette même sentence se retrouve dans le chap. i de Z. 
sans que le nom d'Eléazar soit donné. Il s'ensuit avec certitude 
que dans le traité D. E., on rapporte aussi de ces sentences ano- 
nymes dont l'auteur nous est connu par un autre passage. Nous 
pourrons faire encore cette constatation dans quelques autres cas. 
On emploie sans doute ce procédé parce que l'impression de la 
sentence est plus forte quand il n'y pas de nom d'auteur, mais je 
ne puis expliquer comment il se fait que, dans la même collection, 
une sentence est rapportée, tantôt sans le nom, tantôt avec le 
nom de l'auteur. Dans le Mahzor Vitry, où le chapitre ix de Z. 
appartient à "pTi, les deux sentences se trouvent dans un seul et 
même chapitre. — Dans ce même chapitre ix, vers la fin, nous 
lisons encore : «m» dibun nat n«* ittia ispn wba "^ STSi "pi 
frnpibntoln na « Eléazar ha-Kappar a aussi dit : Aime la paix et 
hais la discussion » {Mahzor Vitry *Dfitf et liWi). Les deux sen- 
tences d'Eléazar ha-Kappar, dont il est question ici, s'adaptent 
très bien au contenu et au ton des maximes de sagesse ordinaires 
de D. E. Les mots de Abot, iv, 21 : •pawo Yn^m ttWïTi rtKSprt 
dbw 1:0 tnan nà et surtout la sentence si remarquable Wi ba* 
"pan ^m piu: wsn "\1212 b-m an™ 153 -^Db &mn bai yrb pipr 
dans Abot di R. Nathan, version II, chap. xxxiv, p. 76, qui, par 
sa composition en plusieurs parties, fait fort bonne impression 
et qui, par sa troisième partie qui est presque incompréhensible, 
trahit beaucoup d'originalité, affectent le même ton. La sen- 
tence rapportée dans D. E. Z., 1, sans nom d'auteur : ïisipDÉO îrph 
m 1 , w bs™ rriinnnin et qui, au chap. ni, vers la fin, est rap- 
portée plus au long, mais aussi sans nom d'auteur 2 , est attribuée 

• Dans ÛTOy 3*1 T^D (Varsovie, 1863), p. 30, pmïl au lieu de pmnïl. 

2 Voici quelle en est la teneur d'après l'édition de Tawrogi, p. 22 : tfïin bitt 

myswNti rtsipDNS Nbi ï-n ytà ï-ib"û"> ûin rça *n 'patu )vbyn tppwns 
bd rpob na pun bar-uu n^nnnii noipoao ^n êôn d^bantt nDMttiz) 

nn73l^ ÏT^Ip'Da N^ïll ^riD3 "pSaït. Le passage est conçu tout à fait de la même 
manière dans Ahot di R. Nathan; seulement là il y a encore cette partie supplémen- 
taire : rnsniflD nyba?3U: !"î5*nb?ïl ïfDIpDtfa ttb"l. Ces mots n'ont pas de sens, 
et comme Ïl3"pb^ïl îlDTpD" 1 ^ n'est autre chose que 'pibj'îl 5]"lpU370, cette phrase 
détruit même la symétrie. Cependant j'incline à considérer cette phrase comme 
authentique, car ce n'est pas sans nécessité qu'on introduit dans le texte des mots dif- 
ficiles comme mDISfclB n^bafaU). Je considère plutôt "pib^ft t|ipU)7D5 comme 
une addition, qui manque, en eilét, dans les éditions ordinaires de D. E. Z. et qui 
est surprenante à côté de îTDipOiS qui est répété deux fois; d^ïtf *y\ *pNtt5 est 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à R. Eléazar ha-Kappar dans Abot di R. Nathan, vers. I, 
chap. xxvi, p. 42. Le second passage dans Z. est, par rapport au 
premier, comme une sorte de baraïta, phénomène que nous avons 
déjà souvent observé. En même temps nous avons un cas nouveau 
où on donne l'avantage à l'anonymat. La sentence anonyme bïw 
tribun, suivant la maxime tnbuin na nïïia, provient, selon Sifrè, 
Nombres, §42, p. 12&, éd. Friedmann, de R. Eléazar, fils d'E- 
léazar nspn; on trouve aussi dans Sifrè, dans un passage pré- 
cédent, une sentence commençant par tribun bTtt qui est d'Eléazar 
nDpïi même ; les mêmes mots forment aussi dans ûibuîïi p^is qui, 
dans les éditions du Talmud, est placé après D. E. Z., un refrain 
qui revient fréquemment ; trois de ces passages appartiennent à *n 
ansp, le fils d'Eléazar (voir Bâcher, Agada der Tannaiten, II, 
500). Nous avons donc dans le même cycle de l'Agada, le père et 
ses deux fils 1 . Par cette série des sentences d'Eléazar ^Dpïi, on 
voit, en tout cas, que ce docteur occupe une situation considé- 
rable dans la littérature gnomique. 

birbtta in est cité une fois dans un récit de R., v et x, et dans 
Z., x, comme auteur de la sentence an in "pu) Sn, qui, comme 
on sait, a sa place véritable dans Sanhédrin, 97 a (où elle est 
rapportée au nom de R. Juda). Sans doute on a placé ces phrases 
commençant par an m pu) *m ou snnu: à la fin du traité, afin que 
ce soit l'espérance consolante de la venue du Messie qui en forme 
la conclusion 2 . 

Au lieu de ïriïrp "D \^noV7 '"i dans D. E. R., n, l'auteur de la 
sentence disant qu'on a le droit de faire la guerre aux impies 3 est 
dans Berachot, 7&, et Meguilla, 6&, R. Dosthay b. Mathoun 
(lin»). Dans D. E. R., cette sentence n'a de lien ni avec ce qui 
précède ni avec ce qui suit et, en outre, elle paraît avoir été modi- 
fiée intentionnellement (par l'addition des mots du début ûb"i?b), 

aussi très plat. Au lieu de P3>b373U), je lis nbaïlEUÎ ; cf. la leçon d'EHa Wilna, 
D^DÏl nN bnn?3U5- Dans les éditions ordinales de D. E. Z., la seconde partie est 
ainsi conçue : nnOnb Ï1D1DT C]3>1T Ï1" 1 hv nUJVTJ br>U5 m*£»«S. Ici aussi le 
mot Ep'lT esl très caractéristique (voir les dictionnaires rabbiniques, 5. v. D2T et 
assure l'authenticité de la phrase. Je lis : (ns^lT) 'D3>"IT ÏT53> DUÏVn bsUÎ 
nnonb Ï1D1D1. —Cf. j. Sanhédrin, 23 b, nsipOND Vn» HU5*. — La sentence b&* 
*J"pb3>n EppUîttîD Nnn d'Eléazar ha-Kappar manque chez Bâcher, Agada der Tan- 
naïten, II, 5U2. 

1 Peut-être faut-il précisément y joindre le fait du rattachement du p^£ 
dlbuîln à D. E. Z. Ce chapitre a dû alors avoir été placé à l'origine avant le 
chapitre x de Z. — A la fin du traité de Kalla se trouvent aussi plusieurs maximes 
sur la paix; toutefois la dernière phrase parle de la Tora. 

2 En ce cas, il faudrait admettre que les phrases d'un autre genre qui se trouvent 
dans ce chapitre ne sont pas à leur véritable place. 

8 Û^lina msntt mn ûb"l*b, dans Berachot DVU5"I3 nyiJnnb "WfcJi la 
même pensée est exprimée également dans une phrase précédente. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 217 

de sorte que nous pouvons affirmer qu'elle n'a pas dû se trouver 
à cette place à l'origine. 

On a déjà parlé de Hillel plus haut, à propos des contes. Son 
nom est cité après la sentence inwû *pm psp tm arp è6 (R., vi). 
C'est sans doute l'expression "jiDp qui a provoqué cette mention ; 
cf. TDp"> sb bVm; Sabbat, 31 a. — Dans le même chapitre, est 
nommée encore l'école de Hillel en opposition, cela va sans dire, 
avec celle de Schammaï, à propos de la manière de saluer une 
fiancée. La même controverse est encore citée, avec la formule 
•pm lin, dans Ketoubot, 17 a, formule qui désigne sans doute 
notre traité ; tout ce thème n'est, d'ailleurs, placé ici qu'à cause de 
la phrase finale : rrmaH &* nanv» cm bus insn arjn. 

1-rpin fm \ figure dans Z., i, avec cette sentence : NttUTî na afrà 
"pa iittii dk midi « Aime le peut-être et déteste le que m'importe » 
(d'après le texte de Tawrogi, p. 5). C'est une des rares maximes 
rapportées au nom de R. Hidka (Bâcher, ibid., i, 44*7). Les mots 
d'introduction : mna "pujra (mttia mri) tois ap^n '1, trahissent un 
soin particulier dans la manière de colliger ces sentences, car la 
maxime de Hidka ne se distingue de celle du rédacteur ordinaire 
— s'il est permis de s'exprimer ainsi — que par cette unique 
expression "pa iittïi, au lieu de ïitt "OT ». 

La leçon aoTi '*) "on que nous trouvons dans Z., vu, à la fin, 
n'est pas assurée. Elia Wilna biffe ces mots. Effectivement, dans 
Tosefta Pesahirn, ix, 9, p. 170, il y a seulement 2 : nsi Ttam pra 
•ptDD^ttb n7Din[i] bp û^anb rrpYnû, ce qui concorde avec Pesahirn, 
99 a : û^an nttN "JfiO»; dans j. Pesahirn, ix, à la fin, 37 a, la 
phrase est citée avec ces mots 5DDp *n w. Comme on peut ad- 
mettre avec beaucoup de vraisemblance que cette maxime est 
citée sous un nom déterminé, je suis porté à donner la préférence 
à la leçon tw>p Tî, ce rabbin, comme nous avons déjà montré plus 
haut, s'étant quelque peu occupé de littérature gnomique. 

itpidèp 'n est cité dans R., xi, au commencement, dans une 
baraïta : mb '■pm a:rm (d'après Yoma, 21 a, aosn). Cette baraïta, 
quant au thème, ne fait nullement partie de D. E., et elle inter- 
rompt très fâcheusement la fin du chap. x, où il était question de 
bains, et le commencement du chap. xi, où il en est encore ques- 
tion (yrrab dsm). 

1 ;-jft *OÎ"J et ""pD Ï173H sont des manières de parler dédaigneuses pour dire : 
« Qu'importe • ! ou « bien sûr • ! Au lieu de "-pa ÏITQH, il y a dans Kalla, éd. 
Coronel, p. 9 a, et éd. Romm, f° 53 a, l "p2?2!"î, ce qui est une faute d'une étour- 
derie incompréhensible. 

2 Cependant Zuckermandel marque aussi la variante "172N, ce qui permet de croire 
qu'il a été omis un nom. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Josué, nom qu'il faut compléter en ajoutant :ben Hananya, 
est cité dans R., v, vi, vu, et Z.» vin, mais toujours uniquement 
dans des contes. 

R. Josué b. Lévi figure comme auteur de la maxime vît ûbvb 
d^obd T^n ûtn ■»» bd (R., v, à la fin). C'est l'unique Amora 
qui soit nommé dans le traité D. E., avec son petit-fils to 1 ":» 
(R., i, fin). Celui-ci vivait au iv e siècle. Mais le chapitre imptttt où 
ce nom se trouve ne fait pas partie de D. E., comme nous l'avons 
déjà vu. 

R. Juda, sans doute le fils d'Haï, est l'auteur d'une sentence 
concernant la différence entre les coupes de vin en Galilée et en 
Judée 1 . Cette sentence ne se retrouve nulle part ailleurs et fait 
partie du fonds propre de D. E. 

Yohanan b. Zakkaï n'est nommé qu'occasionnellement dans un 
conte (R., vi). 

•^OV '1, sans doute ■Wwtt, est l'auteur de la sentence suivante 
a^Mi dïTTttbm d^dri wnûïti ann tib-ub pbn ib "pa ypi-s na irvûïi 
a"n^b pbn ib "pa yin \i®b nsotti "ipran (R., xi). Cette sentence fait 
partie du fonds primitif de D. E. Dans Z., x, R. Yosé est égale- 
ment nommé ; mais d'après Sabbat, 152 a, celui-ci serait *d ^ov 'n 
KttOp. La sentence est en langue araméenne : « Il vaut mieux deux 
que trois (c'est-à-dire mieux valent les deux jambes de la jeunesse 
que les trois jambes des vieillards, la troisième étant le bâton); 
malheur à cause de celle qui est passée et ne revient pas (c'est-à- 
dire, d'après Hisda, Sabbat, 152 a, la jeunesse) ». Cette sentence 
si énigmatique convient fort bien à cette collection de maximes; 
la forme araméenne achève de lui donner le caractère d'un véri- 
table proverbe 2 . Deux autres sentences dans Z., x, commençant 
par les mots *faw ïTtt *nfi — phrase qu'on rencontre fréquemment 
surtout dans la Mischna Aboi — sont attribuées à R. Yosé b. 
Kosma 3 , mais ailleurs (Kiddoaschin, 82a, et Eroubin, 55&), 
celles-ci sont citées sous une autre forme 4 . — Le chapitre xi de 
R. contient cette sentence : dW ^smo» fh "p^Tip wwt pn^ ^m 
"pn dl b? Tttïn ab 'nd ^a bw ^bn ab "ittiOT 5 . Aucun renvoi à 

1 11 est facile à reconnaître à ces mots : d v T)!EN dallai Ï153d, car c'est là sa ma- 
nière de s'exprimer habituelle. 

a En dehors de ce passage, on ne trouve que peu d'aramaïsmes dans D. E. Je 
mentionnerai "TfàlD dans Z., m, où le mot n'a, d'ailleurs, aucun sens (fi"lbpï"ï UN 
mn&O bpnb ^DIO nnN ÏTlXtt bprtb ^ttlD). Le mot manque, en effet, dans 
l'édition Tawrogi, p. 18; ensuite, N'VJ N72' , 21, mots qui n'ont également pas de 
sens et qui ne sont guère éclaircis par la glose marginale. Eiant donné le caractère 
purement hébreu de la langue, ces aramaïsmes doivent certainement être éliminés. 

3 Au lieu de N73D ,, p, il faut lire partout NfàOTp. 

4 Voir Bâcher, ibid., I, 402, note 3. 

5 Ces derniers mots d'après Elia Wilna. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉGH ERÉÇ » 219 

un passage parallèle en marge et rien à ce propos dans les com- 
mentaires. Le mot yimp est une véritable énigme. Cependant dans 
Abot di R. Nathan, vers. I, ch. 31, se trouve cette phrase : and 
tn« brc t5ïn fit d^d p£Tip *rm db"tfn 'psmp ; M. Schechter dit à ce 
sujet qu'il ne comprend pas ce terme. Le mofptt-np s'explique bien 
parle mot biblique y^V- Outre "p* l¥ipi (Ps., xxxv, 19), w» ynip 
(Prov., vi, 13), p* y-\p{ibid., x, 10), on lit aussi vnsi» ynp (i&id., 
xvi, 30). Ainsi s'explique le terme d^îa yTip. Le mot prrnp en 
lui-même, sans d^ïtf, signifie quelque chose comme « celui qui est 
aux écoutes, espion ». La sentence signifierait donc : « Il existe 
dans le monde des êtres qui sont aux écoutes (une espèce d'ani- 
maux, cf. la sentence immédiatement antérieure dbva îw ïTfi) 
et il existe aussi dans l'homme des « guetteurs », les « oreilles ». 
Gomme cette sentence, dans Abot di R. Nathan, est de R. Yosé 
iWttïl, je suppose que dans D. E. on a vu à tort prap dans i"n et 
que c'est de R. Yosé qu'il s'agit. La sentence veut dire que les 
espions sont des assassins. C'est ainsi, d'ailleurs, que dans l'Ecri- 
ture Sainte, après la prescription : « Tu n'iras pas médisant 
parmi ton peuple » viennent les mots : « Et ainsi tu ne seras pas 
coupable de meurtre ». 

A R. Méïr on attribue la sentence : noroïi rvd ib ma ifc bd 
tttMa :r>T! tarab ^Vin irw vwa « Qui a une synagogue dans sa 
ville et ne la fréquente pas est coupable de mort» 1 . La même 
maxime se trouve aussi au nom de Méïr dans Abot di R. Nathan, 
version I, chap. xxxvi, à la fin. Là elle est suivie immédiatement 
de ces mots : ib "pa tzpttdfi iTObnb TOtttt •ww ^ q« ^»i« 3>' ,ta n 
Ndïi dbvb pbn « R. Akiba dit que celui qui ne cherche pas à s'ins- 
truire n'a pas part à la vie future. » C'est ainsi qu'il faut lire 
aussi dans D. E., car le second nttna p"n n'est pas à sa place ; il 
faudrait, au moins, qu'il y eût ifeia to"n irprt TOI ; au lieu de ïe bs 
mn Tiabn iirid, lire todn Tfcbn, et tout le reste concordera avec 
Abot di R. Nathan. 

ïrarw '"i (Z. x). La sentence de ce docteur an *m "p© 'rn n'est 
pas à sa place ici. Voir plus haut ce qui est dit de Gamliel. Il en 
est de même de "wnSTa '*) 2 . 

■W* "jd est nommé en tête du chap. in de R. et nous savons déjà 
que le chapitre porte son nom. La sentence qu'il formule ressemble 
étonnamment à celle que nous trouvons dans Abot, m, 1, sous le 
nom d'Akabia b. Mehale!, et la rencontre ne s'explique pas. La sen- 

1 On en tire une déduction pour TZJI'l'ftïl rP3 ; c'est déjà là une sorte de gue- 
mara. Il résulte de Abot di R. Nathan que R. Méïr n'a parlé que de IdTTTQSl rPd 
et que la variante n03dn rPd a été faite en faveur de la déduction. 

1 R. Nehoraï est aussi nommé dans le traité Kalla. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tence de Ben Azzaï est avec celle d'Akabia dans le même rapport 
que la baraïta vis-à-vis de la Mischna*. Une sentence du même 
genre est aussi rapportée dans Z., iv, mais sans nom d'auteur. Ben 
Azzaï est encore nommé dans R., xi, comme auteur de la sentence 
ta"W "osira T"n nrnûN na acvon « Qui hait sa femme est un meur- 
trier ».Ni Tune ni l'autre de ces sentences n'est particulièrement 
caractéristique pour D. E. ; elles pourraient se trouver tout aussi 
bien dans un autre recueil. Cependant il semble que Ben Azzaï 
a contribué au développement de la littérature gnomique, car la 
sentence si expressive : in wi^mb isno imn vmi bnsrwi \>s 
« Quiconque s'expose au mépris à cause de la Loi s'élèvera un 
jour par elle », qui est rapportée sans nom d'auteur dans Z., vin, 
émane, selon Gen. Rabba, 81, de Ben Azzaï (cf. Berachot, 63 b, 
où cette maxime est citée au nom de Samuel b. Nahmani, tandis 
que Abot di R. Nathan, version I, chap. xi, p. 46, indique Ben 
Azzaï comme en étant l'auteur ; de même Yalkout, Prov., § 964). 
— La sentence anonyme nbp nwib yi smii « Empresse-toi d'accom- 
plir un précepte peu important » (Z., n) provient, selon Abot, iv, 2, 
de Ben Azzaï ; cf. ibid., n, 1. Je rappellerai, en outre, le carac- 
tère anonyme de la sentence lr6?D diiûb fcPW TO3> (Z., n), qui 
est rapportée presque dans les mêmes termes dans Nidda, 62 a, 
par Eléazar ben Zadoc. En ce qui concerne Ben Azzaï, cf. j. Sclie- 
halim, 48 d, au sujet de la ïifc^n ; dans Berachot, 57 b, et dans 
Abot di R. Nathan, version I, chap. xl, p. 128, on attribue à Ben 
Azzaï une piété particulière (nvponb rtDïi fcnbm "W* fa îiam) ; 
cf. plus haut notre remarque sur tD^TDfi nba». Peut-être même les 
noms ont-ils été intervertis, et au lieu de rTzarb îiDif éwiï *p, doit- 
on lire irï* in 2 . 

C'est aussi Ben Azzaï qui instruit R. Akiba en matière de con- 
venances. R. ix : r-noin îipiaiï iina ^ntt n* anip* w* in ib ton 
"piaVûtt : « Jusqu'à quand donneras-tu à boire des coupes déjà en- 
tamées? » Outre ce passage, R. Akiba apparaît dans deux autres 
récits, dans R.,v et vu. Quant au récit de Z., vin, nous avons 
prouvé plus haut qu'il ne fait pas partie de D. E. 3 



1 Dans Kalla, éd. Goronel, 12 a, on demande, en effet, TONp "W3 « Que 
dit-il? » 

8 Au sujet de Ben Azzaï, • disciple des sages » xax' êijoy^v, voir Bâcher, ibid., 
I, 409. On sait que Ben Azzaï est du nombre de ceux dont le Talmud dit qu'ils ont 
pénétré fort avant dans la science spéculative. Plusieurs sentences caractéristiques 
de Ben Azzaï, qui sont au nombre des meilleures maximes talmudiques, sont citées 
par Bâcher, ibid. 

3 Dans Kalla, vers la fin, R. Tarfon dit de R. Akiba : ^EnbfcO ÎTOSrO "D'I 
tf"in. D'après cela, R. Akiba lui-même était versé en y-)N yft, et cependant il re- 
çoit des leçons de Ben Azzaï. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 221 

R. Juda le Saint n'a pas fourni non plus de sentences au D. E., 
car son nom n'est mentionné qu'une fois occasionnellement (R., 
ix ) : w ittN tai'w 'fi. Ce passage a sa source dans Bera- 
chot % 50 &. 

R. Simon b. Eléazar (ou, d'après une meilleure leçon, R. Elié- 
zer b. Simon) n'est mentionné qu'une fois, dans un récit (R., iv) 1 . 

R. Simon b. Gamliel est l'auteur de la sentence wv hy naniûttrt 
(R , x), dont nous avons déjà parlé ci-dessus. Cette sentence n'a 
pu être formulée que par une personnalité de rang élevé, car elle 
suppose que l'auteur était au courant des mœurs de la société 
distinguée du monde romain. 

R. Simon b. Yohaï est l'auteur d'une sentence an *m in© ann© 
(Z., x, au commencement); mais toutes ces maximes proviennent 
de Sanhédrin, comme nous l'avons déjà indiqué. 

En mentionnant encore ViNtû *wn, auteur de la sentence i-ipibntt 
fcabwi pnn "pi ma (Z., ix, fin), et en ajoutant, enfin, qu'antérieu- 
rement une sentence analogue est rapportée au nom des ù"»ttSfi 2 , 
nous aurons épuisé la liste des Tannaïm et des Amoraïm qui 
figurent dans les deux traités du D. E. La plupart des auteurs 
nommés sont cités dans des contes, ou mentionnés comme auteurs 
de sentences qui proviennent d'autres ouvrages de la littérature 
rabbinique et qui, dans D. E., ne sont que des emprunts. En fait 
d'auteurs ayant aidé au développement de la littérature gnomique, 
nous n'avons qu'Eléazar ^Dpïi et Ben Azzaï ; tous deux ont, d'ail- 
leurs, donné leur nom à un chapitre du traité. Mais, môme pour 
les sentences formulées par ces docteurs, on remarque la ten- 
dance de les rapporter sans nom d'auteur, de sorte que nous 
sommes amené à reconnaître que le compilateur de D. E. a 
voulu leur donner le caractère anonyme. Mais, comme ce traité 
n'est qu'un fragment de ce genre de littérature, nous pouvons 
aussi en tirer une conclusion pour ce qui concerne le caractère 
des parties perdues ; peut-être cette branche de la littérature 
s'est-elle précisément perdue parce que les sentences étaient ano- 
nymes. 

S. Krauss. 
(4 suivre.) 

1 1D"*n, dans R., m, est peut-être aussi Simon b. Eléazar. Immédiatement après 
vient une sentence de Dp5>i "12 fc<"H qui, dans Abot di R. Nathan, version I, cha- 
pitre six, p. 70, est attribuée à R. Simon b. Eléazar, ce qui ne peut être exact, car 
dans D. E. il y aurait alors deux maximes du même auteur et il faudrait dire 

2 Plus loin nous aurons cependant l'occasion de faire remarquer que, d'après la 
meilleure leçon, les tPtt^ft ne sont pas mentionnés ici. 



LES SABORAÏM 



Les Saboraïm occupent dans l'histoire rabbinique une situation 
originale. Ils sont les intermédiaires entre deux périodes fonciè- 
rement diverses, entre la période des Amoraïm, qui créèrent le 
Talmud, et la période des Gaonim, qui le présentèrent déjà comme 
un Canon fermé et s'appliquèrent à l'interpréter et à le répandre. 
L'activité des Saboraïm s'exerce à la fois dans le domaine de 
la législation et dans celui de l'interprétation. Par leurs dis- 
cussions théoriques, incorporées au Talmud; ils ressemblent aux 
Amoraïm, et par leurs gloses explicatives ils se rapprochent tout 
à fait des Gaonim. On sait depuis longtemps que les derniers ré- 
dacteurs du Talmud babylonien furent les Saboraïm, mais on ne 
peut établir avec certitude l'étendue des additions qu'ils y ont 
faites. Nous ne savons guère non plus d'une manière précise la 
durée de l'activité des Saboraïm. Une profonde obscurité re- 
couvre encore la période où ils ont vécu. Les renseignements que 
nous possédons à ce sujet sont peu abondants et se contredisent 
mutuellement sur beaucoup de points. 

Dans ces derniers temps, la période des Saboraïm a été l'objet 
d'une étude approfondie de la part de M. Isaac Halévi 1 . Il est 
arrivé à des résultats qui sont en opposition absolue avec les re- 
cherches de ses prédécesseurs. Les lecteurs de cette Revue ont pu 
en prendre connaissance dans les volumes XXXIII et XXXIV. 
Dans les pages qui suivent, je tâcherai d'en contrôler l'exactitude. 
Habile talmudiste, M. Halévi a découvert dans le Talmud des 
traces des Saboraïm là où Ton n'en soupçonnait pas jusqu'ici, et 
la science lui en saura gré. Quant à ses thèses nouvelles en ma- 
tière d'histoire, je me sens porté à les combattre résolument. 

Pour les historiens, c'est de l'an 499 de l'ère chrétienne que 
part la période des Saboraïm ; ils en placent la fin à l'an 540 ou 

» Dans son ouvrage bfcCKD"> Vlh dWÏI "Haï 1DO .Û^IlDfinrT mTH. 



LES SABORAIM 223 

à l'an 550. Ils limitent, par conséquent, cette période à 40 ou 
50 ans. M. Halévi trouve cet espace de temps trop court pour 
l'activité des Saboraïm. D'une part, il avance leur apparition 
jusqu'en 475 ou 476 et, d'autre part, il place la fin de la période à 
l'an 589. Dans cet intervalle de temps presque double du premier, 
M. Halévi prétend que deux sortes de Saboraïm, de caractère tout 
différent, ont exercé leur activité. J'examinerai chacune de ces 
assertions isolément. 



I 

LES PREMIERS SABORAÏM. 

On est généralement d'accord pour admettre que la période des 
Saboraïm commence à la mort de Rabina, le dernier Amora de 
Sora. Gomme toutes les sources qui citent l'année de la mort de 
Rabina indiquent l'année 499, cette année passe généralement 
pour la première de la période des Saboraïm. On ne tient aucun 
compte, pour cela,* de l'opinion de Samuel ha-Naguid * et d'Ibn 
Daud 2 , pour qui le début de la période en question tombe en 
l'an 477, car, en ce qui concerne les Saboraïm et les Gaonim, l'au- 
torité de Scherira est acceptée sans réserve par tous les savants 
— et par M. Halévi aussi. Or, M. Halévi prétend que cette date est 
erronée et qu'au lieu de &onn = 500 3 , il faut lire Y'Diun = 475 ou 
î"sti3n = 476. Voici comment M. Halévi motive son désaccord avec 
les historiens j uifs : « On a le tort, dit-il, de ne citer de Scherira que 
quelques paroles, notamment celles que nous avons invoquées au 
début de notre étude, et c'est sur ce passage tronqué qu'on a cons- 
truit tout un échafaudage pour déterminer l'année de la mort de 
Rabina, celle de la clôture du Talmud et, en général, toute la 
chronologie de ce temps. Nous sommes étonné qu'on n'ait pas 
mieux étudié le contexte de ce passage, qui présente certaines dif- 
ficultés. Il sera bon de citer le texte en entier : « Après lui fut 

1 Cité dans Korè ha-Dorot, p. 2 b ; voir la fin de ce chapitre. 

s Chez Neubauer, Anecdota Oxonimsia,\, 61. 

3 Dans la suite de cette étude je n'indiquerai que les chiffres du comput ordi- 
naire. J'ajoute à l'ère des Contrats le chiffre 3449 et j'obtiens ainsi l'année de l'ère de la 
création. Pour avoir ensuite l'année de l'ère chrétienne, j'ajoute aux années de la créa- 
tion le chiffre 239 ou 240, suivant que l'événement a eu lieu avant ou après le 
Nouvel-An. Là où il n'est pas nécessaire de tenir compte de cette dernière circons- 
tance, je déduis de l'ère des Contrats le chiffre 311 pour trouver l'année chrétienne. 
Ainsi, au lieu de 811 de l'ère des Contrats, j'écris Tan 500 et, au lieu de kislev 811 de 
cette ère, kislev 499. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Idi b. Abin, qui mourut en 452... Le mercredi 13 kislev de 
l'année 499 mourut notre maître Abina, fils de R. Houna, alias 
Rabina, qui fut le dernier des Amoraïm (FitfTfrr CpD kiïti). Puis fut 
R. Rehoumi, ou, d'après d'autres, Rehoumoï l ; il mourut en 456, 
lors d'une persécution décrétée par Jezdegerd. Puis fut président 
de l'école R. Sama, fils de Rabba. . . En 474 furent fermées toutes 
les synagogues de Babylone, et des enfants juifs furent remis aux 
mages. En 476 mourut R. Sama, fils de Raba ; puis présida 
R. José. . . » Scherira part de la mort de R. Aschi et va jusqu'à la 
mort de R. Sama et à l'avènement de R. José. Quant à l'ordre 
chronologique, il commence par l'année 427 2 et finit avec Tannée 
476. Gomment donc expliquer que tout d'un coup la chaîne du ré- 
cit se brise et qu'apparaisse la mention de la mort de Rabina en 
499?... Il faut donc, de toute nécessité, qu'une erreur se soit glissée 
dans les chiffres : au lieu de 499, il faut lire 475 ou 476... On dira 
peut-être que la mort de Rabina est mentionnée après l'histoire 
de l'école de Sora parce que c'est par cet événement que l'auteur 
a voulu clore l'histoire de cette école pour passer ensuite à celle 
de Poumbadita. Cette objection est réfutée, d'abord, par le fait que 
même dans la seconde partie, Scherira parle encore de l'école de 
Sora 3 . . . » 

Comme on le voit, M. Halévi croit que la date de 499 n'est pas 
possible, parce que la chaîne du récit de 427 à 476 s'en trouve in- 
terrompue. Mais M. Halévi ne s'aperçoit pas que le chiffre 475 
proposé par lui interrompt aussi le récit et que, dans son texte, 
cette date est suivie du chiffre 456, tandis que dans tous les autres 
textes exacts il y a même le chiffre 433. Les chiffres 456 et 433 ne 
peuvent-ils venir qu'après 475 et non après 499? — M. Halévi 
s'est laissé induire en erreur par un texte sans valeur. S'il 
avait consulté une édition tant soit peu correcte, il aurait davan- 
tage tenu compte de l'objection qu'il a effleurée lui-même. Il 
aurait vu notamment qu'en réalité Scherira traite d'abord de la 
dernière génération des Amoraïm de Sora, et que c'est seulement 
après avoir fini d'en parler qu'il passe aux derniers Amoraïm 
de Poumbadita. Il est donc tout naturel que Scherira ait dû reve- 
nir en arrière quant à la chronologie, car le dernier des derniers 
Amoraïm de Sora vécut beaucoup plus tard que le premier des 
derniers Amoraïm de Poumbadita. 

1 Au sujet des erreurs du texte cité ici, voir plus loin. 

* M. Halévi écrit 426, parce qu'il déduit 312 de l'ère des Contrats, comme le font, 
du reste, beaucoup d'autres auteurs. Mes indications diffèrent donc toujours de celles 
de M. Halévi d'un an. 

' Revue, XXXIII, p. 9 et s. ; cf. to^lEfcnîl mill, p. 1-8. 



LES SARORAIM 225 

La fameuse Lettre de Scherira a été d'abord publiée par Samuel 
Schullam comme supplément au Youhasin, qu'il édita à Constan- 
tinople en 1566 ; de là elle passa dans les éditions suivantes du 
Youhasin. L'édition de Schullam (que je désignerai par S. J.) n'est 
digne de confiance sous aucun rapport ; elle est corrompue et 
il y manque des phrases entières, comme Rapoport l'a déjà re- 
connu. Heureusement la Lettre a été éditée de notre temps plu- 
sieurs fois d'après divers manuscrits. La dernière édition, pourvue 
de nombreuses variantes, est celle de M. Neubauer (S. N.). Les 
éditions nouvelles montrent combien l'édition de Schullam est 
défectueuse. Or, c'est précisément cette édition que M. Halévi 
a utilisée ici, sans tenir aucun compte de toutes les autres. Il 
aurait dû d'autant plus le faire que toutes les éditions diffèrent 
très avantageusement de S. .T., comme nous nous en convaincrons 
bientôt. C'est dans ce but que je reproduis ici le passage en ques- 
tion, tel qu'il se trouve chez Schullam et chez M. Neubauer, ainsi 
que dans toutes les autres éditions. 

Neubauer, AnecdoCa Oxoniensia, I, 33. Youhasin, éd. Cracovie, 17 a. 

,„N^n»3 «nniai no a* 3i ami ...îTnamaa amiian iaja ai ami 
mina njb^i n"bion nai03 313101 3n mnnsi ,a"»i3n maïaa 313101 
mi ^ifcn ai N^oriM Ntitia ,a"oion nai03 313101 "pan na ima 
i t rN3imin3i.a"7aionnai33ttnoDa aiaioi. «airr ai na^na an minai 
.(d^uî) a"oiOn nai33 313101 "p38 na ^bfci ,„Nn?3i3 bsai .Voian naioa 
313101 «ain an no vans an minai ia m Nim i^vau an firorraa 
njbfci ...t^ïïio bran .Y'oibn naios 1KÏ1733 ia"3>ion natoa 313101 iios an 
n?3 airni i»ii3îa an a^on» «n»a nssoin an minai ,fcaiii33n bv 
talion naioa 313101 hon an na aaioa gansai .«"sion naioa 313101 
non minai .n^nisarr taii ^ati^a aiaio N"inn naioa iboaa a"i kiïti 
;Nt"3iûn rnaioo 313101 i-iNsoin «imi aoin ann mna was a«an 
iboaa imbn &nm «aïoo yansai s-rnnai »r«mn tpo Nim .«ran 
mna «ra» an 31310 N"inn naïaa .«maim an icbm n\^i;mnn an 
E)io »im .wai aorn s-oirs an ï^i-bib p^a o"îun naca aip'ïn 

.s-namn £**4tto an n;btt minai .mair nui 
toisa iabtt paio pb^ai 31310 T"sion naioai ...«an mna 
bina 1373 Nn^s an Krp*ra 31 *p& mnn3i .«an mi3 fcttao 31 
ï-nnnai .n" 72 ion nsiaa 31 ans 1 annoao ïwvtïi cpo m»"nai ,1311 
313101 Nn^ia tais 173 taisi iotdio larmo isanl «3in .«mttbn 
,i«7airpi 3n minai .Va ion naioo taïaïaa 110113 13m maama 312103 
313101 ,ix»ima 3n vsbnTan ni&o .taifiin 11313 tamaiiaï iibos 

1 Lisez : ifclfiia. 

T. XXXVI, N c 78. 13 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

"im î^-jm ïitt o"^in nïtfja ir-n n?:d wai a->au3 Vcann naoa 
ïT-ja nïïo an ^b» tmna-i .t-iatp ... , j"paa wim t^oa-n 

n^d 3-1 a*o;e ï"B©n n2iaa"i ujxann 
pD"p '-i ^b» irnnai .Na-n ïma 
.KTittVn d^noNi rwwft tpo ïwnai 
tpiuîa -n^dU} -w-naa pa-n nstii 
■naoa d^i&w "na-ra -om ^moanïa 
Y'unn nsuîaT .train "naia amv-Oî 
s^wa-n i-n^a r^o roan y*s& 
...fnoa ittwp 

On voit combien S. J. est corrompu et défectueux. Les phrases 
imprimées entre parenthèses dans S. N. ont disparu dans S. J. 
sans laisser de traces. D'abord la phrase qui suit le premier a^au» 
manque, notamment de nsuîa jusqu'à nwn. Ensuite, il y manque 
les phrases depuis ■pV'tfm jusqu'à Vaion avec les mots d'intro- 
duction arma disa *Dbtt 'para "pb^a"), qui forment la transition de 
Scherira entre Sora et Poumbadita. Si M. Halévi avait tenu compte 
de cette transition, il aurait compris que ce n'est pas là une inter- 
ruption du récit, mais le début d'un nouveau^ récit. Ainsi la preuve 
que M. Halévi donne à l'appui de sa correction et, par suite, son 
objection contre les historiens se réduisent à rien. 

La preuve tirée par M. Halévi du Talmud n'est pas plus solide. 
Il prétend déduire de quelques passages du Talmud que Rabina II l 
était déjà un homme fait vers 430, et il trouve invraisemblable 
que Rabina ait vécu jusqu'en 499, ce qui lui eût donné à peu près 
Tâge de cent ans. Cette preuve n'est nullement décisive, car l'hy- 
pothèse d'un âge aussi avancé n'a rien d'impossible. Nous savons, 
d'ailleurs, que Scherira et son fils Haï vécurent près de cent ans. 
En outre, il n'est pas établi que, dans les passages que M. Halévi 
invoque à son appui, il s'agit de Rabina II plutôt que de Ra- 
bina I s . 



1 La preuve, donnée comme nouvelle par M. Halévi, de l'existence de deux Ra- 
bina (Revue, ilid. t p. 9, et dans son ouvrage, p. 2) aurait pu être laissée de côlé, 
car Gràtz, Brull et Krochmal la donnent déjà. Ce dernier savant prouve suffisam- 
ment qu'il est question dans le Talmud de Rabina 11 (dans ses nmJW Û'VBTPfij 
p, 65) et M. Halévi aurait dû au moins le citer. En tout cas, il n'aurait pas dû dire, 
dans son ouvrage, p. 2, que les historiens admettent quatre Rabina. L'auteur 
du livre 3>aT23 IN a, qui a imaginé les quatre Rabina et que M. Halévi combat, ne 
représente pas notre école historique. 

* Je ne voudrais pas m'engager ici dans des discussions halachiques et je me bor- 
nerai à remarquer que le Rabina qui n'était pas venu à Hagrounia (Revue, XXXIII, 
p. 13 et 15) est le même Rabina qui, en opposition avec R. Aschi, a permis de tra- 
verser un fleuve le sabbat. S'il dit néanmoins : « Ne partages-tu pas l'opinion de 
R. Aschi, qui le défend? », cela n'était qu'une réponse évasive, parce qu'il ne voulait 



LES SABORAIM 227 

M. Halévi invoque encore à l'appui de son hypothèse l'asser- 
tion d'Abraham ibn Daud, qui aurait placé la mort de Rabina en 
475. Or, Ibn Daud n'indique pas du tout l'année de la mort de 
Rabina. En mentionnant les persécutions de l'an 474, il dit seu- 
lement : « A cette époque, Rabina fut pendant un an chef de 
l'école » l . Ceci est aussi confirmé par ce que rapporte Scherira, à 
savoir qu'en 474 les synagogues furent fermées et les jeunes gens 
juifs furent emmenés chez les mages 2 . Sans doute, l'école de Sora 
fut fermée bientôt après, et Rabina n'a pu la présider que pendant 
un temps très court. Mais il n'en résulte nullement que Rabina 
soit mort en 475. Du reste, nous savons qu'Ibn Daud a utilisé 
des sources qui diffèrent beaucoup de Scherira, et il n'est pas per- 
mis, par conséquent, de tirer d'Ibn Daud des conclusions pour les 
leçons de Scherira. 

On ne peut donc guère élever d'objection sérieuse contre la date 
de 499. Par contre, des faits importants militent en faveur de 
cette date et contre le chiffre de 475, ou 476, proposé par M. Ha- 
lévi. Toutes les éditions de la lettre de Scherira donnent le 
chiffre 499. Ce chiffre est aussi indiqué par toutes les éditions 
du Sèder Tannaïm we-Amoraïm. Nous trouvons encore la même 
date en toutes lettres chez Nissim Gaon 3 . L'unanimité des 
sources est la meilleure preuve de l'authenticité du chiffre 493. 
Ensuite, Scherira dit que Rabina est mort le mercredi 13 kislew, 
Cette indication du jour de la semaine et de la date du mois exclut 
l'hypothèse de l'an 474 et de 475 aussi bien que l'an 476. En 474, 
le 13 kislew tombait le samedi, en 475 le vendredi et en 476 le 
mardi. Par contre, en 4260 = 499 le 13 kislew tomba, en effet, le 
mercredi 4 . 

Ici je dois appeler l'attention sur le fait suivant. M. Halévi dé- 
signe R. José comme Sabora 5 . Or, R. José n'est présenté comme 

pas dire la raison véritable pour laquelle il ne s'était pas rendu chez le Resch Ga- 
louta. Les autres réponses de Rabina sont également évasives. Dans Ketoubot, 69 a 
(lievue, p. 12), il est question, à mon avis, d'un Rabina plus ancien. Rabina II était 
beaucoup plus jeune que Mar bar R. Aschi et placé sous son autorité, ce que 
M. Halévi concède lui-même (dans son ouvrage, p. 14 et s.). Il est donc invraisem- 
blable que Rabiua II ait entrepris uue exécution de Mar bar R. Aschi î^j^a-n) 

C*ibn a-n rma iniz ^m a-n ï-pmab maa^. 
1 nns nzv na^un ta fin ao^an ï-pï-ï Crw©) T\w finirai (Neubauer, 1, 6i). 
* il du •. n;a rj^pDnwi baai «nupsa "«a ba "noms ïi"Dtt)n knai»ai 

lœiaENb WirP (Neubauer. I, 34 ; voir note 13). 

3 Dans la préface de sou nnS73, p. 3 è, il écrit : ÏI^EtiJ rOTûa fitpai ntt*1 

nnpttb yoy irw. mi*». VoirHaiévi, P . 312. 

4 Cela eut lieu aussi en 4233 = 472; mais il n'est pas possible d'avancer autant 
l'année dî la mort de Rabina, car sou prédécesseur, Rabba Tosphaa, ne mourut 
qu'en 474. 

5 P. 13 a. 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tel que par Samuel ha-Naguid et Ibn Daud, qui, en s'appuyant 
sur d'autres sources, font commencer la période des Saboraïaa 
en 477. Mais pour Scherira, R. José est incontestablement un 
Amora, car il place R. José à la fin des Amoraïm à Poumbadita et 
passe ensuite seulement aux Saboraïm. Scherira dit, en effet : 
« Et en l'an 476 mourut R. Sama, fils de Raba. Après lui ce fut 
R. José qui présida. De son temps (rrwm), la période des Amo- 
raïm finit (ttÈmin tjiD) et le Talmud fut achevé. Et la plupart des 
Saboraïm moururent en peu d'années... * ». R. José suit immé- 
diament R. Sama sans aucune transition, précisément parce que, 
comme lui, il était un Amora; seulement pendant le temps où 
vivait R. José, la période des Amoraïm finit et le Talmud est 
achevé. En outre, dans beaucoup d'éditions, la phrase suivante 
commence par ces mots : « Et les Saboraïm vinrent 2 ». Il est 
donc évident qu'ici R. José est compté avec les Amoraïm 3 . M. Ha- 
lévi ne paraît pas s'arrêter à ce point, uniquement parce que 
cela est absolument contraire à son hypothèse, car si Scherira 
d itait la période des Saboraïm de l'an 475 ou 476, comme M. Ha- 
lévi le prétend, il ne pourrait guère compter R. José au moment 
de son entrée en fonction en l'an 476 parmi les Amoraïm. 

Il est donc établi que Scherira date la période des Saboraïm de 
l'an 499. Si Samuel ha-Naguid et Ibn Daud placent R. José en tête 
des Saboraïm, c'est sans doute uniquement parce que R. José 
fut, en effet, Sabora à partir de l'an 499. En tout cas, on ne peut 
tirer de Samuel ha-Naguid et Ibn Daud des conclusions relatives 
à Scherira ; leur indication comparée à celle de Scherira ne mérite 
guère de considération. 

1 Neubauer, p. 34. 

* "WQO IWï "nm. Ainsi le porte l'édit. Goldberg, Mayence 1873, p. 38 ; 
Wallerstein, p. 18; de même dans bN"l?ûU3 "ÔblD (daus D" , ~lU5" 1 D^n), p. 29. 

3 Qu'on remarque, en outre, que Scherira n'emploie l'expression ^573 « il devint 
président » que pour les Amoraïm et les Gaonim, et non pour les Saboraïm. Au 
sujet de R. José, Scherira dit iOT> '"1 ^T b 73 ÏTHrQl, précisément parce qu'il était 
un Amora. En outre, il faut tenir compte du fait que Scherira ne dit pas en cet 
endroit quand R. José est mort, comme il le fait pour tous les autres Amoraïm. La 
raison en est sans doute que la mort de R. José tombe dans la période des Sabo- 
raïm. C'est pourquoi R. Scherira, dans sa relation relative aux Saboraïm, revient à R. 
José en disant : t En l'an 515 moururent R. Tahna et Mar Zoutra. les fils de Hinena, 
et R. José Gaon resta encore quelques années à l'école » (Neubauer, ibid ). R. José 
mourut donc comme Sabora après 515, environ vingt ans après le début de la période 
des Saboraïm en 499. D'après ce svstème, Scherira compterait R. José jusqu'en 
499 avec les Amoraïm et à partir de cette date parmi les Saboraïm. C'est aussi en 
cette double qualité que R. José nous apparaît dans le Talmud, car il discute aussi 
bien avec l'Amora Rabina qu'avec le Sabora R. Aha (M. Halévi, dans son ouvrage, 
p. 4 et s., et, déjà avant lui, M. Brùll, Jahrbttcher, 11, 26, note 25). Du reste, il 
n'est pas tout à fait certain que le R. José qui, après 515. était encore à l'école lût 
le même R. José qui arriva à la présidence en 476. * 



LES SABURAIM 229 



II 



LES DERNIERS SAB0RA1M. 

Scherira parle des Saboraïm en deux passages différents de sa 
Lettre. En premier lieu, il en parle là où il traite de l'activité des 
Amoraïm et de la formation du Talmud. Il dit que l'activité des 
Amoraïm consista dans l'interprétation critique de la Mischna, 
qu'on désigna par le terme ïiamrc. Scherira, après avoir démontré 
que le Talmud est composé de ce genre d'interprétations, qui 
.s'étaient accumulées dans le cours des temps, continue en ces 
termes : « Et ainsi la îiamn fut augmentée de génération en géné- 
ration, jusqu'à Rabina. Après Rabina elle cessa... Mais quoiqu'il 
n'y eût plus de nxiin, il y eut des Saboraïm, qui ajoutèrent encore 
des interprétations ressemblant à la î-jam!i. Les maîtres qu'on ap- 
pelait Saboraïm expliquèrent tout ce qui (dans le Talmud) était 
resté indécis, comme par exemple R. Rehoumi, R. José, R. 
Àha de Hatim... et R. Rabaï de Rob... Les savants (fam) di- 
sent que R. Rabaï était un Gaon et qu'il a atteint un âge très 
avancé. La Guemara contient beaucoup d'explications O^ao) qui 
proviennent des derniers docteurs, comme, par exemple, de 
R. Ina et R. Simona. Nous savons par nos devanciers que tous les 
passages..., toutes les objections et réponses qui sont exposées 
dans la Guemara sont l'œuvre des docteurs postérieurs, des Sabo- 
raïm, et ont été introduits par eux dans le Talmud. Nous con- 
naissons encore d'autres faits analogues l . » 

Dans le second passage, Scherira donne une liste des Saboraïm 
suivant Tordre chronologique et dit : « La plupart des Saboraïm 
moururent en peu d'années, comme le relatent les Gaonim en leurs 
mémoires historiques. En Siwan de Tannée 504 mourut R. Sama b. - 
Juda. On dit qu'il a été juge de la communauté (aaai fctt"^). Le 

• «aw nnan «a^an w **m im^ uni ï-wmft NsoimN "ûii toabi 
•^ns^i "wriao mn i-niii Nb ï-iamn wn à"*« ^an inai t-jp'ww 
■w» Sai ^îmao }aan r^n&oan tan ■np'w infimnb "u-ip^n wps 
î^na a-n qo-p a-n Cia-n) ^wn an lias mims ■wpn *bn mffl 
npm&o ïrtfi "p&tt •'«an an py\ "nttfio ...anM ^an am ...fcnnn ^a>a 
Na^a» an "para ^nna "panto iw«n anTaaa ia>ap^a nao n^aai aa-ica ^aiu 
•^prvBi ^©np n;^ inbiaa ...^n»ai \N7ap 172 ï^apa t^awo an 
roa na^a Tirn ina^api ina^atnn "wiao ^anna pai s^n?aaa -^nn^. 

Neubauer, p. 25. Sur i?aa Wtt WYU.ef. Brûll, Jahrbûcher, I, 215. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dimanche 4 (lire le 3) Adar 506 mourut R. Ahaï b. Houna. Au mois 
de Nissan de la même année mourut R. Rihimaï ou, selon d'autres, 
R. Nihimaï. Au mois de Kislev 506 mourut R. Samuel b. Juda de 
Poumbadita. Au mois d'Adar (507) mourut Rabina d'Amacia. En 
l'an 508 mourut R. Houna Resch Galouta. — Le jour de Kippou- 
rim de l'an 510 mourut R. Aha b. Rabba b. Abouha (ou R. Aha b. 
Abouha) pendant une tempête (nsjt). En 515 moururent R. Tanna 
(ou Tahina) et Mar Zoutra, les fils de Hinena. Et R. Joseph Gaon 
resta quelques années seul à l'Académie. Ensuite, R. Ina résida à 
Sora et R. Simona à Poumbadita. Ensuite, il y eut R. Rabaï de 
Rob. Il était de notre Académie et on dit qu'il a été un Gaon. Dans 
les dernières années du gouvernement persan, il y eut des persé- 
cutions et des calamités ; on ne put se livrer à l'enseignement, 
fonder des écoles et exercer les fonctions des Gaonim, jusqu'au 
moment où nos docteurs vinrent de Poumbadita dans la région 
de Nehardaa, dans la ville de Firouz-Schabour. Et voici les 
Gaonim qui furent dans notre Académie de Poumbadita, lors des 
événements susmentionnés, arrivés à la fin de la domination per- 
sane : à partir de l'an 589, ce fut Mar bar Rab Hanan dlskia qui 
présida. Après lui, ce fut Mar Rab Mari, notre aïeul, fils de R. Dimi 
Horno (Horgo ou Sorgo), qui présida. Son Académie de Firouz- 
Schabour est appelée encore aujourd'hui l'Académie de R. Mari. 
A son époque, il y avait à Sora Mar Rab Mar b. Mar R. Houna 
comme Gaon ; c'était en l'an 609 l , 
Scherira remarque que R. Rabaï, selon l'opinion de certains, 



1 ta^ifitt lïirpD ^!-n nnashE fca^iaa na^aia wqo pann t^am 
Nstto ï^san a^aià V'-jnn n^m .to^OTi "nana torparpt "nsoa 
*a-iN Nim aaœa irm ,mn «aa^r w'm "pn^ôn î-mrr Nsan rrna 
ï**nun larm ,ss3in an na "^na an a*>a\a a'^nn nauj maa (i. Nnbn) 
iboaa a'^nn nsiaai .^wanma an "pabn»*! ï-pni HiBim an a^au: an 
\û t^s^an a^aia maai .arma tzna \m rmv na b&riEïB an a^ao 
msa ûva a"ann rwuai .tomba îcn êoiïi an a^ais ta^nn naïuai .n^en 
i(tnatn éW7« an ou) trovt na ï-nann ïrna «na an a^a^n nd^t îmïi 
.tsoain an "oa ancaiT n?3i (s^aTin ou) ^ann an a^aœ V'ann n3iaai 
N3V an ^an nnai ."para n»a innaTina p^ sp-p nan T'mD'wi 
173T .avitt "»Nan an ^art "nnan .s^ri^a tança s^wwo am t^moa 
ïrnan n»^a ^aœ 'p-nm .ï-nn "p&m *pn»Ni ,ïmn ib-n r<naTi73 
ïsjna^ntt ^rn^i ^pna yapsab l pb^a*« m Nbi taa^ona rrDb» rpoa 
r^n-nattis» mab^i "pan "in&n )*w rroa nna i* D^aiNa asna» nan?3i 
Nna^n?ja mm tapais ■jb'wi .mawa rrWi Nna^iteb rsmïtt ma^aob 
p"nn naia» .tarons mab» tpoa 'pb' 1 » mb-N nna «rmaEisa «sb^n 
^man- nna i33pî na an 112 n;bw i-mnai .ampuîKE };n an na ^b7a 
an *a 3>nna m ara m^aa wma mai ftmo ,min ou) trviïi wi an 
Nain an ntt p ntt an n?3 t^moa irn iwai .ï-itïi taavrr ny n» 

.(Neubauer, p. 34) a"pnn D3iaa \MM 



LES SAB0RA1M 231 

était déjà Gaon ! ; d'après cela, R. Ina et R. Simona auraient été 
les derniers Saboraïm. Cette opinion paraît aussi avoir été par- 
tagée par le Sèder Tannaïm we-Amoraïm, qui ne compte pas R. 
Rabaï parmi les Saboraïm et prétend que R. Guiza (sans doute le 
même que Ina) et R. Simona étaient les derniers Saboraïm. 

Les historiens se sont ralliés à la dernière opinion. Gomme, 
d'après Ibn Daud, Simona est mort en 540 et que Scherira ne 
contredit pas cette assertion, cette année passe pour le terme 
de l'activité des Saboraïm. 

M. Halévi rejette cette théorie et prétend que R. Guiza et R. Si- 
mona du Sèder Tannaïm we-Amoraïm ne sont nullement iden- 
tiques à R. Ina et R. Simona dont parle Scherira. D'après lui, les 
derniers Saboraïm R. Guiza et R. Simona doivent plutôt être cher- 
chés parmi les savants qui avaient émigré de Poumbadita à Fi- 
rouz-Schabour peu de temps avant 589 2 . La période des Saboraïm, 
d'après M. Halévi, s'étendrait donc jusqu'à 589. 

Contre cette hypothèse il faut observer d'abord que, si R. Guiza 
et R. Simona étaient d'autres personnes que le R. Ina et le R. Si- 
mona de Scherira, celui-ci n'aurait pas négligé de les nommer. 
Scherira, qui est si minutieux et si précis, n'eût pas manqué de 
citer les deux maîtres qui clôturent la période des Saboraïm. 
Scherira ne consacre au séjour des docteurs à Firouz-Schabour, 
où M. Halévi place les prétendus derniers Saboraïm, que quelques 
mots, précisément parce qu'il ne. s'y est rien passé d'important. 
En outre, une comparaison des noms des Saboraïm dans le Sèder 
Tannaïm we-Amoraïm avec ceux qu'on trouve chez Scherira, met 
hors de doute le fait que les docteurs dont, il est question sont 
identiques. Il est vrai que le texte du Sèder Tannaïm est confus et 
corrompu, mais beaucoup de noms s'y sont conservés fort bien et 
sont faciles à reconnaître chez Scherira. C'est notamment le cas 
pour les cinq derniers Saboraïm qui nous intéressent ici. Dans ce 
qui suit, je juxtapose ces noms tels qu'ils sont cités dans les deux 
sources. 



1 Ici Scherira paraît vouloir dire par 'p&O que R. Rabaï, d'après l'opinion d'autres, 
était le premier 'pNà (contre Graetz, V, 424). 

» û^iiufim nvrn,p. 30 et s. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Scherira. Sèder Tannaïm we-Amoraïm ! . 

(N^nn ou) Nsnn 3-1 4 ^rap m 

.wrn 3-1 ^a finait n»n "rran 'n ^a anait am 

sp^ mn . . • 

(à Sora) Nr* 3"! 6 (KVJl ou «JPT ou kpji ou) -^"IT 3n 
(à Poumbadita) fcOWO 31 7 »WO 31 

2-1-1)3 ^2-1 3-1 

On voit que dans le Sèder Tannaïm we-Amoraïm, R. Joseph et 
R. Rabbaï ont été omis. Des cinq noms qu'on y trouve, quatre cor- 
respondent incontestablement à ceux que Scherira nomme. On 
peut donc admettre avec certitude que wvt = Npa est identique 
au R. Ina de Scherira. 

L'hypothèse de M. Halévi est donc insoutenable sous tous les 
rapports. Il est établi que la période des Saboraïm a pris fin vers 
540 avec R. Ina et R. Simona. Tout au plus pourrait-on encore, 
avec Scherira, compter parmi eux R. Rabbaï s . Mais il n'est pas 
possible d'y comprendre aussi l'époque qui va de R. Rabbaï au pre- 
mier Gaon, R. Hanan dlskia. 



III 

l'activité des saboraïm. 
Déjà N. Brùll 9 partage les Saboraïm en premiers et derniers 

1 D'après le ms. du Talmud de Munich, n° 95, imprimé par Taussig dans rûfitbtt 
ÎHfàbtt), p. 4, et d'après le commentaire ms. d'un Mahzor de l'an 1301 (en ma pos- 
session), f° 81 d. 

* Ed. Goldberg. 

3 On sait que ■n3 h 7ï"tfi* est une abréviation de ÏTDfiH fimfi*. 

4 Corruption de fiO^nn, comme le remarque avec raison Brùll, Jahrbûcher, II, 107. 
s D'autres mss. ont fi^nn 3"H !"P")3 final T 3n ,KPBp "13 "nain» 3*1 (voir 

Kérem Hém<fd, IV, 187). 11 est évident que fiW^ZJp (fiWTin) fut l'ait par erreur le 
père de Ahdeboï et que N73tl est une corruption de fiî53^n« En même temps, "^2 fut 
changé logiquement en !"P~|3. La transition se trouve marquée dans Mahzor Vitry, 
p. 483, où il est dit fi^fi 3*1 "»D3 finUlT ^W fitr'jp "13 i13*jrtfi< 3"1- 

6 D'après Graetz et Brùll [Jahrbûcher, II, 41), ce Sabora serait identique à R. Guiza, 
qui s'était réfugié à Nahr-Zaba. 

7 Ainsi le portent toutes les éditions. Seul le Mahzor Vitry a fiWlîl au lieu de 
Simona, ce qui est certainement une corruption. M. iïalévi, dans son hypothèse, 
utilise ce nom et prétend que R. Houna a été un des derniers Saboraïm. 

8 Samuel ha-Naguid et Ibn Daud comptent aussi les Gaonim jusqu'à Mar Schi- 
schoua (vers 680) parmi les Saboraïm, mais ceci n'est pris au sérieux par personne. 

9 Jahrbiicher, II, 47 et s. 



LES SABORAÏM 233 

Saboraïm et trouve qu'il y avait une différence essentielle dans 
leur activité. M. Halévi trouve cette distinction chez Scherira et 
prétend que Scherira nomme les premiers Saboraïm wiao 
■wsai ou tiininb wpxtt "WTûd 1 . C'est là-dessus qu'il établit sa 
théorie sur l'activité des Saboraïm. Cette prétention est égale- 
ment insoutenable, car elle repose aussi sur le texte corrompu du 
Youhasin. Le passage auquel M. Halévi se réfère est ainsi conçu 
dans les édition correctes : vm mm ab tt&Wi Wtt a"*a Wi irai 
fî&ntib wpa'r ^i^pd ^unsm wiao 2 . Comme on le voit, l'adjec- 
tif ^anpttl ne se rapporte pas à wno, mais à ^vpd. Scherira 
veut dire par là : des interprétations qui sont proches de la i-i&mri. 
Or, le mot iidyts a été omis dans S. J., et le passage y est conçu 
ainsi : î-ttmnb ^aiptti isn&ai wuo ffiri (Youhasin, éd. Cracovie, 
p. 114 b). M. Halévi n'a pas vu qu'il manque ici un mot et il dit 
namnb ^aipm Wia&, bien que cette dénomination soit impos- 
sible grammaticalement. Scherira, ainsi que le Sèder Tannaïm 
we- Amoraïm, ne fait pas de distinction entre les premiers et les 
derniers Saboraïm. M. Halévi commet une erreur en rapportant 
tout ce que Scherira dit de l'action des Saboraïm aux premiers 
Saboraïm et tout ce que le Sèder Tannaïm en dit aux derniers. Ce 
que ces sources en disent se rapporte plutôt aux Saboraïm en gé- 
néral, notamment à ce genre d'activité par laquelle ils se dis- 
tinguent si nettement des Amoraïm et des Gaonim. Pour bien 
comprendre Scherira, il nous faut revenir à sa description de 
l'œuvre des Amoraïm. 

L'œuvre des Amoraïm consista en ce qu'ils expliquèrent la 
Mischna au point de vue critique et la comparèrent à d'autres 
écrits des Tannaïm. Cette œuvre est appelée par Scherira et 
d'autres Horaa (twnii) 3 , et les analyses, Talmud ou Guemara 4 . 
La Horaa commença ainsi après la clôture de la Mischna par 
Rab 5 et finit avec Rabina. Pendant tout le temps qui sépare 

1 Û^ïia&ntt rmVT, P- 2«, \\a, 12 a et suiv.; cf. Revue, XXXIII, p. 4. Brull 
n'est pas cité par M. Halévi. 

2 Ainsi le porte Téd. Filipowski dans ùbtDïl 'pûJTP, p. 49, et Neubauer, p. 25. 
D'autres éditions n'ont pas ici le mot iJOiaO et portent : $"y& "W^l l^^n "11131 

ï-i&mnb Tav-ip ^îooi ^-it>s nd^n s-nfi m si ab ïwïiîti (éd. Goidberg, 

Mayence 1873, p. 4 ; Wallerstein, p. 14). 

3 Horaa signifie dans le Sèder Tannaïm we- Amoraïm et chez Scherira, non pas dé- 
cision en général, mais le genre de décision qui repose sur les analyses de la Mischna. 
Samuel ha-Naguid (Viabnïl &TD73) dit : ■uznnrûttJ m3natf)tt fcOïl ïlfimn 

?ramïi r-ianpD anrn mata v 3 * 3 r-ntzmaan mbinpa traa-nb. 

* Raschi sur Berakhot, 47 b : finaoa !-p"lbni"î îO^n ôntt n"n ttjatB NbïJ 
tD^a mWQ "naib taenia TTO ; cf. Raschi, sur Soucca, 23 a. 

5 Sèder Tannaïm we-Amoraïm t f-jfiniïia b"»nnîl fcnïl liai 3") [Kérem Bémed, 
IV, 188). 



234 REVUE DUS ÉTUDES JUIVES 

ces deux Araoraïm, on travailla activement à l'interprétation de 
la Mischna. Les interprétations qui furent approuvées furent 
enseignées dans les écoles et acquirent ainsi une autorité uni- 
verselle. On veilla à l'uniformité et à la correction de leur 
version. Par leur autorité universelle elles se distinguèrent des 
interprétations ordinaires que chaque maître pouvait donner 
selon son id^e 1 . Chaque génération apporta de nouvelles inter- 
prétations de ce genre, qui, avec le temps, s'ajoutèrent aux maté- 
riaux déjà existants dans les écoles 2 . Le Talmud babylonien est 
une agglomération de ce genre d'interprétations qui s'étaient mul- 
tipliées pendant la période des Amoraïm. Tant que dura la ffo- 
raa, les maîtres s'appelèrent Amoraïm. Quand elle finit vers l'an 
500, les maîtres s'appelèrent Saboraïm. 

L'exposé si lumineux de Scherira nous fournit d'abord pour les 
Saboraïm un signe distinctif négatif: ils ne s'occupèrent plus de 
la Horaa, c'est-à-dire ils n'expliquèrent plus la Mischna à la 
manière des Amoraïm 8 . Ils ne produisirent donc pas de maté- 
riaux pour le développement ultérieur du Talmud, et celui-ci 
fut réputé achevé. Cependant il n'était pas encore complètement 
terminé, et il ne reçut sa dernière rédaction que des Saboraïm. 
Les matériaux considérables n'étaient pas suffisamment triés 
et étaient d'un examen difficile. Les Saboraïm mirent de l'ordre 
dans les traités accumulés 4 , y insérèrent des gloses explica- 

» Scherira : «p^b rva mn !Wi fmanEi anabn "on ypn&tt nrm 
s-rb *pon:n ^an iiùévn wi \sttp "inanb 'pnb mn t**bi ...t^mttbn 

133 t^STOT "IjrttN ***3"rçtfnsa*T NnTOm "WPD "J^O S*OwN iriN na 

t^ab bwh ^n miBDa nai ï-nw s^anno^ ia ...Kabn ^"PEbnb 

mo-l^bl NTlttbn ttpbîûb lDTJi:\NT (éd. Goldberg, Mayence, 1873, p. 20-24). 
» Scherira : pOiai NrirUttlB "pîlb m« ÏTIÎ1 "Hl ï^« )12 N1T1 N1T bm 

vm p**nnj>»«j ^an ^nm ...n^in -mn "liib piosi inbna pa-i nïib 
^a"i ..."Wns towb ST*frç3bnb ^tmma ï~ra-i ba J^?ab2 ^ma inb "ans 
traitai nnanb iefids r-nm ^12 *pm «ab £327373 i^annx t^m "inx 
i^aby j^bia "pan-iar fr**bi i»tt»b "pro nm 'prpTnbnb "nnpi 
■nn Npn (im) «m &nnna t^niûïi im — firnaaa j'wapBb'i ■pa^O'nïittb 
irrb ia>api Nnan73a !-r>b yieni ND"TU3 "pa^apTab yo*nari "^DO nna 
t*m t**-nabn spirnN ■pb^xj "pb^a ...pan ^n'ma -inb ipnai f<-i7-^3 
am nrm {*&*£., 23-28). — ^nm rsm nfinin t^aoïnw ^an taisbi 
i-wmtt wn y'3>"N ^an -inan NpoeN Na^aen nnai ro^nan n* K-n 

"WDD nn mn t<b (Neubauer, p. 25). 

3 Les rares explications des Saboraïm sur la Mischna sont relatives à des questions 
linguistiques ; voir B:ull, p. 48. 

4 Sèder Tannaïm wc-Amoraïm : aON Ûlba t=ari3^73 IJpbDïl ttbl ID^OIÏ! N31 
in^Da ""nan ba bll) ^piD 13pn [Kérem Hfmed, IV, 189). Raschi, sur Soucca, 
28 6, explique "v^an aiusi : WnJbK 1 ! Nnn3>73U5 pi ...ïrDO HlfiU) Tlttbn "lan 

ï— rau^Ta^i nn ^in» ta^ab "jrna ^pYTpl bbatD xbx m«a ^«tt)- 

De même, le Sèder Tannaïm we-Amoraïm dit en un autre passage : aO'tlîlp bai 



LES SABORAIM 235 

tives 1 , les pourvurent de signes mnémotechniques et d'expres- 
sions techniques 2 , et, en cas de besoin, se prononcèrent pour l'une 
des opinions divergentes 3 . Ils furent d'habiles rédacteurs du Tal- 
mud qui se préoccupèrent aussi de sa mise en usage. Ils se dis- 
tinguèrent des Gaonim en ce point : les Gaonim enseignèrent le 
Talmud, le commentèrent et consignèrent leurs décisions dans des 
consultations et des mémoires formant des ouvrages spéciaux, 
sans exercer aucune influence sur la forme du texte talmudique 4 . 
Les sources ne renferment pas d'indices sur le fait que l'action des 
Saboraïm aurait varié suivant les époques. L'élaboration du Talmud 
par les Saboraïm paraît se placer principalement entre 500 et 531. 
À cette époque, les Juifs de Babylonie eurent beaucoup à souffrir des 
persécutions sous Kawadh 1 (488-531), et probablement les écoles 
ne comptaient alors que peu ou point de disciples. Les savants qui 
n'étaient pas occupés à enseigner pouvaient consacrer tout leur 
temps à la rédaction du Talmud. Ils s'occupaient d'ouvrages, et 
non d'enseignement 5 . Lorsque la situation se fut améliorée sous 

"^"On b5!3tt5 {Kérem Hémed, IV, 200). Scherira emploie aussi le mot en ce sens, 
voir Schaarè Çédek, p. 71 ». 
1 Scherira : itfO bsn P-Jimïlb Wpal M5VPD ^"iDttl "WÛ3 Î"TÏ?1 

■pan» ii^ni fr*oma isap'w "nao trn^ mttns "wpn ">bn i-nm 

"Wna. Neubauer, p. 25. 

* Au sujet des additions des Saboraïm, voir Brull, p. 44, et les auteurs cités par 
lui. Au sujet des mnemonica, ibid., p. 58. 

3 M. Halévi (p. 138) nie qu'il y ait dans le Talmud des décisions des Saboraïm 
et donne comme argument ce que Scherira et d'autres disent de la Horaa, à savoir 
qu'il n'y en eut plus après les Amoraïm. M. Halévi comprend par flNTIfl des dé- 
cisions en général, ce qui est inexact. Brûll, p. 72, a signalé assez de décisions 
des Saboraïm se trouvant dans le Talmud et commençant par Nrobm ou rnbl 
NrûbïT Rapoport a signalé des décisions émanant de Saboraïm qui se rapportent 
à des assertions des derniers Amoraïm et commençant par fcOïl Nbl. M. Weiss et 
M. Halévi objectent à tort contre Rapoport que ces décisions pourraient provenir des 
Amoraïm qui ont vécu plus tard. Les Amoraïm ne passent pas pour avoir l'ait de 
pareilles remarques sur les assertions de leurs prédécesseurs. M. Halévi croit que, 
Rabina II étant nommé, d'après lui, dans le Talmud, Rabina peut être l'auteur de 
ces décisions. Or, on connaît depuis longtemps le fait que Rabina est cité dans le 
Talmud. Ici il ne s'agit pas de savoir qui est nommé dans le Talmud, mais qui y a 
mis des gloses. Or, ceci n'est pas l'habitude des Amoraïm, tandis que nous savons 
avec certitude que c'était celle des Saboraïm. L'attaque dirigée par M. Halévi (dans 
son ouvrage, p, 138) contre Rapoport et moi n'a donc pas de valeur. 

4 Quelques Gaonim seulement font exception. Au sujet de R. Houna de Sora 
(vers 670), voir Korè ha-Dorot, 2a. Des auteurs anciens attestent que plusieurs pas- 
sages du Talmud ont pour auteur Yehoudaï Gaon (mort en 763); voir Brûll, p. 75 
et 121. M. Halévi, qui ne recule devant aucun moyen pour présenter le Talmud 
comme un ouvrage resté intangible, prétend que les additions de Yehoudaï furent 
d'abord mises eu marge et n'ont passé que plus tard dans le corps du Talmud par 
la faute des copistes. Les anciens étaient moins conservateurs, et le pieux et savant 
Menahem Meïri écrit naïvement : THOS DrùlD *{1N^ fcmïT D"*l TE dïTHPlNI 
NltoSS Û^pODI ri&^ino (Introduction de son ouvrage !n"pmîl ma, éd. Vienne, 
p. 16 a.) 

5 J'ai déjà remarqué que Scherira n'emploie jamais pour les Saboraïm l'expression 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Chosrau I (531-578), les conférences furent reprises dans les 
écoles, à Sora sous la présidence de R. Ina (ou R. Guiza) et à 
Poumbadita sous R. Simona (mort en 540). A R. Siraona succéda 
R. Rabaï, qui est déjà compté par quelques-uns parmi les Gaonim. 
Sous Hormizd IV (578-590), les persécutions recommencèrent et 
les écoles durent être fermées. Quelques docteurs émigrèrent de 
Poumbadita à Firouz-Schabour, où ils purent se livrer à l'ensei- 
gnement. Au bout de peu de temps, vers 589-590, ils retournèrent 
dans leur patrie et reprirent leurs conférences dans la vieille 
académie de Poumbadita. Vingt ans après, l'école de Sora fut éga- 
lement rouverte. La période des Gaonim commence avec l'insti- 
tution de l'Académie à Poumbadita. 

A. Epstein. 



"ibu « il présida » et j'en conclus qu'ils n'étaient pas chefs d'école. Dans la ques- 
tion adressée à Scherira, il est dit aussi : *l'?)2 "^"l "H'IOD *J£"0 "^-p^O 'JjaTl 
•prTHntf, et , f * dns sa réponse, Scherira dit même : ^"naCl p3"l "pïT^im 

■pujD? w '{tot vnan "prrnna *]b?û *>?û"i ><rnn "nna rrioa "farn. 

(Neubauer, p. 26). C'est donc seulement après les Siboraïm qu'il y eût des « pré- 
sidents ». De R. Joseph, Scherira dit seulement 'ptf} f|0"P Fiyi ^I^DÏÏNI 
*p3tt5 TlIZ'D NrOT^aS « H. Joseph Gaon (l'ancien président) resta seul dans l'Aca- 
démie plusieurs années », et il ne mentionne pas qu'il présida l'école. R. Ina, R. Si- 
mona et R. Rabaï étaient bien les présidents des écoles de Sora et de Poumbadita, 
et c'est pourquoi Scherira dit où chacun d'eux a vécu. — Samuel ha-Nagid, Ibn 
Daud et l'anonyme dans Neubauer, Anecdota, II, 77, sont également sur ce point 
d'un avis différent de celui de Scherira et présentent les Saboraïm comme l'UK^I 
n , n' v l25'\ ce qui me semble bien invraisemblable pour les Sahoraïm jusqu'en 531 . 



LE 



TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 



Les Juifs de Hamadan (Perse) montrent avec orgueil un monu- 
ment qu'ils appellent le tombeau de Mardochée et d'Esther. Nous 
en reproduisons ici le croquis, qui a paru déjà dans le Jewlsh 
Chronicle du 4 mars dernier et dont l'éditeur a bien voulu nous 
fournir le cliché. 




Ce monument a souvent été décrit par les voyageurs. Citons 
seulement les relations les plus récentes. Ainsi [s'exprime 
Flandin : 



233 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le monument qui renferme ces précieuses reliques s'élève sur une 
petite place, au milieu des ruines d'un quartier abandonné aux fa- 
milles israélites. Son antiquité ne paraît nullement authentique 
d'après sou architecture. Le dôme et l'extérieur n'offrent aucune dif- 
férence avec le style des sépultures musulmanes appelées Irnam- 
Zadehs, que l'on rencontre partout en Perse. L'intérieur se divise 
en deux salles. La première est fort petite ; on y pénètre par une 
porte très basse fermée par un battant en pierre d'un seul morceau ; 
elle est obscure et n'est éclairée que pour les solennités, au moyen 
de petites lampes qu'on allume dans ces occasions. La porte qui 
conduit dans la seconde salle est encore plus basse que l'autre; il 
faut, pour la franchir, ramper sur les genoux. De l'autre côté de 
cette ouverture on se trouve dans un réduit obscur que traversent 
quelques faibles rayons de lumière qui permettent à peine de dis- 
tinguer les deux cénotaphes en bois noir sculpté, qui y sont pla- 
cés l'un à côté de l'autre. Ils sont exactement semblables, quant à 
la forme et aux détails, mais celui d'Esther est un peu moins grand. 
Sur les parois des murs, blanchis avec soin, sont gravées plusieurs 
inscriptions en hébreu qui font remonter à onze cents ans la cons- 
truction du monument actuel. Elles portent textuellement qu'il est 
dû à la piété des deux fils d'un certain Ismaïl 1 , Israélite, établi alors 
à Kachân -. 

Cette description s'accorde avec celle de J. Pollak, médecin du 
schah, qui nous apprend, en outre, que le monument a 60 pieds 
de haut 3 . Lui aussi dit que certaines inscriptions — la généalogie 
de Mardochée et d'Esther — se trouvent sur le couronnement 
des murs. 

Lycklama a Nijeholt, qui cite la relation de Flandin, ajoute : 
« Sir John Malcolm reproduit la traduction qui lui avait été 
fournie par Sir Gore Ouseley, ancien ambassadeur britannique 
à la cour de Perse, de l'inscription gravée sur le dôme même, 
et non sur une paroi intérieure, qui donne la date de la con- 
struction du monument. La voici : « Le jeudi, quinze du mois 
d'Adar 4 dans l'année 4474 de la création du monde, fut finie la con- 



1 Au lieu d'Ismaïl, on verra plus loin qu'il faut lire Israël. 

2 Eugène Flandin, Voyage en Perse, Paris, 1834, t. I, p. 384. Flandin dit encore 
que t les Israélites d'Orient accourent de toutes parts en pèlerinage au pied des 
deux tombeaux qu'ils ont en très grande vénération. Us viennent y céléorer, de cette 
manière, l'une de leurs grandes têtes appelée Parim (sic). » Hamadan, d'après lui, 
compte deux cents familles israéliles. 

8 Jahrbuch fur Israeiiten, de Wertheimer, nouv. série, 3» année, I806, p. 147 et 
suiv. Celle note de Pollak nous a été signalée par notre excellent ami, M. Moïse 
Schwab, qui a publié autrefois une Bibliographie de la Perse. Nous lui devons aussi 
la connaissance de l'ouvrage de Lycklama dont il va être question. 

* Lire Eloul. 



LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 239 

struction de ce temple sur les tombeaux de Mardochée et d'Esther, 
par les mains des deux bienveillants frères Elias et Samuel, fils 
de feu Ismaïl de Kachân 1 . » Malcolm dit encore : « ...Les tombes, 
qui sont d'un bois noir, sont évidemment d'une très grande anti- 
quité; mais le bois n'est point altéré et les inscriptions hébraïques 
dont il est couvert sont encore très lisibles. Ce sont les versets sui- 
vants du livre d'Esther, avec le changement d'une seule expres- 
sion : « Alors à Suse, dans le palais, il y avait un certain Juif dont 
le nom était Mardochée, fils de Jaïr, fils de Shemei,fils de Kish, un 
Benjamite. » « Car Mardochée, le Juif, était le second sous le roi 
Ahasuérus, et grand parmi les Juifs, et agréable à la multitude de 
ses frères, cherchant le bien de ses frères et parlant le langage de 
la paix à toute l'Asie. . . » Le terme plus général, Y Asie, a pro- 
bablement été ajouté par la vanité de l'écrivain de l'inscription 2 ; 
mais il est possible que celle-ci n'ait pas été littéralement tra- 
duite 3 . » 

Lycklama a Nijeholt 4 a reproduit le fac similé d'un dessin fait 
sur sa demande par un israélite de Hamadan. Voici, d'après ce 
graphique naïf, la disposition intérieure de cette construction. La 
porte d'entrée, placée, non au milieu, mais à gauche, donne accès 
à une salle extérieure. A droite se trouve la tombe d'un médecin 
et, à côté, un escabeau, des lampes et de l'huile. A gauche, la tombe 
d'un savant. Un mur, que le dessinateur déclare d'une grande 
beauté, sépare la partie sacrée de la salle extérieure. A l'extré- 
mité occidentale, nouvelle porte, conduisant à la pièce principale. 
A droite, le tombeau de Mardochée, à gauche, celui d'Esther, sé- 
parés l'un de l'autre par un corridor 3 par où les pèlerins font le 
tour des sarcophages, qu'ils embrassent avec ferveur. A gauche et 
à droite une salle où les gens pieux (rrVttD ^rm) font des prières. 
Dans une niche placée dans une de ces salles, à droite, est un Rou- 
leau de la Loi. Sous le dôme est suspendu un œuf d'autruche c . 

Les inscriptions de ces deux cénotaphes sont ainsi représentées 
dans ce dessin : 



1 Le cicérone qui conduisait Pollaklui dit que c'étaient deux médecins du roi, venus 
de Tabriz, qui ensuite se rendirent à Bagdad pour y élever un monument eu l'hon- 
neur d'Ezéchiel. 

2 Ou verra plus loin ce qu'il faut penser de cette prétendue correction. 

3 John Malcolm, Histoire de la Perse, Paris 1821, t. I, p. 384. 

k Voyage en Russie, Perse et Syrie, Amsterdam et Paris, 1872-75, t. II, p. 521. 

5 Large de deux pieds, dit Pollak. 

6 A l'imitation des tombeaux persans. 



240 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sarcophage de Mardochée. 



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Au centre : « Voici l'arche sainte de Mardochée lejusle. Que son 
mérite nous protège ! Amen. » 

Sur les deux côtés bordant à gauche et à droite ce carré : « Cpci 
est l'arche sainte de Mardochée le juste. Que son mérite nous pro- 
tège ! Amen. » 

Puis, dans les autres bandes : « Il y avait à Suse, la capitale, un 
Juif nommé Mardochée, fils de Yaïr, fils de Schimeï, Benjamite, 
fils de (ici cinq lettres initiales que nous ne pouvons déchif- 
frer). » (Esther, il, 5.) 

» Alors poindra comme l'aurore ta lumière et ta guérison bien- 
tôt fleurira ; ta justice marchera devant toi, et la gloire de Dieu 
formera ton arrière-garde. » (Isaïe, lviii, 8.) 



LE TOMBEAU DE MARDOCHEE ET D'ESTHER 



241 



» C'est pourquoi mon cœur se réjouit , et ma gloire chante 
joyeusement, même ma chair demeure en paix, car tu n'aban- 
donnes pas mon âme au Scheol, tu ne laisses pas celui qui est 
pieux envers toi voir la destruction. Tu me fais connaître le che- 
min de la vie ; devant ta face est satiété de joie, et à ta droite des 
délices éternelles. » (Psaumes, xvi, 9-11.) 

a Le travail de ces arches en ce qui concerne les inscriptions 
en relief, la belle gravure l des belles arabesques tout autour 
de l'arche a été terminé en l'année 1628 de l'ère des Contrats » 
(=1317). 

« Ce dessin a été terminé et écrit l'an 624 (= 1864). » 

Sarcophage d*Esther. 



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1 aplati, lapsus pour Hp^-pTl. 
T. XXXVI, N° 72. 



16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au centre : « Voici l'arche dans laquelle est enterrée Esther la 
juste. Que son mérite nous protège ! Amen, ainsi soit-il, amen ! » 

Dans les deux bandes contiguës au carré central, à droite et à 
gauche : « Ceci est l'arche d'Esther la juste. Que son mérite nous 
protège 1 Amen. » 

Autour : « Et la reine Esther, fille d'Abihaïl, et Mardochée le 
Juif écrivirent avec toute leur autorité pour confirmer cette se- 
conde lettre de Pourim. » (Esther, ix, 29.) 

« Et Tordre d'Esther confirma l'institution de Pourim et cela 
fut écrit dans un livre. Et le roi Assuérus imposa un tribut au 
pays et aux îles de la mer, etc. » (ibid., 31 et x, ].) 

« Tout cela écrit en lettres en relief autour des sarcophages. » 

En haut : « La tête de ce tombeau a été faite sur l'ordre de la 
digne et pieuse Djimal, les médecins préposés Merwa-i-Djimal al- 
Dewlet, Ezéchias et Djimal el-Dewlet, et le travail a été fini en 
l'an 1688 du petit comput. Tout cela sculpté et orné sur les tables 
de l'arche tout autour. » 

Il ne faut pas être grand clerc pour s'apercevoir tout de suite 
de l'inexpérience de l'amateur auquel a eu recours notre voya- 
geur. Il est hors de doute que la face des sarcophages n'est pas 
couverte de ce dessin 1 ; c'est par une fiction maladroite que le 
dessinateur improvisé a mis sur le même plan les inscriptions qui 
courent tout autour du sarcophage \ Lui-même le déclare, d'ail- 
leurs, en propres termes. 

En outre, le dessinateur ne s'est pas piqué de fidélité, autrement 
il n'aurait pas mis d'etc. Bien plus, certaines phrases sont sûre- 
ment de son invention. Tels les mots : « Voici l'arche, etc. Ceci 
est l'arche, etc. ». Ainsi surtout la note : « Ce dessin a été 
achevé et tracé (sic) en 624 », qui est, en quelque sorte, sa signa- 
ture. Pour les versets qui sont gravés sur les cénotaphes, sa 
connaissance de la Bible l'a préservé de toute incorrection. Mais 
a-t-il copié exactement la mention relative à cette femme aux 
soins de laquelle est due la confection d'un des cénotaphes ou 
d'une partie du monument? Il ne le semble pas. En effet, la cons- 
truction de la phrase indique incontestablement une transcription 

1 Ce qui, sur le dessin, forme le rectangle central est certainement le plat supérieur 
du sarcophage. 
1 Les sarcophages, d'après Pollak, ont la forme suivante : 



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Les inscriptions courent sur les trois parois. 



LE TOMBEAU DE MARDOCHEE ET D'ESTHER 243 

fèutive : il manque une copule entre le nom de la femme et celui 
des frères ; cette femme s'appelle Djimal, terme que nous retrou- 
vons plus loin dans le composé Djimal-el-Dewlet « beauté de 
l'empire » ; des frères dont il est question ensuite l'un est dit fils 
de Djimal el-Dewlet, l'autre n'a qu'un prénom et le troisième 
s'appelle justement Djimal el-Dewlet. Quant aux dates, on ne 
voit pas où les a trouvées le dessinateur. Celle du cénotaphe de 
Mardochée serait l'année 1628 de l'ère des Séleucides (— 1317), 
celle du tombeau d'Esther l'an 1688 (= 1377). 

D'après Lycklama, « les bandes extrêmes qui forment l'enca- 
drement du tout, ne contiennent que des mentions modernes ayant 
traita la confection du dessin et faisant connaître que le travail 
des inscriptions anciennes de ces tombeaux a été achevé en ca- 
ractères incrustés (lisez : en relief) et en belle gravure ornée 
autour des dalles de la tombe (celle de Mardochée), l'an 1688 de 
l'ère des contrats ». 

S'il fallait une preuve du peu de confiance que doivent inspirer 
ces copies dues à des Orientaux, il suffirait de comparer le dessin 
fait par cet amateur avec ceux que M. Morris Cohen, de Bag- 
dad, a apportés à notre excellent confrère M. Israël Abrahams. Le 
savant et aimable directeur du Jewish Quarterly Review a pris 
ces dessins pour fondement d'un article qu'il a fait paraître dans 
le Jewish Chronicle*. Avec une obligeance qui nous a beaucoup 
touché, il nous a remis ces deux graphiques. Nous en reprodui- 
sons les parties les plus importantes. 

A la partie supérieure au-dessus des sarcophages se lisent ces 
mots : 

bN»a r-n» np^n imwsi ™an mra*b ttrms m*»n m tasn 
ba b&waài aopTrp r-ibnn ba b»Krô t^^rm û^psti tzpnai-n dnao 
p^xn mtî b3> iviNrt roabtt tribut n"n"£":j"n bara-n rjsniûi nVm 
.n-p^b rmm tncba* 'n nstz) b"T -ima* 'roa oausia» 'nro vnshn 

« La tête de cette caverne a été faite sur l'ordre de la digne et pieuse 
dame Djimal Sâtim et des frères, les préposés et sages Djimal el- 
Dewlet, Ezéchias et Djimal el-Dewlet, Jésua et Yemouel, que leur 
âme soit liée dans le faisceau de la vie. Le travail de l'arche a été 
terminé par les soins du pieux et humble Abou-Schams, fils d'Ohad, 
en l'année 4618 de la création (= 858). » 

Sur l'autre copie l'inscription est ainsi conçue : 

ba»a t-ntt npnitrt î-nu^ïi nmn fc-nrcyb nrmït m*tttt ï-jt xûtn 

1 Numéro du 4 mars dernier. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï-uwn fcrpîm rnb-nn b« b«»a "wntt û^mpBtt ta^nssin tonao 
t-iaizîa iniN *j3 fcattiaN tv S* vnan mtû* inabtt dbii53 ,î-ïa£3n 

.rmn tjbN 

« La tête de cette caverne a été faite sur l'ordre de la digne et 
pieuse dame Pjimal Sâtira et des frères les préposée-médecins Djimal 
el-Dewlet et Ezéchias, et Jésua. Que leur âme soit liée dans le fai- 
sceau de la vie ! L'œuvre de la confection de l'arche a été achevée par 
les soins d'Abouscham, fils d'Ohad, en l'année 1618. » 

Les variantes ne sont pas peu nombreuses. L'arche, c'est-à-dire 
le cénotaphe, s'est transformée en caverne. Le nom de la femme 
s'est enrichi d'un mot, dnao « Sâtim ». La copule, qui manque dans 
le dessin de Lycklama, n'est pas omise. Par contre, le nom de 
Merwa a disparu. Il est vrai qu'à la fin, apparaissent deux noms 
nouveaux : Jésua et Yemouël. Dans l'autre copie, ce dernier mot 
manque. 

A la suite de cette inscription en vient une nouvelle dont il n'a 
pas été fait mention jusqu'ici. Elle porte que la confection du cé- 
notaphe est due à Abou-Schams, fils d'Ohad (Abou-Scham dans 
l'autre copie) et que ce travail a été achevé en-l'an 4618 de la créa- 
tion (= 858), ou, d'après l'autre copie, en 1618, sans doute de l'ère 
des Séleucides (= 1307). 

Pour ce qui est des inscriptions sculptées sur le tombeau, s'il 
fallait s'en rapporter à ces deux copies, elles seraient beaucoup 
moins longues que celles dont nous avons déjà parlé. 

Sur le sarcophage de Mardochée on lirait d'après l'une de ces 
reproductions : 

aiit mon mm nban r-nab» roiaba ^b^ïi lasb» arcr* wmi 
3>p:r Ta ,(Esther, vm, 15) (i^riio yn ^pam Tbm) Y'a Y'n V'tw 
•(Isaïe, lviii, 8) mttfcn ïrra ^ron&o ymn *irn»a 

D'après l'autre, le verset d'Esther s'arrête à aïiï, mais le texte 
d 'Isaïe continue : 

.^BOfio "n mai ^p^ *psb ^bm 

Inscriptions du sarcophage d'Esther d'après la première copie : 

.û-wpb qpn ba n« vnï-rn wdi b^maN na ttabttU nnoa anam 
■»tt3sa an>n ab -o naab pu:* 1 ■ntzsa éjn "maa b:m "•ab rwatz) pb 

.bn^^b 
Hors texte, le verset : 

p "Wtti p TW p W^tt TB1ÏÎ1 ÎTWl fia 11253 fPtt *ÏÏ)V II^N 

rim* w» îa^p 



LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 245 

Sur les parois de la salle figure la généalogie de Mardochée : 

p ^Eia la tn-" la wa imi r-rvnn pî"naa rrn "mao ra^ 
biNO p r-naia^*: p na^ la ç^b^K p s^sie p swa p 3>-pm 
i^w p ta-nns) p r-nsa p ï-maa p *nat p b^awX p u^p p 
•pms p bainD p arasas p nrrw p b&oba p b^ar^ p pia^a p 
•nauj p bjsba p -naT p to^n p tarn-p p b^an-p p "pbE p 
,n"^\t 'pa'rsa P *^ a 1 a ^mtiuî p anaT p 

Enfin, l'auteur de ce déchiffrement a transcrit l'inscription dont 
Malcolm donne la traduction. Elle est ainsi conçue : 

m^b f'*m taraba* *i t-iira biba umnb 'nca r-ia^a *^»m 
nio ban '£ïi nno&n wn» ww» ï*ns S\a *pa^bn inp->n tabuiD 
baraia n"na taw^n a^riNïi •*"* '^n f»»'*»» ^ vnao uîwtt "parrrri 

.îfMMn li-nbKi 

Le jeudi 15 Eloul de l'année 4474 de la création fut terminée l'opéra- 
tion du blanchiement du monument de notre maître Mardochée et 
d'Esther la pieuse et toule la généalogie depuis : « Un Juif» jusqu'à 
« Benjamin le juste » par les soins des frères Samuel et Elie. 

L'autre copie porte : «... par les soins d'Elie et de Samuel, 
fils d'Israël Kaschi ». Il y est dit également que cette inscription 
se trouvait sur une pierre d'agathe (dttp). Il paraît qu'elle a disparu. 

Vraisemblablement, au lieu de 44*74 (=714), il faut lire 5474 
(== 1714). En effet, d'après une autre inscription sur marbre, la 
construction de la cour extérieure fut faite en 5497 (== 1737) par 
les soins de Schalom et de Sara, sa femme. Ces divers travaux ont 
été faits probablement dans le même temps. 

D'après sir Robert Ker Porter \ les inscriptions, qui lui furent 
déchiffrées par un certain Sedak Beg, seraient ainsi conçues : 

tarn p-iabiïï-i nnDNi p*nsiïi Wtia bus )vxn t-ia isp^n tzpna w 

,Wn "i roia bfcntD-» ^a bwtiaun irrbN 
nsuîa n"nnN niiaa -in&tn ^*V2 rrnap nt* NS"nrj bna IpTi a ai 
nsu5 nbjfc.bro na-uira ittjpanauî lora û^uj abp "paiann om p^nnii 

•û^ia yp û^aba 

« Deux frères ont édifié le monument de Mardochée le juste et 
d'Esther la reine, Elie et Samuel, fils d'Israël, l'an 4674. 

Pareillement le grand médecin a édifié le monument de Mardochée 
et d'Esther en 1618 après la destruction du temple, ce qui fait 132 ans 
depuis la construction, et 2370 après leur mort. » 

1 Travels in Georgia, Persia, Armenia... (Londres, 1822), t. II, p. 114. C'est 
M. Elkan Adler qui m'a signalé cet ouvrage. 



24(3 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce Sedak Beg a simplement écrit le résultat de son travail, et 
c'est la rédaction de ses notes que le voyageur a prise pour la 
copie des inscriptions. Croyant que Tannée 1618 était celle de 
Tère de la destruction du temple (= 1688), Sedak Beg a eu soin 
d'ajouter qu'il y avait, par conséquent 132 ans depuis l'érection 
du monument (soit 1818, date du voyage de Porter). Le compte 
des 2, HO ans écoulés depuis la mort de Mardochée et d'Esther, est 
fait d'après la tradition rabbinique *. 

Le déchiffrement du D r Pollak mérite plus de confiance. D'après 
lui, sur le sarcophage de Mardochée se trouvent Isaïe, lviii, 8; 
sur le côté de devant Esther, n, 5, et autour Ps. xvi, 9-11. Sur celle 
d'Esther, Esther, ix, 32; x, 1 ; ix, 29. Sur le côté de devant : 

ûNno bw:s np^rr i-miîsn ïrvttïi imiû^b nm£ *ûpn ï-n iûni 
ïTpTm tnb-mba b&rc::; -wnn cnas-nn tp^pparr ta^Dnrj {ne) tzinn^n 

•ao-inN naiû b&ott"' rww^ nbvnbN b«»Jn 

M. Pollak traduit ainsi ces mots : « So hat es angeordnet die 
fromme Frau al Dschamal Satam den gelehrten Brùdern den 
Merce Dschamnal al Dawalat Jechiskia und J)schamnal al Dawa- 
lat Josia Jemuel im Jahre 1621. » 

M. Pollak ne parle pas de l'autre inscription. 

Pour débrouiller cet écheveau de renseignements contradic- 
toires ou, tout au moins, divergents, il faudrait, à défaut d'une 
vue du monument, un estampage des inscriptions. Une bonne for- 
tune nous a mis entre les mains ce moyen de contrôle. Un Israé- 
lite de Perse, de passage à Paris, a fait présent, il y a quelques 
années, à M. le Grand Rabbin Zadoc Kahn d'un calque des prin- 
cipales lignes sculptées sur les deux cénotaphes. On l'a obtenu en 
recouvrant d'encre les lettres en relief des sarcophages et en ap- 
pliquant dessus fortement des bandes de papier. C'est donc, en 
réalité, un véritable estampage, qui mérite toute confiance. Ce 
secours va nous permettre de rectifier tout d'abord les lectures 
tant soit peu fantaisistes dont l'incohérence nous avait arrêté. 

Les versets qui ornent les cénotaphes sont les suivants : 



1 Une des copies de M. Morris Cohen porte les notices suivantes : « Mardochée 
est né en l'an 3289 de la création du monde. Il avait 15 ans de plus qu'Esther. 11 
naquit 34 ans avant la destruction du premier temple et v^cut 434 ans. Esther est 
née 29 ans avant la destruction du premier temple et vécut 429 ans. » 



LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 247 



Sarcophage de Mardochée. 
p ^atû p TfcP p ^ai-itt lauîi ï-rran *ju5iuîa î-pïi htr iû^n 

a-ib iiitm û^nrpb b*nan ^i-niartN ^bab nais» ■mrrtt wn>a ^a 
i:nî bab ûibuî navri na^b aia iznn ma 

« Il y avait à Suse, la capitale, un Juif nommé Mardochée, fils de 
Yaïr, fils de Schimeï, fils de Kisch, le Benjamile (Esther, n, 5). 

Car le Juif Mardochée était le second du roi Assuérus et grand 
parmi les Juifs et bien vu de la multitude de ses frères, recherchant 
le bien de son peuple, et parlant pour la paix de toute sa race 
{laid., 3) 1 . » 

Les caractères de cette inscription, hauts de six centimètres, 
sont ornés de volutes gracieuses. 

De même style sont les caractères (trente-sept millimètres de 
hauteur) de l'inscription suivante : 

^s3 awn tô "»a naab pia-» v-noa qa ^naa b:nn ^ab rraia pb 
mn»ra ^auj to^n rns lî^nn nma rn&nb ^ron inn Nb b-iwab 

Ce sont les versets 9-11 du Ps., xvi, que nous jugeons inutile de 
traduire à nouveau. 

B 

Sarcophage d'Esther. 

crpb tpn ba n« ^iï-pïi ■onxn b^rna» na ^ab7:rt nnoa anam 

maiûn n^în û"nain maa n« 
naoa anaai ttbatti û^ôïi -nai a^p nnoN •tonei 
û^ïi i-w y-ian br oto timronK ^bttïi dw 

Ce sont les versets d'Esther, ix, 29 et 32, et x, 1, que nous avons 
déjà traduits plus haut. 

Les caractères sont plus épais que ceux du cénotaphe de Mar- 
dochée et cependant ils sont moins grands (5 cent. 1/2 de haut). 

Mêmes versets du Psaume, xvi, en caractères de 28 millimètres, 
de même style que ceux des phrases d'Esther, ix, 29 et 32. 

Les deux pièces qui offrent le plus d'intérêt sont assurément 
les suivantes dont nous publions la reproduction photographique. 

1 II se peut que d'autres versets soient encore sculptés sur le cénotaphe. 



LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 



249 



Sarcophage de Mardochée. 








rVnnâ '^ 3 V^ T 

« Cette tête du tombeau a été faite sur l'ordre de l'humble Abou- 
Schams, fils d'Ohad, le médecin, que le souvenir du juste soit une 
bénédiction, l'an 1618 (=1307 de l'ère chrétienne). » 

Peut-être isria doit-il se lire Ohad, nom d'un fils de Siméon 
(Gen., xlvi, 10), ou Ehud, nom d'un juge. Mais il est plus probable 
que c'est un mot arabe. Si c'était nma , le nom signifierait 
« l'unique, l'incomparable ». 

Tous ceux qui parlent de cette inscription la placent sur le céno- 
taphe de Mardochée. Mais les caractères sont du même style que 
ceux du sarcophage d'Esther. 



B 

Sarcophage d'Esther. 

û^snrt trriNïi da nno bNtt} np^iirn mu)3rt ïtiîn^ ïnïtt?b î-ims 
ï— ïb-inb^ bwaa "| ïTptrp ï-ib-nba ba»a "j et™ fc3"wntt û^^pDïi 

« Fait sur l'ordre de la digne et pieuse Djimal. . ., mère des frères, 
savanis, préposés, médecins, Merwa ibn Djimâl al-Daulah et Ezéchias 

ibn Djimâl al-Daulah , l'an 1621 [de l'ère des Séleucides] (== 1310 

de Père chrétienne). » 

Nous attribuons cette inscription au cénotaphe d'Esther, pour 
nous conformer aux descriptions de Pollak et de Lycklama^ mais 
la forme des caractères ferait plutôt croire qu'elle appartient à 
celui de Mardochée. 

Manque-t-il les mots lapsi ioan itï « Cette tête du tombeau », 
ainsi que l'affirment les diverses reproductions que nous avons 
citées plus haut? C'est vraisemblable. Ces mots se trouvaient, 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans ce cas, au-dessus et non à côté de notre cartouche, et c'est 
par inadvertance qu'ils auraient été oubliés par l'auteur de notre 
décalque. 

Quel sens faut-il attribuer à ce terme de « tête du tombeau »? 
Il y a tout lieu de croire qu'il désigne le cénotaphe placé au-des- 
sus du tombeau lui-même. 

L'a du nom de la femme a la forme de la ligature ba et la lettre 
précédente peut être un »; on a ainsi sêw», c'est la lecture 
adoptée par plusieurs de nos devanciers ; — ensuite vient un 
mot -mo ou tid dont nous ne parvenons pas à découvrir le sens. 
En découvrirait-on un qu'il serait difficile de concevoir un com- 
posé de cette nature tid bfiWiï. batttt est un nom abstrait arabe qui 
signifie beauté — nous le rencontrerons deux fois à la ligne sui- 
vante — ; ce mot doit être déterminé par un substantif précédé de 
l'article b», comme dans îiVnbK bfcttaa « beauté de l'empire ». Or, 
tel n'est pas le cas ici. 

A notre avis, le lapicide a commis ici une faute et a mal inter- 
prété TiDK 'aa « dame Esther » qu'il avait sous les yeux. Nous di- 
rons tout à l'heure à la faveur de quelles circonstances cette con- 
fusion a pu se produire. 

Quant à notre lecture des noms des fils de cette femme, elle 
prête à des objections sérieuses. Le mot 8Ttn est-il l'abréviation de 
Merwan, ou le 1 final s'est-il confondu avec celui qui, pour nous, 
représente le mot Ibn qui suit? Le trait que nous lisons ainsi, et 
qui a été pris pour un yod, n'a pas la forme ordinaire de cette 
lettre parce qu'il se raccroche à une volute. Celui que nous lisons 
ainsi plus loin ressemble plutôt à un waw ; mais dans les versets 
qui accompagnent cette inscription le noun final est toujours 
ainsi écourté. Ainsi seulement se comprend la répétition des mots 
« Djimai al-Daulah » qui suivent immédiatement après le nom 
d'Ezéchias. Merwa et Ezéchias étant frères, il est tout naturel 
qu'ils soient fils du même père. 

Les deux groupes de lettres que nous avons laissés sans tra- 
duction sont probablement des eulogies. Malheureusement nous 
n'avons pu en trouver l'explication. Aucun des auteurs, en par- 
ticulier Zunz, qui ont dressé les listes des formules consacrées 
ne connaissent celle-là. Aussi ignorons-nous si elles appellent la 
protection de Dieu sur des vivants ou sur des morts. 

Mais à dire vrai, nous sommes peu certain de notre déchiffre- 
ment, et pour les raisons suivantes : 1° le trait qui suit vcm et 
qui est surmonté d'un point peut difficilement être identifié , 
2° l'absence de copule entre ce premier nom et rppflT» serait 
inexplicable ; 3° VfiW est un nom propre qu'on rencontre dans la 






LE TOMBEAU DE MARDOCHEE ET D'ESTHER 251 

Bible ; dans ce cas îiw* (et non in*w qu'on serait tenté de lire) 
serait lui aussi un nom propre, peut-être ïtw «Isaie». Seule- 
ment si l'on se contente de lire les noms des frères tels qu'ils sont 
énumérés, on obtient une phrase incompréhensible : « ... Djimâl 
al-Daulah, Ezéchias et Djimâl al-Daulah, Isaïe, Yeouel ». La seule 
conjonction qui y figure ne se trouve pas à la place où on l'atten- 
drait, et la répétition de Djimâl al-Daulah offre une énigme. 

Ici encore, comme dans la ligne précédente, il faut supposer 
que le sculpteur a mal reproduit le texte qu'il avait sous les 
yeux*. 

Maintenant quel était ce texte ? 

Peut-être simplement la copie des inscriptions primitives, car 
tout semble indiquer que celles de l'encadrement inférieur rem- 
placent une ligne qui avait disparu. C'est ainsi que se com- 
prennent les notes qui, d'après l'auteur du dessin reproduit par 
Lycklama, accompagnaient cette inscription. LeD r Pollak s'arrête, 
lui, aussi, sur ces additions et en conclut que cette ligne n'est 
qu'une restauration. 

Ces résultats s'accordent avec les renseignements donnés à 
Porter. Le monument aurait été détruit par Tamerlan (1370-1400) 
et il ne serait resté que les sarcophages. Lors, donc, de la res- 
tauration de cette construction, on confectionna un nouvel enca- 
drement des cénotaphes et on y recopia, mais avec des erreurs, 
le texte primitif. 

Mais quant à Tauthenticité des dates, le doute n'est pas permis; 
elles ne sauraient être fictives. 

Quoi qu'il en soit de ces points de détail, il ressort avec évi- 
dence de ces deux inscriptions que les deux cénotaphes ont été 
effectués au commencement du xiv e siècle. 

Un autre fait en résulte, si notre conjecture est exacte, c'est la 
coïncidence du nom de l'auteur d'un de ces monuments — Esther 
— avec celui de la princesse juive à laquelle, d'après la tradition 
des Juifs de Hamadan, serait dédié l'un des cénotaphes. Est-ce 
une simple coïncidence? Personne ne le croira. 

Enfin, il faut s'arrêter sur le nom Djimâl al-Daulah « beauté de 
l'empire ». Il évoque invinciblement le souvenir du fameux mi- 
nistre d'Argoun Khan, Sa'ad al-Daulah. 

On connaît l'histoire de ce ministre dont le nom, à ce que nous 
a rapporté M. Elkan Adler, est encore aujourd'hui populaire en 
Perse. Il commença par être l'un des médecins d'Argoun, tout en 
demeurant à Bagdad. Ses confrères s'étant plaints de ce qu'il né- 

1 C'est ainsi qu'au lieu de !"ppï)rp, il faut peut-être lire ïTpTffi. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gligeait son service tout en participant aux libéralités royales, il 
fut appelé à la cour, et ce fut l'origine de sa fortune. Spirituel, 
adroit, instruit, connaissant à la fois la langue des Turcs et celle 
des Mongols, il sut rapidement se pousser en avant. Ayant la 
chance de guérir le Khan d'une indisposition, il entra dans ses 
bonnes grâces. En causant avec son maître, il parla des dilapida- 
tions commises par les intendants du pays de Bagdad. Argoun, 
pour mettre à l'épreuve ses services, l'envoya percevoir les reve- 
nus de cette province et examiner les registres des comptables. Le 
succès de sa mission dépassa les espérances du roi. Le médecin 
juif sut recouvrer d'anciens arriérés, percevoir les impôts nouvel- 
lement échus et revint chargé d'une somme considérable. Il n'en 
fallut pas plus pour le faire nommer contrôleur des revenus du fisc 
dans le gouvernement de Bagdad. Le roi lai présenta de sa main 
une coupe de vin, ce qui était une faveur insigne, et le fit revêtir 
d'une robe d'honneur (12S1). Il continua avec le même succès à 
remplir les caisses du trésor royal et bientôt, en 1288, le roi, sur 
le rapport d'un de ses officiers généraux, lui confia le département 
des finances de tout l'empire. Il devint rapidement tout puissant, 
et toutes les affaires durent passer par ses mains. 

Argoun n'était pas un khan ordinaire : il avait l'esprit large, 
témoin les relations qu'il noua avec le pape Nicolas IV 1 . Il per- 
mit à son ministre de prendre pour agents du fisc des chrétiens 
et des juifs, mesure qui devait éveiller les haines des Musulmans. 
Aussi n'y eut-il pas de crimes qu'on n'imputât à ce ministre inso- 
lent. On prétendit qu'il voulait persuader à Argoun de fonder une 
nouvelle religion par le glaive, qu'il avait arrêté le projet de con- 
vertir la Caaba en temple d'idoles et d'obliger les Musulmans à 
se faire païens ; on ajoutait même qu'il se préparait à faire une 
expédition contre la Mecque. Il avait envoyé de ses coreligion- 
naires, avec une liste de suspects, dans le Kaorassan et le gou- 
vernement de Sohiraz, pour mettre à mort les notables les plus 
honorables et même les chefs de la religion. Tous les actes tyran- 
niques, les nombreuses exécutions que le caractère sanguinaire 
du roi lui inspirait, étaient l'œuvre du ministre tout-puissant et 
hérétique. Les haines particulières des seigneurs à qui il avait fait 
rendre gorge soufflaient sur le mécontentement des seigneurs, ja- 
loux des faveurs obtenues par l'intrus. 



1 C'est probablement à tort que Graetz suppose que Sa 'ad ai-Daulah lui inspira 
cette détermination, car déjà à la date du 10 avril 1288, le pape envoyait au Khan 
une lettre, alors que Sa'ad al-Daulah n'avait pas encore reçu le titre de ministre. — 
C'est également Argoun qui envoya une lettre à Philippe-le-Bel, leltre qui s'est 
conservée. 



LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 233 

Peut-être Sa f ad al-Daulah ne sut-il pas assez tenir compte des 
préjugés en éveil. Il associa à sa fortune les membres de sa 
famille ; il donna la ferme des revenus du fisc à ses frères Fakhr- 
al-Daulah et Emm al-Daulah, à son parent Schams al-Daulah, à 
son cousin Abou-Mansour, le médecin, et à Lebid, fils d'Abi-Rabbi. 
Il réunit autour de lui des savants, et des littérateurs, qu'il encou- 
ragea dans leurs travaux; aussi composa-t-on à sa louange un 
grand nombre de pièces en vers et en prose. Une partie de ces 
éloges fut même recueillie dans un volume auquel on attacha son 
nom. A en croire le continuateur de Bar Hebrseus, « de toutes les 
parties de la terre, accouraient vers lui nombre de Juifs qui di- 
saient tous que c'était pour leur salut et pour être glorifié par son 
peuple, que Dieu avait enfin donné cet homme aux Hébreux ». 

La haine qui l'enveloppait allait bientôt pouvoir se satisfaire. 
Le roi fut frappé d'une attaque de paralysie. Sa'ad al-Daulah fit 
tous ses efforts pour le guérir, sachant que la fin de son maître 
serait son arrêt de mort. Un mois après, Argoun rendait l'âme. 
Aussitôt ses ennemis « rugirent contre lui » et le firent périr 
(29 février 1291). « Ensuite ils envoyèrent des exprès dans toutes 
les provinces pour faire arrêter ses frères et ses proches, qui furent 
jetés dans les fers et privés de tous leurs biens; on enleva leurs 
fils, leurs filles, leurs serviteurs et tout ce qu'ils possédaient. Il est 
impossible de décrire la persécution qui éclata à cette époque sur 
la nation juive. » Mais dès que le nouveau khan, Gaikhatoun, fut 
sur le trône (22 juillet 1291), il fit arrêter les seigneurs qui avaient 
commis ce crime. 

Or, d'après le chroniqueur qui nous rapporte ces événements 
et qui en fut contemporain, Abd- Ouliah, fils de Fazel-oullah \ 
c'est le ministre juif qui prit, pour la première fois, à l'instar 
des princes de la dynastie des Pouyides, un surnom se terminant 
par Daulah. C'est à son imitation, sans doute, que ses frères et 
proches se choisirent des surnoms analogues : Fakhr al-Daulah, 
Emm al-Daulah, Schams al-Daulah. On peut donc supposer, avec 
grande apparence de raison, que Djimâl al-Daulah était un pa- 
rent du célèbre intendant des finances 2 . 

Qu'on relise maintenant les versets qui entourent la tombe du 
mystérieux Mardochée : ne sera-t-on pas surpris d'y voir relevé 
que Mardochée était le second du roi et qu'il fit du bien à son 

1 Le célèbre auteur du Kitah Tadjnyet ul-Smssar ive Tezdjiyet ul-A'ssar, plus 
connu sous le titre de Vassaf-ul-Hazret. 

2 Voir, sur toute cette histoire, d'Ohsson, Histoires des Mongols, t. IV. 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

peuple. Ces traits ne s'appliquent-ils pas exactement à Sa'ad-al- 
Daulah ■ ? 

Par une coïncidence curieuse, d'après une conjecture de Graetz 2 , 
le nom hébreu de Sa'ad-al-Daulah aurait été précisément Mardo- 
chée. Un manuscrit de la Bibliothèque Bodléienne a conservé le 
fragment d'une poésie arabe, composée en l'honneur d'un Mardo- 
chée, qui ressemble trait pour trait à Sa'ad al-Daulah. C'est un 
ministre, parti de très bas, qui a gagné la faveur de son maître ; 
des poètes lui ont dédié leurs chants et l'ont célébré à l'envi ; il a 
étendu sa protection sur ses frères; de son temps, Dieu a rendu 
à son peuple sa puissance. 

Le Juif de Perse à qui est dû le sarcophage de Mardochée, que 
ce soit Abou-Schams ou la mère des Djimal-al-Daulah, aurait 
donc voulu élever un monument commémoratif à la mémoire du 
bienfaiteur de ses frères. 

Les restes du ministre d'Argoun furent - ils transportés et 
inhumés en ce lieu? C'est ce que nous ignorons. Sa'ad al-Daulah 
a dû trouver la mort à Tabriz, séjour ordinaire de la cour, à une 
assez grande distance de Hamadan. 

Au cas où ce serait la mère des médecins-fonctionnaires de la 
famille de Djimal al-Daulah qui aurait fait élever ce sarcophage, 
on s'expliquerait mieux encore cet acte de piété : elle aura voulu 
payer sa dette de reconnaissance au protecteur des siens. 

Ainsi, si les Juifs de Hamadan sont victimes d'une pieuse con- 
fusion, en vénérant ce tombeau comme celui du personnage bi- 
blique, leurs respects ne sont pas voués cependant à une chimère, 
ils vont à la mémoire d'un homme qui, dans l'histoire de la Perse 
du moyen âge, a joué pour les Juifs le rôle le plus éclatant et dont 
la fortune a le mieux rappelé celle du ministre juif d'Assuérus. 

Mais que vient faire l'autre sarcophage à côté de celui de Mar- 
dochée 3 ? Est-ce celui de cette femme, nommée Esther, qu'elle 
aurait commandé de son vivant? Et, dans ce cas, pourquoi a-t-on 
gravé sur le monument justement tels ou tels détails relatifs à la 
reine Esther, en particulier qu'elle envoya des lettres pour pres- 
crire la célébration de la fête de Pourim et que le roi décréta des 
impôts sur tous les peuples de son empire ? Autant de questions 

1 Si le verset Esther, vin, 15, qui parle des vêtements royaux que reçut Mardo- 
chée, figurait réellement, sur le cénotaphe, ce serait une allusion à la robe d'honDeur 
dont Argoun fît revêtir son ministre. 

* A laquelle s'est rallié Gustav Weill, l'auteur de l'Histoire des Kalifes. Voir 
Geschichte der Juden, t. VII, note. 

* Remarquer que celui-ci, à dessein sans doute, a été fait moins grand que l'autre. 



LE TOMBEAU DE MARDOGHEE ET D'ESTHER 255 

que nous n'osons même pas essayer de résoudre, quoique beau- 
coup d'explications nous viennent à l'esprit. 

Nous avons été frappé de la coïncidence entre le nom du per- 
sonnage auquel est consacré l'un des sarcophages de Hamadan et 
celui du fameux ministre juif; notre étonnement est devenu plus 
vif en observant que le monument commémoratif a été érigé peu 
d'années après la mort de Sa 'ad al-Daulah * ; enfin, par une ren- 
contre surprenante, il se trouve que ce nom de al-Daulah figure 
sur le monument. Ce sont ces coïncidences que nous avons sim- 
plement voulu signaler, sans nous dissimuler les nombreuses 
objections que soulève notre hypothèse. — Nous serions heureux 
si notre essai — malheureux — servait au moins à provoquer des 
recherches plus approfondies et mieux orientées. 

Israël Lévi. 



1 Chose plus curieuse encore, la date de l'inscription que nous avons lue 1621 est 
plutôt 1603, car la lettre prise pour un kaph a la forme d'un bit. Il est vrai que le 
lapicide aurait dû écrire aiDN, mais peut-être a-t-il voulu éviter le mot ;HnN 
t cédrat ». Dans ce cas, le sarcophage aurait été confectionné en 1292, juste Tannée 
de la mort de Sa'ad al-Daulah! (Dans l'hypothèse que cette inscription se rapporte 
au tombeau de Mardochée). 



LA LUTTE DE R. NAFTALI COHEN 

CONTRE HAYYOUN 



Pendant l'automne de l'an 1*711, le ghetto de Prague fut le 
théâtre d'une lutte décisive entre deux hommes que la destinée 
avait amenés là de contrées lointaines pour les mettre en pré- 
sence. R. Naftali Cohen était déjà, en arrivant à Prague, un vieil- 
lard fatigué et ayant besoin de repos. S'élevant de degré en degré, 
il avait été promu successivement du poste rabbinique d'Ostrogh à 
celui de Posen, et de là au siège de Francfort-sur-le-Mein *. Dans 
la nuit du 14 janvier 1711, un incendie qui éclata dans sa maison 
lui fit perdre à la fois son repos et son honneur, le dépouillant du 
même coup de sa fortune et de tout ce qui constituait le bonheur 
de sa vie 2 . On l'avait mis en arrestation, bien à tort d'ailleurs, 
car son innocence était évidente, mais le séjour de la commu- 
nauté lui était devenu impossible. Il portait comme un stigmate 
indélébile le nom odieux d'incendiaire. Dans sa détresse, il avait 
porté ses regards vers le berceau de ses ancêtres, pour y chercher 
du secours. Il s'était senti attiré vers Prague, la cité où s'étaient 
développées les branches de son arbre généalogique 3 . Là, le grand 
génie tutélaire de sa race, le vénéré R. Loeb, vivait encore dans la 
mémoire de tous et comptait de nombreux descendants. Résidence 

1 Perles, Geschichte der Juden in Posen, p. 79 ; M. Horovitz, Frankfurter Rabbi- 
ner, II, 60 et suiv. 

2 Kaufmann, Urkundliches, p. 67-71. 

3 Voir l'arbre généalogique dressé par R. Méïr Perles pour le frère de Naftali, 
R. Jesaia de Brody, *pDn"P nb^fa, éd. Varsovie, p. 33, et ma note dans les Fa- 
milien Prags de S. Hock, p. 188, note 2. La date indiquée par Perles, qui devait se 
trouver sur le magnifique rideau de sanctuaire dont Liebermann Chalfan a fait don 
à la Altneusynagoge, dans les mots Ïlti53> *13Ï, doit être rectifiée d'après l'ins- 
cription elle-même en 'H'Qy *OT. Celle-ci est conçue en ces termes : !mïT 

*-oî pnri T'ntt fia mu> im-in ïsbn jjana^ t^npu V't pmr> Tun p 
psb rittSi. 






LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 257 

de sa nombreuse parenté et patrie de ses plus proches, Prague 
était pour lui un refuge tout indiqué, le port unique qui lui offrît 
un asile sûr. C'était le lieu d'origine de son grand-père, le rabbin 
de Lublin, dont il portait le nom, ainsi que de sa grand'mère, la 
fille du très estimé chef du rabbinat de Prague, R. Iesaya Lieber- 
mann ou Lieberles. Là, vivait sa tante Vogelé\ l'épouse de Feiwel 
Bunzlau, un des rabbins de Prague, la sœur de son père R. Isak, 
qui, comme le grand-père, fut rabbin de Lublin. Mais ce qui le 
détermina surtout à se tourner vers la capitale de la Bohême, 
c'était le voisinage de ses fils, dont quatre occupaient en même 
temps d'importants postes rabbiniques en Moravie 2 . Pinchas Isaac 
occupait le rabbinat de Kremsier, Jacob Mardochée celui d'Un- 
garisch Brod 3 , Schealtiel celui de Prossnitz et Azriel celui de 
Gewitsch. Sorti sain et sauf des tribulations de la guerre et des 
persécutions des hommes, ayant eu à lutter contre le feu et contre 
le fléau plus terrible encore de la calomnie, il espérait pouvoir se 
reposer enfin 4 dans cet asile, heureux de préparer là un nouveau 
foyer à sa chère épouse Esther Schondel et à ses petits -enfants, 
sans doute les enfants de sa fille Kéla, morte prématurément, 
ainsi qu'à leur père Juda Loeb 3 , fils de R. Gabriel Eskeles. Là, 
dans le voisinage des siens, il espérait oublier, sans en garder le 
moindre ressentiment, les horreurs dont il avait souffert 6 . 

Mais la coupe de ses souffrances n'était pas encore pleine. La 
goutte d'amertume qui vient des peines qu'on se prépare à soi- 
même ne devait pas y manquer. De la résidence habituelle des 
cabbalistes, de Safed, en Terre Sainte, un homme avait entrepris 
des voyages à travers l'Europe, dont la vie, malgré son âge avancé, 
ne devait pas finir sans qu'il eût mis en ébullition les plus paisibles 
communautés et semé la discorde et la haine partout où il passait. 

1 Bock, ibid., 178, et ma note ibid., note 1. 

* Cf. le testament de R. Naftali, vers la fin, et Brann dans la Jubelschvift de 
Oraetz, p. 233, note 6. 

3 Cf. Kaufmann, Monatsschrift, XLI, 362. 

w R. Naftali ne pouvait avoir à ce moment-là plus de soixante-deux ans, son 
grand-père, dont il portait le nom, étaut mort le 21 septembre 1648. Voir Josef 
Gohn-Zedek, D"nU^ TH (dans "pia!"!, I, éd. S. A. Horodezky), p. 13, note 18. 

5 Cf. le Testament, vers la fin, et Dembitzer, 1Q11 nb">bo, II, Î2"D- 

6 Sehudt, Jûdische AI 'erckwûrdigkeiten, II, 113, répète des dires sans fondement 
quand il écrit : « Mais R. Naftali, aussitôt qu'il eut échappé à son emprisonnement, 
se hâta de partir et de se rendre à Prague, où il vécut dans le silence et pour ainsi 
dire en cachette pendant un certain temps et où il fut entretenu par Oppenheimer de 
Vienne et d'autres riches Juifs de Prague. » Cependant c'est de cette déclaration que 
s'est inspiré Graetz, Gresckichte, X, 82, en rapportant que R. Naftali s'est rendu 
à Prague pour se placer sous la protection de D. OppeDheim. Brann aussi répèt?, 
ibid., 232, qu'après une longue détention, il se fixa à Prague auprès de R. David 
Oppenheira. 

T. XXXVI, N°72. 17 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

R. Naftali Cohen était à peine fixé clans le Ghetto de Prague que 
le malheur vint le visiter sous les traits de la mystérieuse et, en 
apparence, si majestueuse personnalité de Nehémia Hayyoun, le 
pèlerin d'Orient. C'était dans l'automne de l'an 1711. Expert dans 
l'art du charlatan et d'un extérieur imposant, cet hôte, revêtu de 
l'élégant costume des Orientaux, avait fasciné tous les habitants 
du Ghetto, pour qui cet homme de Dieu, faiseur de prodiges, était 
entouré d'une auréole de légendes pieuses. On se pressait autour 
de lui et on s'estimait heureux de le recevoir et de le combler 
d'honneurs. Son compagnon et secrétaire, sans doute Elia Tara- 
gon, reçut l'hospitalité, pour la durée de son séjour à Prague, 
dans la maison toujours si hospitalière de Samuel Tausk 1 . C'était 
le restaurateur de la « Altneusynagoge », et le président de la 
communauté; il appartenait à une famille où la dignité de prési- 
dent fut pendant des générations, pour ainsi dire, héréditaire, et 
lui-même s'était rendu célèbre dans les annales de la communauté 
par sa générosité envers les écrivains 1 . Quant à Hayyoun, le saint 
homme qui ne vivait que pour la vie spirituelle, comme il le pré- 
tendait, il se contenta de la demeure plus modeste de Ànschel 
Ginsbourg, célèbre par l'éclat de son origine et son érudition 
rabbinique. Mais il n'y accepta que le logement ; son véritable lieu 
de séjour fut la maison princière du grand rabbin David Oppen- 
heim, alors en voyage pour affaires. Là, il se laissa servir et aduler. 
Les jeunes membres de la famille et surtout le fils unique de la 
maison, Joseph, gendre de Samson Wertheimer, rabbin de Hol- 
leschau en Moravie, et Hayyim Iona Teomim, le jeune gendre de 
David Oppenheim, dont il avait épousé la fille, Tolza, recher- 
chaient avec avidité la société du thaumaturge. Comment Naftali 
aurait-il pu résister à l'enthousiasme général? Plus que tous les 
autres, il était prédisposé à céder au magique attrait du pèlerin 
inconnu. De tout temps, les messagers de la Terre-Sainte avaient 
trouvé chez lui porte ouverte. Le costume oriental et le prestige 
de la cabbale avaient toujours exercé sur lui une force d'attraction 
irrésistible. Déjà Abraham Conque, le missionnaire envoyé de 
Hébron, avec qui il était lié depuis 1688 par une étroite amitié, 
l'avait conquis tout à fait 3 . L'école du malheur ne lui avait pas 

1 Hock, ibid., 145, et ma note, ibid., note 1. Selon "[1325 ÏTID , l'° 15 #, Perez 
trouva dans sa maison, entre autres rabbins, R. Mose b. Israël de Sluck. Au sujet de 
Sluck, cf. Friedberg, l p""DT mmb, p. 27, note 15. Au sujet de sou gendre, H. Ba- 
ruch Auslerlitz, voir Kautinaun, Die letzte Vertreibung derJuden aus Wien, p. 171, 
note 3. 

2 Kaufmann, Samson Wertheimer, p. 97, note 1, et 96, note 2. 

3 Voir l'approbation enthousiaste qu'il donna à l'ouvrage, d'ailleurs suspect, de 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 259 

appris la prudence et le soupçon, et il se livra à ce rusé person- 
nage avec une naïveté enfantine. Du reste, Juda b. Josef Perez, 
qui, plus tard, fut tant vilipendé et acquit une si douteuse répu- 
tation, n'avait-il pas trouvé auprès de lui un chaud défenseur 1 ? 
Un homme de la taille de Hayyoun, investi du prestige de la 
science rabbinique et cabbalistique, devait le trouver absolument 
sans défense. Le rusé Vénitien, son acolyte et secrétaire, lui avait 
frayé la voie par ses mystérieux récits sur les rapports que l'homme 
de Dieu entretenait avec les puissances surnaturelles. Hayyoun 
aviva encore la curiosité déjà en éveil en refusant d'accomplir, en 
terre étrangère, les prodiges qui étaient sa besogne habituelle. 
Une sorte d'ombre, disait-il, s'était posée sur ses yeux, lorsqu'il 
quitta la Terre-Sainte, et il dut poursuivre son voyage, à demi 
aveugle 2 , sur de recouvrer la vue, aussitôt que son pied toucherait 
de nouveau le sol sacré. Il voulait aller sans trêve d'un endroit 
à l'autre. Môme dans une communauté comme celle de Prague, il 
déclarait ne s'accorder qu'un répit de quinze jours. Nul ne devait 
pouvoir se vanter d'avoir profité de son assistance miraculeuse 
ou d'avoir reçu une amulette de sa main. Certes, il eût aimé ini- 
tier un homme comme Naftali aux mystères les plus profonds de 
la cabbale, mais, avant d'entreprendre son voyage, il avait fait vœu 
de renfermer en lui-même les doctrines ésotériques durant tout 
son séjour sur un sol non consacré. Son but était uniquement de 
faire imprimer en Europe les manuscrits où était consignée sa 
science mystérieuse. En demandant simplement une approbation 
pour ces précieux ouvrages, il entendait accorder une véritable 
faveur. Choisissant prudemment parmi ses papiers, il voulait, avant 
tout, s'assurer à Prague, vu l'absence de R. David Oppenheim, de 
l'adhésion de R. Naftali Cohen. Il garda par devers lui les parties 
compromettantes de son ouvrage, se bornant à choisir dans les 
deux écrits, qui, plus tard, entourèrent comme deux commentaires 
le texte de la doctrine secrète des Sabbatariens ou du mystère de 
la Divinité 3 , les passages qu'il soumit à sa victime pour lui arra- 
cher son approbation. R. Naftali sut, sans doute, lire le manuscrit 

Conque D"HD10 p3i$. Cl'. S. Mandelkern, dans le prochain fascicule du mïtt?2 
313*73 W1 de Brainin. 

1 Le *p33b filD a été approuvé par R. Naftali à Prague, le 5 juin 1712 : 'tf3 
^nSâ5 ïintt^ 13 •paiSOa'B T"l"l nmm. R. Mosé Hages s'exprime fort dure- 
ment sur Perez dans ses lettres manuscrites adressées à R. Juda Briel de Mantoue. 

* Par là s'explique l'expression frW ">D "imi3 Ù^$ UNS ÊOT! ÏT'OnS, 
dans la déclaration d'approbation, du reste stigmatisée comme ayant été faussée, de 
R. Gabriel Eskeles, rabbin régional de Nicolsbourg, sur ÏT?ûn3 "H 3*7 et NniD'O^ÎTS 
Nba*7. Cf. Kaulmann, ipinïl, 11, 11 et suiv, et 66 et suiv. 

3 Graetz, ibid., xxxi, et suiv. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sefardi plus couramment que le rabbin de Francfort-sur-le-Mein », 
Joseph Samuel de Cracovie, qui avait déclaré ne pas savoir lire le 
manuscrit d'Abraham Conque 2 . Il n'y trouva rien qui pût troubler 
sa candeur. Plus d'un demi-siècle s'était écoulé depuis que Sab- 
bataï Cevi avait jeté dans les esprits tant d'erreurs et de doutes ; 
les dernières traces du mouvement, naguère si puissant, sem- 
blaient avoir disparu, et dans l'esprit des gens paisibles il restait 
à peine un pressentiment que le vieux levain pût encore une fois 
produire une fermentation dangereuse. Pour flairer et découvrir le 
sabbatianisme secret, il fallait une autre disposition d'esprit que 
celle où se trouvait R. Naftali. Dans les passages qui lui furent 
soumis, il retrouvait le courant bien connu de la cabbale. Ne se 
doutant pas de l'abîme au-dessus duquel il avait passé en glissant, 
il écrivit, à la date du 5 novembre 1711 , l'approbation que Hayyoun 
lui avait fait l'honneur de lui demander 3 . 11 était tombé dans le 
piège du vieux renard, et, désormais, il était hors d'état de lui 
nuire. Hayyoun pouvait laisser tomber son masque. Les deux 
semaines de séjour étaient devenues des mois. Son refus de fabri- 
quer des amulettes avait pris fin rapidement. Maintenant il pouvait 
se vanter sans scrupule de ses relations avec le ciel et proférer 
des blasphèmes, par exemple en disant qu'il avait fait descendre 
le char du trône de Dieu dans sa chambre ; qu'il dialoguait fami- 
lièrement avec le prince de la face, avec Métatron ; même avec 
Dieu il s'entretenait, et il pouvait forcer les anges de son entou- 
rage à venir près de lui comme des serviteurs. Il eut l'audace de 
montrer une lettre que le prophète Elie lui avait écrite et de 
s'attribuer la puissance de conjurer les morts, de détruire des 
mondes et d'en créer de nouveaux. Désormais, il n'avait plus 
besoin de l'auréole de la sainteté. Le vieillard, hier encore aveu- 
gle, se divertit au jeu de l'hombre et, las des mortifications, prit 
plaisir à assister aux grands festins. Seul l'aveuglement de ses 
partisans était inguérissable, et la confiance de ses fidèles restait 
inébranlable. Ses manières devinrent de plus en plus hardies et ar- 
rogantes. Ses amulettes devaient éloigner la mort et être un moyen 
de préservation au milieu du danger. Le retour de R. David 
Oppenheim avait si peu mis fin à ce vertige, qu'il donna lui-même 
son approbation aux écrits de Hayyoun, à la date du 9 février 1712, 
et qu'il fut sur le point d'être obligé d'abdiquer son autorité dans sa 
propre maison en faveur de cet intrus. Celui-ci n'avait-il pas, 

1 Horovitz, ibid., II, 56 et suiv. 

2 Approbation de D'nsnD p3N : TTOtt VlSO fOVDa "P3E ^KUJ a"a*N1 

itt* û^apT ta^ai inwsm ûbOTa nnvn nown nai^s vim* 

3 Cf. le texte dans l'appendice A. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYÔUN 261 

contrairement au conseil et à la volonté du chef de la famille, 
obtenu par le don d'une amulette, que le favori de la maison, le fils 
unique de Josef et de Tolza Oppenheim, jeune enfant d'une beauté 
extraordinaire, fût exposé au danger d'un voyage à Garlsbad, 
où il périt en tombant, sur la route, en bas de la voiture l ? 

En vain la désillusion vint pour R. Naftali. Il ne lui servit de 
rien de reconnaître bientôt qu'il était tombé dans les filets d'un 
sabbatarien masqué. Habitué naguère à faire acte d'autorité et à 
voir ses volontés exécutées, il dut maintenant se consumer dans 
une haine impuissante contre ce fauteur de mal. Celui-ci n'avait-il 
pas obtenu de lui tout ce qu'il pouvait encore en attendre? Ses 
entretiens avec le secrétaire furent inutiles. [Celui-ci ne voulant 
dénoncer ce maître en fourberies, R. Naftali dut porter comme un 
remords rongeur le soupçon d'avoir été la victime d'un des Don- 
meh, les partisans secrets de Sabbataï Cevi à Salonique 2 . Prague 
n'était pas un endroit propice où l'on pût entreprendre quelque 
chose contre ce séducteur souple, sachant gagner tous les cœurs 
et échapper à tous les dangers, d'autant plus que le chef de la 
communauté s'était également livré à lui par sa signature et son 
sceau. 

Sans même prendre congé de R. Naftali, Hayyoun s'était rendu 
de Prague à Vienne 3 , pour répandre de là dans la Moravie et la 
Silésie les nouvelles erreurs sabbatariennes, qui troublaient les 
esprits et empoisonnaient les cœurs. Les tristes conséquences que 
produisit le sabbatarisme renaissant partout devaient montrer 
combien était fondé le soupçon qui ne vint que tardivement à 
R. Naftali. Bientôt on vit se rallumer le feu qui couvait encore 
sous les cendres laissées par la première explosion. Une des pre- 
mières victimes fut Lôbele Prossnitz. Ce partisan de Sabbataï, 
originaire d'Ungarisch Brod et établi à Prossnitz, sous le poids de 
l'excommunication suspendue sur sa tête par R. Meïr de Schi- 
dlow, plus tard rabbin d'Eisenstadt, était devenu silencieux 4 , 
comme un pécheur repentant, lorsqu'à l'approche de Hayyoun les 

1 Cf. Emden, mNjpîTi rnin, p. 6). Le mariage de Josef Oppenheim avec Tolza, 
fille de Samson Wertheimer, eut lieu en 1707 ; voir Kaufmann, Urkundliches ans dem 
Leben Samson Wertheimers, p. 5. 

2 Cf. A. Danon, dans Revue des Etudes juives, XXXV, 2G4. 

3 Les mots "pIN ÏI^NS "WT 1 î^bl Û^lDn b^tt 21 "ptttt SPlDÎTl, dans la 
lettre de R. Naftali, n° 1, sont traduits par Graetz, Geschichte, X, p, 83 : « Et 
il fut pourvu là de ressources abondantes par de riches chrétieus ». Il ne serait pas 
impossible que D^TUÏl désignât les fournisseurs de la Cour, les grands Juifs de 
Vienne. Nous savons, du reste, que Meyer Hirschel avait même dans sa maison, 
Lôbele Prossnitz ; voir Kaufmann, Samson Wertheimer, p. 83, note 3. 

4 Cf. D, Kohu, dans pnCOfi 1£^> ] , "JUJim TIN. p. ''3 et suiv, 



•262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ailes qui lui avaient été rognées lui repoussèrent. Le faiseur de 
miracles de Safed s'était vanté de posséder un miroir avec lequel 
il prétendait pouvoir apercevoir le fond du cœur et découvrir les 
pensées secrètes de l'homme. C'est avec ce miroir qu'il voulait, 
disait-il, évoquer l'âme de Lobele Prossnitz et déclarer publique- 
ment s'il le trouvait innocent ou coupable. Il ne manquait plus 
au vieil hypocrite, qui n'attendait que la résurrection de l'antique 
erreur, que d'être proclamé un saint par ce sage d'Orient qui pré- 
tendait sonder les reins et le cœur. Lobele eut de nouveau ses 
partisans, dont le nombre s'accrut encore. 

Ainsi, le fléau se répandit de lieu en lieu, partout où Hayyoun 
dirigea ses pas. Lorsque R. Naftali arriva à Breslau durant l'hiver 
de l'année 1713, il ne reconnut plus la communauté qu'il avait 
visitée autrefois ». La semence jetée là par Hayyoun, durant son 
court séjour, avait poussé comme par enchantement. Vainement 
R. Naftali essaya de faire connaître le vrai caractère de cet homme 
néfaste. Sur ces entrefaites, celui-ci était arrivé à Berlin, où il 
avait mis aussitôt à exécution son projet, principal but de son 
voyage : l'impression de ses écrits. Il ne se troubla même aucu- 
nement d'une rencontre avec R. Naftali lui-même. L'ayant trouvé 
un dimanche soir à la synagogue de Berlin 2 , il lui tendit sans 
hésiter la main, mais R. Naftali refusa de la prendre. Cependant 
il ne réussit pas à rentrer en possession du certificat qu'il lui 
avait donné si malencontreusement. Hayyoun chercha à se dé- 
rober à toute nouvelle rencontre, il évita de fréquenter la syna- 
gogue et alla se loger dans la maison d'un chrétien ; enfin, il sut, 
en se plaçant sous la protection du gouvernement, se mettre à 
l'abri de toute tentative de contrainte en vue de la restitution du 
certificat d'approbation. 

Il n'attendait que l'achèvement de ses deux ouvrages, Les pa- 
roles de Né/iémie et le Mystère de la foi, avec ses deux com- 
mentaires 3 , pour se rendre sur le véritable théâtre de sa propa- 
gande, à Amsterdam. Tandis que R, Nafcali était encore dans l'in- 
certitude au sujet du but du séjour de Hayyoun à Berlin, les deux 
ouvrages avaient été imprimés en toute sécurité avec l'approbation, 
désormais devenue indélébile, de R. Naftali. Peut-être son oppo- 

1 D'après le témoignage de son approbation donnée au d"H5TD p3N de son ami 
Conque, datée du 24 Ab 1713, pendant les troubles de Pologne, il séjourna déjà à 
Breslau comme fugitif ("lîalpfcE YTWÎl). 

2 II est question d'une visite de R. Naftali à Berlin, pendant qu'il séjourna à Po- 
sen, dans le ÏTlBfa ïlUtt rP"D de Mosé b. Yesaia Weugrab, 3«; il voulait mettre 
à l'interdit l'imprimeur dî la parodie de Û"H"1D P20?D de Sulzbach. Cf. Van Biema, 
Nachtrag zu Bebr. Bibliographie, XIV , p. 19. 

3 Cf. L. Landshutb, û'I5!l "V2Ï5X miblD, p. 14 et suiv. 



LA LUTTE ÎM NAFTALI GOHEN CONTRE HAYYOUN 263 

sition eut-elle, du moins, ce résultat que son approbation ne fut 
pas imprimée en tête des deux ouvrages à la fois. Mais il n'y eut 
plus moyen d'échapper au triste sort de voir son nom placé en 
tête du plus petit et plus dangereux de ces écrits. 

Cependant R. Naftali n'avait encore eu aucun pressentiment de la 
véritable responsabilité qu'il avait assumée par sa malencontreuse 
apostille. Il s'en voulait d'être tombé dans le piège tendu par un 
hypocrite suspect, et il désirait à tout prix détruire la preuve qu'il 
s'était laissé tromper dans sa candide crédulité par un disciple 
secret de Sabbataï. C'est seulement maintenant qu'il reconnais- 
sait sa faute d'avoir couvert des doctrines erronées, visiblement 
sabbataïques, de l'autorité de son nom et d'avoir donné sa re- 
commandation à des blasphèmes et à des hérésies. Une lettre de 
R. Cebi Aschkenazi ', d'Amsterdam, lui arriva et le frappa com- 
me d'un coup de foudre, en lui révélant pour la première fois à 
quelle étrange entreprise il avait prêté la main par un inconcevable 
aveuglement. Désespéré, il fut pris de violents remords. Son voyage 
à Breslau était resté sans effet, et ses espérances ne s'étaient pas 
réalisées quant au rabbinatde Posen - : il était résolu à retourner 
à Prague, où il avait déjà renvoyé ses bagages. Il comptait 
revenir par la prochaine voiture de poste auprès des siens, lors- 
qu'il reçut la nouvelle que Prague venait d'être ravagée par un 
tremblement de terre et que sa femme, sa sœur et ses petits-fils 
étaient obligés de camper en rase campagne. 

Malgré sa tristesse, R. Naftali comprit cependant qu'il était 
nécessaire qu'il se séparât ouvertement de l'hérésiarque. Il 
trouva le courage de se confesser devant l'héroïque apôtre de la 
foi, le rabbin d'Amsterdam. Le 27 août 1713, après avoir passé de 
nouveau en revue tous les incidents de sa vie, si riche en souf- 
frances, il écrivit une première lettre à R. Cebi Aschkenazi 3 , 
qu'il tenait en haute vénération et qui était aussi lié avec lui par 
des liens de parenté 4 . Ce fut pour lui une véritable délivrance. 
Contrit et abattu, plein de confusion et de repentir, il avait étouffé 
en lui tout mouvement d'amour-propre et toute tentative de justi- 



1 Sur son origine, cf. Kaufmann, Die letzte Erstûrrnung Ofens, p. 23 et suiv. 

' Perlée, Geschichte der Juden in Posen, p. 79 ; Brann, ibid., p. 233. 

* J"empruute le texte des lettres de R. Naftali à un manuscrit qui est en ma pos- 
session et qui contient toutes les lettres et les traités de polémique qui virent le jour 
durant cette lutte contre Hayyoun. 

k Les relations des deux familles tiennent au fait que R. Arié Loeb, le fils de 
R. Saûl et le petit— 131s de R. Heschel, fut choisi par R. Cebi comme gendre. R. Arié 
Loeb, que R. Naftali, dans ses lettres à R. Cebi, salue toujours spécialement, était un 
cousin de Juda Loeb, le gendre de Naftali Cohen, mort prématurément. Cf. 
Emden, "ISS rhîlZ , éd. D. Kohu, p. 65 et suiv. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fication intérieure, pénétré de la conviction qu'il n'est qu'un seul 
moyen de triompher des fautes et des péchés: les reconnaître 
ouvertement et s'en repentir sincèrement. La lettre qu'il écrivit 
devint comme le miroir des événements qui s'étaient déroulés 
depuis deux ans. Il avait, disait-il, été induit en erreur, aveuglé 
par le préjugé et les apparences; il avait donné son approbation 
inconsidérément et sans réflexion, car le livre néfaste auquel il 
voyait maintenant son nom indissolublement attaché ne lui avait 
pas été mis sous les yeux. Il n'avait rien su du plan et de la 
disposition des deux commentaires, et le passage dans lequel il 
avait cru voir la partie principale de l'ouvrage lui avait paru irré- 
prochable et digne d'approbation ! . 

R. Naftali,dès qu'il eut pleinement conscience de sa faute, était 
décidé à édicter les peines les plus sévères contre Hayyoun et 
ses ouvrages, dût-il ressentir le contre-coup de ces mesures, en 
raison des accointances qu'il avait eues avec lui. Ce que R. Gebi 
Aschkenazi lui avait soumis maintenant du contenu de l'ouvrage, 
muni de son apostille, n'avait jamais passé sous ses yeux. Com- 
ment pourrait-il survivre à la honte d'avoir prêté son nom à un 
livre qui touchait audacieusement à la plus chère doctrine du ju- 
daïsme, à l'unité de Dieu et à la pureté de sa conception de la Di- 
vinité? La destruction de cette œuvre de mensonge, voilà la seule 
chose à laquelle son âme aspirait. Aucune subtilité d'interpré- 
tation, aucun subterfuge ne devait être accepté de la part du mis- 
sionnaire des Sabbatariens. D'après R. Naftali, il fallait brûler 
tous les exemplaires de ces livres, et R. C^bi devait désormais 
prendre à cœur de les détruire radicalement. 

Son projet de se rendre à Prague était désormais abandonné, 
et il était uniquement préoccupé de la lutte contre Hayyoun. 
Grâce à l'esprit de décision de R. Cebi et de son fidèle lieutenant 
R. Mosè Hages, le combat contre la nouvelle tentative des Sabba- 
tariens s'était allumé sur toute la ligne. Un allié s'était présenté 
en la personne de Léon Brieli, rabbin de Mantoue, qui dans cette 
lutte contre Hayyoun, valait à lui seul une armée. La défense de 
Hayyoun, prise assez mollement par Salomon Aelyon et la com- 
munauté sephardite d'Amsterdam, devait fatalement échouer de- 
vant une attaque si supérieurement menée. A peine R. Naftali eut- 
il repris contenance et se fut-il recueilli suffisamment pour prendre 
connaissance de la contre-déclaration de Hayyoun et d'Aelyon, 
que R. Cebi lui avait fait parvenir, qu'il rédigea presque aussitôt, le 
13 septembre 1713, une nouvelle lettre adressée à R. Cebi contre le 

1 On ne peut donc parler d'un mensonge commis par R. Naftali (Graetz, 
ibid., 83). 






LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 265 

fauteur d'hérésies. Il ne pouvait comprendre qu'un rabbin comme 
Aelyon se mit encore à la remorque de ce fourbe, maintenant que 
le caractère dangereux de l'ouvrage avait été démontré. L'excuse 
que le livre se bornait à reproduire les anciennes doctrines bien 
connues du Zohar ne pouvait être admise un instant. Le danger 
des hérésies qui y étaient contenues et qui ébranlaient la vérité 
fondamentale la plus sainte du judaïsme, l'unité de Dieu, était, 
selon lui, d'autant plus grand qu'elles pouvaient, d'une part, pro- 
voquer au dehors des malentendus et des calomnies de la part des 
savants non-juifs à qui cet ouvrage tomberait sous les yeux, et 
que, d'autre part, elles étaient de nature à réveiller les anciennes 
hérésies sabbatariennes. Personne ne devait s'étonner, ajoutait 
Naftali, de ce qu'il était venu de si loin pour s'ériger de son chef 
en juge d'une querelle qui intéressait en premier lieu la commu- 
nauté d'Amsterdam. Il se sentait poussé irrésistiblement par le 
zèle pour la cause de Dieu, que nul ne pouvait défendre plus 
ardemment et plus passionnément que lui-même, et, de plus, lui 
surtout, trompé par Hayyoun, avait le devoir d'élever la voix 
et de lancer un cri d'avertissement contre le sectaire. Il se voyait 
donc dans la nécessité de persévérer dans sa demande de me- 
sures pénales, et, d'accord avec les hommes qui ont ouvert ce 
combat pour la foi, de prononcer l'interdit contre l'ouvrage et 
l'auteur, interdit qui ne pourra être levé que si le coupable donne 
des preuves certaines d'un repentir sincère. Les exemplaires du 
livre néfaste devaient être retirés de la circulation; par ég^rd 
pour ce qui pouvait s'y trouver de de juste et d'exact, ils ne 
seraient pas brûlés. Cependant l'excommunication devait être pu- 
bliée dans tous les pays pour déterminer ceux qui se trouvaient 
déjà en possession de cet ouvrage, à le mettre à l'écart sous peine 
de tomber eux-mêmes, en cas de désobéissance, sous le coup de 
l'excommunication prononcée contre l'auteur. 

Si jamais R. Naftali eut le sentiment de ce qu'il était devenu, lui 
homme pacifique, privé de sa fortune et des fonctions rabbiniques 
qu'il avait exercées dans de grandes et importantes communautés, 
il dut surtout en être chagriné pendant sa lutte contre Hayyoun. 
Dans sa troisième lettre adressée à R. Çebi, le 18 octobre 1713, il 
reconnaît ouvertement combien il se trouvait impuissant et quelles 
sévères mesures il eût prises contre le corrupteur du peuple, s'il 
en avait encore eu la force. Il n'était plus lui-même qu'un hôte to- 
léré dans la communauté de Breslau. Cependant la protection de 
Lazarus Pôsing », fournisseur de la Monnaie, homme des plus in- 

* Brann dans Jubelschrift de Graetz, p. 238 et suiv. 



206 RU VUE DES ÉTUDES JUIVES 

fluents, lui valait beaucoup de considération. Aussi, lorsqu'arri- 
vèrent les nouvelles de Nicolsbourg, la communauté dirigeante 
de Moravie, siège du rabbinat régional, et même de la commu- 
nauté voisine de Lissa, apprenant que des menaces on avait passé à 
l'exécution au sujet de l'excommunication, K. Naftali ne resta pas 
en arrière. Les membres les plus considérés du rabbinat et de la 
communauté de Nicolsbourg, les plus réputés par leur érudition 
talmudique, avaient prononcé solennellement l'interdit contre 
Hayyoun, sous l'influence de leur chef, le grand rabbin de la Mo- 
ravie, R. Gabriel Eskeles, beau-père de la fille de H. Naftali. La 
même mesure avait été prise par trente membres de la commu- 
nauté de Lissa, éminents par leur savoir. R. Naftali reconnut alors 
qu'il avait eu tort de parler, dans sa dernière lettre, de la possibi- 
lité de trouver dans le livre de Hayyoun des passages inoffensifs 
et d'en épargner les parties intéressantes. L'appui qu'il avait trouvé 
semble l'avoir fortifié dans sa conviction de la culpabilité de 
l'homme et de ses ouvrages. Quiconque avait l'audace de prendre 
le parti de Hayyoun devait appartenir évidemment à la séquelle sab- 
bataïque, qui d'abord s'était livrée à ses agissements scandaleux en 
Terre-Sainte et qui était redevenue assez hardie pour recruter 
aussi des partisans dans d'autres contrées. Il devait faire partie de 
ces malheureux égarés qui portaient sur eux le portrait de Sab- 
bataï Gebi pour le baiser au milieu de chants bachiques et en 
récitant des prières. Un seul châtiment était assez sévère contre 
ce fauteur d'hérésies, la destruction par le feu de son livre et le 
décret de l'excommunication majeure contre l'auteur, excommu- 
nication dont il ne pourrait se relever qu'à la condition de se dé- 
clarer prêta accomplir, avec repentir et soumission, la pénitence 
publique que lui imposeraient cinq rabbins compétents. Pour cinq 
motifs déterminants, pour l'amour du nom divin, de sa Loi sainte, 
de la chaîne infinie des saints ancêtres, pour l'amour de la com- 
munauté d'Israël, qu'il fallait préserver des pièges et de la séduc- 
tion, pour sa propre dignité acquise de rabbin, R. Naftali se voit 
forcé de passer des paroles aux actes et, suivant l'exemple de ses 
prédécesseurs, de ne pas différer plus longtemps à prononcer l'ex- 
communication contre Hayyoun. Semblable au patriarche Jacob, 
selon la parole du Midrasch, il se sentait armé comme de cinq 
amulettes pour terrasser son ennemi. Personne ne pouvait l'accu- 
ser de partialité. Dépourvu de toute fonction, en pleine indépen- 
dance, inaccessible à toute influence, il se trouvait, disait-il, en 
quelque sorte, en dehors de la communauté des vivants, n'agis- 
sant et ne se déterminant que par son zèle pour la cause de Dieu. 
Si quelque considération le retenait encore de mettre son projet 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 267 

immédiatement à exécution, c'était le contraste que semblait pré- 
senter Ja communauté de Breslau, composée d'éléments dispa- 
rates et venus du dehors, avec une communauté comme Nicols- 
bourg, de fondation ancienne et réputée au loin. L'adhésion de 
cette petite communauté, qui n'aurait que peu de retentissement, 
serait-elle suffisante et ne provoquerait-elle pas plutôt les raille- 
ries? Aussi songea-t-il un moment à convier une communauté 
importante du voisinage à livrer l'assaut contre Hayyoun. La 
communauté de Glogau, par le grand nombre de ses membres 
adonnés à l'étude de la Loi, était prédestinée à ce rôle mieux que 
toute autre. R. Naftali crut devoir s'adresser à elle, surtout parce 
que le vieux rabbin, Juda Loeb b. Mosé l , qui était son parent, 
avait accordé lui aussi son approbation aux deux ouvrages de 
Hayyoun. Il voulait lui envoyer la correspondance qu'il avait 
échangée avec la communauté d'Amsterdam, les lettres manus- 
crites ainsi que les déclarations, imprimées dans l'intervalle, rela- 
tives à la lutte contre Hayyoun, pour le décider lui et sa com- 
munauté à s'associer à ses efforts. Aussitôt que la nouvelle de 
l'excommunication prononcée à Glogau contre Hayyoun lui se- 
rait parvenue, il se promettait d'en instruire sans délai R. Çebi. 

Il se produisit alors probablement une circonstance qui décida 
R. Naftali à faire intervenir la communauté de Breslau. Peut- 
être craignait-il une interprétation fâcheuse s'il s'abstenait de 
manifester son zèle par une action directe. Aussi, après avoir 
tant temporisé, devint-il un assaillant furieux, qui crut ne pas 
devoir attendre une semaine de plus et qui mit son projet à exé- 
cution dès le samedi suivant. Ce jour, 21 octobre 17i3, la com- 
munauté de Breslau devait affirmer solennellement sa rupture 
avec Hayyoun. R. Naftali convoqua l'assemblée, qui, de con- 
cert avec lui, allait prononcer l'excommunication dans la syna- 
gogue de Lazarus Zacharias, ou Posing, le fournisseur de la 
Monnaie 2 . Il avait réussi à réunir à Breslau, qui naguère lui 
paraissait un si petit centre, quinze hommes de renom et de consi- 
dération, qui n'hésitèrent pas à s'associer à cet acte important. 
Mais, outre les invités, une foule nombreuse était accourue pour 
être témoin de cette cérémonie, qui était alors encore entourée 
d'un sombre éclat, où R. Naftali allait, après un sermon dont le 
sujet était emprunté à la section sabbatique (Noah), lancer l'ex- 
communication contre Hayyoun et quiconque embrasserait son 
parti. 

Le 1 er novembre 1713, il raconte à Cebi, dans une nouvelle 

1 Chr. Wolf, Bill. Hebr., III, 330. 
* Brann, ibid., p. 233, note 1. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lettre adressée à Amsterdam, les incidents qui s'étaient produits, 
se plaignant en même temps de ne pas recevoir de réponse à 
ses deux dernières lettres. Il attendait aussi avec impatience l'im- 
pression de ses deux premières lettres avec le reste des pièces du 
procès et l'envoi d'un certain nombre d'exemplaires, pour les ex- 
pédier aux communautés et à des particuliers. Il attachait surtout 
de l'importance à ce que les Sefardim, dont l'appui donné à 
Hayyoun lui paraissait incompréhensible, pussent avoir les pre- 
miers connaissance des fourberies de leur protégé. La lutte qu'il 
avait entamée contre ce trompeur l'avait délivré d'un vit* re- 
mords. Ce n'est pas sans un sentiment de profonde gratitude qu'il 
songeait à R. Gebi, qui, en signalant à temps le danger, lui avait 
préparé les moyens de salut. 

Quand l'écrit de Hayyoun lui fut soumis sous sa véritable 
forme, il lui parut dépasser encore de beaucoup ce qui lui en 
avait été rapporté par R. Cebi et R. Mosé liages. Plein d'hor- 
reur pour toutes les hérésies qu'il contenait, il se hâte de s'épan- 
cher auprès de son ami et compagnon de malheur, R. Gabriel 
Eskeles de Nicolsbourg, du nom duquel Hayyoun avait aussi abusé. 
Les hérésies de ce livre, disait-il, dépassent x tout ce qui a jamais 
été affirmé publiquement par les sectes juives. Aussi est-ce le 
devoir de tout croyant de les combattre, et surtout de ceux qui 
sont versés dans la connaissance de la Loi et du Talmud. Cette 
déclaration, dont R. Naftali envoya la copie à R. Cebi le 1 er dé- 
cembre 1*713, parut si importante à Hages qu'il s'occupa aussitôt 
de la répandre partout. 

Dans l'intervalle, les premières lettres de R. Naftali avaient paru 
à Amsterdam et étaient tombées sous les yeux de Hayyoun. 
Celui-ci n'eut rien de plus pressé que de nier et de railler dans 
une protestation publique tout ce qui y était contenu. R. Naftali 
se trouvait en bonne compagnie, Hayyoun ayant aussi accablé de 
ses railleries des hommes comme R. Gabriel Eskeles et R. Léon 
Brieli. L'homme naguère si plein d'urbanité, disait-il en parlant de 
Naftali, est devenu un rustre. Naftali accepta cette injure comme un 
titre d'honneur. Les docteurs n'avaient-ils pas donné aussi au pro- 
phète Ezéchielcenom de villageois [Berachol, 58 &)?Avec le voyant 
qui a annoncé un Dieu unique, une Loi unique et un Pontife 
unique, il voulait être un villageois, rejetant bien loin de lui toute 
relation avec le fauteur d'athéisme et d'hérésie. Quant aux décla- 
rations des premières lettres que Hayyoun ne sut réfuter autre- 
ment qu'en les traitant en bloc de mensongères, R. Naftali les 
maintint à nouveau avec solennité dans toute leur intégrité. Loin 
de s'être rendu coupable d'une exagération, il n'avait, disait-il, 






LA LUTrE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 2G9 

reproduit que la plus faible partie de ses blasphèmes. Si Hayyoun 
cherchait à affaiblir la protestation de Naftali en ce qui concerne 
les amulettes, en lui rappelant qu'il s'était lui-môme adonné à des 
pratiques cabbalistiques, celui-ci lui répliqua que c'est en voyant 
ses procédés frauduleux qu'il a acquis la conviction qu'il n'y a 
aucune doctrine secrète, mais une coupable imposture, un manège 
criminel de sorcellerie, dans son système de taches d'encre et de 
signes planétaires, qu'il avait osé donner comme des amulettes 
saintes ayant des facultés curatives et qui avaient déjà été stig- 
matisées comme des fraudes de bas aloi dans une lettre de Josef 
lbn Sayyah envoyée à Jérusalem en 1549 '. D'ailleurs, Hayyoun 
lui avait avoué lui-même qu'il n'y avait là qu'un but de vil lucre; 
car, un jour qu'il l'avait pris à partie au sujet de ces manigances, 
il lui avait répondu textuellement qu'il n'y avait pas là de question 
religieuse, mais de l'argent à gagner. 

Toutes ces tentatives de nier la vérité, maintenant que l'excom- 
munication avait été prononcée partout contre lui, sont désor- 
mais aussi inutiles, ajoutait Naftali, que les blasphèmes qu'il a 
lancés contre un homme aussi vénérable que R. Gabriel Eskeles. 
Les vaines rodomontades ne sont plus que des propos sans consis- 
tance, maintenant que les rabbins de l'Orient, qui le connaissent 
le mieux, l'ont mis en interdit. Du reste, il est avéré par des 
renseignements venus de son pays qu'il a toujours été un fourbe, 
préférant les jongleries et les tours de magie à l'étude et à la 
piété. Enfin, un pieux Jérusalémite qui avait rencontré Hayyoun 
en Egypte, avait raconté comment il avait été démasqué. Hôte de 
Zecharia Gatigno, dont l'influence et la renommée étaient si consi- 
dérables en Egypte, il avait partagé la chambre du rabbin de la 
famille, le savant et pieux Israël Lubiiner. Celui-ci, troublé et 
effrayé pendant toute la nuit par des cris et des sifflements, re- 
connut trop tard que son camarade de chambre était un exorciste 
et un nécromancien. A l'aube, R. Israël fit part de ce qui lui était 
arrivé au maître du logis, qui chassa Hayyoun. 

Les partisans sephardites de Hayyoun qui faisaient cause com- 
mune avec lui sont aussi menacés de l'excommunication par Naf- 
tali, qui l'étend également aux imprimeurs qui se risqueraient à 
imprimer ses écrits. L'invincible habitude du mensonge apparaît 
encore maintenant, disait-il, dans sa manière de se défendre, puis- 
qu'il envoie à ses amis son petit opuscule, Le Mystère de l'unité % 
comme si c'était de cet écrit qu'il s'agissait et non de son ouvrage 
plus volumineux, tout rempli d'hérésies. 

1 Voir Azoulaï, Û^bl^ïT dtZ5, éd. Benjacob, 1,82. 

1 NTim NT"! (Venise, 1711), 16 a. . 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au début de cette lettre, que R. Mosé liages communiqua, le 
9 février 1714, à R. Léon Brieli à Manloue 1 , R. Naftali exprime 
son chagrin au sujet du projet de R. Cebi de quitter Amsterdam, 
projet que celui-ci ne tarda pas à mettre à exécution. Si le départ 
de l'illustre champion de la foi était déjà pénible pour R. Naftali, 
lincertitude dans laquelle il se trouvait au sujet de la nouvelle 
résidence de son ami et du sort de sa famille était accablante pour 
lui. Mais il se sentait réconforté par l'espérance que le sort de 
l'homme qui avait bravé si courageusement la haine et la persé- 
cution pour la glorification du nom de Dieu, qui avait sacrifié 
sans hésitation sa position et son gagne-pain pour la cause de la 
foi, ne tarderait pas à s'améliorer. 

R. Ctbi Aschkenasi avait dû quitter Amsterdam, mais il pouvait 
le faire avec la conviction d'avoir assuré le triomphe de la cause 
à laquelle il avait sacrifié sa tranquillité. Qu'importait que la 
lutte continuât encore pendant quelque temps par des lettres et 
des protestations plus ou moins aceibes, des déclarations et des 
contre-déclarations, des traités et des livres 1 La mauvaise se- 
mence dont les fruits auraient pu être si funestes, avait été étouffée 
dans le germe; la propagande sabbatariennè avait été arrêtée au 
moment où elle se préparait à prendre son essor. R. Cebi, comme 
une hirondelle dont on avait démoli traîtreusement le nid, était 
obligé d'aller d'un endroit à l'autre, mais la cause à laquelle il 
s'était attaché était en bonnes mains. 

Cependant R. Naftali devait avoir encore l'occasion de consolider 
les liens, momentanément rompus en apparence, qui l'attachaient 
à l'homme qu'il tenait en si grande vénération. Ce n'est pas en vain 
que les deux champions s'étaient rapprochés, et leur destinée ne 
devait pas s'accomplir sans qu'ils eussent uni leurs familles d'une 
manière durable et établi ainsi un signe peimanent de leur alliance 
intime. 

L'interruption de la correspondance entre R. Naftali et R. Cebi 
avait à peine duré un an, lorsqu'ils se retrouvèrent ensemble à 
Breslau. R. Cebi Aschkenasi arriva dans cette ville quand il se 
rendit avec sa famille en Pologne ; il était venu de Londres par 
Emden, Hanovre, Halberstadt et Berlin 2 . R. Naftali n'avait plus 
espéré voir encore de son vivant l'homme qu'il avait appris depuis 
longtemps à aimer et à vénérer. R. Cebi rappela au vieillard, qui 

1 Je publie, sous le no 1 VII et VUa, la même lettre de R. Naftali, pour montrer de 
quelle manière on se permettait de faire des abréviations en communiquant et en ré- 
pandant les lettres reçues. 

• Cf. Emden, *]SO p^a, p. 37-8. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 271 

le serrait avidement dans ses bras, son propre sort et les fâcheuses 
conjonctures qui avaient marqué sa vie. 

Dans la famille du fugitif, qui avait, d'ailleurs, conservé toute 
sa force d'âme, il y avait un jeune homme, le fils et favori de 
R. Çebi Aschkenasi. Il fut, dès leur première rencontre, l'objet de 
l'attention et de la sympathie de R. Naftali Cohen. Les familles les 
plus riches avaient jeté leurs vues sur le fils de R. Çebi pour avoir 
l'honneur de s'allier à sa maison. R. Naftali Cohen lui-même avait 
reçu mandat de l'un des plus riches et des plus distingués membres 
de la communauté de Wilna de choisir pour sa fille le jeune 
Jacob, qui, plus tard, sous le nom de R. Jacob Emden, put presque 
rivaliser de réputation avec son père. Mais dès qu'il l'aperçut, sa 
résolution fut prise inébranlablement d'attacher ce jeune homme 
qui donnait de si belles espérances à sa propre maison *. En 1716, 
le mariage de Jacob avec Rachel, fille de R. Jakob Mardochaï, 
rabbin d'Ungarisch Brod, petite-fille de R. Naftali Cohen, fut cé- 
lébré à Breslau. Kaleb Feiwel Posing, alias Philippe Lazarus, le 
fournisseur de la Monnaie, dans la synagogue duquel l'excommu- 
nication avait été prononcée contre Hayyoun, servit d'assistant au 
fiancé 2 . 

Dans le cœur du jeune homme, dont le mariage symbolisait les 
sentiments d'affection cordiale des deux illustres champions de la 
lutte contre Hayyoun, un grain de semence tomba alors qui devait 
lever un jour d'une manière inattendue. C'est pour la dernière fois 
qu'il vit son père et son nouveau grand-père avant de quitter 
Breslau, mais leur image resta vivante dans son cœur et lui appa- 
rut à l'heure décisive allant plus loin qu'eux, il poursuivit le mal 
jusqu'à ses racines, et, dans sa lutte contre les excroissances de la 
cabbale, il n'hésita pas à nier la sainteté généralement admise du 
Zohar et son entière authenticité. Si les convictions personnelles 
de l'homme suffirent à le décidera faire delà guerre au sabba- 
taïsme qu'il traquait partout, l'unique objet de ses préoccupations, 
il se sentait aussi poussé à cette lutte par les traditions de sa 
famille. 

David Kaufmann. 



i h., p. 39. 

* Cf. Kautmana, Monatsschrift, X.LÏ, p. 365 et suiv. 



!72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE. 



L APPROBATION DE R. NAFTALI. 

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man msj« rmama ,fr*r>m maya 'ibmra naa ,mms paa ,î-win 
^pbwN mi y^ann mœewa maan bwN 'inn vrs -nm ,i-raas ^afrnn ■rçtt 
ïrçpa "îanb pina ,mamaan "icamasa pTn t<^n '-i ba marna tmaa 
taaann bnan a^n Kin mznp nai n« nar ^a ( riiTm naaia 'iaafiM 
-rinaa ,bbma "ixyn 'pb'ia bbra np^ t-^atia ,bm?m îmaa nn bbian 
■anafc'a ■rça ,aain nss Hya ia«a ipb» ba-ipa ivn r^m ï— r^^ana 
orne naai maa naaai naia ©v*p 'e*** 'maipn "wp maa '"warp m» 
Syn nnan qia 'paa nns aia ^a imn aabin nmoi main naim 
ia n»« fimm nra p-n f-aya ïram bqnta "paaa ,yian t^bn *may 
p^an na *p Tby tûn mma np*n vbyab ma» -îatiN "paaa im»ï> 
biba fcpa«b nnatm /avn -nn "•anp bya tami ïsnaba r©"»» ^aaa 
mm T">y "a»m ,^©ipri oip n^a nata 'pa 'inwina c<bnaa ,'^DTOb 
,na£fiari fn[n]acn2*ai ,na:na:a mm abna ma-imon tnna w maïab 
'-arj '«a esmaim /^pb^b ny naœ t^np '-»maa bsa ï-naaa mia 
pbn pina \m-ipn 'w ma m>fca aaaa-iab 'wun m'mai Saa 
©mi naio »b "»b i7jyian ^n Sa \Niiai ^anb n«a ipnai ïnaina 
m:n m» taix naoa 'n n^ rniaa ai r**«Ti»a Nnnain nain ^aa 
rin \Hn:i '^ppi-a û^nyaa ^pnab ipbmi '^pnoai i^-nna np^iab tw 
ta^aoa ""aan p by -ion .ï^nr; p fin nmra rmia i-nan nmaa 
pipnb b»ic ^ppnb ^nbT oisir-î rm^ab ^naTart tibo t^^anb *i»y 
nnaa m»bnbi taobn rtbîinb mrnb mcnyï STia ^ya vb^a 
Tnm ,"ia iw^a^ 'ip^as nyia ï^iaai a^a^y nna nvnb nnaTa iinaT 
annb taabnya ^an^T titans prn ian^ Mbo taabiya ^o-'snan ba Sy 
^a 't>ïa tsmaio in fcarta 'n b";n '-"naan D^ainb t^ba 'Tan nanan 
ib yamam nnnart an- hien ^nba oimn mba taava s aa) lm»j» 
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LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 273 

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LETTRES DE R NAKTALI. 

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[27 août 171-3]. •'• 8*. 

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T"a« i"n: o-pn ■•ag n"nma '-naaa 172a maaa n"a n"a> ^"3 a"n a"ii 

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rmb "afna '^a^a "Pami "ivnavta "rav ,T»a*i b^noa pais inarpai 
sp-inn taaamaan bnan ïisan ">amna ■uina n"n ,*rann Jnbia>a mna 
"•aat "V'nnia '"naaa la-a a"n »"-n -i"awxn bnan baipan 'ipb» isto ipam 
nsn ,* 'ip"> '*>pip3 ia> '"»p"iaa ysiarm ,'^isb naan msa -par i"-ia ©im 
mrp nb'aa pn*n ,na:> nb*aa naina tsai ,*aa^an inb*tt naai 2 n"^a 
ûn^na i©« nan v^ «m pi , J N"^n &*b anaa «"«canai xain xanun ">»na 
rua '-nibn nos 'npvn a"^ baai irnaïawa maab *'"»na '^inp 

,n*PDT2) J-tŒ5l3> 3M0in nTI TTima "Pm *J\X1 natt ^Sl '^ EJi ,npwi 

•a\xa tnio^b na miai V 1 ^ a-nanb 'raaa \N3an ^n na«a rnam 
Fiann aisr s^aanx r"V'a?7a i?aa «an t^naab uiaai ,nTn baKaan 
■nab !-id vnsœa -ras na»a "»ain ''rnaiia'a "«7ay p «bi ,^-ibib^ na»m 
yajsnsa mnnDO uj^nn "j-- 3 "'^batn t*<b 5 '^rjp '"»aa ■'dni /nnb t<ibi 
i«3t' ^ir>a -«aai \-iiaai ^mns &"^ rrn^ sin ^-iom nirr bnan ffi^im 
tepansb ^-na ^si^înax ^nri^ «ai '^:in rrrain ^aa b^n ,nbnaa a'*aa 
a>iina saana ^a*» n"\x ^a viz-j ?n^ ypanb ^i '"«ain barra aipaa 
!^na»ia ti^n ^a ^n^ab axnab rna ^i^ nnn ïT'n niôs ba ^nnbtt nain 

1 Jusqu'à la résurrection des morts. 

* = miiïian ^^ ■'b^ba. 

» Ps., xxir, 30. 
4 Beraehot, 18 /^. 
s Houllin, 19a. 

T. XXXVI, n° 72. 18 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

r-iD Miaraai îaann nbYa "^a ^31 /|ïww ûrab ca^-Hsn- ba> a"na ?D^b 
Ss r-iaïai 3cv ?3»i As ino pi .r-ib-ô moa ^bai ûv moa raa 
■nsa ban inED-nwan npnsn *iw ma» ban /riapî tnyb Tara ani 
1 'vnn ba» i^nnan '^bapn ya ^ /"•Éaa û^ 3 " r-i-M7j-i ^rhiDh '*m.nan 
"1133 -«asE i\n ,ïto bilan iai3 "uzîni D^aanb "wia ^r» nran ,'nai 
twpb vont D^aars iidn wbafla iwsa un iiaai ,rmn«rs ni pTrnnb û^ttio 
itt» Y'n "»an»a bpbip73a ï-rbpbprs ybinia "-imiai ,mN3X 'n naap 
,'^ja "hoo -néo ba> v^aon ib wia-œ "m nnnto s-ibiaafcn !-ïnlt 
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r-TL3"»r t-fim ïpï ia\x vrai mm ,N^r:?nr Siima nbia ^Dian aa> 
'iffia^b iwX73 aipb TwX?3 ■vditi ,t*r«Toap "p3 ina ynatm ^yn 
nr rasa t**bia im« b"na- isns-o zaïca-i ,tzm733nb V'p 'wnso 
iahT](n)m '773*0 maa ibxa mm Ta* miia iampn mua '«an ^n^aob 
t^b73 tpnxei ,rw73 rina T -m toh ""oa ino:i ï-ibaa ya*b T 33 ?' 3 
Sip ^?3ïïm /"«tido ^aiian ibTW» t**ina a"a Tb* \in:m ,iai 
■cnb aiiab ïhxti "O ,taTna m*naiï5 t^s"D a"N-iD3 aaa>b r-iarn-i ia\so 
^b*»b pi aaa»b bna^ irai ,ia"na» ina itjvi "jpT w>n t^irf ^a ^"«b 
im na'^ob à ji?a7aa "jn mbvon Sa ib ■•n^a» '-"Ta^rî irawai .va^OTab 
/■'pbtfb ivj 17a© Nip n«5N i^anaTa ^a'Ta ^b tiNnn / ">7a^n )hmi .nan baa 
T>m ;sm y73ï5 ia î-r^n «b iuîn aiun ba ni< apb t«<i- larm 
■jn^bn nia ©\sb anpb \nbab nnb^n tt« iiTa^^ ^Tai /.^aisa 'nm ia 
aao iwS^au: *?-pnnm r-rbana tbi ^a naa© nn« ïiam ,n»30n ib 
^"na Y'aan "jiNan niaD rn^ab tabpîa ^a>b oaa^i ,t|ninn mTa^ ba 
rp^ ' — i"-ini?a ann ?fn xi- i:a i^;a pn Tn^aa ï-nn «b psain naai 
lanp dm / taan^a' , >-i7a ûnTin.NT i"na ïtst' n'nma an- n"n i"aNn "jnm 
m ûyi2 vin nbanai ^aia^Tan ba7a ib mnuî T»n nmn» onm-iNa im« 
a»T^ Nim ibuj mnb nnan7an ba m« Tnina 'n taaa'DT ^npo 
"-11255* mai ï-i;naT .Ma^ston ûa» na^T taaai ^:an iïî ^"^73 ba:^ pai"i72 
aba mm nbto ïiK»a naa-i^an ûa> 7j"orî n« n*mno ':aN ûa'ci ,ûarob n"n 
^b*t nr»« rrwsnn û^dt ,ib U7a^7a M^n nwxya »"om T»aab 'Tnaa '^ar 
"^na^ ban ,m7abia» Ninab bia^ ïtotd ^aan imbws-a n-ia\sn «in© 'tjNT 
MTaa 'na nba s^" , joawX n^aa noano ï~t7û Da7a>î ^^dtd *T\y72'<D ib« 
r^7abi '•aab73 nna?: s-rab TTibwDi ,31 117373 ya^pi na^^ap rr-:DT 
-i73wNi ©nai ,5-173 v nxp "«b ttî^ aaa*o m^np ?-it\s ■»? ï-r k si73 irwX 
^iDib mbiD'i n^a fflia '73N1 ,VP' nnnTa Na'" l 73p K3f «b taabna'73 , c 

1 D^IDID naD73, c. 21 (éd. Millier, xliii, et 303, note il . 
i Baba Batra, 109 b. 
;i Keloubot, 69a-b. 
* Houllin, Mb. 



LA LITTK DE NÂFTAÛ COHEN CONTRE HAYYOUN 275 

^mx iaba ï-nmai ,©aa '"\na rrpnnbi piabn* Piaa,b 5|»i ,t-nabia» 
im aai© pi©a>b r>*b© ï-ia'wbn "aaa ^"aa a»a©a© *]« /"nan ir^rpa 
iniayi «b© ^naibi mab w»j» nna ïit maa?ai ,î^ab3>a mai t|x b"na 
ba s-r©aH TKi /na*»* naanm Asb isnaa spm /-a"na nai ca*i© 
iba> nar Tai ,rn"ia^ap riaa îb© t^ra&aN n"<aa 'na p?aNai ■ppibna'B 
^b ï-pït© \nanN ^srn ,îmHi ï-r»a© rnwis ^a isrrô ï-rjwp mn 
i^in© *pa ^p©anï"n aaan ©*«« ïth© ib© nsio ^-in» \nnbuîi vb* 
^"p^b&toa 'inan©aa &m©i awtt ©\sn bu: THDiai ■l'fpabn }a 'a 
ib© naia- ph mn^pn 'p vnpm /na©na ba>i -wn nnbj> n;a 
• "bpia "ppa ipaam ' ana S© mna ppd nna ^n '^nsa r-roai 
va nppa ia*ba B*r»afittb \nbia"> r<b tzaaa&tfi ,pa«?i voma© i^^y 
■^dYWK *ba»ai aansa ^bart ba Nana \n^n ^a ,ma ^paaar: bia'v? 
rrn Nin ûa wia irr»aa Y'a« Tiaa i-rrt ibai ,TNaa \n« tsa^a ^b© 
cvn ïn^n nd p aaaa* 'iai «m^» y*ir\ "pa-i piaaat 'n psap &«pa 
,aia an S? 'aab 13^2? ba mpob * î-rpno î-ipti '•nb'îi V 331 /irnaa 
ba baai ,p^an aaa 'n bab p^bna rnnïi pipbn ^na©a b"an ©-wm 
,jonaanba 'mp© fianspa ptn©n ïrrnïsi rrb*»axa T"n^a Piana '->aaTn 
a''n«i /Niina 1 ! \nb^© la» vrman ba ta© Nbai ,riTa naa snn ^pai 
riT\sa wp t^bi /n©n bir« an "paa 2P©m *** w ï"nb D©a mf 
aa©"in ne* nnîP3m ,bba *aaa pi©i n^aa ^ba a"«"is53 k^i ^din 
y->73pa a© Prn ^bi .'-a-na ^a^b ^b i«"irt© Tvii^japa '« ■»T»b r-rsa© 
■Qra r-T?aaa '"»ai©5a '^-n^as N"a rra»a©n û^© t^bn a© m© ab Ninn 
rnab -«a^ia 't cari 'm^n© '7a,xi ,Sna vi psa na^nm 'viâjt 
Ti^ia Tbbnhi rnbina m^m» "i 'ipa inin iaipa p-i /^bnao ^a^aa» 
/3 n©-p s-iiD"» n©s baai ,n«mt3H a© BpTat in inn HTvn» 'nn© 
s^b nb-»n ^n ^-« ba© maarn qai* 1 ">"iîi?a n"n p Vmb '« ^->?ap "jpa© 
Ymn n^a S"3- ©\nh tnfipaiib 'w 'n nnsi ^bin tar© ib yiwN-» 
^tnVtt na^w ba ^jm ^y«iija inanoa nni< nanrj Sba ,yi ^aa>a 
a"«-in'n ay?aa t^raab -i7a^a> pTnrp i©^^ r<b n©« "«©yTa ï-r©^ ^"T3»b©i 
'•'-lanm ©7273 ia '^a^ttKîa© Pipa pips s-naan ,T'3»ipa»pa ma^an ba 
"n^aT nrn© it b^ n©a>a© na»n 'N ï-rbira i^n pn aipab?a 'W* 
^ h©a>© aoms7aa y'^aanaa n\-r© snb©aam bnan mo^s pn 
ï-inan ba p^Tnrp ©ma rn^a ib S-î-m ,p"ib«b aa^aa ï*4iaab i^aata? 
nnaa t*«bi nain a*pp©a a"ni<i ,y"vr> rnaïa^a ib© 8 manrj bai 
pvnan rnx ma»aïib n©a> ,n©K '^a»nrr ^Pibianp irinnî ^a *-iana 
•a«i wix na^-inm /vnnyn i^rr i"«©ra© ©ia «bn ï-mn ^a 12 
6 rib^ann rnnonai an pT rrt '^nann ibaapai v©a>a ba» annpa© 
vid© isa banabi c^aab a© pim'm N"^n «b ©\nh ïit Niaa a"n^T 

1 Cant. r., l'o 2o «. 

2 Allusion à Berachot, 28 a. 

3 Kiddousch/n, 76 *. 
f Megilla, 31 6. 

5 Allusion à Berachot, 63 />. 
K i4*9</4 ^»w, 10«-11 *. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

riras} ,iifin» ï^pn nb cno s-nan bhpb '«en /mp^ ibtu mpbn 
•37373 ©"nui ^\xn ma p-ionp xo** ln v^^"i *m &nrj î-»nEïi 
^tn nrro r-ia>ai /iso ^ ib ï-na*a "p^a r^sb^T '••a'inpn '•'".ai l-Tf^a 
taa-b mars ^npan m»bn ^Ta'an v^ ra-nm *-irç« -<a3 fcanb ma"» 
mai ^ai 13 ^pb» mm /maa Mibai ©vip "3\x t^nn ©toïi i"TO 
t]Ni /-ma rmb-p mï-sp&i rnnab mn ©*àin s-st ï-iam .tan P73N 
*p ,-îN73 "TN7a "ia '■'a*»»»» s-jp* ,i-ï3va&ria m ïaifcan s^bia '**U35«ï3 
ris ^p-Jn "j^ab vs-Kaia qmnn mia^ai >taatDE p73N *ia:N *b i-isa 
— pana "n^Ni .«"Wi ma naja n'imam r-na^aan ba73 rm-i-nra 
fnpvsn ba t-n»a»b bava -ra^y "îacnm aanbrip ^-n i w &a r-oaa 
vto mai ,nbna?a ï-ïpk i-nDJO vran t<b ba» ,yp "psb tabirao 
Mbo ncp "nnsaaa csn î-ma pTinnb l ^n va jsa nnaan bai-ia 
^bin vp\-n ,y"ïin "*mabpa ssirs ^a mana nm tavab ïiaanb 
'.—i73 inaaiTîi Y nïn /vin tw»i rmb'ianp ba ma mbaai b^an 
,taa ïPnna ma wr «an ,eata air; aa r- i^m ,1"»b^a p"pa 'h 1 ? 
t*-»b ^aaKi /on nx oïDib ta© rmma ansab Kpb->a «bina mpan 
">b ina paian a"3-an '« d^d pn 00 vmn "«^a"» ba vitwi Nbi ,î« ■wp 
ara mn Nb ^a .ûïî tittî w ba Trrwi «b aitm nb vnTnrj «an 'ibia 
t^sinb "Ha *Psipa»a mba» «ab ïn wia mm ,a:>a misa a"anaa 
■prnbianm vwn pn aansa \mmi TWn pn aanabi Tiaaon ".:737a 
maa. î-it rmna 'ab ipbna ^an ixba î-rb^pn ^a vwri i^np'an 
nain ^sba '->^7ai 8 nnb t^în^3 «T»pcrrai '"«aznanTa '^am [ï^33 stïti] 
•joaND» ï-i^n ^^Nn nr aaa-aa ,nb»a '^-caNa i^pn asîaa painnb 
'■»3>72ï3a '""nain bipi nnmaw taipTai irvr^i nnvi aœ 't^ ^a rr«aa 
1d "nasab ^rerrn pbb ï-tji: misa ta'a \-^n ^a^T ,T»a srnabttb 
ûnp7ja ana "nTay b« 1173» naai ,nrvn 'H bbnn^i rtb->bn T^b mn« 
rinyï , 6 Kai n73T< "in ias:p 'm« 'i^^nnb !-r^pau5 T>n»Ni *riaaa 
rraji ne» h^an i73>' ^ ,ri73nn nnat^rnab ï^t- ©■'«n t*<3'a ' babana 
r*«bi TïïY'jn «b r<ba-i t^man^n» 'par: '73N73n nabji nabb r,>3T 
ïiT73 mai nT73 *-na '■'•ain^D 'a nçjffl mann mai ,na n^ tp»wd 
fjanttb i^n xb ibu: mban ^a^ bai ,n^ri"»fin t^b a"a -nan ht 
■•nna t<b aabi;'73i .pian- t|ia "■nnna Ta^sa ^sn !"ïr« pi /:v 
\Nnpa ï-inri .mon riT bri t^ba^ t^matt^n» 'an mt ba* visson 
h?^: TnwinE inbr73 n»a aain "«b nbiauj ppa , n-73 pnnbn 'ai 'a 
aao bnbn b^ 'vnp '^ainb73- ba t-*b»b ït^m ■'"ïa'a ^\sn ipiw\ 
^av m^Ta na»m /Pit naia -^praaa'a ^OwSi hTWtt viaitt Sinan 
^-narj pp ba» iDPa 7 na« tan-a «">»n n- rra^ '^"i-> n-iîa73 npv 

« 7*., 19*. 

* Baba Kamma, 113 ^7. 
3 Guittin, 13 a. 

* SaMaf, 32 a. 
5 Sabbat, 32 a. 

c I Sam., xxvi, 10. 
7 Zfp. r., ch. 137 m. 



LA LUTTE DE NAFTALl COHEN CONTRE IIAYYOUN 277 

"-aano" 1 tmsiDn baa aima rnbwb iianin JHiashn -vy smi 'nai 
Sai ï-tn-p bnn tasn«)b "nsan S^ maïib t-o^si n^n m^D 
■pwa mai ynnb ^\\n ï-it "nnrn *o t|an ,û33"in73 inwbb -n'ôôn / N"£7o*' 
p by ; ï-ii:-p ab -xin b-iaa nsfcfc banp"< b*b '5© ■îWBai t-rnsian 
yavn .nr:;: n?û i-na yf»3 mwm !-T73an!-i inb^n "-ind a ri ta:* 
h^fra pbn "»b "parcs bêrnû"" *<:a irnx "laii 'm 15ï bîttnniD TiNa 
)12 i-tfx 3*1-17:1 ( N*r!r; irnïi pk p">m73 ■*:** fcab'Wi în73 "O ,ï-ïtïi 
Sia-* "*d^w\ '"nain rnbnnna "Tiana -iwwa •mafim «nwbi -isri 
,nsta riii^n barri /nspb "njcac ta-ipTûn t hs i»«bi iiy 'yn&fù 
ï-ra /iatab mata *pa ,-iasn rwEr t«b« ûTrt anp*n ,naMstt ■"aazbrr" 
onr -"ittîNa Wûri '••tt-fl ba m w p*i ">3P*in73") *i272Na "lains H-TTO 
•■pab rra r-irnoT-a maiam /ji-ôri "brisa 'ann nattai "narj *<3e73 
: V'-jï to rr-iK "i"->mM abs^r* "ttanr; "paNfi n"n limn^ "lann n« 



II 



[13 septembre 1713] f. 13a. 

r-om -"pb^n baipferi toonnattri -prttïî, 'nsa 'par: q-ia-a ppa'rj 

,Y'-ia bvwrj pan -"bnaa n''"nîTtà 
"nt /mars 'n ttripb ,*-<"j>"< to""na"U73N p"pb ,aron *>aa bana 
Hwrj \\&xn ^mn» ■"aina s-j"r: /ma iTaiwN iba "ibana /rata aica 
naa '■»pb**n »■"« bnw baip-on n"-n "-"aNn jbttwa taonu^n 
,Y'Nboana b"m b";n p"p*i »"-n """a» Y'na tOTri ""aas -Y'-irrpa 
,H*vTrn ïtpt ">*\-i yn«b Toron ^msrai nTax *ias irnraa" 
ba-ip73n aai"iS7ûn "paan ■•pmrM ""avra ima &nïi ,rrr&«3rj r-**"Hbp&oK 
'■Haè» i7a"i5 iiaa /pxnrt "lieras ■""a* -"3 ,73"-n n"a»n /^pb.sn iB*» bn^n 
'•nnb Tibia'" t>*b n:rr ^ïiari '-nsa T"» 1 " i"na «i^n *»as "n"-irn73 
\-iujn"i X* 1 ^na p"pa n»» û3?nrï n73n72 niât bma73 ria "73* •h*" 
■^ra bs» 'iss ba b? I .rrr , ab pn tan'ia sjn n^rrttî ••^aai ^"n n-oa-ir: 
npp^toci ^733» ^a *»ab rfnar d^t /-ann ■•niï'nya ba -j^a '"»3*in imiaïi 
ta^o iiaaa 3*iasb e^bû issin br naT 'ihab 2 tombât ^a ita 
■n^N ^a-iïi ^niaiva ^"> nnn naa ^bcaroh r-ip^n nc^a s-ib^bn 
rxbT yatpn ira •r ■•iN-in» !-pn -i"i)N a^nn h« ^p^at ■"■nroTina 
12:0 -iTiîN '"*3*i3"D maa ^x^na rn^ t-n*" in Spo^ bipa ^a ^ na yan 

■>3l72 ta ipT! ffina ï— 1^3**0 ^03*M1 IttlS lYTI 118 N ^T "I5n3 173a) t331"ûb 

Y'^wsn bman 1i^n73 pP3*r;- ^pn^nai ,ixma by Cpmabn na^ "*»is« 
ntsab bsi© 1 ' ^a ?■? nsab '"•pbfcïb r>i:p tun !i"anrj373 y"?* 73"m 
^"îanbi /,, : , cj73 n^ira *>îp*j nT?nb 3 "jr^îa ">*b"i Nnn; N-iaa ""sna "**i"' 
Nna; \\- b3* p-ip , -73 a*a) ï-itttoo ao t<P73 , vaT ^T-îa-i aann Nan r>nn3 

1 Amop, v, 9. 

2 Mequilla, 28 b. 

3 Aboda Zara, 2(5 rt 4 



27S REVUE DES ETUDES JUIVES 

jssVn 113'^ "pNi tabvtt )n wab '*»onp ^soa -imb hiûo S*i 
S»i nïiN-iE b« ^aîia wsa -im s-ira ^nbttaa D3^n dsn / ï-td" m itd 
^mr »bi 'Mansa waioa "»no&« vr^ ï-iN-iwbi /inmp i-raia 
■nnroi *^b wn t33?3N ,mafhm '"«anttxip î^b?3 t^nrua iab ^pasab 
^nsion n ;sa "»m:ofcn ^"anea t»» Tiaro ""ara ittik ^a , 3 vn *3a 
1?3 't^ ï^irru: w^a viiaarei itsn (b":n b^ban ©"wi) b^a ït»ïto 
ns-i r**bi rn«ïi *b TOttb ""iBisr: b* Ta vnïyi Xp^ibsDaia "nsnsîn 
ipnb *ra rrrt fr**b d37JN # nK*nn i»n iaa mrû^ba tas^a î-nm 
matt» rtfiobs nn;n ^«rth ianaa nnb*M 'nKDb ^rana ntDNa mwDîi 
Y'-n i-pb^at* i-flab» "-f-iina 'mBon p'^ a""n ^"aa ann by tr*a 
anesb ,mi: TûN.tsn^s rwifta i"ai i-rra? ^laiyb 'wom -nra Y'ai 
mrn^ 'on Saa ■natmi iarbi ,ma «b nïïN i-nbxsmn 'na 
■n» /©•nptt "imîM "nai an taba pn i-Tjnwa ia "im^7û sbi crBisaai 
ibffi ï-r^caïi ba mbnb r-n^aiï) ^ara pntKbi nwi ^ara *wb 
"wb riaa narine Nn jt t<b jatti ,umpr: ^-irrita bYia ïb^a 
■pttb*b i^nentt Nb^i s;ivî a"na an t^mswrta 'mcp nbn ir^Ta 
rtb^Bsa ^bïiaïi nt wb na in; w f ^ttp nbn a"a tan ^"m n'^rn 
n«5N ITi fr<b nrnna ta^nnb '"man '•nD3«îi *y*9 npsb bTOb» *~inb 
Kb niBN i»nbttb tbrs 'on r%npi ^a ^an na^ab w^ab t^rfQ «b 
nbibri nr?û n^saatînb bar "iien nibpm n-^aran mhw ïiaa /isa? "»saa 
Y'ai b"jn dannb ïrn ab ^ai '"nain ^aa ansb ya?35!n 1» ^n^N 
^rte^œb yin î^it^ ï-i-j^i rm^iu baa -hïsn ^b« nbu:;n pn^nn 
Mtïrînb w nujaT^an aan^nb ta^T f, »BTTin ^snn r<b^ ^« ^bai 
*T»ttan7a ï^bn ^spi3>a r^b .aa^nnbi '^nann ib« Sa Sy 
'"•arrorji '"•aatBStairî '^aibïi jqx "»wam ,*no?3a bab rrc nto t^ibn 
ï-iti ï— ï7aa n;a^ ï-it /"lattîôr rin^ aaab pbm mnb*i 'ai 'a dxnpa 
riaa rira nbujaD naa ^,^jn Y'n taNnttî^ ^pbwNa n-isa^ caban p^ 
k-!in"»a3»n ba r, »riav« aa^N ^a '^buîas ^"n^i .caiN ^sa ma» 
»b ri;n ^y w» smpbNn "no 'psr; 'on r-rta p&y pbim nnina^a 
litn t^ibi i^^n nia '•vonbcnain '*»an T*nc pn .i^nyac r<bi -i^nr"!" 1 
rm?ûb r^mmab iau5 n;nuî5 rin^T /»isb tam '-«aîa '^ana t-nbab 
y riir^n3i riba nmtoyb (^bai ismawïTttî ta^a i&mpb '^nb «bi 
t**b« o^ia ^n abab»n by Nb i— rsm /iïi drrpbN ib^B pinn i^ia 
t^bî< iphtt N*biD ^t t<b /^a* Ti^n "iuîn b"3n Vart 5 nana^arr bj> 
^nriws ^bib b«iTD*» baa Usanab ©nsN ûina u-nnb mati n^n r|N 
^ittîN 6, ernBttïi ia tainorî "nabb na"3 tannai u:n-i72T iban^i ba-rr 
inra i^ dni .rib^bn ^ita iprm p^rnb nan^^J pao rnujn n^n 

1 Baba Batra, Mb. 
» SaMaf, 110*. 

3 Baba Mecia, 83 b. 

4 Nombres Babba, xx, 10. 

5 Berachot, 39 «. 
G Zebahim, 53 a. 



LA LUTTE DE NAFTÀL1 COHEN CONTRE IIAYYOUX 279 

'nai "parn ^ T3 VtifiwaŒ "j-pa ,ï-3iinn ba b* aïs ma? 1 * a» ejn 'rôw 
rWst-in" nnmni ivi t^^n caita ib ipai Mœ'np ï-nb? ^270 t^-in 
i-iba rmm ba *wp»i nTOa pnaï r^into ^73 nias «nn l^anai ,Y'n 
.î-pn ,a"n*b pbn ib •pa k-na*'» nr aaab £22 icn i 1 *»»» ira cas 
,puj nan rmn f-inn ,na£ rprn \n7o ia> s pbN '- ^nmnji ^jnsap 
/ti©* 1 'nn i5M>b snnb ">r»o "in by îmbsna "nï it< ni maaran 
ns 'wn ~aa "ipiaza laiN pira nwb is^n -pin snn ï-jt ^ai 
bbp ©"«an nw caasîa ^tk ibaia abi^a Snana ^n^ snzm ,a w na?b 
nan cancan Sen©" 1 sirn '^pbNi /jaai *»abîa fran rpbin '"»3btt 
■rnpbn Sbipn 117.2a nbbp ©ab^ aon rnnan ,maib srpn "ppba 'n 
ï-rani ,ni73 i:.aa ma ana^ Sn "ipïTfc caan 'mn 'de n?a^ yiaa 
canri ib.M© ma n,N ,V2no cannai "inné© ma b"an '^ann 
'pa rnt pa© Marnai na©b ^©nvr "pa na©3D3 Y»b* mbsanna 
rnan©n ©^ •pib cas /iai ca"a7ann a"&7aa a"© mina '^2 rrba» 
•p» Caatte* ,aa"a7nn nanb Npii a"© mina '^aa nba?: 'pa m© 
mina ' % -as nbs73 'pa »b© cannaia n^m ib *a nb« bab '^anaz 
rpob i-pb bia^ •«aia 'iai i"©n ^an ©1373 '***© '^©a© "tarai a"© 
caa* ib© his^ nan ynnb rrrb ûinnan ■*» cannai fcpobi canrn 
ïrrb^bn "m©n k-njnb «b caa* ipTmrj ■»» San©* 1 ba prmn t^nn 
ib© rivpbNn non y"cn nai7ai< i^i^ caaaba '"«p^Tn» an caa© 
ca^T .yip 1^ z- 3 V Sn ^n» 'nnaa m^nb ia^a 'm©n ûnvnb om 
,-ip^ya iaia bbaw n^ t^b cannai •vob 'iai '^aa nb^7a bba7: t<at-« 
,a"n^b pbn ib i^n p caa© Dimp^x bbatt r<^ e^b '^d ba bm 
S3> ^ai ,rr^a nnanw caba Dimp^SN np\si '72^a a!»«m inan bai 
"»abtt) , n^ nwbnan naa nnbna -121a s^in »bn nit" 1 t^in laba ^"on 
ncujwsn ba> inoba maau: n;a7ab b'^72 c:"7d ' nabiïî mnbna ©msTa -i©n 
3 nai ^nnT: a"a r^im « "prrantt ^wsn by ^biain^n rniXN b"îi /ian 
1i©nnn^ /iai -npia ^na^ rraiabNn '7ûwN an /wiai-p rrra» t^inu: 
s^"ia pnan^ 'im na cauj ^73 i^bN 'n 'en*h «"ia ,ippnn^ pnsn^ 
^y mnann ,^12-0125 "jppnn^ 'nan '^iba '^abfifla iana« mam 
Tiai l-n&oa ^nnaa p"«ii^nc 'nai pn^ ,cabiy ba np'ns pnat 
t<bx -lap». inw^nToa î^ina maa .a'^aa ïïin ^ax '721b n«an?a© nr 
a"n^b pbn ib p« nn^an "pbpa iaan7an ^ov 'n '7aN .riTanTaa 
'■jat-j ai n73 mnna a\na n7a # «"a t*<b '^bnyn n naaa iaan73n 
'^p'bM naa i-ib 'i 't^wN ^aanta ai riToa ib ^n^ bs i,\Nn^b nass iiûn 
s^iaa^7j iai npn '^pb« naai Cabn^n t^iaa t^b© ir iai inan 
uni .cau: aman ba na '^p^ \snai «maa* \xm '*»Da uj"a>i ^cabn^n 
n« >"; '-«7Dan nai ba by pbin '■noawîan i"»avria >Ji7a7a ipî \xn 
>ibuî bai caa rrawa '^n^an^i ^n^a^ab b^a© t^r^i s^a© 'mn 

1 flaf/uif/a, 16 n. 

2 i.Hag., Il, 77 r. 

3 /ie;\ Rabba, 1 . 

4 Berachof, 10 a. 



•_>S0 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^y an r**btt bao ma iroan niai ,'iai îb ^inn iaip "nais b* on 
'as* 1 Tmavnii rmaïwa tasi ,à"n*?i "ja ïtît vnan *sb iaip lias 
yicpUD itis *p p^ona sb ss^sai ibsa ïa'ons 'nranan Nïï^nïï 
iss '"»pibTi b?i ,!"T»b y»bs isai ;j>£nn inisona ^aib^n -«ro nna 
an na ^na isbi ibsa nra* pi^pi *** tmb ym ^ib" 1 ' 3 '■nyassa 
npaaa nasa nos '*b , wnJi ■wa'nzHS) r^*nïTC3 ncasi iny aamn "na» 
nsi / tvi , w^ i5*«n to^a taarabai aaanaa "pita r*^as ba t>nasn 
^a-b ^ana '■•pbina sa^oi «sm t-iv»nb maia irs ipnp*r "»ob 
tabirb sa s*ô ibs ba c**bn ,fr*4mj<"nab ï-rn f-tnvbyab ï-tt /i»rra 
4:;' rnsprra ina ipYipT b* 'aïs ^si ,mmna t^nna snna taba 
fca"»"p«i ,ibsa iTffib vby bais 'ps fe-nsarm irab r^i-;a -nn-i frrb 
ptabrj ï-na '^oin^a ^ra ï-raa c ^a oimp^asb a;\an\a na yr 
'•wci ,f»npaai nabnaia r-naipb rsaaa tabiyb ma sb ibsa 
rrasna fcanpaa S-nfitoa rnawrci TCTrai mnaa ***bo ib na 2 r«c« 
ib na »i-ias tarai ,*ina?a ts nb aitaia tpa tara nb nara mbi 
■■pn aaanb ï-iaoan b? nwa naaia na^ïri /ras ba> in^bia ^aïinia 
pa*a ïns mn ibi sba K*bo psi ^btttt i-nazia naai cpin 
'as nos sirs mmb taba ns amann irpw'biD r-ra mn /p©Hnri 
mm baai bas:-; raa aia laiiaba inaana s-i"a? *pm ïiabia rb* 
aona fcabia>n Tnsb maria t|«i ,vte*Tti iba mbia, pn m^bra !-rvw 
mmi mb aia V 3 rnanb yi^ ^4b pi^ia iva .rabirb sa r<b ib«a 
nia« itm» t^p '■•jfon ■»;?» nbnai ^"an r-nab^ao !-t3>m:n !-nan 
ibuî rni:73nnn'>a ib ^inn '"»rr»5na S\a r^in^a i-ti rmz yiii r-iT 
rryinsn mars t^n iT-a cjn ,cabi3»b sa >*b ibsa a^n: nv-b rr^n 
aia ^a ï-tt taa f-iisanib :ara t^in banaan ï-:t naa incbcao 
'iai an t*<r'j ^rai bo V f «i i''^ 1 "^"^ ^^ tasttîa ^aan iaaa 
im tabvb ^a j^îb ibsa t><in ï-tt cas ^p S^bis^ ra^a 
i"wSit 'aïs ^:s niri ^y^ani sammsya yspbi aJrr«3«b t^t^-n^a 
'?2ib wp t^ï5"«nsi ,ia wN^i^ai t^s^ian -^r: by ^nab t*o r^paian 
f<ttJ"na nnj< '^a oisb is^n i:ip liaa ^-ar on t^btî ^a Sai 
'n7::a "va"7:a an irs 'p3 lùioa ^ab 'jn b"att ai^ip^awxn '^aa '-"n^nai 
^iaa ■»abcTT»n '^aa is 'iai marjsn bj> piaba rraaa ^bab boa 
"■p-is psi ,îa:bi3?b sa t^b ibsa ib n: ^s^nai ^an ^nna- ••pbs 
^f-iib^na biibaai t*<:7:ai t^a insai ^Ta vw ba ^sb *p"urib 
'n nsap s$bn i:^br asvai no ^a'o ^'a 'asb inmm 'n ^aniwNa 
bra ^:s\a taaïîa ,1-173x0 ^aa ri7:s.n ibap*n m:^T ncrn misas 
tus pib ans ^:a ^a ib\aai r*ib« :i rrawa a:anb ^s nnai*û nmpn 
aan^.m onnaa ^as rnnn ^naaan ^nna nn^ay navb r*»aaa 

1 j. Sanhtdr., X, 28 c. 

3 Eroubin, 13 ô. 

3 ' Zec. ?•., 35 ; j. Bcrachot, 1,3 b. 

* Allusion a Ketoubot, \\\a. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE 1IAYYUUN 281 

^3fi "San /waa xnaa lain àwn inani ^na bônta^i 's — r?2 '-wpa 
visa sa y utni im« nv»nb naa ^aiïiTiâ fcama ar 'laanb pnTa 
s-rbian bip banrr riitanp ba?: ©iBl?ai biauai rriia'rai tsimtt 
niso n?a rrai iiaatta H?* ainmi rra/von Sap-» îJMtja "nttj» n* 
-tas ^iœn riso n>a hn iaaà B|b«bi laûMa'i bai ik-p baa wb© *pa 
û.si ,nebi» Tn "pata anptta i»i«»m a'sariftn ûiptta taattrûbi na7û 
ib ya dni ,awln *pn ban Bjuiabi nmsa ibbœ ba na y'apb *mîaà 
via i^ .«bvn'b jaia^n tsaa» ',fitnb» waioiab ann-i îb ■pal* airri 
s^iiT7aD '^bs 'Eaa ^"ain '«Nioai aia lan î-ira ia nl:?:: ■ niai \si 
©ron lux) ^-niKa aaipni naia nr:j- a"r «t^nnTn s^nn Ma 
vnyn ^tDrroa.ïTn xm iœ«a (inaa tarai naotti raa *-rmi ia« 
.pii: iab ba iaa inmn ba T»ronb ibaa wu 2 'visai inoai 
nibatrnn *»ana ba riN Époab nnïjtb n"ai 'msbl Y'as» Tvapai 
xii ^iDi2i ,111 nnn w* ^-hûn tes i*ba K^inb toi 'nanai 
bilan tain bna ara pipnb t-imb vi» t-ima a? ia« n"> ta** 
taanbi «£ , ?r xartti ia&* aip72 baa tabiarn \i2 n*ab 'al br ï-iïïi 
ixb ta^i ,xinn taip^a tau: taiapb Bttiptt i:p iœk nifctt r-naa 
Hck yi7:a N"a 'vain }a xb '»ix ^n Ittbfcn ban I73ibn bj 
in wban na« bna- tainn r-tn^a 'nabi tabai ,ttn lasin 
i»a fcaim ^ma ba ï-iaann Nnn K*bi ya^p^ pi ,Snîn 'oa nabi 
,am aann *a iaaa>rn aa>m laatpan ypv taanb 'wsn ni: i-tn 
Cann^w t<nn '-«bai^n mrr^T tanaa iy tsai»b aainuî"" iNb tawvai 
H:ai # tamï2aw? br tamav ^-m # tannap N-n n^n Hnap.i 
la ^z-p ^îniTon ^:n ^:.s ,aia mana vby Nan '^an na^ 'iipnrt 
ni) ">"as barrai ^na^ ^"i 'i 1^ *ttî ï-iwSjp on^ai !-p^it:q ^sap 
laaba nnnm naybi c»i inna aiuî taaa t5^ "jd 3 'ob ^''b •«"mi 
y^-< syan ^3npi ib nbo *îi riaN"« r**b 'iai n r-t\-^ 'nbô 'tt«b 
ami "jb'sâ tan^bi bi?aan r»a '■'p'»ix iiTia^ pns ïmaip s— ra7a?a*Tin 
r-iianan .pan rrnoa n"->ai bna ^nr^a niai ns?a iiian ,p"sb 
absitti x*?ai7ji "«aain ^"vmfi "amrna i:nn tn.\ % ^iab nn ininoa 

: i"i: an Nin 1 iinitta i"^ ^"a îinna 



III 



[18 octobre 1713] f. 79 b 

«aib masi« bab xn "»as ip"sb Y'a>n n^n n"a i 'r s^oasna 
,rtisjn n?na .m^in r-rnpi 'a mipa imtb pnn v^^ fîiasbn?: 
maiiâ> iûDnsnn iman bnai ain *ynvto ^mns niin.x in^s tsin 



1 Haa'iiga, 4 i. 

2 Abat, iv, 4. 

9 = bib». 



28-2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bbiîiE l»tt> liaa ,bbian aan «bsittl abaitth ^pb&tti baipaïi aœiaïi 

: ' Bfbaai i"i3 ©ivi *iax n'hïii» 
inby?3 nas a ma n^aian nnjN w»3fi ïinri ,TwS?2 îana» "wan nsn 
^nvj /j"im f<"nn ^paa* nalai ,rviaiDi 73"nn ^annn ia» innntDKi 
,»r-po»b ■paana •psi nsma ba> t^miiabi im isïn laixnpn usna 
Tw\s mabas ia !-nûia» *rv«n aaip?ja '">bffliïa na^n ma mn ib*w 
'■HMib ï-td tpoKb ^niftai ^"wn risp ia> y-usn ï— r^p^û mn ab 
■>3mn» ïroa» ircaa 'pasi "n&na tsreiaaa b*»na fea» , nnnb s «3fc»3ri 
irD'HBi »"-ii i"as i"i3 Sôrnaa mnn^a von- caoTioan ïiasn 
roircbp^ p w ptB ca-^a ir« amatta dans ,3"ii&TBbp'>3 p"pn tfrmrwn 
">-pa?ai vin*» '^TAinrin San /nais btai "»7Aan bia inbnna ts r<ir: 
r^b ,tatt3ii raia» ^na tamœarça n©8 ^baipTa '">T*on ^cin ïtmo 
,nï b« ht aip *«*b r&n nn ï-ïô» ï-jt 'itapibw '^«3« m ^173? p 
13 îiw ^a ,ï-7b^bn nab srrna pi ,abia>b J i-ï»a id-w ï-its Dirai 
rroa" Kb \snai 'iai 'ramn m t<b tablais ■nDaai /ijib •'aiÇ'P 
nd^ni bba?a '^notn '.^anan ba ^ryn wid* itint b=N jtswm 
pT Damsttr: fi^an ain nnirra Tb vinbioi ,Diaiai 'naa 'mina 
'thaïe "^"11 "»53"irt T>bc* EpNb ransa vnnn ,nrra aiavn 
aaip?a '^pbwxb mbna Ta» hw ^a ,toïï 'waMaan '^absua *->imbi 
s*on isjn *nai ï**"aiba p"p s*rn '"naioi '^an inabn -ra» wiann 
mina "wriai ,Km^ia Traia ^na»ia baai ,pa7a * n*wiai siaïaa 
a^anai /ppb«b t^p?a p«3i ^^ P^sti taan o\x Kin ^a r-TU3r"» 
'■ht ^"^sanb v^3>"> mina pso ^nba "-ne» ^b» annan aa-^nn?:N 
.s-Djin 1-i^b ûnbtob |nN"iN "T^b jna'TOa t»tai ,aabim "je aa-iprb 
nuj^n nw\A^ 'î-i n«Dp rniaT ;; ,ib« 'vnp r-io:n p-, ^nra i"N ï-inri 
6 nnaba muwa iïïn ïitîinpn îmin man ,dt» b^ bbnnTa n»« naw 
ï-T73n V" nN2 ">^ N '■'«îiipn ^ma« man /-«ann î^nian^a tDT» b^ 
inxp "7^1 '■'ttiDn ï^iip?û ddiid7û aawuj .ncs yns n :iwxr, h .Ti^n ba:j 
aabir nains nna '^aanisE '^iw nn^onai nnna '■'abaiE y-^wNr: 
p \N3p pan i"in« p "vryba p ams ^^ Nnaia ba^ «b^a>b nbapa 
3>nn aaaiujba ibaja^ t^buï vn nbn rrm nusN '^ann mati /<wp 
/■^inN "na-n 'n riruî 'n S^sb '^aia» i^-n aa:i;^n i"cp2^ s^bi 
/»aeb ^wM ^nnin uïta maTi / mtD«'' -py taab pbn ni"»nb r^bi 
o\xn Isa ïnaibian •"'Einai ">aina t^^i^ ^:i< ,ibN v?ap rnottn marn 
'^113731 'iiiSTai '^73in-73 Inttnffl i^ira73i ^""> frn N"rn bs-^ban 
nbbpai aa'^a bbipwi tnbian b-p St<-i^ t-nonp ba>A ^biaiEi 
s^n Nb ^n^N Tiiwb pna bb"»pto tnbbpai ,in^i^ n» yv*\r^ bb^pia 
i"p i^p^Tn73i i^ij'a): p^na Kab îrien it ï-ibbp /^naaa 'n friTyb 

1 = aibffi ib n^JN bai. 

- Sanhvdrin, 20 tf. 
s Sanhédrin, vm, 7. 
4 Megitla, 3 £. 
: - Bcreschit R., 76. 
c Berachot, 31 6. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HÀYYOUN 283 

aann nama im» ip-rrn bantr^ Sai ,ittxa>a bbnan *<nniB vba 
r^ir /nmnK 'na pTinnbi /m n'anb rm^b t\$ ib imb t**bi biian 

nann iamia aiia** ^a ^ 'n nasna ana -itun baniz^ sa maso r^aïa 
Nïan iibn ^ana nmm y ynN ^aiaw nuîana naamaa i-ianian bap^i 
mn 'wï nn aairnn ^a 'ai« ^n vp^nai i^aa San ,"ppb«b 
nmiss mpn mm /»ap ma r-Kaa>aa anb anN*» B**btD iNmuji /maï 
Sann "nns na r^bn lab-n ,->ba>a iprni ^a Sia> ^a iN^a hr» 
t^naa ipT \ni 't>* ba ba* anav ^a /Taw *nnn» inani /îbawn 
,ï-r£nnai nba nma mab bnç^b annt ^ba-'a '*rr:n ,îTYwai mo pi 
rsj"a ,it riDiiî kw Nb fcana naa m\aN jvoab maa'nb "as nrjai 
ï-nim ,bnan iau: S^ aim £**ib nab n"apn on tstb ia-naa Sa> 
rnDVpfen r-nmiaN '^"bna ^ïïn nasa i;absnn pta "nan himn 
13N mtaa nia» .taïrava ">aan im ,aiu ani an avjb •-•naiati 
ia «b^ t^b-i nan -«3D73 »*« anr ntafio oia" 1 naib mim NmnŒ 
ibaa Sba imau^ bîo taaa^nab iy ^asm .mbib^a bipia ann 
^tx "<aomsan nan y"on ^my "n©* Tiba "*arb« ^ata '^arpn 
wi »N^a r<^a .lawa nn? * ft « bai N"aam tobcim pn lannn 
;tnnatn»n baa intcra© wa npm: pian y^nan ,iamab annan 
n^ a*nnnb ^tapaai naia '-'tspaa aa\s yr*m ,naban mi^a 
,Y'm naïa^a '^man nan an c^bn ,taaba «an aann ,tobia>n 
yamna y"vn ba> -rara iaim na«3 b^ba ûh^dm pas ^b "«5Y 1 nati 
r-iDian t=p^na an^m la'warwaiD ana ï-iaa ,aba s^roi .I^biw 
'^nan ib« '^itja rî\\n 'wsq ^n làb /^ptoaai '"panai y"iDn 
rtttï« ^-n p ^a nroa aaman tarrwj» ^ttjnaai ,mnan n« '^aai 
b^i ^ani mb^a pmn u:n"ipn mna taaann r aN fcbïrb* iu:wN naît 
^a V'n 2 -«jin^a ^nna« banan 'on t|ia ^naai ,nna nns b.N a-ipn 
«nanaio ^b^N mn m^ai ; 3 ns^-i^ isb^ no^a© m«ia yan wa ^n 
/ f ï-imapb ^an ^;a^ avj mai ia >ii:a^ ^bisa ^bio n^ipn hissa 
l^a *a É ^a iana^ 'oa nann a>mi mmnaTwN sriwNi im« i^smiai 
•pa 'ibu: nr*a^b ta» i"p ,ia^p^n yp\ai ©maa mmoani mian 
m-pDan riaabi ,iaipb 'ib\a in^b i"p .bi^n iauj ï-rnaa in©»b œ^ 
pNDina bam ian^ r^ t^c nab t^sinn ©^ni /lia^a '^an a^^nb 
.aa^pbN 'nb p ii»*n ^b ,aaau: n^ taan^aNi 6 ^aoa pb , ri u2naa yin 
pn U5T7 rnD^i ,intt)yri nî ina iaa taao ma\s nia u:^ aaa Nn 
'iai laaa-iujyaa lam^n *ô ^bi< /iai ^n^n ba^ nbjn ^ai / bwS^ba^ 
myabi na^bi taaia-iDa s^mn 'an n« qnnuab ymn caa'atin pbi 
,n^abi V7a«b bia^ tnmw ma\s ^a^a baa -iu3DNn baa tabia^n *ja 

1 Sanhédrin, 64 a. 
s Baba Mecia, ?9 a. 
3 Pesahim, 5i. 
* /Airf., 84 a. 

5 Bereschù B.,20. 

6 Deutér.,xn, 3-4. 

7 S»7ré, Deut , xn, 4. 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

casa»a sna-naa navr f<bi s-iann in 's-* «a rpb a^ara *na ^ai 
aaua oaaa tzn- is Mirin a^an ,Vianan larppVs ^aa aiha'n 
^sb yim "nba ,ï?aata> barbant i»a aanmai ,mn7aam mEnriH 
Sn-anïib s-ib« ba 'ma ^a» "Hiaab s^ba ,tabi*n rrm '»kb ^ 
■pa naa aiapn t*«abja ■y» nna> i -5«k t^in "panai ,nnannbi 
nam ,nsiann na nnaa .'naa *nîn arb nn^ ^aaai ,">ba» '"nna ma - ) 
wnpn "wriai ,nbn ba> mn taaa?: Tarnb rrayn maaat 'n nsap 
vu? wao" 1 Tian .Sapai ï-raap "Haa «laaibn y-ia -»aiKa s-JTaa ■•ma 
,maï tpb \ms pn bai ,'- nanb nnm niti bai ,yna w«a ba 
"pnm a^aab vana 'pàà aam i« '?autm ,iaan]an i« ^^lr^ , na 
ya *«m 'ibai a^aa ï-rtm /iTia Tn'na "a ,aapn^ai "mina i^:a 
maiipn marri inïaan bâta "«aamoTan babi 'ma amb ta^an 
mnan sn w a n"ai îa-BïO ïamfrà îaaaa îaina 2 :>"a masai '"-an a 
^nan ann nTai iann wîntt "»ainsb 'ibai fnan ^bnsj ik» 
iba nTan ima mania babi ima ^aa 'iba t=aa> 'b ta — i M -irn7a ^an 

: an *a*n 



IV 



[18 octobre 1713] f. 110*. 

/ lrnist*nwfrt bab ^in ^aat ,p"sb Y'yn "«non n"a 'i 'v ^baana 
'nana matin mnpi naa mnpa wa pmn jaa ,maa:rra aaib 
,taama7an pxan b'nan ann 13738» ^amna S"nn:a Nin matrn 
maa bbian taaan abaiàni e^bsian ^pbxn baip?an ,aaan nain* 
iinan /rawa lar.aa ■•aanan nan ,i"nâ an^n ">aat n"nn7a bbima i?aa 
ynn N'in ^pa? naïai y inba>73 n.xa an?a maah nnaa ^a^an 
,n^D»b l^aa^ia i^«i /wma b? yma^bn nan nas ^ai7anpn an: ama 
mmboa ia rraia> ^m^n / aaip7aa '^baia ï-iaTan ^-pd ï-r^n ib«i 
^i7ûib na tn'OKb %-inaNi /ynxn natp n^ yn^vn narpa mn «b na« 
■^amna n«j nasa ^laai -"i^na ï^oa^aa bma aa-'nn-b '«'«snan 
ma^n7ai a"m T'aN i"na b^naa ^"nn^a n^an.n taamann lixar? 
-bp^a p"pa ,taaaa ia^« a^nat7a t33)35« ,a"maabp-a p"pii V'^nnya 
■«n^aTa"! ^m^ '"«Tairinn bai '-naia ban '^aan ba nbina nv N^.n a"maa 
p ^b nain naia» \^ia an^a^a nas ^baipTa '■«n^an '"wnn rrana 
rra*ri mxaat 'n n»sap mat ,ib« 'v?ap 'n pn ^naa y k x nn^i .na ^lar 
nnaba maa*a na« nainpri ianmn niaii taa-i^ br bbnnw na.x n«T 
ba?a ï-iTan ynxa na.x '■'ampn vnax man /•'an.n la-maïua dt br 
ynw^n ï-ratp n^ '^Taan l-îatp?a aorna^: tuaa na» ynx ■'aisa ^natn 
nbapa abi^ maina mna '^amaa "«aiica niT»anai mira '■♦absia 

1 1 Rois, xii, 7. 

a = nn"n^ p. 



LA LUTTE DE NAFTAL1 COHEN CONTRE HAYYOUN 285 

p ifittp pan pm* p ^-iTsb» p onrD na> tspama baTa t^biyb 
ann toaiaba ibaai Mb» iaa iibP mm "-ubk 'ïami prati /\sap 
'rira* 'inam 'f< naa '£*<■ b«b '"naia» rmi ,t53i3TDa Tapa** «bi 
pasb nas "min ta3»5a msti .ifcaài nr* taab pbn Pi-fib r**bi 
a\sn 153 riDibon i73ipai ianna msti ia« nba s ri»p 'n maia 
'isnsiwi 'iii373i 'iwnniTa r»3na mn^oTai a"i )vn r-imn banban 
ïibbpai aaaa 'ibbipfti r-ibisn bnp banai r^np ban '"»biai73i 
nwb Na aô naa* nmab pna bbpq nbbpai imm pk a>aim bbpa 
vb« V'p r^pitrrai "nuo» pma c^nb iian it nbbp /imaaa 'n 
blian annn "i73ina mis ipiïm banai bai i733£ya bbrn:- t-4i!ra 
t^Taa Ni: ,i\m»« '173 pTnnbi /m nbib mai? bjm ib pib t^bi 
j-j^nn lamra arai 13 i* 'n maanE tana n«« banai t^a "nÉ&i 
r^ain naa* *iana Pmirn y-ia* iaic*a 'n73 ^1733-11273 ïiaran bap^i 
mi 'ijh* mi fcaaiartn 13 'nia 13» iipiïmai ma^oE ban /npbsw 
nmis anpn mn ,15© ma rosira aanb anay 1 t*»ba larrai '*3i3T 
Sn-n nns na t^ba isbii ib*ja ipm ia bia» 13 -0x2.12 fm 
5^17:73 pr 't>*i 'c^t ba bv 'mai-* 13 'imaian ^ma J-iTam ,ibnaii 
■ mannai nba nna mab biaib anm iba?a 'imran ,irm»i -ma pi 
î^"a it ma laratii s^b fcaama ï-iTaa nias p^oab "rwrib 13a* mcaai 
r-mm ,bna!-» 173a b^ oim c»<b mab n"ap- aim f<b isimaa ba? 
mnsmiïi mmmaa '^brra mœ« -iaa*a nDbsnn pa imn ï-ron 
13a* mua 11a» .aama^a 'i733n irn ,an aiiab-i aiia anb '"«irixi 
ia yaai t^bi ">iwsn ^3d73 *w\n [0131] TSN3 an3^ 'n naib nm Ni^no 
ibwsa bba imaoi ^ni ,'Dainab '132 rr -1733m .mbib?: bipo aiTn 
t«n 'i730iiD73n n73- y"^- ^laiy 'iTsa-» Tba a* , ^" , b73 '^aîa ^anar; 
■>sn N^a t<^a 1:^73^2 ï-tfry v 'n bai ,a"ain taabgim ms la^inn 
ma rr»as-î«n b^n inTDP3-a la^a^a ipi7a pïîrs i^nan lan-ab ai-inNi 
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nx 'ia>a?3i 'vnnn ib« '■ | aiï573 mari 1^1373 "ji« pb /ipcsai 'ipan73T 
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piaïïîïi nnaxa ^naraia ^biTwX m- mrji ^d^tû r<bN no^a-a mua 
PwSi im« "pâmai mm73pb an 13131» ai^ nai ia >ii:73i *bixa ibp 
oms73 miaam 1173- pa iâ ,p3 ianaa '073 nan- ^nai imiiats 
/arian 173a nn733 into«b a\N V 3 '^ba maa>b aax V'p naatptpn ypai 
Ninn a\sm ^la»» s an aianb nmaa* a»i373bi ,13-ipb 'iba pib i"p 
aaniDwNi "poa pb ,ana73 yin i\sann73 bam ,i3ia> riwN mïïji nab 
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*pfi ba» nba>n iai ^«■'biaa pn am maii ^nayn m ina 173a 



286 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

ma tp-nab ynn casuîttn pbi /pi tas^yna Tbisn ab n6k /-iai 
*-aaa niasNfi baa tsbi^n )iz rwahi vn«bi tananaa t*nrin 'on 
in 'n 'o n-pb jwb ■»» bai wabi iia^b bia^ ï-rna«3 na« ns'i» 
/pmiDri eaî"pp5« ib^os 'mon MDUîwa ï-rb'niDa lavr t^bi i-iann 
n^a aanrrm mnaiam nwinn ©aw ddds tarn i» r^nnïi ©"«si 
■maab Nbu) tabi^rr ïrrn '£N© ■»» rjsb 3>tth iibai ,"i7aïa»a ba^ban 
i?:a ^n rtns» n©« f<*in ^pBïrh ,*mnnbi 'manïrb s-iba ba 'ma ^dn 
ï-ith D^b la:? ■rann /4* '"nr?N i-n©n "pN ^œn aiiapT t**»ba»a 
TWïib n^T TOa»n misas 'n nxip itîti înaiann na maa n©« 
'■naaibn yns ^"«a n^a vn« wipn ■»M*nai ,ï-ibn ba» mn sas©» 
■nm Nl^n San ,yi*t laiîw ba istta» wao^ "n:n ,ûpan r-wap *wa 
iwS 'janam £•%©?! 173 l'irr rsa maT rpb viik 'pn bai 'n naib 
■mna ^a ftav-pan Tnna "ras fcnm tanaïab viaia ■pwo aiain 
Sabi ,vr« ta-nb '*»»©n "jTa '^m 'ib©i ,ta^0K niai ,ta^na 
ria ,nttfim '^ana irraTipîi îrwrn mwan bsan ibssa '•'SDinotttt 
tke mitan '■wn ba aa 'ib©a iatt&» "unirra ï©aaa îanna na* nn 

: pars ibnca 

(4 suivre.) 



R. DAN ASCHKENÀSI, EXÉGÈTE 



R. Dan Aschkenasi t'ait partie du petit nombre d'israéiites alle- 
mands qui ont émigré en Espagne vers la fin du xm e siècle et au 
début du xiv e , lors des terribles persécutions dirigées contre les 
Juifs d'Allemagne, imitant en cela la conduite de R. Asclier b. Ye- 
liiel *. La rareté du nom de Dan nous oblige ou nous autorise à attri- 
buer à une seule et même personne toutes les assertions relatives à 
R. Dan, même quand ce nom n'est pas accompagné de la dénomi- 
nation plus précise d'Aschkenasi. Or, les jugements portés sur 
R. Dan étant très variés et même contradictoires, la réputation de 
ce rabbin est devenue celle d'un « personnage mystérieux » 8 . A vrai 
dire, la contradiction qui règne entre ces données s'évanouit après 
un examen plus approfondi. R. Salomon Ibn Adret a jugé R. Dan 
assez méritant pour lui répondre d'une façon détaillée et appro- 
fondie, non seulement par la Consultation portant le n° 1229, 
comme on l'a cru jusqu'ici 3 , mais par cinq autres (n°* 1229-1233). 
Si, dans I, 529-530, il semble se prononcer sur son compte fort sé- 
vèrement, c'est parce qu'il suppose que R. Dan ne peut avoir sou- 
tenu ce qu'on rapportait en son nom ou, du moins, ne peut l'avoir 
dit sous la forme que lui avaient donnée ceux qui ont posé la ques- 
tion. On constate môme qu'Ibn Adret, en dépit de son ton virulent, 
regrette d'être amené à jeter le nom de R. Dan dans le débat *. 

La déclaration attribuée à Ibn Adret concernant R. Dan, « que 
le protégé de celui-ci, muni par lui d'une lettre de recommanda- 
tion, ne méritait pas plus d'égards que le protecteur lui-même » a 
encore moins d'importance pour la mémoire de R. Dan y . Loin de 

1 Les Consultations u'ibu Adret nous révèlent aussi uii K. Jonathan Aschkenasi 
de Tolède ; voir Perles, R. Salomon b. Abraham b. Adereih, p. 10. 

2 Perles, tbid., p. 63, note 20. 

3 J. D. Azoulaï, Ûiblisr; Û'J, éd. Benjacob, I, 37 b ; Perles, ibid. 

4 1, 530 : ibao ftpjbi ■puyia'û nsa b» nasa* ^a )i -i"n ^b nw rra 
■flauîa. 

5 Perles, ibid., p. R. Pour réfuter celte traduction, je donne ici d'après I, 548, 
les paroles mêmes d'ibn Adret, qui deviennent encore plus claires par le contexte : 

f-ra^n ^rwnn i&miB it *oy i-na sss-pn bas nr^Nn ba tonai 



288 HEVUtt DES ÉTUDES JUIVES 

professer à son sujet une opinion pareille, Ibn Adret exprimait, 
au contraire, le doute que R. Dan fût l'auteur de la lettre qui cir- 
culait sous son nom. La communauté d'Avila, qui consulta l'oracle 
de Barcelone au sujet du fils du scribe Abraham 1 , transformé su- 
bitement d'ignorant en auteur de révélations littéraires, avait 
déclaré à Ibn Adret qu'elle avait reçu un messager qui s'était pré- 
senté au nom de Salomon Ibn Adret et se disait envoyé par lui et 
qui prétendait être doué de facultés extraordinaires. Ibn Adret, 
qui ne reconnaissait à personne le don de prophétie, eût-il fait des 
miracles sous ses yeux, et qui ramenait toutes les visions surnatu- 
relles dont il lui fut parlé souvent à des hallucinations, lui qui ne 
voulait pas qu'on confondit le magnétisme avec la prophétie, lui 
qui fut le persécuteur d'Abraham Aboulafia 2 et qui avait condamné 
froidement Abraham de Cologne 3 , le prédicateur et thaumaturge 
ambulant qui avait réussi à arriver jusqu'à Alphonse X, ne pouvait 
croire qu'un savant comme R. Dan eût pu se laisser aller, par 
légèreté, à devenir le protecteur d'un aventurier, cherchant évi- 
demment à faire des dupes. 

Mais, quoi qu'il en soit de la lettre de R. Dan, il est certain que 
cet étranger a trouvé chez les rabbins les pltfs considérés de l'Es- 
pagne estime et considération. Déjà le fait qu'un homme du rang 
de R. Yomtob b. Abraham de Séville engagea une controverse 
avec lui, prouve la considération que R. Dan avait acquise dans sa 
nouvelle patrie. Un des successeurs d'Ibn Adret au rabbinat de 



*non "va i^aa -W fcanBTn nœiDa f-tt ^a aaa:> tos nnn ï-rmx 
■»ava imn irn irma-Di p m ann v» !-rainn t-nax iT»m ab 
ï-rm n-ppn "p^iat© nja "*d r-unn r-nbpb rsr na ia\rn i^ S-iajp 
ivo.3 DDn 'np 1 »© »"»» ainai TVprn ba in np^ao'' ^b a*»an 
pi tnnn ""pab lia nw côi Dan -nan ib^a •pxi ^^^ f"*^ 1 

n^'Uin tZD ~ Î^T' n3 v tZ3*n Nbl abrî "HriîSab. L'interprétation de Perles se trouva, 
il est vrai, aussi chez Jacob Emden, qui, dans m 8 3 p 71 min, éd. Lemb^rçr, p. 10', 
fait cette remarque : ^"imaS 11113 bVW "nan an'b b»"!©" 1 btt pl« b"T 

t-ntosai n^S r-nbpb ir»«nbi imasb "irrita bî p. 
1 Uid., ^a-i nx7û ana va «sna ©'•h y^~ tsanaa c^a amp aa; 

S^OS ">a"l C^inn vB'Wn "UN iSiarï tama^. Le porteur de la lettre s'ap- 
pelait donc Nissim. Perles, ibid., p. 5, par suite d'une fausse interprétation de ces 
mots, nomme l'auteur d'écrits merveilleux d'Avila R. Nissim b. Abraham. Or, Ibn 
Adret n'aurait certes pas appelé la") un homme désigné comme : 3HT , V""lNn Û3> 

naa anus hy im xb*\ du* ara or 'snn ixbttîn. 

8 Perles, t'fod., p. 5, et p. 63, note 22. 

3 Ces paroles d'Iba Adret : ri\- "13173" imNC 'IX IrTTÎ H* BmaMTI 
ÎTI^bSi d'après lesquelles Abraham lui-même désignait son démon familier comme 
étant Elie, Jellinek, évidemment trompé par l'abréviation 'iN [= *W31R], qu'il lisait : 
"IN, les traduit dans son Auswahl kabbalisticher Mystik, I, 30, ainsi • Ou bien ce" 
fut Abraham lui-même ou le prophète Elie qui parla ainsi ». 



R. DAN ASGHKENASI, EXEGETE 289 

Barcelone, R. Nissim b. Reuben de Gérone, nomme avec respect 
R. Dan dans ses Consultations ». 

La réputation de R. Dan comme exégète devait être encore 
mieux établie que sa réputation de savant talmudiste. Bahya b. 
Ascherde Saragosse, ordinairement si avare de citations, rapporte 
deux interprétations expressément sous le nom de R. Dan, avec 
lequel probablement il se trouva personnellement en relation *. 
Le fait que Moïse a pris un prêtre madianite comme beau-père 
et que l'Ecriture sainte insiste sur le grand nombre des filles de 
Jethro est expliqué par R. Dan en ce sens que, chez les Egyp- 
tiens, les prêtres étaient sous la protection de la loi religieuse et 
que Moïse était sûr de trouver là un asile sûr, ce qui, selon 
Exode, il, 21, le détermina à jurer ou à faire le vœu de rester chez 
cet homme. 

La hardiesse de son système d'interprétation biblique, qui s'é- 
levait au-dessus des exigences et des lois d'une saine exégèse 
pour s'attacher au contexte, se révèle mieux dans le second 
exemple qui nous a été conservé par Bahya. L'indication si étrange 
d'Exode, xxiv, 11, concernant les principaux d'Israël qui, après 
avoir été favorisés de l'apparition divine, mangèrent et burent, a 
donné lieu aux interprétations les plus différentes. Juda Halévi 3 , 
avec sa sagacité ordinaire, a cru y trouver un contraste avec 
Moïse, qui seul eut le privilège d'être affranchi de tout besoin pen- 
dant qu'il était plongé dans la contemplation de la divinité. R. Dan 
explique ce passage d'une autre manière : « Nous apprenons par 
Exode, xxxin, 6, qu'Israël s'est dépouillé de la parure dont il 
s'était revêtu au moment de la promulgation de la Loi sur le 
Horeb. Comment est-il possible de penser que ce fait ne soit pas 
mentionné dans le récit sur la Révélation ? Mais cette mention a 
simplement échappé, et elle se trouve dans le verset en question 4 . 

» Ed. de Rome, p. 72, n° 32 : «ift fc-nattl *I1DN "1?! \t 'ailBn ntt&O 

min -mm ^pn smma in ■*3pTrn» «mpn na "«a» marri "wa sbcD 
"ibbn an m i»*r "pa. 

• Cf. B. Bernstein, Magazin fur die Wissenschaft des Judenthums, XVIII, (1891), 
98, note 36. 

3 Cité dans le commentaire d'Abraham ibn Ezra, in loc. Bahya h. Ascher men- 
tionne cette opinion sans citer le nom de l'auteur sous cette rubrique : '^D125 llî^T- 

4 nns "WtaD ^s» "o wwn ma s_np -inum ibaan witîh ©i -nsn 
b-mn natan -ew s^bn -pba> -m* tt^* tnw Kbi 'lamsa mm in?: 
rtTD ^a "jNa ntnb "patin pb rrnn "jn» nia-isa ï-tth ûnat*n Tinm 
r.rnaia û^rratûi 'pm t^iïin *n*n nnpia r^in fca"»ï"jb»h r-i« iTnia 
•p w ^dïï Tirwi» mt r-pnizm s-ib'oaa n7a"Oi rfii-ttœ i»a «scnn'. Le 

sens figuré du mot « parure » avec la signification de la foi doctrinale qu'Israël aurait 
perdue selon Exode, xxxm, 4, se trouve aussi indiqué par Lévi b. Gerson, in loe. y 
et Nissim Gerundi, 1"lï1 rfllï5"V7, 4 e sermon. 

T. XXXVI, k° 72. 10 



2i)i) REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les principaux d'Israël n'ont pas mangé et bu, comme on croit 
devoir interpréter dans leur sens grossier les paroles de f Ecri- 
ture, mais ils ont joui et se sont parés de cette auréole de lumière 
qui venait de leur extase, provoquée par ce grandiose événement, 
jusqu'au moment où ils perdirent cet éclat lumineux par le péché 
du veau d'or. » 

Mais ce ne sont pas là les seuls témoignages qui nous ont été 
conservés de l'art exégétique de R. Dan. Dans un recueil sur le 
Pentateuque, ms. de Dresde, Eb. n° 399, composé en 1343 par 
Isaac b. Abraham Navarro, ou, du moins copié par lui, R. Dan est 
cité trois fois à propos d'opinions que l'auteur a recueillies de sa 
bouche. Il est remarquable qu'elles se rapportent également 
presque toutes à l'Exode. 

L'ange ou le messager qui, selon Ex. xxm, 20, devait être en- 
voyé au-devant du peuple d'Israël pour le garder sur son chemin, 
a été identifié tantôt avec le Métatron * et Michael 2 , tantôt avec 
le prince des armées célestes 3 , tantôt avec l'Ecriture sainte même, 
tantôt avec l'Arche d'Alliance 4 . R. Dan Aschkenasi le retrouve en 
Josué, qui prit, après Moïse, la direction du peuple. Cette interpré- 
tation, transmise par tradition, fut de nouveau bientôt oubliée en 
Espagne, car nous la trouvons mentionnée par Isaac Abravanel * 
comme une invention des Caraïtes. — A partir du moment où Moïse 
apparaît dans l'Ecriture sainte, il n'y a pas de chapitre où son 
nom ne soit indiqué, à l'exception de la section de Teçavé. R. Dan 
Aschkenasi savait aussi une explication sur ce point Dans son 
horreur de la défection du peuple d'Israël et de son retour à son 
ancienne idolâtrie, Moïse, selon Exode, xxxn, 32, avait demandé 
à Dieu de l'effacer de son livre ou, pour employer d'autres termes, 
il avait, dans sa colère, maudit la vie. Or, comme la malédiction 
d'un juste s'accomplit sans condition , son nom fut réellement 
effacé du livre divin, c'est-à-dire du seul chapitre qui, dans l'Ecri- 
ture sainte, précède le récit de la malédiction prononcée par Moïse 
contre lui-même. 

La dernière des interprétations de R. Dan rapportées dans ce ms* 
est également relative à l'Exode. C'est l'explication du passage où 
il est question du péché de Moïse dans Nombres, xx, 10. Il sembla 
improbable à R. Dan que Moïse qui, selon Exode, xvn, 6, obéis- 
sant fidèlement à l'ordre divin, avait provoqué avec son bâton le 

1 Sanhédrin, 38 b. 

1 Voir Ibn Ezra, in loc. 

3 Voir Samuel b. Méïr, in loc. 

* Cité dans le commentaire d'Ibn Ezra, in loc. 

5 Dans le commentaire, in loc, p. 184 a : by ilîri ^lôOttH '"'B Û'Wpri V33nl 



R. DAN ASCHKENASI, EXÉGÈTE 291 

miracle de la source jaillissante, eût désobéi la seconde fois à 
Tordre du Seigneur et montré ainsi de la tiédeur dans la foi. De 
fait, ce n'est pas en cela que consista la faute de Moïse. Gomme 
la première fois, il avait reçu l'ordre de frapper le rocher pour 
que l'eau en jaillît. Le mot qu'on croyait devoir interpréter par 
« parler » signifie aussi en hébreu « atteindre, frapper », de même 
qu'inversement on a l'habitude de désigner le parler du prophète 
par le terme « frapper » (Isaïe, xi, 4). La faute de Moïse ne con- 
siste donc pas dans le fait qu'il se servit de son bâton, au lieu de 
la parole, mais en ce que, au lieu de mentionner Dieu seul, qui 
devait faire jaillir l'eau de ce rocher, il n'a parlé que de lui-même 
et d'Aaron, se laissant aller à dire : « Ferons-nous sortir pour 
vous de l'eau de ce rocher ? » 

L'auteur du recueil du ms. de Dresde était aussi un disciple 
d'Ascheri, au nom duquel, chose remarquable, il rapporte plu- 
sieurs interprétations que nous connaissons par le commentaire 
du Pentateuque de son fils R. Jacob, l'auteur des Tourim. Quand 
il mit par écrit ces explications qu'il se rappelait , R. Ascher 
comme R. Dan étaient déjà morts. Tout indique que R. Dan a 
survécu à R. Salomon ibn Adret. Nous serons donc forcés d'ad- 
mettre que la formule de bénédiction, ajoutée d'habitude aux noms 
de personnages défunts, qui, dans le commentaire du Pentateuque 
de Bahia b. Ascher, commencé en l'an 1291, accompagne le nom 
de R. Dan, a été ajoutée seulement plus tard par lui-même ou par 
les copistes qui ont reproduit son ouvrage. 

S'il était vraiment établi, comme Perles l'admet, que la lettre 
d'Ibn Adret à Avila a été écrite entre 1290 et 1295, il faudrait 
admettre pour la date de l'établissement de R. Dan en Espagne 
les dix ou même les vingt dernières années du xine siècle. Cepen- 
dant il n'est nullement sûr encore que le fils d'Abraham Sofer, 
naguère parfait ignorant et devenu subitement auteur fécond, 
doive être identifié avec le prophète d' Avila qui, d'après la rela- 
tion de l'apostat Abner de Burgos, plus tard nommé Alphonse 
de Valladolid dans ses Batallas de Dios, a prédit l'arrivée du 
Messie pour l'an 1295 *. Nous ne pouvons donc, jusqu'au moment 
où de nouveaux documents seront trouvés, risquer une indication 
précise ni quant à la date de l'immigration de R. Dan en Es- 
pagne, ni quant à l'année de sa mort. 

David Kaufmann. 

1 Perles, ibid., p. 64, note 24, et Is. Loeb, dans Revue, XVIII, S8. Chez Zunz$ 
Ges. Schriften, 111, 227, cette prétendue année de la délivrance n'est pas indiquée. 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 



APPENDICE. 

F. 23 « : vu»» bas* '*md iri» affina 'iai ^kVe nbiia *aaN r-jan 
yiairp 'aib î-tttn ^aba ins b"£T itaataa p 'nr? -^aa i-iNa taras 
■nrm r^t"nai û"»a«bM a^aari fca^anpaia "ia^r?a r-njaipa ri^aai 

.(II Chron., xxxvi, 16) tpttb» r^b^a tPa^bE 

F. 26 a : ïra» ^bnaiÛ» ÏTIVia fTOH "TOJ8 ta^lOfi baa ^iT73n 

[se. matn i-rn&n] -non î-it iaba7a -Dta t^nrna ï-nnn J-iara iar 
■rçab 'ton maaia ^ab ara b"T *naaiBK p 'nn *D7a w»©i t^rn '»"»m 
■nnan nana nuîN ^nao» N3 "Srta "pN uni an bas» nbTra ba> rf'ap 
t=r:sb ^b ï-r^a^N rf'an 'mn ï-ixa ;*»nb ba* '^aa aan nbbp '->ma-i 
ï-rnai naoa 'iba ^nana nuîN naon p ^aia 'ntta pnn mica 
r^bra ûiui^î nmarta nbbpî-i **nn nti r-nan ^a ^aab ">nanara ï-mn 
♦mon ma ™a btt 1731a naîa ab *p b^aœai tara "lara t-opa 

F. 43 a : v^na a^a ûab i^raia riTrr rborr \m aman t^ta nrara 
(Nombres, xx, 8) arib '73N tf'aïTi rbon narr nraa ba> pïifcn rusa -îraayara 
r^bn (#M., 12) rV'ian 'i:n to*'» irai taiTwb a>bori b« tarna-n 
ta^a-i? wi t^b ibi» ïian nra-Hp ïrn ra 'nai wnpttb ■'a tanaTaNti 
ff* "naaraN p 'nn ^ett \n*7aia p« ybon b« iab ma-n pn ï-tcjj» 
■172a nmanb nfaïi ib ma* pi tamam 'nb mrn tamam ''->a -»a 
iNam mira ï-pam (Exode, xvn, 6) nbiaa nra-iaa ^nan naïio&n a*aa 
la^a-o mrroa nm rpiawn ba> *nan lan-ra nxan iras^i (a^a-i) ara 
lasrî raiea p -i?aa '»bya Hia^a b"-n (Jes., xi, 4) va aaïaa ï-td-» 
(Nombres, xx ; 10) nttwa br ittî3^3 ïi73 br p dn n"Ni Bn^am ûman 
■— nann ibm tzvs 'ab t^^T» '7:1b tanb rs^m ta^a aab t^sia 
rtuîa ffi^»rn to^ (»*«rf., su, 3) ^mb^na nuîna btjb '^dio naa taa^ya 
bis» "T»nn b^a-i n^rj^a '->a-i nu:aa imaa «^n b"T ann b"n *7N73 i:* 

.«nD^iDis ^m Nb&* i^aa rt-nao 

F. 21 a : nnm (Exode, xxi, i) tan^sb a"»u5n ^nuîN a^sï57:n i-iban 
nu:» Esauaa ïi^ar^ anu mtee n^r^b rmasà î^^n i^n "ipnb a^ws 
■•as t^b tan^sb mira "in^ lançai bx^n a^ton B-^-n arj^aib ta» 

.i"na ->Taau:N "iuîn nrt ^iia ^aa iip^n-jia tanà ^îaanri ta n^rs"' a^a 

F. 41 b (à la marge) : '73TN W Ï173 (Nombre?, xi, 27) îianTaa ta">wSaan7a 

^■^n it a^aa y©iïr ta pya5 rasa mari tom iip^naia fpMâariâ 

.b'iiTT nu?» 'n ann an^hK^aa 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



[. Exode, xxii, 22. 

Ce verset a une allure embarrassée à cause des deux phrases 
conditionnelles ma ii23>n ïti? di* et "*bs .pw p*it dN "p, qui se 
suivent d'une manière insolite. De plus, les pronoms se rappor- 
tant à la veuve et à l'orphelin sont au singulier au lieu d'être au 
pluriel. Ces difficultés nous amènent à croire que la phrase dx ^d 
p:% etc., n'est pas à sa place et devait suivre, à l'origine, la dé- 
fense d'opprimer l'étranger (20 a). Les mots yn^a dmn d^ *o 
d^lo [20b), qui se retrouvent dans Lé vit., xx, 34, ont été pro- 
bablement ajoutés, et c'est peut-être cette addition qui a amené le 
déplacement de p^is ûs* "O, etc. Le verbe p*ar» aurait donc pour 
sujet la. La phrase p^s da "O, etc. est explicite par elle-même (cf. 
v. 26) et n'a pas besoin d'être complétée par le verset 23, qui est 
la suite directe et nécessaire de 22 a : « Si vous humiliez (la veuve 
et l'orphelin), ma colère s'enflammera ...» 

On attendrait, il est vrai, dans 22 a dna au lieu de nna ; mais il 
se peut que l'altération de dna en ina se soit justement produite 
sous l'influence de 22 &, une fois que cette moitié du verset avait 
été déplacée. Quant à l'alternance de yy&n et îwn, s'il n'y a pas de 
faute, le passage du pluriel au singulier est fréquent dans ces cha- 
pitres. Les versets 20 à 23 s'expliqueraient donc de la façon sui- 
vante : « Tu ne vexeras ni n'opprimeras l'étranger (car vous avez 
été étrangers en Egypte), car s'il m'implore, j'écouterai sa plainte. 
— Vous ne tourmenterez pas la veuve et l'orphelin. Si vous les 
tourmentez, ma colère s'enflammera contre vous et je vous frap- 
perai par le glaive, etc. » 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

II. "pa et main. 

Généralement on ne fait pas de distinction entre ces deux mots, 
et on les traduit l'un et l'autre par « usure » ou « prêt à in- 
térêt ». La différence entre les deux mots ne porte pas sur la na- 
ture de l'objet prêté, comme on pourrait le croire, en se fondant 
sur Lévit., xxv, 37, où y®î est appliqué à l'argent et mmtt (= 
n^in) aux aliments; car dans Deut., xxiii, 20, le mot "çioa est 
employé à la fois pour les prêts en espèces et pour les prêts en 
nature. Knobel, suivi par Dillmann, dans son commentaire sur le 
Lévitique, a bien compris que l'un des deux mots devait désigner 
le prêt usuraire, par lequel on se fait rembourser une somme su- 
périeure à celle que Ton a réellement prêtée, et l'autre le prêt à 
intérêt, mais il a interverti les significations des deux termes. 
D'après lui, main serait le prêt usuraire et ^toa le prêt à intérêt. 
Or, l'étymologie de "jttiï et de mnin exige l'interprétation inverse, 
car *po3, morsure, serait une expression bien vague pour le prêt 
à intérêt ; c'est, au contraire, un terme précis, s'il désigne l'opé- 
ration qui consiste à retenir immédiatement une partie de la 
somme prêtée. L'usurier mord ainsi sur ce qu'il avance. D'autre 
part, mnnn ne signifie pas, comme Knobel le dit, augmentation, 
mais multiplication et indique très clairement le prêt à intérêt, 
dans lequel il y a une multiplication partielle ou totale de la dette, 
par suite du payement réitéré d'une somme convenue. On doit donc 
traduire ^pz» par usure (au sens moderne du mot) et rpmn par 
prêt à intérêt. 11 est à remarquer que la Mischna {Baba Mecia, 
v, 1) explique ^pi» comme nous lavons fait ; mais elle entend par 
mn-in une spéculation sur le marché à terme. Il est peu probable 
que la Bible y ait pensé. 

Mayer Lambert. 



LA MORT DE YEZDEGERD D'APRÈS LA TRADITION JUIVE 



Scherira, dans sa fameuse épître historique, rapporte que, 
d'après des traditions relatées dans d'anciennes chroniques, Yez- 
degerd [II] aurait fait subir des persécutions aux Juifs de Perse, 
mais que, Rab Sama bar Rabba et Mar bar Rab Aschi ayant 



NOTES ET MÉLANGES 295 

adressé leurs prières à Dieu, un monstre vint dévorer le roi dans 
sa chambre. Ce fut la fin de la persécution. 

Yezdegerd II mourut en 457. D'autre part, Scherira et le Sèder 
Tannaïm we Amoraïm disent que la persécution sévit dès 455, 
date de la mort de R. Nahman bar Houna. Ces divers renseigne- 
ments concordent très bien. A quoi il faut ajouter que Yezdegerd, 
sous l'influence des Mages, ayant édicté des lois sévères contre 
les Chrétiens et les Manichéens, il est vraisemblable qu'il a en- 
globé les Juifs dans les mêmes mesures. 

Les traditions enregistrées par Scherira ont donc jusqu'ici tous 
les caractères de la vérité. La cause de la mort de Yezdegerd, on 
eh conviendra sans peine, est moins vraisemblable. Fabuleuse par 
nature, elle contredit, en outre, les données de la véritable his- 
toire, qui dit que ce roi mourut à la guerre. Un tel genre de 
mort n'est pas assez extraordinaire pour donner naissance à une 
légende. 

D'où vient donc cette fable, qui, sans doute, avait cours chez 
les Juifs? Il n'est pas impossible de le découvrir. Voici ce que 
Tabari raconte de Yezdegerd I. 

Yezdegerd était un homme intelligent, mais, lorsque la cou- 
ronne lui échut, il se départit de ces bonnes dispositions et commit 
des violences... Il versait beaucoup de sang, et ses sujets, complè- 
tement réduits {sic) entre ses mains, invoquèrent Dieu dans leur 
affliction. Il s'en alla de Madâïn dans la Perside, de là dans le Ker- 
mân pour se rendre dans le Khorasan, et partout où il allait, il com- 
mettait plus de cruautés. Alors on l'appela Yezdegerd al-Athim (le 
Méchant), et quelques-uns Yezdegerd al-Khaschn (le Dur), à cause 
de son injustice. Il régna vingt et un ans. Quand son terme fut 
arrivé, un cheval indompté vint et s'arrêta devant son palais. On 
n'avait jamais vu un cheval aussi beau. On en informa le roi, qui 
ordonna de seller et de brider le cheval. Mais personne n'osait l'ap- 
procher. On le dit à Yezdegerd. Il sortit, caressa le cheval, lui mit 
la selle et la bride et le sangla. Il voulut aussi arranger la croupière; 
alors le cheval lui lança une ruade et l'atteignit au cœur; Yezde- 
gerd mourut. Le cheval prit sa course, rejeta la bride et la selle et 
déchira la sangle. Personne ne sut d'où il était venu ni où il alla. 
On dit : C'est un ange que Dieu a envoyé pour nous délivrer '. 

Firdousi, dans son Schah-Nahmé (V, 519), a reproduit une tra- 
dition analogue. Yezdegerd le Méchant, souffre d'un saignement 
de nez rebelle à tout remède. Un Mobed lui conseille de se rendre 
à la source de Saou : il y trouvera la guérison. Il y va, se met un 

1 Chronique de Tabari, trad. Zottemberg, II, p. 103-104. 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

peu d'eau sur la tête, et incontinent le flux de sang s'arrête. Sa 
guérison ne lui inspire que de la présomption. Alors sort de l'eau 
un cheval blanc d'apparence fantastique. Il ordonne à son escorte 
d'entourer le cheval. Un vaillant pâtre part avec deux chevaux 
dressés, une selle et un lacet pour le prendre. « Mais que savait 
le roi du secret de Dieu qui avait amené ce dragon sur son 
chemin ? » Le pâtre ne peut l'atteindre. Le roi, alors, prend lui- 
même la selle et la bride et s'avance vers le cheval : la bête doci- 
lement se laisse brider. Le roi la sangle, « et ce crocodile ne 
bouge pas encore de place». Yezdegerd passe derrière pour lui 
mettre la croupière. A ce moment, le « cheval aux sabots de 
pierre » pousse un cri et le frappe sur le front des deux pieds 
de derrière, puis, le roi mort, se précipite vers la source bleue, 
où il disparaît. 

Assurément, la trame de la légende persane, qui est probable- 
ment l'œuvre des Mages, n'est pas tout à fait identique à celle de 
la tradition juive. Néanmoins, l'air de famille est indéniable. 
Un Yezdegerd meurt d'une façon surnaturelle, par le fait d'un 
monstre, envoyé par Dieu. 

Les Juifs se sont bornés à une transpositions Yezdegerd I, dont 
le principal crime paraît être d'avoir résisté aux conseils des 
Mages, fut, dit-on, bienveillant pour les Juifs de même que pour les 
Chrétiens de ses Etats. Par contre, Yezdegerd II, entièrement 
dominé par les Mages, fut hostile systématiquement à tous les dis- 
sidents, y compris les Juifs. La transposition s'imposait. 

Ces lignes étaient écrites et imprimées quand je me suis avisé 
de lire l'article consacré à Yezdegerd par Rappoport dans son 
Erech MU lin. Cette lecture ne m'a pas décidé à jeter au panier les 
quelques mots qu'on vient de voir. En effet, voici comment s'ex- 
prime en résumé ce savant : Le récit de Scherira ne ressemble 
pas à ceux des historiens persans. D'après ceux-ci, Yezdegerd II 
ne serait pas mort de cette façon singulière, mais soudainement. 
Les peuples de l'empire, et en particulier les Juifs, qui avaient 
beaucoup souffert du règne de ce tyran racontèrent chacun à sa 
façon son trépas. Peut-être les officiers eux-mêmes furent-ils la 
cause de ces divergences. Peut-être, enfin, s'est-il mêlé au récit 
de son décès, celui de la mort de Yezdegerd I. On disait aussi de 
Bahramgour, père de Yezdegerd II, qu'il avait péri en tombant 
dans un puits ou dans la boue. 

L'hésitation qui se manifeste dans ces diverses hypothèses mises 
sur le même rang provient du laconisme des autorités auxquelles 
s'en est référé Rappoport. Il renvoie à Baumgarten, Allgemeine 
Welthestorie, IX, § 651 et 659; Richter, HiUor. hrit. Versuch 



NOTES ET MELANGES 297 

ùber die Arsaciden = und Sassaniden Dynastie*, s. v. Bahram- 
goar, et Malcolm, Histoire de la Perse, I, p. 99 (lire p. 165). Or, 
cet auteur, le mieux informé des trois, se contente de dire, en 
parlant de Yezdegerd I : « Les Persans nous présentent ce mo- 
narque comme un prince cruel, dénué de vertu, abandonné à la 
débauche, et Ton nous dit que la nation se réjouit lorsqu'après un 
règne de seize ans, il fut tué par un coup de pied de cheval. » Si 
Rappoport avait eu connaissance des relations fabuleuses de la 
mort de Yezdegerd, peut-être aurait-il affirmé avec plus d'assu- 
rance la transposition. 

Mais, timide en ce point, Rappoport ne craint pas d'avancer une 
conjecture singulièrement hardie. Qui sait, dit-il, si ce ne sont pas 
les historiens persans qui se trompent et si ce n'est pas en réalité 
à Yezdegerd II qu'à l'origine aurait été rapportée cette histoire 
fabuleuse? En effet, ajoute-t-il, Scherira doit nous inspirer plus 
de confiance que les écrivains persans, ayant, lui, consulté des 
documents plus rapprochés des événements. Il a mis à profit les 
chroniques des Saboraïra, qui ont vécu peu après la mort de Yes- 
degerd. 

Rappoport a trop tiré sur les termes de Scherira. Celui-ci dit 
simplement : na ^m irb-n p*© imam «am ïma n73D an ^b» ï-mnai 
•%m van ûrrsY-OT "»nsoa anna iram ûvnaanïi }73 13*73© "«on al 
fcn73© buan iaa©73 maa *ob73 wirb aran nvban « Après lui présida 
Rab Sama, fils de Rabba. A cette époque et au temps de Mar bar 
R. Aschi, nous avons appris des anciens et nous avons lu dans 
leurs chroniques qu'ils prièrent et un dragon engloutit le roi Yez- 
degerd dans sa chambre à coucher. Alors cessa la persécution. » 
Or le mot anciens ne désigne pas sûrement les Saboraïm, il peut 
tout aussi bien viser les Gaonim, antérieurs de quelques généra- 
tions à Scherira. 

On n'attend pas de nous que nous discutions autrement la thèse 
de Rappoport. 

Israël Lévi. 



Leipzig, 1804. 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

UN FRAGMENT DE L'ORIGINAL ARABE 

DU TRAITÉ SUR LES VERBES DÉNOMINATIFS 
DE JUDA IBN BAI/ÂM 



On sait qu'outre son commentaire de la Bible et quelques autres 
écrits sur lesquels nous ne possédons pas de renseignements 
précis \ Juda ibn Balâm, qui florissait vers la fin du xi e siècle, a 
publié trois petites monographies lexicales. Ces monographies, 
conservées seulement dans une version hébraïque et sur les- 
quelles M. Derenbourg, le premier, a appelé l'attention *, sont les 
suivantes : 

1° Le livre des homonymes. Le fameux ms. de Paris (n° 1221, 
f° 1-17), le seul qu'on connaisse de cet ouvrage, présente des la- 
cunes ; il ne commence que par la fin de la lettre n. M. Dukes en a 
donné des extraits 3 . Estori Parhi 4 cite l'article mr^n dont il est 
souvent question, et il appelle ce traité o^nn noD. Ce titre est 
probablement la traduction de l'arabe o^inba naro. Nous devons 
pourtant faire remarquer qu'Isaac ben Samuel ha-Sefardi, qui 
cite ce même article dans son commentaire sur II Samuel, vi, 13, 
fait précéder sa citation de ces mots : ^d nb tpban ^ rmrp 'n bap 
osatobao pnaattba 5 . Il ressort en même temps de cette citation 
chez Isaac ben Samuel que la traduction hébraïque est incomplète, 
fait que M. Steinschneider avait déjà constaté 6 d'après la citation 



1 Ces écrits sont : Un traité cité par Ibn Balâm lui-même sous le nom de rùj 
frnpfàbN dans son commentaire sur Nombres, xx, 19 (éd. Fuchs, p. vin ; cf. ses 
notes, p. xxix) ; un traité sur les miracles de la Bible, n^-nnbtf nMÙ3>73 TT^n 
n&OnDbNI, mentionné par Moïse ibn Ezra dans sa Poétique (cf. Revue^ XVII, 180), 
et entin "TîttZnNbN, cité par Ibn Baroûn (éd. Kokowzow, p. 21), que M. Derenbourg 
identifie à tort avec le N"l1pn ITmn [cf. Opuscules, p. xlvii ; voir aussi Stein- 
schneider, Die hv.br. Uebers., p. 914, note 63). Ce dernier ouvrage s'appelle en arabe 
""iNpbN ïï-K'in et n'est probablement pas d'Ibn Balâm. Voir Wickes, iftyy 

n"?:N, p. 104. 

â Wissensch. Zeilschr. f. jûd. Théologie, V, 408. Nous devons faire remarquer que 
M. Derenbourg ne tient pas compte de la première monographie, celle des homo- 
nymes. Voir Fuchs, ipinn, I, 117, note 2, et Studien iïber Ibn Balâm, p. 7, note 12. 

3 Ltbl. d. Orients, VII, 659- 661 ; IX, 456-458. 

* msn TinoD, ch. «rm. 

5 Publié par M. Margoliouth dans Jetvish Quarterly Revietv, X, 397. 

6 Jûd. Zeitschrift de Geiger, il, 309. 



NOTES ET MÉLANGES 290 

de ce même article dans les « règles de la jugulation », en arabe, 
de Samuel ibn Djami'. 

2° Le livre des particules. Le titre arabe de ce traité, aaro 
•'ïfiWttb» trnn, est indiqué par Ibn Balâm lui-même dans son com- 
mentaire sur Deut., xxiv, 20 * et le titre hébreu, tra^tt nvm» ido 
se trouve dans le ms. de Paris (f° 17-34) -. M. Fuchs a commencé 
la publication d'une très bonne édition de ce ms. 3 ; malheureuse- 
ment, par suite de la mort prématurée de l'éditeur, cette publica- 
tion s'est arrêtée au mot air 

3° Le livre des verbes dénominatifs. D'après le passage du 
commentaire d'Ibn Balâm mentionné ci-dessus, ce traité formait 
un appendice à ce qui précédait et, par conséquent, n'avait pro- 
bablement pas de titre particulier 1 . La traduction hébraïque, in- 
titulée mfciûtt mwfc dTO trb^Dîi 'hdd 5 , a été publiée d'abord par 
G. Pollak dans btnwi, III, 221-222 et 229-230, d'après le ms. de 
Leyde (ms. Warner 56, f°227-230), puis par B. Goldberg dans ^n 
Dbw, II, 53-61 (Paris, 1879), d'après le ms. de Paris (n° 1221, 
f° 34-47). Enfin, M. Hirschensohn avait commencé la publication 
d'une nouvelle édition dans ranrrwott, I, 21-23 et 42-47 (Jérusalem, 
1885), d'après un troisième manuscrit appartenant à un particulier, 
et l'avait accompagnée d'un commentaire étendu, mais étranger à 
l'ouvrage ; il n'a pas dépassé la lettre a. 

Comme nous l'avons dit, ces monographies ne se sont conser- 
vées que dans une version hébraïque. On ne trouve des débris de 
l'original arabe que dans les gloses d'Oxford sur le Kilâb al-Ousoûl 
d'Abou-l-Walid. Ces gloses, sur lesquelles M. Fuchs avait appelé 
l'attention 6 , et qui ont pénétré en partie dans le texte du Kitâb 

* Edition Fuchs, p. xx : ))2 iipntëttbH b^NDKbfc* N^n \D mS 1 ! ipT ' • ; 
•rçfcWttbN tpnn 2Nrù "DN "'D lïr.bNS ribui NEONbô*. Mais dans son com- 
mentaire sur Isaïe, vu, 4, il l'appelle tpnnbN 3NPD (voir la note de M. Dereu- 
bourg ad. I. et ""ipinn, I, 118, note 1). 

s L'autre ms. de Paris (a 1251, f° 91-108) n'est qu'une copie du n° 1221 ; voir 
np-inn, 1, 200. 

3 npnnn, i, 113-128; 193-206; 340-342; 11, 73-83. 

4 Voir note 3. Dans ses gloses sur Isaïe, m, 16, Ibn Balâm le cite aussi 
sans titre spécial : ^ n«) «îlàtt PJ>ttâ pbttj ^D rïbsbbtf Tlîn P-O"! *lpn 

^ba mw artb rpsn Nb viba waoNbN ya pjûnpK nïï?2 (bawDNbN. 

Moïse iba Ezra dit, dans sa Poétique (cité par M. Derenbourg, dans Revue, XVII, 
173, note 5), qu'Ibn Balâm n'a pas épuisé le sujet : [sic) tlVinbtt TllH ^DT 

lïbttâ NH373 ynî b"î û3>bn p éo-ot ia«b trl-nB waDiON *|73 ftpnrattba 

N!"PD blpbtf ^priD" 1 ûbl îïnb^^:. D'un autre côté, ce traité ne paraît pas nous 
être parvenu en entier (cf. ib. f note 4). 

5 Salomon d'Urbino, qui cite plusieurs fois cette monographie dans son bïltt 
V173 (articles bb3, 3>Un, bptD), l'appelle simplement Û^b^Dn nSO. 

6 np-irm, I, 122. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

al'Ousoiîl, sont incorrectes et incomplètes. Tout autre vestige de 
l'original arabe semblait avoir disparu, quand le hasard m'a mis 
en possession d'un fragment du troisième traité. Récemment, la 
bibliothèque synagogale d'ici (Varsovie) a acquis de M. Kauffmann, 
de Francfort, quelques fragments de compositions liturgiques qui 
viendraient d'Egypte, et parmi ces morceaux j'ai trouvé le frag- 
ment en question. Il se compose de quatre petites feuilles, d'une 
écriture orientale très nette, et contient depuis le paragraphe ^pa 
jusqu'à bon ; ce qui forme environ le cinquième de la totalité. 
Je me réserve pour une autre occasion la publication et l'exa- 
men de ce fragment et fais remarquer ici, en passant, qu'il con- 
tient un paragraphe (pna) que la traduction hébraïque a totale- 
ment omis. Le voici : r**EobK npnaN rranyb» ^si pna pna pna 
•wnKi pna&t n*w»bN bNp wibb mn»yno«i ïtd «wnKi rwiKi 

On a sans doute omis ce paragraphe parce qu'il ne présente de 
l'intérêt qu'au point de vue de l'arabe. Il se rencontre encore 
d'autres passages qui se rapportent à la langue arabe et que le 
traducteur a abrégés ou laissés de côté, phénomène qu'on peut 
constater, d'ailleurs, dans d'autres versions hébraïques d'ouvrages 
arabes. C'est ainsi qu'à la fin de l'article 1^^, la traduction dit 
simplement bacw* litaba ïit rasi, tandis qu'on lit dans l'original : 
(b^pnbN , c'est-à-dire) pnb« }£ bapna*: brs irrbo rWDT ^nbian )vi 
wn ^nn Êttip-im \x \w kîtsyi i&oi Nttba rrrarïb v»a*ibao pnbtt 
m^-i )wrs mvin dn wn iNanpb» p «shba fiip msn n-jne-i 
îliNaip nnap ^stoa nnaba naip a-irb» aaba ^di ». 

Môme remarque pour le deuxième article ittn, qui est ainsi 
conçu dans l'original : DDaba )n tprntt b^sba ^na ï-ranm n^n 

*B Ï'P* 1» ânâ'' PDTbN OfcTlp ^D TlON ^ 1ÏT1 ^iNpbN fOK b">p N7Û "HM 

tob^N iibban t*#îtt ira a*np iï-ii ncpbx r^K ira aànm y-iNb». 
La version hébraïque présente encore d'autres inexactitudes 
et lacunes. Elle dit, par exemple, à l'article ûiitt : wp *i ^ttNi 
mcott inaa *"5. Or, l'original dit expressément qu'il s'agit du 
Kilâb al-taschwîr d'Abou-1-Walîd, ouvrage qui a été perdu. Voici 
le passage : ^axi' 1 \a DiT1£) btt ^ 733 sêwmb û'nan ^bana ui^n aun 
^d uron anna sts n*»bib« ^axbT wt ara massa s^bi rwi -îa^bN 
iittiza tv ab jaa néon ïibw Tronba rb } . 

1 Ce paragraphe se trouve, avec de légères variantes, dans les gloses d'Oxford 
sur VOusoûl (col. 114, note 69) ; entre autres corruptions, on y lit ""pli N"\ au lieu 
de TT &o. 

a Ce paragraphe aussi se retrouve en partie dans les gloses sur YOuscûl (col. 167, 
note 49); cf. Ibn Balâm sur Isaïe, x, 33; Loum% % 143, 7, et 147, 14, et Opuscules, 
174. 

* Cf. Ousoûl, s. v , et Opuscules, p. xli. 



NOTES ET MÉLANGES 301 

Enfin, nous reproduirons encore ici l'article mjh qui mentionne, 
à côté d'Abou-1-Walîd, Abou Ibrahim ibn Yaschousch : OT1 rm 
c'est-à-dire), priiONb» ftnn bn»i jon n&pa nias hyim 1» !i:j"û ainb 
p l^b» ïïbnytibN 173 (>pn , c'est-à-dire) pn ïiix ab^ (pNpn^NbK 

nwi vba *vitt dnsoa vn:pa bna t^nb^ rpirra riDN ït*b bx rn 
tm*?m lia-" •;« :ipn "jas'. 

Ce dernier extrait montre que la traduction hébraïque, qui fait 
précéder la citation d'Ibn Yaschousch de ces mots : pmr< 'n "M&o 
pnp^fi '-©on b"T ibtof p, n'est pas tout à fait conforme à l'original. 
Car le traducteur change la Kounia arabe (Abou Ibrahim) en son 
équivalent hébreu (ptiif) et ajoute le titre de l'ouvrage d'Ibn 
Yaschousch. Dans le ms. de Leyde (ou îaïur est devenu par cor- 
ruption izîmp), on ne trouve pas les mots pYlpTi i»ûx 

Ce petit nombre d'extraits qui nous avons donnés suffisent pour 
prouver l'importance de l'original arabe et fait comprendre que 
nous souhaitions de voir paraître l'ouvrage tout entier. 

Varsovie, avril 1898. 

Samuel Poznanski. 



R. SABBATAI 

AMORA PALESTINIEN DU IIP SIÈCLE 2 



Les halakhot formulées par cet amora sont rapportées par 
Assi 3 et Krouspedaï 4 , disciples de Yohanan. A propos d'une règle 

1 Ce paragraphe se trouve également en partie dans les gloses sur Ousoûl (col. 
152, note 43, et col. 153, note 62). Cf. Dukes, dans Ltbl. d. Orients, IX, 509, note 21 ; 
Steinschneider, Hebr. Bibliogr., XX, 9 ; Fuchs, ^pim, I, 166, et Studien, p. 19. 

1 Extrait du 3 e volume de mon Agada der palàst. Amorâer, ch. XXI, paragraphe 81, 
volume qui va paraître prochainement. 

* J. Halla, 58c, 1. 35 (Hiyya b. Abba rapporte la même halakha au nom de 
Simon b. Lakisch) ; j. Sanhédrin, 28 a (dans b. Sanhédrin, 69a, c'est Krouspedaï 
qui rapporte cette halakha); j. Baba Balra, 17c, l. 27 (= j. Guittin, 50 c, l. 19) ; 
j. Sanhédrin, 2\d, 1. 22; Baba Kamma, 112 b, où il faut lire iOK '""), au lieu de 
•rçîît '"I (cf. Dihdoukè Soferim, XII, 272). Dans Mebô, 124 a, Frankel soutient à tort 
que ce ^Otf est identique avec Yosé, le collègue de Yona. 

k Sanhédrin, 69a; Nidda, 46 a. Voir aussi la note précédente. Sur Krouspedaï, 
voir Agada der pal. Amoràer, I, 219. 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de procédure que Sabbataï établit, le Talmud cite en même temps 
l'objection faite à cette règle par Yohanan et l'approbation de 
Yosé bnn Hauina 1 . Sabbataï lui-même rapporte diverses asser- 
tions de Hizkiyya b. Hiyya 2 . Après la mort de Sabbataï, ses fils 
accusèrent la veuve devant Eléazar ben Pedat de dissiper la for- 
tune de leur père 3 . Les halakhot de Sabbataï sont pour la plu- 
part de caractère juridique, et deux de ses agadot se rapportent 
également aux juges et aux procédés qu'ils doivent employer. 

Comme on demandait jusqu'à quel point le juge devait se montrer 
patient à l'égard des plaideurs, il répondit en invoquant l'exemple 
de Moïse (Nombres, xi, 12) : « Gomme le nourricier supporte son 
nourrisson 4 . » Pour indiquer que l'intégrité doit être le premier 
devoir du juge, il s'exprime en ces termes pittoresques 8 : a Le juge 
doit être aussi innocent que le bâton et la lanière (c'est-à-dire les 
instruments qui servent à exécuter sa sentence), afin qu'il n'arrive 
pas que lui soit suspect tandis que le bâton et la lanière sont con- 
venables 6 . » D'après le Talmud de Babylone 7 , c'est Yohanan qui 
a rattaché une recommandation de ce genre à Deutér., i, 16. 

A propos de l'histoire du païen Dama ben Netina, Sabbataï fait 
remarquer que Dieu agit toujours avec justice,- et, s'appuyant sur 

* Baba K anima, 112 b. 

3 J. Guittin, kkd, 1. 50 (b. Guittin, 26*) ; Baba Batra, 163a. Dans Nidda, 27 b t 
Sabbataï rapporte une balakha d'Isaac de Magdala; mais, d'après une autre leçon, 
c'est ce dernier qui l'a rapportée et c'est Sabbataï qui en est l'auteur. 

3 J. Sota, 19 A\ j. Baba Batra % 16ûf. C'est probablement à ce même fait que se 
rapporte la déclaration de Dimi relative à la bru de Sabbataï, dans Ketoubot, 96 a. 

4 Sanhédrin, 8 a : ^NrQ© '"1 N73VPÉM "pn 'l- H faut peut-être corriger "jan en 

5 Ces mots, dans Pesikta /., cb. xxxm ^149 b), sont rattachés à une assertion du 
tanna Eléazar (b. Schammoua) ; cf. Ayada d. Tann., II, 281, et Ag. d. pal. Amor. % I, 
59. Ils s'appuient également sur ce ("ait que Û^DVvD et D n "IÛ3lUJ sont placés l'un à 
côté de l'autre. Dans Deut. rabba, ch. v, § 5, on trouve une autre leçon, commençant 
par "H^N ^531 Elle débute par les mots E3DVJ53 *")UHÏ3H 6WIÛ, qui étaient sans 
doute ainsi à l'origine : "ItûTOS l3DV£J!"5 NrV'U. Mais il se peut aussi que dans 
Deutér. r. il s'agissait de l'intégrité, non pas du juge, mais du fonctionnaire chargé 
d'exécuter la sentence. Dans Tanhouma sur O^lûDITD (éd. Buber, § 3), ce passage a 
disparu. 

6 'im 'Tarn Titan arp abu: ïunsnïi ^bh] bpwn ^sb «rmo y^nn ^nat 

Ù"Htl}3. L'expression N"inti)72 "^sb, après ÏTJHltnn *sb, signifie probablement : 
tout autre instrument avec lequel on applique le châtiment. fcPT*3D. par opposition 
à Tltiîn, est une bonne correction proposée par M. Friedmann, pour Û^TtïSp. Le 
mot D^bTIA qui précède doit être rayé. 

7 Sanhédrin, 7 b : fnî N'nn Wfifc'll bp?D 15513, en d'autres termes, sois aussi 
zélé comme juge que le bâton et la lanière le sont comme agents d'exécution. Le 
« bâton et la lanière » sont également personnifiés dans Genèse rabba, ch. xxvi, § 6, 
où Eléazar b. Pedat (II, 23) déclare qu'un homme seul peut se rendre coupable en 
offensant des hommes et où Houna b. Gorion ajoute : n^liS"! lb^CS bptt ib^DK 
« Le bâton et la lanière peuvent aussi se rendre coupables > en outrepassant leur 
droit. 



NOTES ET MELANGES 303 

le verset de Job, xxxvn, 23 : « Il n'opprime pas la justice », il 
déclare que Dieu récompense également les bonnes actions des 
païens ». Enfin, deux assertions de Sabbataï se rapportent à la 
légnnde de la captivité du roi Ioïakira 2 . 

Une agada de caractère eschatologique racontant que Dieu 
traite les justes au Paradis comme des enfants gâtés, d'après 
Psaumes, cxli, 5, est attribuée à Sabbataï 3 , mais elle paraît être 
moins ancienne, et le nom de Sabbataï ne semble se trouver là 
que par une pseudépigraphie *. 

W. Bâcher. 



1 J. Péa, 15 c ; j. Kiddouschin, 61 b ; Pesikta r., ch. xxm (124a). 

2 Lévitique rabba, ch. xix, à la fin. 

3 Schoher Tob, ad l. 

* Voir Itevue, XXXIII, 46, et XXXV, 227. — M. Israël Lévi croit que le Sabbataï 
de la Pesikta, ch. xxxm, est un auteur plus récent, probablement originaire d'Italie, 
ou un personnage imaginaire, comme dans Schoher Tob (Revue, XXXII, 281). Mais 
ses arguments [ib., XXXV, 225 s.) ne me paraissent pas probants. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2 e TRIMESTRE 1898. 

Les indications en français qui suivent les titres hébreuœ ne sont pas de V auteur du lir>rt % 
mais de V auteur de la bibliographie^ à moins qu'elles ne soient entre guillemets,) 



1. Ouvrages hébreux. 

WIMIOI ÏTHN '0 Dissertations sur le Judaïsme, par J. J. Reines. Vilna, 
Romm, 1898 ; gr. in-8° de vm -+- 245 p. 

■p^ln Hagoren. Abhandlungen ùber die Wissenschaft des Judenlhunis re- 
digiert von S. A. Horodezky. I. Buch. Berditschew, impr. Scheftel, 1898 ; 
in-8°de 102+ 36 p. 

Très intéressant recueil d'études scientifiques. Il renferme les articles sui- 
vants : Moïse Isserlès, par l'éditeur; — Notes de Senior Sachs, publiées 
par M. S.-J. Halberstam ; — Biographie de Mahram Lublin, par Joseph 
Lœwenstein ; — Etude sur le même, par l'éditeur; — Les surnoms des rab- 
bins du Talmud, par S. Lauterbach; — Explications de passages difficiles 
des deux Talmuds et des Midraschim, par W. Bâcher; — Biographie de 
Hirsch Hanau et lettres de David Oppenheim le concernant, par D. Kauf- 
mann; — Extraits inédits de Saadia, par A. Harkavy; — Noies et correc- 
tions aux extraits du Dictionnaire dlbn Djanah publiés par Luzzatto dans 
le Kérem Hémed, 111, p. 34*47, par W. Bâcher; — Salomon Louria et la 
Gabbale,par l'éditeur; — Prières composées par Naftali Cohen, l'adversaire 
de Hayyoun, publiées avec des notes par l'éditeur; — Généalogie de la 
famille Louria, par Joseph Katz. 

Û^lip n3H '0 Notes biographiques sur les familles Eisenstadt, Bach- 
rach, Gunzbourg, Heilprin, Merowitz, Minlz, Friedland, Kalzenellen- 
bogen, Rappoport et Rokéah, sur les Juifs qui furent victimes d'une ac- 
cusation de meurtre rituel à Razinaï, en Lithuanie (1650), par Israël 
Tobia Eisenstadt, avec redit d'interdit lance' par Jacob Pollak contie 
Abraham Mintz, en 1520, et une liste des rabbins d'Italie de 1518 a 
1818, par S. Wiener. Saint-Pétersbourg, Bermann, 1897-8; in-8° de 2 If 
+ 80 + 80 p. 



BIBLIOGRAPHIE 305 

Û^bttîTP Jérusalem. Jahrbuch zur Beforderung einer wissenschafllich ge- 
nauen Kenntniss des jetzligen u. des alten Palâslinas hrsgg. von A. M. 
Luncz. Band V. Heft 1. Jérusalem, chez l'auteur, 1898 ; in-8° de 92 p. 

Contient : C. Schkk, L'emplacement du temple, avec notes de l'éditeur ; 
— Friedmann, Asia ; — Luncz, Rabbins et savants palestinien^, par ordre 
alphabétique; — A. Ilarkavy, Lettre de Jérusalem du xm e siècle, racontant 
des persécutions subies par 1» s Juifs de cet'e ville; — D. Ksufmann, Lettre 
envoyée de Palestine à la communauté de Garni en 1025. 

m£1 -nnDD « Caftor Va-Pherah, par Estori ha-Parchi, le premier explo- 
rateur de la Terre-Sainte. Nouvelle édition, avec nomhreuses notes et 
observations, par A. M. Luncz ». T. I. Jérusalem, impr. Luncz, 1897; 
in-8° de xlii -|- 37G p. (1 er volume d'une « Collection d'ouvrages sur la 
Palestine »). 

M. L. a été bien inspiré eu publiant de nouveau l'ouvrage fameux d'Es- 
tori Parhi, édité en 1549 à Venisp, puis à Berlin en 1S59, mais avec 
de nombreuses fautes. L'auteur, comme on le s. il, est le premier des 
rares rabbins du moyen âge qui se soient occupés de l'archéologie de la 
Palestine. Exilé de France on 1306, après un court séjour à Perpignan et 
à Barcelone, il s'était rendu, en s'orrêiant au Caire, à Jérusalem. Soit qu'il 
escomptât l'arrivée prochaine du Messie , soit amour de la Palestine, il 
résolut de réunir toutes les lois qui se rapportent à ce pays et qui seraient 
applicables en cas de restauration de l'Etat juif. Pour cela, il se proposa, 
avant tout, de tracar les limites du pays. Dans ce but. il consacra sept 
années à l'exploration de la Terre Sainte. En 1322, son travail était ter- 
miné : il avait relevé les frontières, identifié les noms géographiques de la 
Bible et du Talmud, décrit la flore, comparé les dimensions du temple 
d'après le Talmud avec celles de la montagne où il s'élevait, déterminé 
l'équivalence des anciennes monnaies et mesures avec celles de son temps. 
Son ouvrage est donc une mine de renseignements, particulièrement pour la 
géographie de la Palestine. Il note avec soin la distance des localités entre 
elles et leur nom arabe actuel. Pour faciliter l'étude que mérite cette première 
archéologie juive de la Palestine, M. L. s'est avisé d'un excellent expé- 
dient. Il a imprimé en lettres rabbiniques les passages qui traitent de ques- 
tions accessoires, en petits caractères ceux qui sont consacrés à la halakha, 
et en caractères plus forts les parties qui ont un intérêt pour l'histoire, l'ar- 
chéologie et la géographie. Ce n'est pas le seul service qu'il ait rendu aux 
travailleurs : les notes dont il accompagne le texte et où se déploient sa 
connaissance de la Palestine actuelle et son érudition talmudique sont un 
secours très précieux. En outre, il a écrit une biographie de l'auteur où tout 
l'essentiel est dit, et dans une langue excellente. Nous faisons des vœux 
pour que le second volume voie bientôt le jour, d'autant plus qu'il contien- 
dra des indices, qui faciliteront encore davantage les recherches. 

nDïli iro "0 Keser Kehuna. Geschichte des Stammbaumes des berùhmten 
Casuisten Sabbatai Kohen, Verfasser des Sifse Kohen, seine Biographie, 
nebst Biographien seiner Enkel u. seiner ganzen Nachkommenschaft , 
von Bernhard Friedberg. Drohobycz, impr. Zupnik, 1898; in-8° de 
41 p. 

mSN \M2 Considérations sur le Kaddisch et règles relatives à cet usage, 
par J. Krausz. Bacs, impr. Rosenbaum, 1898 ; in-8° de 20 p. 

ÎS^n Tlptt Mekor Chaiim. Ausfùhrliche Biographie des Rabbi Chaim ibn 
Attar, Minhage Trefot der jùdischen Gemeinde in Fez, von Rabbi Juda 
ibn Attar, mit einer krit. Einleitung u. der Biographie des Verfassers 
von Jakob Nacht. Drohobycz, impr. Zupnik, 1898 ; in-8° de 40 p. 
T. XXXVI, N° 72. 20 



306 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

prOfe" 1 nbnp '0 Novélles agadiques sur le Pentaleuque, par Isaac Nisan 
[Reitbord]. Wilna, impr. Romm, 1897; in-8° de 224 p. 

pn^" 1 mibin '0 Vie d'Isaac Elhanan [Spector] , par Jacob Lévi Lip- 
schùlz. Varsovie, irnpr. Halter et Eisenstadt, 1898 ; in-8° de 128 p. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Addis (W. E.). Documents of the Hexateuch, translated and arranged in 
chronol. order with introduction and notes. II : The Deuteronomical 
writers and the priestly documents. Londres, Nutt, 1898; in-3° de 498 p. 

Aglen (A. -S.). Lessons in Old Testament history. Londres, Arnold, 1898, 
in-8° de 468 p. 

Baneth (E.) Maimuni's Neurnondsberechnung. Voir Bericht (16.). 

Baum (J.). Der Universalismus der mosaischen Heilslehre. II— III. Franc- 
fort, J. Kauffmann, 1898 ; in-8° de 120 + p. 1-48. 

Bloch (Isaac). Sermons. Paris, Durîacher, 1898 ; in-8° de 329 p. 
Blogh (Pbilipp). Heinricb Graetz. A memoir. Londres, D. Nutt, 1898 ; in-8° 
de 86 p. 

Bohmer (J.). Das bibliscbe « Im Namen ». Eine spracbwissenschaftliche 
Untersucbung ùber die hebr. ÛUJ3 und seine griechische Aequivalente. 
Giessen, J. Ricker, 1898 ; in-8° de 88 p. 

Benamozegh (Ëlie). Bibliothèque de l'hébraïsme. Publication mensuelle de 
ses manuscrits inédits. N° 1. Livourne, S. Belforte, 1897 ; gr. in-8° de 
16+16+16 + 16+ 12 + 4. 

Le sous-titre dit mieux que le titre la perjsée de l'auteur. M. B. se propose 
de publier, par fascicules mensuels, tous les travaux et notes qu'il a encore en 
poitefeuille. Chaque livraison est formée de plusieurs morceaux qui pourront 
ensuite se relier à part. Voici les matières qui y sont traitées : 1° Exégèse 
biblique; ce sont les notes qui ne sont pas entrées dans le corps du commen- 
taire de l'auteur sur le Pentateuque. Exemple : • "i")} Grour. Le principe 
du philosophe napolitain Vico que la peur causée aux premiers hommes par 
la foudre les obligea à ?e chercher une retraite, à fonder les familles par des 
mariages stables et religieux, on peut le voir réfléchi dans cette racine 
hébraïque qui signifie à la fois craindre et s'unir û^ï^ ">b^ *T\*\^ (Psaumes, 
lix, 4 ; voy. lbn Ezra) les petits de plusieurs animaux [lire probablement et 
les petits...]. Et que les premiers hôtes furent les noyaux des premiers 
serfs apparaît dans le parallélisme ^miTîTifiO ^D^î "H3 (Job, xix, 15) ». 
— 2° Sources rabbiniques des six premiers siècles de l'é.v. Recueil do 
notes prises au hasard. Voici seulement la liste des premiers articles : 
charité, commerce, famille, aubergistes, aliments, mariage, boulanger... 
Au hasard aussi le choix de la matière de ces articles. Ainsi commerce : 
« Le commerce produisait au temps des Tannaims le quadruple de ce qu'il 
aurait produit placé en intérêt. On disait : « Cinquante monnaies qui tra- 
vaillent rendent autant que deux cents qui ne travaillent pas » ; famille : 
« La belle-mère dirigeait les aifaires domestiques. D'elle on dit qu'elle 
aime le bon ordre de sa fille et l'estime de son gendre. Voy. Mischna 
Demaï, ch. III. » — 3° De l'origine des dogmes chrétiens. — 4° Théologie 
et philosophie-: De l'âme dans la Bible. — 5° Théosophie. On connaît les 
idées de l'auteur sur ces différents points; inutile d'insister. — 6° Histoire 
et littérature. Sous cette rubrique entrent les articles : Déluge, Sadducéens, 
Sanhédrin, Moïse et Elie, etc. 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Bericht (16.) ùber die Lehranstalt fur die Wissenschaft des Judenlhums 
in Berlin. Mit einer wissenschaftlichen Beigabc von Dr. E. Banetb : 
Maimuni's Neumondsbereehnung. Tlieil I. Berlin, impr. ltzkowski, 1898 ; 
in-4° de 40 p. 

Brennan (M. -S.)- The science of the Bible. Saint-Louis, Herder, 1898 ; in-8° 
de 390 p. 

Brùckner (Martin). Die Komposilion des Bûches Jes. c. 28-33. Ein Re- 
konstruktions-Versuch (Inaugural-Dissertation). Halle, Krause, 1897; 
in-8° de 84 p. 

L'auteur a minutieusement étudié les chapitres xxvm-xxxiii d'Isaïe, qui 
contiennent des morceaux de tendances différentes, et il y reconnaît, à 
l'instar des derniers commentateurs de ce livre, des fragments écrits par 
lsaïe, et d'autres qui sont dus à des écrivains bien postérieurs. Les frag- 
ments attribués à lsaïe, quoique se rapportant presque tous à l'alliance 
projetée, puis conclue eutre les Israélites et les Égyptiens, ne se relient pas 
les uns aux autres. M. Brùckner pense qu'ils ont dû être extraits d'un 
grand ouvrage historique que le prophète aurait composé sur ses démêlés 
avec les chefs du peuple (et le roi?). L'idée mérite l'attention, bien que 
le verset xxx, 8, sur lequel elle s'appuie soit loin d'en apporter la preuve. 
Les morceaux qui ne sont pas d'Isaïe dateraient du commencement du 
II e siècle, et auraient été ajoutés pour apporter la consolation à côté des 
menaces contenues dans la partie ancienne du livre. Ils seraient donc à peu 
près contemporains de l'Ecclésiastique, et ils seraient postérieurs de cinq 
siècles aux morceaux authentiques ! La différence de style entre les uns et 
les autres n'est cependant pas si considérable, tandis qu'elle est si grande 
entre les Proverbes et l'ouvrage de Ben Sira ! Plus la critique progresse 
et plus les questions da style deviennent difticiles à tirer au clair. Les rap- 
prochements que M. Brùckner établit entre certains passages sont parfois 
un peu forcés ; mais il fait preuve de pénétration et il montre une défiance 
louable vis à vis des solutions trop faciles, notamment en ce qui concerne 
la liaison des différents paragraphes. — Mayer Lambert. 

Budde (K.). Das Buch der Richter erklart. Fribourg en Brisgau, Mohr, 
189*7; in-8 9 de xxiv -f- 147 p. (Kurzer Hand-Gommentar zuni Alten 
Testament, hrsgg. von K. Marti. VII. Abteilung). 

Clermont-Ganneau (L.). Les tombeaux de David et des rois de Juda e 
le tunnel-aqueduc de Siloé. Paris, impr. nationale, 1898 ; in-8° de 48 p. 

Dalman (Gustaf). Die richterliche Gerechtigkeit im Alten Testament. Son- 
derabdruck aus der Kartell-Zeitung akad. theol. Vereine auf deutschen 
Hochschulen. Berlin, 1897 ; in-8° de 19 p. 

Le mot tlplit a déjà eu l'honneur de maintes monographies. Dans la 
brochure présente, M. Dalman a étudié ce mot dans son application au 
juge. Il est curieux, en effet, de voir que la cedaqa dans la littérature rab- 
binique désigne la mansuétude du juge, tandis que dans la Bible elle in- 
dique la stricte justice. Le lien entre les deux acceptions est, selon M. D., 
le suivant : La justice a pour but de rendre à chacun ce qui lui est dû, 
elle proclame l'innocence du juste et la faute du coupable, mais, d'un autre 
côté, elle délivre l'opprimé de l'oppresseur, et se confond ainsi avec la cha- 
rité. Le juge modèle, c'est Dieu. M. D. combat l'erreur commise par quel- 
ques-uns qui interprètent la tlp^lt, quand elle qualifie le Dieu libérateur, 
comme la fidélité de Dieu à son pacte et à l'ordre régulier du monde. Les 
idées exposées par M. Dalman sont intéressantes ; toutefois nous croyons 
que le mot p^ est arrivé à prendre le sens de yW* • victoire » par une 
autre voie que celle qu'indique M. D. Il est à remarquer que p^it est bien 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus usité que Ïlp1£ dans ce sens. Pour nous, p^ « triomphe • se rat- 
tache à pi'îit « celui à qui les juges donnent raison, celui qui l'emporte 
dans le procès ». De là, le sens de victoire. "I3p1}£ 'n dans Jér., xxni, 6, 
nous paraît signifier, non pas « notre Dieu juste », mais « Dieu est notre 
triomphe », c'est-à-dire : « c'est par Dieu que nous triomphons ». — 
M. D. termine en attribuant à l'influence de l'araméen la transformation du 
sens de îlplii, qui de justice est devenu boute. — Mayer Lambert. 

Dalman (G. -IL), lïîinn *\T& Aramâisch-neuhebràisches Worterbuch zu 
Targuai, Talmud und Midrascb. Unter Mitwirkung von P. Theodor 
Scbâff. Teil I, Mit Lexikon der Abbreviaturen von G. -H. Hândler. Franc- 
fort, J. Kauffmann, 1897 ; in-8°. 

M. Dalman, le savant auteur de la Grammaire de l'araméen judéo-pales- 
tinien, publie de nouveau un ouvrage destiné à faciliter l'étude des textes 
rabbiniques. Ce lexique n'a pas la prétention de dépasser les grandes 
œuvres de Levy et de Kohut, il résume simplement les travaux de ses pré- 
décesseurs, qui sont trop vastes et trop coûteux pour les besoins des com- 
mençants. C'est à ceux-ci que M. Dalman s'adresse principalement, car, pour 
une étude approfondie, il faudra toujours consulter les deux Thésaurus de 
la lexicographie rabbinique. En effet, excepté pour les Targoumim, nous 
ne trouvons pas de citations, ce qui est très fâcheux, surtout quand un 
mot a plusieurs significations. En outre, l'auteur n'indique pas le nom des 
savants auxquels sont dues les étymologies des mots venant du grec ou du 
latin. Nous ne pouvons donc pas distinguer ce qui appartient à M. D. lui- 
même et ce qui est emprunté à des ouvrages plus anciens. Pour les mots d'ori- 
gine persane, M. D. n'indique jamais l'étymologie, « parce que beaucoup lui 
paraissaient là encore très incertaines ». Je ne comprends pas cette timidité, 
car n'a-t-on pas reconnu d'une façon incontestable des douzaines de mots per- 
sans et dans les Targoumim et dans le Talmud babylonien, et n'y a-t-il pas. 
d'un autre côté, beaucoup de mots grecs et latins dont l'explication est presque 
impossible? Parmi les travaux préparatoires pour un futur dictionnaire des 
mots persans, M, D. a oublié de nommer les œuvres de mon père, qui en 
expliquent un grand nombre : Etymologische Studien (Breslau, 1871); Zut 
rabbinischen Sprach-und Sugenhunde ^Breslau, 1873) ; Beltrâge zur rabb. 
Sprach-und Altertumskunde (Breslau, 1893). A ce propos, je ferai remarquer 
que plusieurs étymologies persanes données par Fleischer dans ses addi- 
tions au Dictionnaire de Levy ont déjà été trouvées par mon père long- 
temps avant lui. Ce célèbre savant, et par son érudition et par son carac- 
tère, est au-dessus de tout soupçon, mais personne ne m'en voudra de 
rappeler ici la priorité pour mon père de ces trouvailles. Fleischer-Levy, 

I, 284 a : 'piOTNa bâzyârân ; cf. Etym. Stud., 24-26. — I, 287 a : 
NpnOn bestu ; cf. Etym. Stud., 59. — I, 288 a : Nrm bereh : cf. Etym. 
Stud., 16. — 432* : Np-im.' /NpTia gôreh; cf. Zur rabb. Sprach-und 
Sayenk., 35. — I, 440 b : ^"H dâmr ; cf. Etym. Stud., 119. — I, 559 h : 
NpPD'-in refteh ; cf. Etym. Stud., 10. — I, 563 b : *>Wn zangi ; cf. Etym. 
Stud., 85. — I, 563 b : jKp-fljT zendân ; cf. Etym. Stud., 130. — II, 210a : 
N3C3!Dl3 tacht;d. Etym. Slud., 28. — II, 210 a : NpOr: Totèi;, arabe Dpù3 ; 
cf. Etym. Stud., 108. — H, 212 b : K'prW'û teschteh ,■ cf. Etym. Stud., 47. 

II, 448 a : ND"tt ")Tn "1ÊO char hezûr gitnek ; cf. Etym. Slud.. 16. — IL, 
/i52 i : ÊOT3D hâmek; cf. Etym. Stud., 85. — II, 454 a : NDO")D hispeh ; 
cf. Etym. Stud., 21. — III, 307 b : 12TVI2 arabe mahata (moucher la mèche); 
cf. Etym. Slud., 7. — III, 718 a : p")?2"l3 numruk ; cf. Etym. Stud., 28. — 

III, 719a : ITlUÎD nuschâdir ; cf. Etym. Stud., 48 (Lagarde, Ges. Abh., 9 
auquel Fleischer renvoie ne cite pas la forme rabbinique]. — III, 726 b : 
NpOID^D sepùsch; cf. Z. rabb. Sprach.-und Sagenk., 31. — IV, 228 a : 
brnD pergâl; cf. Z. rabb. Sprach.-und Sagenk., 30. 

M. Dalman a pu se servir de beaucoup de manuscrits des Targoumim et' 
il en donne la vocalisation, qui est souvent préférable à celle de nos édi- 



BIBLIOGRAPHIE 309 

lions. C'est surtout Onkelos que l'auteur a étudié avec attention, et il a 
marqué spécialement les mots qui se trouvent dans ce Targoum. Le dic- 
tionnaire des abréviations sera le bienvenu pour beaucoup de lecteurs, et 
si l'on peut lui faire un reproche, c'est qu'il est trop riche. Beaucoup 
d'abréviations qui ne sont justifiées que par le contexte et qui ne devinrent 
jamais usuelles grossissent inutilement le recueil. — Les corrections qui 
suivent ne doivent pas diminuer la valeur de l'oeuvre de M. D., dont la fin, 
espérons-le, ne tardera pas à paraître : *"2N, nom du célèbre Amora, 
manque. M. D. ne cite qu'un nom "»3&, abréviation de ÏT3N . ^"ON dérive, 
comme on le sait, de la racine syriaque ^3 « consoler » [= "»37ûn^. — 
OITÛ^SN n'est pas Eùvôu.aoç, bien que Torlbographe semble plaider pour 
cette étymologie, mais Oîv6[xao<;. — "l?npiû33N, lire HDSp^Uatf (v. Mo- 
natsschrift, XXXVII, 377), àvTixév<7wp. — nT^IMDN dérive de ttout^vy] (Z. 
rabb. Spr., 22). — "VHtaba est probablement "H"i;ûb3D (au lieu de ^"1153^3 
de notre texte) siglatura ; voir mes Analekten, 7. — N"]pD*lb} dérive do 
xapfiixàpiov {Et. St., 6). — d^TOn mb^TO^ signifie principalement la cha- 
rité (v. Revue, XXXV, 50, sur Sira, nr, 31). — NlDIà (omis par Fraenkel, 
Aramâische Fremâtcôrter, 238) se trouve déjà dans une inscription sabéenue * 
et n'est donc pas emprunté au grec ),ovvoa. — lEONH, comme Ta bien vu 
Fleischer (Levy, I, 556 à) dérive du persan hestu « en effet ». — 'pmn 
t gage » dérive du verbe sémitique *p!~HÎ7î, qui se trouve en arabe aussi, 
et n'a aucune parenté avec àppa(3wv. — NûûfP « diable » n'est pas sémi- 
tique, mais persan : Yaht [Monatsschrift, XXXVII, 6). — Félix Perles. 

David (M.). Das Targum Scheni, nach Handschriften hrsgg. u. mit einer 
Einleitung versehen. Berlin, Poppelauer, 1898 ; in-8° de vin + 48 p. 

Driver (S.-R.J. The books of Joël and Amos, with introduction and notes. 
Cambridge, University Press, 1897 ; in- 12 de 244 p. 

Dubnow (S. -M.). Die jiidische Geschichte. Ein geschicbtspbilosophischer 
Versuch. Berlin, Calvary, 1898; in-8° de vu + 89 p. (Traduit du russe 
par J. F. Berl). 

Garland (G.-V.j. The problems of Job. Londres, Nesbet, 1898; in-8° de 
378 p. 

Gas-nos (X.) Etude historique sur la condition des Juifs dans l'ancien 
droit français. Thèse de doctorat. Angers, impr. Burdin, 1897 ; in- 8° 
de 254 p. 

Gautier (Lucien). Souvenirs de Terre-Sainte. 2° e'dit., avec 60 illustra- 
tions. Lausanne, G. Bridel, 1898; in-8° de 348 p. 

Ginsburg (C.-D.). The hebrew Bible. A séries of 18 fac similes of mss. 
printed in Collotype by J. Ilyat. Londres, Unicorn Press, 1893 ; in-f°. 

Goldsghmied (Rabb. D r L.). Modernes Judenthum. Vienne, Breitenstein, 
1898 ; in-8° de 74 p. 

Brochure pleine d'idées et de faits, qui se lit avec le plus vif intérêt. 

Goldsghmidt (Lazarus). Der babylonische Talmud. III. Band, 1. Liefe- 
rung. T-O10 DSD72. Der Traktat Sukkah, ùbersetzt. Berlin, S. Calvary, 
1898 ; in-4° de col. 1-216. 

Ont déjà paru les t. I et II contenant Berachot, Zeraim, Sthabbat, Erov.bin, 
Pesahim et Toma, aveé texte, notes et traductions. Le présent fascicule inau- 
gure une autre forme de publication. A côté de l'édition avec textes et notes, 
paraîtra la traduction seule. 

1 111 sur la stèle de Marib (communication de M. Hommel). 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES - 

(iuNNiNG (J.-1J.)- Jcsaja xl-lxvi. Hebreuwsche Tekst. Rotterdam, Brede'e, 
1898 : in-8° de 56 p. 

Texte de ces chapitres restauré d'après les conjectures de l'auteur* 
Exemples : xl, 5, i;nD"> -)U53 bs W1, au lieu de ïirp ; 6, J-fl3 -pJ&O 
$npN, au lieu de 1fè^\ ; rTlUîîl y^S "mil \>^\ au lieu de «non; 20,' 
rr.M2r\ fêDÈn, au lieu de J-!73*nn "îSDttîl ; xli, 1. ibm d^JNbl 
WDinb, au lieu de. rû 1D">brP ; VlST. *]fc 1^, au lieu de ÏK iffi^ 
")""DY , « C'est donc une tentative analogue à celle de Cornill et à celle de 
Graetz; seulement, à la différence de ces exégètes, l'auteur n'indique pas les 
motifs de ses corrections : sont-elles suggérées par les variantes des anciennes 
versions ou sont-elles imaginées d'après le contexte? sont-elles nouvelles, ou 
n'ont-elles pas été proposées déjà? c'est ce qu'il ne dit pas. Nous n'avons pas 
trouvé sans surprise des restitutions fondées sur le système que nous avons 
esquissé à propos de l'Ecclésiastique. Ainsi inîlDinb iblT, pour fû "lD^btP, 
suppose l'écriture de ces deux mots en abrégé. — A ce propos, nous ferons 
remarquer que Ben Sira prouve peut-être que la leçon massorétique était 
déjà courante, car en. xlih, 10-11, le parallélisme, bip "172^ H 'n "bl^lZ 
et rD ID^bnn "P^l"^ ressemble à une imitation de Ù"»">N ">b& 1U3"nnr» 
HO ID^brP Û^ONbl de ce verset d'Isaïe. — L'auteur va si loin en suivant 
ce système qu'au verset 2 du même chapitre, il corrige, 'jrP en Dfà^n. 
correction bien peu heureuse, car la phrase signifierait : « Sun épée les ré- 
duit en poussière, sa flèche en paille volante. » Or, si l'on comprend très 
bien l'image : < 11 fait de son (de leur d'après ies Septante] épée de la pous- 
sière et de sa llèche une paille volante » (c'est-à-dire il rend inollènsives leurs 
armes ». rien ne serait plus étrange que d'assimiler des cadavres à la paille. 
M. G. a été séduit par l'analogie de ËHtpri YWD n^n^l, verset 15, mais 
là, la figure convient admirablement à la pensée et au contexte. Outre ces 
corrections des leçons de la Massora, les versets sont distribués autrement 
que dans le texte reçu. Ainsi, entre xl, 19 et 20, est inséré xli, 7. 

Uastings (J.) et Selbik (J.-A.). Dictiooary of the Bible, dealirjg with ils 
language, literatuie and contents including the biblical theology. Vol. 
1 : A. Feasts. Edimbourg, Clark, 1898 ; in-4° de 880 p. 

IIollmann (R.). Untersuchungen iïber die Erzvâter bei den Propheteu bis 
zum Beginn des babylonischen Exils. Jurjcw, Karow, 1S98; in-8° de 
84 p. 

IIummelauer (F. von). Nochmals der biblisebe Schopfungsbericht. Fri- 
bourgenBrisgau, Herder, 1898 ; in-8° de ix+ 132 p. (Biblische Studien, 
hrsgg. von O. Bardenhewer. 3. Band, 2. Heft.) 

Jastrow (Morris\ The weak and geminative verbs inhebrew by Abu Zaka- 
riyya Yabiâ ibn Dâwud of Fez known as Ilayyûg, the arabic text now 
published for the firsl time. Brill, Leyde, 1897 ; in-8° de lxxxv et 271 
pages. 

Il y a longtemps que l'on attendait la publication du texte original des 
œuvres de Ilayyoudj sur les verbes faibles et les verbes géminés. M. Jas- 
trow, qui s'était chargé de cette tâche, l'a heureusement terminée et nous 
l'en félicitons sincèrement. Si l'on ne doit pas s'attendre à ce que le texte 
arabe de Hayyoudj fournisse des résultats nouveaux pour l'histoire de la 
grammaire hébraïque, il est néanmoins agréable de posséder l'œuvre du 
grand grammairien, tel qu'il Ta écrite. On avait les traductions d'Ibn Ezra 
et d'Ibn Chiquitilla, mais l'une est imprimée d'une manière défectueuse et 
l'autre a été parsemée d'additions qu'il était difficile parfois de distinguer 
du texte original. — Dans son introduction, M. Jastrow retrace brièvement 
la vie de Hayyoudj, d'ailleurs imparfaitement connue, et énumère et carac- 



BIBLIOGRAPHIE 311 

térise ses œuvres. M. Jastrow indique ensuite les manuscrits qu'il a eus à 
sa disposition. Il est regrettable que les manuscrits de Saint-Pétersbourg 
n'aient pu être utilisés par M. Jastrow qu'après que son texte avait déjà 
été établi. Les variantes ont été mises dans la liste des notes qui viennent 
à la suite de l'introduction et qui remplissent treute-cinq pages. Ces va- 
riantes ne sont pas toutes importantes et portent souvent sur des différences 
orthographiques. C'est dans la même liste que se trouvent les corrections 
que M. Jastrow a apportées à son texte et qui sont assez nombreuses. Un 
index des passages bibliques cités par Hayyoudj eût été fort utile, car 
beaucoup de mots irréguliers sont expliqués incidemment. M. Jastrow ou 
l'un de ses élèves rendrait service aux hébraïsants en faisant ce petit tra- 
vail, sans lequel la publication des œuvres de Hayyoudj reste incomplète. 
— Nous signalons en terminant quelques fautes non relevées dans 1 errata. 
P. 3, 1. 10, il faut certainement NCHNp, au lieu de NO£<rp, en parallé- 
lisme avec frOfàr07J- — 1 } - 8, I. 9, le daguesch du yod de "D*n et 
"D12T1 doit être supprimé. — P. 10, 1. 8, lire 5]"n27DbN, au lieu de 
rpH^Tobtf. — P« ''84, N/2 fcîb^bp est très correct comme locution adver- 
biale. — P. 20, 1. 13 et passim. Les manuscrits ont-ils réellement NT au 
lieu de "^T, qui est la forme correcte? — Mayer Lambert. 

Kiesi.er (Heinrich). Judenthnm und modemer Zionismus. Vienne, M. Brei- 
tcnstein, 1897; in-8° de 31 p. 

Krauss (Samuel). Griecbische und lateinische Lehnworter im Talmud, 
Midra^ch und Targum, mit Bemerkungen von Immanuel Lôw. Teil I. 
Berlin, S. Calvary, 1898 ; in-S° de xvi + 349 p. 

Un de nos collaborateurs rendra compte prochainement de cet important 
travail. 

Modona (Leonello). Rime volgari di Immauuele Romano, poeta del xiv se- 
colo, nuovamente risconlrate sui codici e fin qui note. Parme, impr. Pel- 
lcgrini, 1898 : in-8° de 42 p. 

Pavly (Jean de), "p-l^ "jnb'CS Rituel du Judaïsme, traduit pour la première 
fois sur l'original chaldéo-rabbinique et accompagné des notes et re- 
marques de tous les commentateurs. T. II. Orléans, impr. G. Michau, 
1898; in-8° de 170 p. 

Pavly (Jean de). !"Ij73£« ST^J*. La cité juive. Orléans, G. Michau, 1898; 
in-4° de 85 p. 

C'est la première partie d'un travail sur l'esprit du judaïsme. « On y 
examine la quintessence de la loi, de la morale et des croyances. Le second 
volume, formant la partie pratique, nous familiarise avec la vie publique et 
privée du Juif. « J'ai pensé, dit l'auteur, que, pour arriver à définir le 
Judaïsme, il valait mieux procéder en sens inverse de la méthode habituelle 
et étudier la vie d'un Juif pour en connaître les convictions intimes, les 
sentiments qui l'animent; en d'autres termes, j'ai pensé que ce n'est pas 
l'étude de la religion qui nous fera connaître le Juif, mais qu'au contraire il 
fallait surprendre la religion juive là où elle a fait véritablement sa demeure : 
dans une cité de vrais croyants. Partant de ce principe, j'ai essayé de re- 
construire par la pensée une cité juive telle qu'elle existait avant la disper- 
sion du peuple d'Israël. Je me suis servi, à cet effet, de ces parties de la 
Mischna seulement qui ne sont pas contestées; des sentences et des récits 
des Thanaïths des deux Talmuds et des Midrashim, qui ont enseigné peu 
après la destruction de Jérusalem; enfin, du Zohar dont le fondateur, déjà 
nommé (Siméon, fils de Johaï; commencé par cet auteur, le Zohar a été 
achevé à la fin du vu 6 siècle), ainsi que les principaux rédacteurs ont vécu 
vers la même époque. C'est à l'aide de ces documents authentiques et irré- 



U2 nEVUE DES ETUDES JUIVES 

futables que j'ai reconstitué la vie publique et privée des Juifs primitifs. » 
Nous croyions tout d'abord que M. de P. se proposait de décrire les 
croyances, institutions et mœurs des Juifs de nos jours et de déterminer ainsi 
l'idéal qui, à leur insu peut-être, les dirige. Le travail eût été très instructif 
et on eût compris ainsi que le Zobar fût invoqué pour l'histoire de certaines 
idées et coutumes qui sont aujourd'hui celles de beaucoup de Juifs, même 
de ceux qui rejettent Pautorité de la Cabbale. Mais, puisque M. de P. veut 
reconstruire la cité des Juifs primitifs, le Zohar, à notre avis, qui est celui 
de tous les savants juifs, ne saurait pas fournir de matériaux. 11 est impos- 
sible, pour celui qui a jamais comparé les passages du Zohar à ceux du 
Talmud et des Midraschim qu'il copie, de ne pas reconnaître que l'auteur 
de cette compilation a utilisé les monuments les plus récents de la littérature 
talmudique et midraschique. M. Bâcher a ici même montré qu'il avait même 
emprunté la technologie des exégètes espagnols du xn e siècle. 11 faut donc 
résolument écarter le Zohar pour cette œuvre de restauration. En outre, 
même les documents dont l'authenticité n'est pas douteuse, comme ceux du 
Talmud et des Midraschim, doivent encore être classés; ils ont conservé, 
même pour la période des Tannaïm, Jes traces de conceptions diverses, de 
tendances opposées, de phases successives dans le développement de la 
pensée et des institutions juives. 11 iaut donc se garder de mettre sur le 
même plan tout ce qui peut se rapporter aux six siècles qui précèdent et 
suivent l'ère chrétienne. Encore plus faut-il s'abstenir de faire entrer dans le 
même tableau des traits empruntés à la littérature rabbinique palestinienne 
et à celle des apocryphes ou philosophes proprement alexandrins. La 
Sagesse n'a pas exercé sur les Juifs de la Palestine la même intluence qve 
l'Ecclésiastique (que l'auteur nomme souvent PEculésiastc), si même elle a 
jamais été lue. En d'autres termes, au point de vue .scientifique, une recons- 
titution de la cité juive avant la dispersion d'Israël ne nous paraît pas pos- 
sible avec les matériaux recueillis par M. de P. L'ouvrage d'Edersheim, très 
incomplet, puisqu'il élimine les croyances, et quoique empreint de partialité, 
nous paraît mieux remplir le programme. Mais ces réserves faites, nous sommes 
heureux de rendre hommage à la science de l'auteur, à son réel talent d'ex- 
position, à l'élévation de ses pensées et a la solidité de son érudition. Ancien 
professeur à l'École du Sacré-Cœur de Lyon, il n'en a pas moins de sympa- 
thie pour les idées et les mœurs qu'il décrit, il sait les apprécier avec impar- 
tialité et même les défendre avec chaleur et autorité. La lettre dédicaloire au 
cardinal Serafini Cretoni, qui est en tête de l'ouvrage, est à la fois un 
témoignage de haute raison et un acte de courage. Il faut tant d'héroïsme 
aujourd'hui pour ne pas craindre de dire la vérité ! 

Philonis Alexandrini opéra quae supersunt ediderunt Leopold Cohn et 
Paulus "Wendlaud. Vol. II. éd. Paulus Wendlaud. Berlin, Reimer, 1897; 
in-8° de xxxiv -f- 314 p. (De posterilate Caini, De Gigantibus, Quod 
deus sit immutabilis, De agricultura, De plaotatioDe, De ebrietate, De 
sobrietate, De confusione liuguaruin, De inigratione Abrahami). 

Rosenblûth (S.). Die Seelenbegriffe im Allen Testament. Berne, Sleiger 
1898 ; in-8° de 62 p. (Berner Sludien zur Philosophie und ihrer Geschi- 
chte, hrsgg. von L. Slein). 

Sachs (Hirsch). Die Partikeln der Mischna. Inaugural-Dissertation. Berlin, 
Mayer et Mûller, 1898 ; in-8° de 51 p. 

Samter (N.). Judenthnm und Proselytismus. Vortrag. Breslau, Jacobsohn, 
1897 ; in-8° de 40 p. 

Sax (B.). Le prisme de Sennacbérib dans Isaïe. Paris, Leroux, 1897; 6 p. 
in-4°. (Extrait de la Revue iïassyriologie et $ archéologie orientale, vol. IV, 
n° 2, 1897). 



BIBLIOGRAPHIE 313 

Isaïe, x, 13-14, fait ainsi parler le roi d'Assyrie (Sennachérib) : « Et j'ai 
déplacé les bornes des peuples, et leurs provisions, je les ai pillées... Et 
ma main a trouvé comme dans un nid les richesses des peuples... • Or 
l'inscription du prisme découvert par Taylor et qui est répétée sur les tau- 
reaux de Kouyoundjik, met dans la bouche du même roi ces mots : t Mais 
Ezéchias n'avait pas l'ait sa soumission..., j'ai emmené captives 200,150 per- 
sonnes... des femmes, des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux, 
des bœufs et des moutons sans nombre. Quant à lui (Ezéchias), je l'en- 
fermai dans la ville dUrsalemmi, sa capitale, comme un oiseau dans une 
cage... J'ai séparé de leur pays les villes que j'avais prises ; je les ai don- 
nées à Metenti, roi de la ville d'Azdod ; à Padi, roi de la ville de Migron, 
et à Ismi-Bel, roi de Gaza. J'ai diminué son royaume... » Puis vient l'énu- 
méralion de la partie la plus riche du butin. La coïncidence de ces deux 
discours, et, en particulier, des images comme d'un oiseau dans une cage et 
comme dans un nid, fait supposer à M. Sax qu'lsaïe avait sous les yeux 
l'inscription assyrienne. — Le même prisme de Taylor se rencontre avec 
un autre passage du prophète, Isaïe, xxxvn, 24 et 25 : « Par tes serviteurs 
tu as outragé le Seigneur et tu as dit : « Avec la multitude de mes chariots, 
je suis monté sur le haut des montagnes, dans la partie la plus extrême du 
Liban et j'ai coupé les plus élevés de ses cèdres et les plus beaux Je 
ses cyprès, et je suis arrivé jusqu'à son extrême sommet, à la forêt de 
son Carmel. J'ai creusé et j'ai bu de Veau, et j'ai desséché, de la plante 
de mes pieds, tous les torrents encaissés. » Inscriptions du prisme : 
Sennachérib parlant des tribus du pays de Nipour dit : « Elles avaient 
perché leurs demeures comme des nids d'oiseaux, en citadelles impre- 
nables, au-dessus des monticules du pays de Nipour sur de hautes mon- 
tagnes, et ne s'étaient pas soumises. Les débris des torrents, les fragments 
des hautes et inaccessibles montagnes, j'en façonnai un trône, j'aplanis une 
des cimes pour y poser ce trône, et je bus l'eau de ces montagnes, l'eau 
auguste, pure, afin d'é ancher ma soif. Quant aux hommes, je les surpris 
dans les replis des collines boisées... » M. Sax déteimine ensuite la date de 
rédaclion de ces divers passages. — A supposer que les rencontres d'expres- 
sions soient tout à fait convaincantes, il faudrait qu'lsaïe lût allé en As- 
syrie et y eût déchiffré ces lignes écrites en caractères cuuéif.rmes, ou 
qu'une copie, traduite en hébreu, lui eût été apportée eu Judée. C'est une 
objection que nous prenons la liberté de soumettre à l'auteur de celte 
curieuse notice. 

Schwab (M.) Inscriptions hébraïques en France du vu c au xv e siècle. 
Paris, imprimerie nationale, 1898; in-8° de 40 p. (Extrait du Bulletin 
archéologique, 1897). 

Le présent mémoire a été lu par notre excellent confrère et ami M. S. au 
dernier Congrès des Sociétés savantes. Il répondait à cet'e question du pro- 
gramme : « Rechercher les épitaphes, inscriptions de synagogues, graffites, 
en langue et en écriture hébraïques, qui n'ont pas encore été signalés, ou 
imparfaitement publiés jusqu'à présent. » Giàce au zèle de M. S., nous 
possédons maintenaut un catalogue complet de toutes les inscriptions juives 
de France connues jusqu'à ce jour. A celles qui avaient été déjà publiées, 
et dont M. S. a rectifié le déchiffrement, en sont jointes de nouvelles, entre 
autres celle de Narbonne, dont il a été traité dans cette Bévue. Ces docu- 
ments ne jettent pas une grande lumière sur l'histoire des Juifs de ce pays ; 
mais il était bon qu'on les réunît, et il faut savoir gré à M. S. de s'être 
chargé de cette tâche et de s'en être acquitté avec succès. 

Singer (Wilhelm). Das Buch der Jubilàen oder die Leptogenesis. I. Theil : 
Tendenz und Ursprung. Zugleich ein Beitrag zur Religionsgeschichte. 
Stuhlweissenburg (Hongrie), Ed. Singer, 1898 ; in-8° de 323 p. 
Compte rendu dans le prochain fascicule. 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Strack (Hermann-L.). Einleitung in das Alte Testament einschliesslich 
Apokryphen und Pscudepigraphen, mit eingehender Angabe der Litte- 
ratur. Fùufte, vielfach vermehrte und verbesserte Auflage. Munich, C.-H. 
Beck, 1898 ; in-8» de vin + 233 p. 

Cette Introduction à la Bible et aux Apocryphes en est à sa cinquième 
édition, ce qui prouve le succès qu'elle a obtenu auprès des théologiens. 
Tout en étant bref, M. Strack a suffisamment développé les points essen- 
tiels de la critique biblique, par exemple, le vocabulaire des différentes 
source* du Pentateuque. La littérature exégétique et critique est donnée 
d'une manière aussi complète qu'on peut le désirer, et M. Strack l'a mise au 
courant des derniers travaux. Sous ce rapport, l'Introduction de M. Strack 
est particulièrement utile à consulter. — M. L. 

Stei.nschneider (Morilz). Die hebraischen Handschriften der K. Hof-u. 
Staatsbibliotbek in Mùnchen. 2. grossenteils umgearbeitete Auflage. Mu- 
nich, Palm, 1895 ; in-8° de x +277 p. 

Nous venons un peu lard pour rendre compte de cette deuxième édi Lion 
du Catalogue des mss. hébreux de la Bibliothèque de Munich, mais nous 
avons pour excuse que l'ouvrage ne nous a été envoyé que récemment. 
Nous reconnaissons sans peine, d'ailleurs, qu'il nous faudrait beaucoup de 
temps encore pour juger avec compétence une œuvre de cette nature. On 
sait ce qui distingue les catalogues dus au Nestor de la bibliographie 
hébraïque. Quand même ils n'imitent pas le fameux Catalogue des livres 
hébreux de la Bodléienne, catalogue qui est, en réalité, une histoire dé- 
taillée de la littérature juive, ils offrent ceci de commun avec cet opits 
magnum de l'illustre savant, d'être des répertoires manuels d'un prix inesti- 
mable. M. S., en effet, ne se borne pas à décrire les mss., à relever dans 
chacun les notices intéressantes pour la vie de l'auteur, ou pour la science 
en général, il indique toujours les autres mss. semblables qui se trouvent 
dans les diverses bibliothèques, les comparant entre eux ou avec les impri- 
més, il apprend si l'ouvrage est inédit et, dans le cas contraire, énumère 
les éditions qui en ont été faites; bien mieux, par des notes concises, qui 
o:it parfois l'air d'équations algébriques, il dit l'essentiel sur l'ouvrage en 
question et renvoie aux plus importants travaux qui lui ont été consacrés. 
Il suffit donc qu'un livre se trouve en ms. dans les bibliothèques dont il a 
dressé le catalogue, pour qu'on en sache immédiatement l'essentiel. Une 
deuxième édition d'un de ces Catalogues n'est pas seulement utile pour la 
connaissance des acquisitions nouvelles de la Bibliothèque à laquelle il est 
consacré, mais pour celle des études récentes provoquées par les ouvrages 
qui figuraient dans la première édition. Comme de juste, le Catalogue se 
termine par d'excellents indices, des auteurs, des copistes, des proprié- 
taires des mss., des litres, des anonymes, des localités. En outre, plusieurs 
appendices donnent : 1° la liste des autorités citées par Zahravi, par Isak 
Akko, par l'auteur du l^p upb. des passages du Zohar qui se trouvent 
dans les divers mss. de Munich avec renvoi à l'édition de Manloue — 
l'ordre suivi est celui des chapitres du Pentateuque, — la copie d'un texte 
de Mordechaï Rossello intéressant pour l'histoire, etc. — Si Ton se rap- 
pelle que M. S. a célébré il y a deux ans son quatre-vingtième anniver- 
saire, on ne pourra qu'admirer la fécondité d'une vieillesse toujours jeune 
qui nous vaut de si remarquables travaux. 

Weissberg (Max). Die neuhebraische Aufklarungs-Literatur in Galizieu. 
Eine literar-bistorisebe Charakteristik. Vienne, M. Breitenstein, 1898; 
in-8° de 88 p. 

Wildebœr (G.). Die Sprùcbe. Fribourg en Brisgau, Mobr, 1897 ; in-8° de 
xxiv + 95 p. (Kurzer Hand-Commenlar zum Alten Testament, hrsgg. von 
K. Marti. XV. Abteilung). 



BIBLIOGRAPHIE 315 

Year book of Central conférence of American rabbis for 1897-98 = 5658. 
CincinDati, May et Kreidler, 1898 ; in-8° de lviii -j- T9 p. 

Contient les conférences suivantes, qui ont toutes un caractère popu- 
laire : The theology of the old Prayer = Book, par Max Margolis ; — The 
Rabbi as a public man, par J. L. Leucht ; — Eulogy in mernory of Rabbi 
Israël Joseph, par Rabbi Joseph Stolz ; — A i'ew words about funeral 
reforms, par Léo M. Franklin ; — Gibt es Dogmen im Judenthum, par 
II. Felsenthal. 



4. Notes et extraits divers. 

= = M. David Kaufmann vient de publier, dans les Arcliiv fit» Geschichte 
der Pilosophie (t. XI, fasc. 3) de Ludwig Stein, une remarquable étude 
sur la diffusion du Guide des égares de Maïmonide dans la litte'rature 
universelle (Der « Filhrer » Maimfuus in der Weltlitteratur). Nous nous 
réservons d'en rendre compte dans le prochain numéro. 

= == Un nouveau dictionnaire hébreu. — C'est de Jérusalem que nous vient ce 
nouvel instrument de travail. Jusqu'ici la Palestine ne nous envoyait que 
des novelles et consultations rabbiniques, des élucubrations mirifiques ; 
voici qu'une révolution s'opère dans ce pays devenu le point de mire de 
tant de Juifs de nos jours. Une géne'ration nouvelle ne croit pas être infi- 
dèle aux traditions en cultivant la langue hébraïque et en étudiant avec les 
exigences modernes les œuvres du passé. Les publications de M. Luncz 
en sont une preuve entre beaucoup d'autres, celle de M- Ben Jehuda le 
démontre également. Sous le titre de *Jlb73, cet auteur, connu par son 
journal hébreu "^Stn, a entrepris de dresser le vocabulaire de tous les 
mots anciens et modernes qui peuvent servir à la résurrection de l'hé- 
breu comme langue vivante. Si l'ouvrage n'avait que cette destination, 
nous pourrions en discuter l'utilité. Mais il offre des avantages bien plus 
sérieux. Celui qui étudie les divers monuments de la littérature juive, 
est obligé, pour la période ancienne, de recourir à plusieurs diction- 
naires, à celui de la Bible, à ceux du Talmud, des Midrachim. Quand il 
aborde le moyen âge, son embarras est grand : aucune aide pour la 
langue des poètes hébreux de ce temps, des livres de science, traduc- 
tions ou œuvre originales, philosophie, théologie, grammaire, sciences 
exactes, etc. S'il s'avise de vouloir comprendre les termes employés dans 
le néo-hébreu, il est encore plus désorienté. Le dictionnaire de M. B. J. 
vient répondre à tous ces desiderata : on y trouvera le matériel de la 
langue hébraïque aux différentes phases de son développement. L'ou- 
vrage est rédigé en hébreu, mais tous les mots dont il est traité sont ren- 
dus en français et en allemand. Il se publie par livraisons et formera quatre 
volumes. Nous souhaitons bon succès à l'auteur, dont l'entreprise est 
digne de toutes ces sympathies. 

: = M. Emile Durkheim, professeur de sociologie à la Faculté des lettres 
de Bordeaux, a entrepris de rendre compte annuellement de tous les 
travaux rentrant dans le domaine de la sociologie. La science des reli- 
gions en faisant incontestablement partie, M. D. a accordé une place, dans 
son Année sociologique (Paris, Hachette, 1898), à la bibliographie des 
ouvrages et articles relatifs à la religion d'Israël. L'idée est excellente, 
mais l'application n'en est pas facile. Il faut, pour cela, des savants con- 



316 REVUE DES ETUDES JUIVES 

naissant, d'une part, les questions relatives à la religion hébraïque et 
juive — et combien y en a-t-il en France? — et, d'autre part, sachant en 
tirer ce qui intéresse la sociologie. Outre ces comptes rendus, V Année 
sociologique renferme des mémoires originaux ; celui de M. D. sur la 
prohibition de V inceste et ses origines mérite la plus sérieuse attention. 

===== L'antisémitisme et l'accusation de meurtre rituel. — Un ecclésiastique, 
le Père Constant, a publié, en 1896, un ouvrage, Les Juifs devant VEglise 
et l'histoire (Paris, Gaume et G' ), où il essaie de démontrer que les me- 
sures prises par l'Eglise contre les Juifs sont empreintes de la plus pro- 
fonde sagesse. Afin de faire pénétrer plus facilement la conviction dans 
l'esprit de ses lecteurs, il a cru nécessaire, comme il dit, de présenter le 
peuple juif sous son vrai jour. Suit alors la longue série d'absurdités, de 
calomnies, de fables ridicules répétées depuis des siècles par tous les 
ennemis des Juifs. La collection ne serait naturellement pas complète 
s'il y manquait la fameuse accusation de meurtre^ rituel. Pour prouver 
que cette odieuse accusation est vraie, le Père Constant invoque la béa- 
tification de l'enfant Simon de Trente, l'autorité des papes, la science des 
Bollandistes et. . . la France juive de M. Edouard Drumont ! 

Une revue catholique anglaise, The Month, dans son numéro de juin, 
publie, sous la signature de M. Herbert Thurslon, une réfutation de celte 
dernière accusation (Antisemitism and the charge of ritual murder, p. 561- 
574). Les arguments opposés par le publiciste anglais au Père Constant 
sont ceux qui ont déjà été exposés mainte et mainte fois par des e'cri- 
vains juifs et chiéliens. M. Herbert Thurston les résume ainsi : 

1° On ne rencontre absolument aucune trace de prescription concer- 
nant le meurtre rituel ni dans le Talmud ni dans aucun autre ouvrage 
religieux, car depuis trois siècles qu'ils scrutent tous les livres hébreux 
avec un zèle avivé par la haine, les ennemis des Juifs n'ont pas décou- 
vert un seul passage qui prouve l'existence d'un tel usage. 

2° Nous savons, non seulement par les déclarations solennelles de 
Juifs honorables, mais aussi par le témoignage de rabbins convertis au 
christianisme et de la plus haute moralilé, qu'il n'exisle chez les Juifs 
aucune tradition orale qui justifie cette accusation. 

3° Dans les cas où un meurtre a été effectivement commis par des 
Juifs sur un enfant chrétien l , l'enquête a seulement démontré la réa- 
lité du crime, mais n'a jamais pu prouver qu'il s'agissait d'un meurtre 
rituel. 

4° On connaît de très nombreux cas où cette accusation a été dirigée 
contre les Juifs, mais où les juges, malgré la surexcitation et la colère de 
la foule, ont eu le courage de proclamer l'inuocence des inculpés. 

5° Plusieurs papes et de hauts dignitaires de l'Eglise ont déclaré for- 
mellement, après de minutieuses recherches, que le judaïsme ne prescrit 
pas le meurlre rituel. 

6° La béatification de Simon de Trente et d'André de Rinn, ces pré- 
tendues victimes du fanatisme juif, ne prouve nullement que l'Eglise 
croit au meurtre rituel, car la bulle pontificale instituant le culte de ces 

1 M. Herbert Thurston mentionne en note deux cas de ce genre, dont l'un est 
l'histoire du saint eufant de la Guardia. On se rappelle peut-être l'étude que 
M. Isidore Loeb a publiée dans la Revue, XV, 203-232, et où il a montré que cet en- 
fant n'a jamais existé. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

soi-disant martyrs dit qu'ils ont été tués in odium fîdei, mais non pas en 
vue d'un usage religieux. 

Mais l'intérêt de cette étude du Month est peut-être moins dans les 
arguments présentés contre l'accusation de meurtre rituel, que dans ce 
fait que cette revue, qui est un organe catholique [a catholic Magazine), 
reproche vivement aux croyants catholiques qui répètent avec tant de 
complaisance cette infâme calomnie contre les Juifs, d'oublier que des ac- 
cusations analogues ont été portées, et cela tout récemment encore, par 
les « antipapistes » contre les catholiques anglais. « Ni les protesta- 
tions, dit M. Herbert Thurston, ni la force de l'évidence ou de la lo- 
gique, ni les affirmations des personnes les plus autorisées, ni les 
preuves attestant la mauvaise foi ou l'ignorance des accusateurs ne 
peuvent empêcher que ces calomnies ne soient sans cesse répétées.. . et 
l'on admet comme un principe que la déclaration la plus solennelle d'un 
catholique est sans valeur s'il essaie de défendre l'honneur de sa reli- 
gion. » Et il termine son étude par ces lignes que le cardinal Manning a 
écrites, au sujet de l'accusation de meurtre rituel, à M. le grand-rabbin 
Adler, de Londres : « Vous avez raison de croire que je réprouve absolu- 
ment des accusations aussi odieuses. » — Moïse Bloch. 

Israël Lévi. 



Venetianer (Ludwig). Die eleusinisclien Mysterien im jerusalemischen 
Tempel. Beitrag zur jiitlisclien Religioiisgeseliiclite. (Séparât- Abdruck 
aus D r A. Brûll's c Populâr-wissenschaftliche Monatsbliiller •). Francfort, Brôoner, 
1897 ; 18 p. in-8°. 

La fête éleusinienne retrouvée que M. Venetianer dans le rituel de 
Jérusalem est la ttaK'NDïi ma nnM « lète du puisement de Peau » ou 
« de la maison de la puiseuse » (p. 6), qui commençait le soir du 
premier jour des Tabernacles. Les prêtres et les lévites descendaient 
dans le parvis des femmes, éclairé par de hauts candélabres d'or ; 
des hommes pieux, porteurs de flambeaux, venaient chanter et dan- 
ser devant les candélabres ; au chaut du coq, on se mettait en route 
pour la fontaine de Siloé; on y puisait de l'eau dans des vases d'or, 
puis l'on rentrait au temple. Deux vases de gypse placés à l'est et à 
l'ouest de l'autel devaient recevoir, le premier du vin, l'autre de l'eau ; 
le prêtre faisait la libation et versait dans le vase de l'ouest l'eau du 
Siloé, en ayant bien soin de lever les bras. La Bible ne fait aucune 
allusion, au moins apparente, à ces cérémonies. Elles sont décrites 
dans Mischna Soucca, v, 1-4; iv, 9; Tosefta (éd. Zuckermandel), 
Soucca, iv, 4-9, et Talmud Soucca, 50a-53#. M. V. y voit une contre- 
façon delà fête des «XritMxoai, célébrée le 6 e jour des Grandes Eleusi- 
nies : les initiés allaient puiser dans deux cruches de terre l'eau qui 
devait être versée au pied de l'autel. De part et d'autre il y a deux 
libations, l'une du côté de l'Ouest, l'autre du côté de l'Est, de part et 
d'autre mêmes chants, mêmes lumières, même joie mystique. Les 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dates des deux tètes concordent (15 Tischri, 15 Bocdromion). M. V. se 
donne beaucoup de mal pour multiplier les analogies. 

Graetz attribuait l'institution de la FiaK'itZîïi ma nnusî à la reine 
Salomé Alexandra (78-69); M. V. la croit plus ancienne. Ce sont les 
grands-prêtres hellénistes du temps des Macchabées qu'il rend res- 
ponsables de la contamination du culte juif par les mystères d'Eleu- 
sis. — Leur imitation me semble trop discrète. Il y a plutôt entre les 
deux fêtes analogie que similitude. — M. V. conclut bien vite au si- 
lence absolu de l'Ancien Testament. L'allusiou est au moins possible 
danslsaïe, xn, 3 1 . Accordons à M. V. que ce passage n'est pas un do- 
cument suffisant; mais n'y vit-on qu'une métaphore, encore faudrait- 
il l'expliquer. Je vois une allusion plus lointaine au même rite dans 
I Samuel, vu, 6 2 . 

L'absence de toute prescription dans la loi au sujet du puisement 
de l'eau prouve simplement que le rite n'a pas été interdit ou mo- 
difié. Il faisait partie de l'ancienne religion populaire d'Israël, dont 
les débris, chers aux Pharisiens, étaient rejetés par les Sadducéens. 
— Une fête semblable était célébrée à Hiérapolis (Membedj). On 
allait deux fois l'an en procession puiser de l'eau à l'Euphrate, on la 
rapportait dans des vases scellés et on la versait dans le temple 3 . — 
A Babylone, le 2 Nisan, à la première heure de la njuit, le grand prêtre 
va prendre dans sa main de l'eau de l'Euphrate, qu'il doit répandre de- 
vant Bel 4 . C'était probablement un charme pour faire tomber la pluie- 
Le rituel des fêtes agraires comporte un épisode où les eaux, les 
sources, les fleuves jouent un rôle (bain sacré, aspersion, etc.). Un 
même rite put être pratiqué indépendamment à Jérusalem et à 
Eleusis. 

Henri Hubert. 



1 Ninn ara onn7:Ni n*W?i ■»■»*»» ytiûrca ïte ùnawai. 
s mm TJDb tswn UV2 laNiB^i ?rn»a*»n ixap"n. 

J Lucien, De Dea Syria, 48-9; Rob. Smith, Relig. of the Sémites, p. 232. 
« IV R. 46, 1 sqq. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE. 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.) Erreurs récentes concernant d'anciennes sources 

historiques 1 97 

Baukr (J.). Le chapeau jaune chez les Juifs comtadins 5;] 

Bùchi.er ( A. ti . ) - La relation de Josèphe concernant Alexandre 

le Grand 1 

Epstein (A.). Les Saboraïm 222 

Kaufmann (D.). I. Un manuscrit du Mischné Tora 65 

II. La lutte de R. Naftali Cohen contre Hayyoun 256 

III. R. Don Aschkenasi, exégète 287 

Krauss (S.). Le traité talmudique « Déréch Eréç » 27 et 205 

Lambert i Mayer). Le Cantique de Moïse (Deut., xxxn) kl 

Lévi (Israël), Le tombeau de Mardochée et d'Esther 237 

Nicolas Antoine, un pasteur protestant brûlé à Genève en 4632 

pour crime de Judaïsme 161 

Roubjn (N.). La vie commerciale des Juifs comtadins en Lan- 
guedoc au xvm e siècle {fin) 75 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I . Contribution à l'onomastique juive 1 03 

II. R. Sabbataï, amora palestinien du m e siècle 301 

Kaufmann (D.). Menahem di Fano et les ouvrages de Moïse Cor- 

duero et d'Isaac Louria 1 08 

Krauss (S.). Apiphior 105 

Lambert (Mayer). I. La dittographie verticale 101 

IL Le verbe nma 1 02 

III. Notes exégétiques 293 

Lévi (Israël). La mort de Yezdegerd d'après la tradition juive. 294 

PozNANbKi (S.). I. Encore l'inscription n° 206 de Narbonne 114 

II. Un fragment de l'original arabe du traité sur les verbes 

dénominatifs de Juda ibn Bal'am 298 

Schwab (M.). Une Bible manuscrite de la Bibliothèque nationale. 412 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Blau (L.). Die hermeoeulische Analogie in der talmud. Lite- 

ratur, par Ad. Schwarz 150 

Hubert (Henri). Die eleusinischen Mysterien im jerusalemi- 

schen, ïempel, par L. Venetjaner.. 317 

Lambert (Mayer). Historisch-comparative Syntax der hebr. 

Spraclie, par Ed. Kônig 4 43 

Lévi (Israël). Revue bibliographique (2* semestre 4 897 et 1 er se- 
mestre 1898) 415 et 304 



ACTES ET CONFERENCES. 

Allocution de M. Maurice Vernes, président v 

Procès-verbal de l'Assemblée générale du 5 février 1898 i 

Procès-verbaux des séances du Conseil xxiv 

Rapport de M. Lucien Lazard, secrétaire, sur les publications 

de la Société pendant l'année 1897 xv 

Rapport du trésorier i 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES GERP, 59, RUE DUPLESSIS. 



r 



JPJNDING SZCT. FEB 2 WU 






DS Revue des études juives; 

101 historia judaica 

R45 
t.32 



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